Skip to main content

Full text of "Le bon métier des tanneurs de l'ancienne cité de Liége"

See other formats


LE 



BON MÉTIER DES TANNEURS 



DE L'ANCIENNE CITÉ DE LIEGE. 



ARMOIRIES DES TANIVEURS 





HUY 



YPEES 





GAiVD . 



BRUXELLES 





ANVERS . 



GAIMD 



ARMOIRIES DES TANNEURS 




LE 



BON METIER DES TilEDRS 



L'ANCIENNE GITE DE LIEGE 



STANISLAS BOEMANS 



Docteur en philosopLie et lettres, conservateur adjoint des archives de l'État à Liège, etc. 



Mémoire couronné' par la Société liégeoise de litlérature wallonne; 

jn-écédé du rapport de M. Ad. PICARD, rapporteur du jury ; 

accompagné de recherches historiques sur le corps des 

32 bons métiers de ta Cité, d'uii glossaire des 

mots ivattons employés par les tanneurs 

de Liège, de dix-neuf documents 

inédits et de trois phtncUes. 




y.^o 



LIEGE, 

lArPRIMEKIE DE J.-G. CAUMANNE, 

rue St -AJalbcrt, "' 



1 863 



(o U-73 



''':> 



RAPPORT DU JURY 

SUR LES CONCOURS N°' 1 ET 3 (*). 
Messieurs, 



Les études historiques ont pris de nos jours une 
direction toute nouvelle. 

Depuis Aug. Thierry, on a cessé d'avoir une façon 
officielle d'envisager les grands événements de l'histoire ; 
on a accordé de l'importance à des faits qui passaient 
inaperçus autrefois , parce qu'ils ne paraissaient pas 
directement intéresser l'ordre politique , et qui , cepen- 
dant, plus que d'autres , sont de nature à donner une 
juste idée des mœurs et des tendances d'une époque. 

A ce point de vue, les romans de Walter Scott ren- 
ferment plus de vérités que des écrits plus solennels et 
plus sérieux en apparence. 

C'est ce que le plus grand historien, peut-être , des 

(' ) Ce rapport ne concerne que le travail de M. S. Bormans, répondant au 
programme des deuxconcoursindiqiics.Le procès-verbal du jury, ci-anncxé, 
fait connaître les décisions prises h l'égard des autres Mémoires. Par suite 
d'une indisposition du rapporteur , le compte rendu qu'on va lire n'a pu 
être rédigé qu''après l'ouverture du billet cacheté contenant le nom du 
lauréat 

1 



— 6 — 

temps modernes , l'illustre Macaulay, se plaisait à pro- 
clamer. 

" Rendre au passé la vie du présent , écrivait-il dans 
" son Essai sur Hallam ; rapprocher ce qui est éloigné ; 
'/ nous introduire dans la société d'un grand homme ; 
Il nous placer sur une éminence d'oii l'on peut saisir 
n d'un coup d'œil le vaste champ de bataille ; donner la 
/' réalité de la chair et du sang humain, à des êtres que 
" nous n'étions que trop tentés de considérer comme des 
" abstractions personnifiées dans une allégorie ; évoquer 
" devant nos yeux nos ancêtres avec ce qu'il y avait 
// de particulier dans leur langage , dans leurs mœurs , 
/' dans leur costume ; nous ouvrir leurs maisons ; nous 
/' faire asseoir à leur table ; nous étaler leur garde- 
" robe surannée ; nous expliquer l'usage de leur pesant 
" mobilier , voilà ce qui , à proprement parler , est du 
'/ domaine de l'histoire , et ce que s'est adjugé le roman 
// historique. " 

Et quand Macaulay se mit lui-même à retracer les 
annales de son pays, l'écrivain se garda bien d'oublier les 
principes que la critique avait développés avec tant de 
sagacité. 

// Je m'efforcerai , dit-il, de faire l'histoire du peuple 
/' aussi bien que celle du Gouvernement ; de suivre les 
" progrès des arts de toute espèce ; de signaler l'avéne- 
" ment des sectes religieuses, les changements survenus 
« dans le goût littéraire ; de peindre les mœurs des 
/- diverses générations qui se sont succédé , et de ne pas 
» même négliger les révolutions qui se sont opérées dans 
« le costume , dans l'ameublement , dans les repas, dans 
" les divertissements publics. Je subirai, sans chagrin, 
" le reproche d'être resté en-dessous de la dignité de 



— 7 — 

" l'histoire, si je parviens à mettre sous les yeux des 
" Anglais du XIX^ siècle un tableau fidèle de la vie de 
« leurs ancêtres. " 

On nous pardonnera — nous l'espérons du moins — 
ces citations empruntées à des livres qui sont dans les 
mains de tout le monde ; il nous semble qu'elles ne 
sont pas tout-à-fait inutiles. Elles caractérisent bien , à 
notre avis , la voie dans laquelle est entrée résolument la 
Société de littérature wallonne, en instituant les concours 
dont nous avons à rendre compte. 

Si cette manière de comprendre l'iiistoire est la seule 
vraie, la seule féconde , la seule admissible , n'aurons- 
nous pas rendu des services signalés aux écrivains qui 
veulent nous faire connaître notre passé politique et 
social, en mettant à leur disposition des matériaux qu'ils 
ne pourraient se procurer ailleurs sans de grandes re- 
cherclies, sans d'immenses pertes de temps ? 

La Société de littérature wallonne a pensé que le 
moment était venu pour elle de ne plus s'occuper d'une 
façon exclusive de travaux purement littéraires. Elle 
a bien fait. Chaque fois qu'elle a pris à cet égard une 
nouvelle initiative, elle a réussi au-delà de ses espérances. 

Après avoir provoqué de nouveaux essais de compo- 
sitions dramatiques et de chants populaires , après avoir 
excité la verve des poètes que vous avez applaudis et que 
vous continuez à applaudir , elle s'avise un beau jour de 
faire une excursion dans le domaine de la lexicographie 
et de la parémiographie , et vous avez eu le Dictionnaire 
des spots de MM. Dejardin, Defrecheux et Delarge. 

L'année suivante, elle met au concours l'histoire d'une 
de nos anciennes corporations de métiers, et, nous avons 
la bonne chance de recevoir , sur le métier des tanneurs. 



— 8 — 

un Mémoire remarquable, qui donnera au Bulletin en voie 
de publication une valeur toute particulière , et qui fait 
honneur au jeune écrivain qui l'a conçu. 

Il faut l'avouer : le sujet du concours était beureuse- 
ment choisi. 

Faire l'histoire du travail et de l'industrie , c'est , en 
réalité, nous retracer tout le passé de la société actuelle ; 
c'est nous faire assister à la naissance, au développement 
de ces classes moyennes, à qui les nations modernes sont 
redevables, de tout leur prestige, de ce Tiers-Etat qui, 
suivant un mot célèbre, n'était rien hier, et est tout 
aujourd'hui. 

// Chez vous, dit le dieu Mercure, que George Sand 
« introduit dans une de ses récentes productions ( ^ ) et 
// qui s'adresse à un public français, » chez vous, peuple 
'/ nouveau, mon nom est Industrie, et vous m'avez donné 
" pour mission véritable d'appliquer la probité au génie 
« de la vie pratique. C'est donc à présent que je suis 
" réellement le maître, et non plus l'esclave des richesses; 
n c'est aujourd'hui qu'au lieu de me maudire, la pauvreté 
" intelligente me seconde et me bénit. « 

Nous l'avons déjà dit : nos espérances ont été dépassées. 

Vous l'avez appris par la décision du jury , que vous 
avez unanimement sanctionnée. 

Nous avons tous été agréablement surpris en apprenant 
le nom du lauréat. 

M. Stanislas Bormans est le fils de notre estimable col- 
lègue, du savant professeur à l'Université ; et nous avons 
le plaisir de constater ici que la science et le travail sont 
héréditaires dans certaines familles. 

( 1 ) Le Dieu Plulus. Revue des deux mondes, 15C3, t, 1 , p. 8. 



— 



Le jeune écrivain avait une rude tâche à accomplir. 

Nous n'avons pas de livre qui s'occupe de l'histoire 
générale denoa anciennes corporations de métiers (^). — 
Et cependant, comment s'occuper d'une seule d'entr'elles, 
sans toucher aux faits qui les concernent toutes ? Com- 
ment nous faire connaître les vicissitudes qu'a éprouvées 
une classe déterminée de travailleurs, si l'on n'a une idée 
complète, tant de l'organisation que de l'importance du 
travail et de l'industrie, dans les temps qui nous ont pré- 
cédés ? 

C'est ce que M. Bormans a parfaitement compris. Son 
Mémoire est précédé d'une introduction historique qui em- 
brasse la généralité des bons métiers de la ville de Liège. 

Il divise cette histoire en quatre périodes. 

La première finit en l'année 1297. Pendant cette pé- 
riode, il n'existe encore, selon lui, que de simples com- 
munautés d'artisans, réunis spontanément en société, 
et ne pouvant invoquer aucune espèce de privilège. Il si- 
gnale une tentative d'organisation émanée de Henri de 
Dinant , mais elle échoue par l'apathie même de ceux 
qu'elle est destinée à protéger. 

C'est Henri de Paire qui aurait donné enfin aux métiers 
la première organisation sérieuse ; cette organisation, 
essentiellement militaire, aurait eu pour ejGPet naturel de 
mettre les corporations en état d'assurer leur prépondé- 
rance politique. Telle serait la seconde phase de l'exis- 
tence des métiers de Liège. 

Avec la paix de S* Martin, en 1313 , commence la 3" 
période. Les métiers sont investis de privilèges politiques; 

(') Le Recueil des Chartres cl privilc<fcs est une collection précieuse, 
mais ce n'est pas un livre : ce sont des archives imprimées — el incom- 
plcles. 



— 10 — 

ils sont solidaires les uns des autres ; ils se liguent entre 
eux et forment un faisceau compacte, le corps des bons 
métiers de Liège. 

Enfin arrive en 1684 le règlement de Maximilien de 
Bavière qui établit les 16 chambres, enlève aux corpora- 
tions tout pouvoir politique, et limite leur cercle d'action 
à la police et à l'exercice de leur profession. 

C'est dans ce cadre que le jeune écrivain passe en re- 
vue tous les événements qui ont eu quelque influence sur 
le sort de notre pays, et nous signale, chaque fois, l'inter- 
vention active des corps de métiers. 

Le récit est intéressant , ingénieux , instructif. Les as- 
sertions de l'auteur sont appuyées d'autorités religieu- 
sement citées dans les notes. 

Plusieurs fois, M. Bormans avait fait des emprunts à 
des chroniques liégeoises manuscrites, sans les désigner 
autrement. Aujourd'hui, il nous apprend que ces manus- 
crits reposent aux archives, et il a soin de donner à cet 
égard toutes les indications désirables. 

Quelque éloge que mérite cette partie de l'œuvre de 
M. Bormans, nous devons déclarer que nous laissons aux 
auteurs des ouvrages, même couronnés, la responsabilité 
des conjectures et des théories qui y sont exposées. 

En ce qui nous concerne, nous aurons peine à nous ral- 
lier de l'avis qui semble attribuer à Henri de Paire les 
premières franchises des métiers, et qui considère l'insti- 
tution comme s'étant organisée et développée à Liège, 
sans avoir subi l'influence et le contre-coup de l'œuvre 
des autres cités et des autres peuples. 

L'existence des corporations des métiers est un fait trop 
universel pour qu'on puisse l'envisager à un point de vue 
purement local. — Même avant Henri de Paire, les mé- 



— 11 - 

tiers devaient être investis de certains privilèges et de 
certaines immunités; ils devaient constituer des personnes 
civiles , et comme tels , ne pouvaient manquer de possé- 
der des droits et d'être astreints à des devoirs particu- 
liers. Il nous semble que le rendage de 1288, que l'auteur 
publie dans les documents inédits (2°), constate que c'est 
à une personne civile que le moulin de Longdoz est donné 
à perpétuité. 

Les corporations de métiers existaient dans l'empire 
romain ; — le code Théodosien, le code de Justinien s'oc- 
cupent d'un grand nombre d'entr'elles ; elles se rattachent 
au régime municipal établi dans les provinces. 

Les historiens français se gardent bien, en ce qui con- 
cerne les Gaules, d'attribuer à S^ Louis la création et l'or- 
ganisation des corporations de métiers, bien que ce soit 
lui qui ait chargé Etienne Boileau, prévôt de Paris, de la 
rédaction du règlement qui porte son nom, règlement qui 
a été publié, pour la première fois en 1837, par M. Dep- 
ping, dans les documents inédits de l'histoire de France. 

'» Les corporations existaient dans la Gaule long-temps 
avant cette époque , » dit M. Dalloz dans son Répert. art. 
Industrie, n" 5 (et l'on permettra, nous l'espérons , à un 
magistrat de citer un jurisconsulte); « liées au régime mu- 
n nicipal dont elles faisaient partie, elles passèrent et se 
Il conservèrent avec lui dans la plupart des villes. Nous 
Il en trouvons la preuve dans le code Théodosien qui régit 
" longtemps les Gaules , et dans l'interprétation de son 
Il texte à l'usage des peuples soumis à la loi romaine. 
Il Cette interprétation d'Anien , qui par ordre d'Alaric 
" appropria le code Théodosien aux Romains de son 
" empire , porte : collegiati si forte de civitatibus suis dis- 
II cesserint, nd civifatis suœ oj/licia, cum r obus suis , vel ad 



— 12 — 

Il ïoca unde discesserint revocentur ; de quorum filiis Jiœc 
Il servanda conditio est, ut si de colond vel ancillâ nascim- 
u tur, matrem seqidtiir agnatio -, si vero de inr/enud et de 
Il collegiato, coUegiati nascuntur, «V. pour la conservation 
du régime municipal dans les Gaules, et l'autorité du 
code Théodosien et de l'interprétation, Savigny, Histoire 
du droit romain au moyen-âge. 

D'après les écrivains français donc, c'est à l'organisa- 
tion municipale qu'il faut rapporter l'existence des corpo- 
rations de métiers. 

En serait-il autrement de ces corporations chez les 
peuples du Nord? 

Les érudits qui se sont occupés de l'histoire des Giîdes 
reconnaissent aussi la liaison intime qui existe entre elles 
et la commune. Dans beaucoup de cas, les franchises et 
les immunités de la corporation ont une origine antérieure 
à la création même de la commune, et ont donné à celle-ci 
les bases de son organisation (^), — Là, c'est le chef de la 
corporation qui est de droit le bourgmestre de la ville ; — 
ici, c'est en faveur de la ville même qu'est établie la dé- 
fense d'exercer telle ou telle profession déterminée dans le 
voisinage de la cité. Nous ne pouvons qu'indiquer à la 
hâte ces détails, et nous renvoyons à cet égard au livre 
de Wilda,É?a5 Gildemoesen im Mittelalter, pages 159 et s. 

Il nous est doncdifhcile d'admettre que, dans le pays de 
Liège, les métiers aient tout d'un coup reçu de Henri de 
Paire une organisation dont les germes n'existaient pas 
encore, et que, sur ce petit coin de terre seul, ils n'aient 
pas une aussi haute antiquité que partout ailleurs. 

(1) V. Moke, Jlisioirc de la Belgique, 111" édition, p. Gl, etc. — Id. La 
Bclgiqiie ancienne, Gand 1855, in-S", p. 246 et suiv. — F. Devigne, 
Recherches historiques sur les costumes civils cl milHaircs des Gildcs. etc., 
GaHjï, 1847, in-8, passim. 



- 13 — 

Peut-être avons-nous mal compris la pensée de l'au- 
teur ; peut-être sa théorie n'est-elle pas aussi absolue 
qu'elle nous a paru l'être ; mais comme il est possible 
de s'y tromper, nous avons cru utile de faire à ce sujet nos 
réserves. Dans tous les cas, M. Bormans pourra, dans le 
cours de l'impression de son travail, s'expliquer à ce sujet 
d'une façon nette et catégorique. 

Nous le répétons : nous n'avons, au surplus, que des 
félicitations à adresser à notre auteur au sujet de son His- 
toire des 32 métiers. 

C'est là, en effet, le nombre des confréries populaires de 
la ville de Liège, Il n'a pas toujours été le même ; il n'y 
en avait d'abord que 12, puis il a été porté à 32, puis ré- 
duit encore à 17, puis enfin définitivement maintenu à 32. 
Ce chiffre n'a jamais été dépassé. Vlierden nous assure 
cependant qu'au 17^ siècle, il y avait à Liège, 95 profes- 
sions différentes. Nous le croyons sans peine. Au temps 
de S' Louis, il y en avait déjà plus de cent dans la bonne 
ville de Paris. Quoi qu'il en soit, il était préférable que 
les professions ne fussent pas trop fractionnées ; — quel- 
ques-uns des inconvénients du système des corporations 
étaient en tous cas amoindris, et l'on avait moins de chance 
de se disputer le droit exclusif de fabriquer telle ou 
telle espèce de produits. Cependant on verra , par la 
lecture du Mémoire couronné, que ces luttes stériles et 
funestes se sont encore produites avec un degré d'achar- 
nement et de persistance inouï. 

L'introduction historique forme la l'^'^partie du Mémoire. 
L'auteur aborde ensuite l'objet spécial de ses recherches. 

Il procède en général avec beaucoup d'ordre. 

Dans sa seconde partie , il retrace les destinées succes- 
sives de la corporation des tanneurs. 



C'est ce que les Allemands ne manqueraient pab 
d'appeler l'histoire externe de la corporation. 

Cette section contient des détails extrêmement intéres- 
sants sur le lieu où s'établirent d'abord les tanneurs, et 
sur celui oii ils se sont définitivement fixés ; sur leur 
participation aux événements politiques du pays et spécia- 
lement à la conspiration d'Atliiu; sur les discussions provo- 
quées à l'occasion de l'élection de leurs officiers; sur leurs 
querelles séculaires avec le métier des cordonniers et des 
corbesiers ; sur leurs acquisitions immobilières ; sur leur 
droit de se réglementer eux-mêmes , etc. A ce sujet , il 
nous fait connaître le préambule de l'ordonnance de 1493, 
préambule que les rédacteurs du Recueil des chartres 
et privilèges ont omis dans la publication qu'ils ont faite 
de ce document. 

L'auteur du Mémoire nous apprend ce qu'est devenue 
la corporation des tanneurs après la révolution française 
et la suppression des jurandes et maîtrises. 

Le moulin à tan de Longdoz a été pour elle l'occasion 
de se reconstituer et de substituer au régime du monopole, 
le régime fondé sur l'association libre des travailleurs. Ils 
ont acquis en commun le moulin dont il s'agit ; et sans 
contrainte aucune, guidés uniquement par leur intérêt, 
ils ont maintenu les anciens usages relatifs au droit 
qu'avait chacun des tanneurs d'y moudre à tour de rôle 
les écorces dont il avait besoin dans sa fabrication. 

Ne serait-ce point encore là , s'il en était besoin, un 
nouvel argument en faveur de la liberté ? 

Une troisième partie traite de l'organisation intérieure 
delà corporation des tanneurs. 

C'est ce qu'on nommerait, d'après la terminologie alle- 
mande dont nous avons parlé tantôt, l'histoire interne de 
la corporation. 



— Ib — 

Cette partie du travail a été l'objet d'un soin tout par- 
ticulier; pour en faire connaître l'étendue, il nous suffira 
de donner ici le sommaire des différents chapitres qui Ja 
composent. 

Chapitre P^ Des offices du métier. — Des gouver- 
neurs. — Des jurés. — Des rewards. — Du rentier. — 
Du greffier. — Du varlet. — Du groumet. — Du trinay. 

Chapitre II. Des compagnons du métier. — Des maî- 
tres. — Des maîtres-ouvriers et des ouvriers. — Des ap- 
prentis. — Des varlets servants. 

Chapitre III. Possession du métier. — Acquête. — 
Relief. — Usance et hantise. — Assemblées particulières, 
générales, militaires. 

Chapitre IV. Des marchandises. — Des écorces. — 
Des peaux et des cuirs (achat, vente, confection). — Des 
récompenses. 

Chapitre V. Propriétés du métier. — Halle. — Moulin. 

Chapitre VI. Des bannières et des armoiries du mé- 
tier. 

Chapitre VII. Des archives du métier. 

Nous ne pouvons guère analyser cette partie de l'ou- 
vrage , qui contient des données curieuses et précieuses 
sur le mode d'élection des officiers, sur les luttes électo- 
rales qui se produisaient à cette occasion, sur l'habitude 
des fonctionnaires de procurer aux électeurs les moyens 
de faire des libations, sur les mesures prises pour répri- 
mer \qs fraudes électorales, sur les droits et les obligations 
de l'étranger qui voulait se livrer au commerce des cuirs, 
sur les halles des tanneurs, sur leurs armoiries, sur les lé- 
gendes qui s'y rapportent, etc., etc. 

Nous avons parlé d'armoiries et de sceaux. L'auteur les 
a reproduits avec soin, et nous avons la satisfaction d'an- 



— 16 - 

noncer, que, grâce à la chronio- lithographie, la Société est 
en mesure d'offrir à chacun des souscripteurs du bulletin 
un fac-similé complet de ces planches. 

Une quatrième partie de l'ouvrage comprend le glos- 
saire technologique des mots wallons se rapportant au 
métier des tanneurs. 

Dans le plan primitif, l'auteur avait décrit les opéra- 
tions successives que subit le cuir dans les tanneries, et 
avait, chemin faisant, donné l'explication des termes wal- 
lons qui se présentaient sous sa plume à cette occasion. 

Il a laissé subsister, comme introduction à son travail, 
les explications relatives à la préparation des peaux; mais 
il a, sur l'observation du jury, rétabli l'ordre alphabé- 
tique pour le glossaire proprement dit. 

De cette façon , l'auteur a également l'honneur d'avoir 
dignement inauguré la série des glossaires technologiques 
dont la Société tient à provoquer la publication. 

Le jury n'a donc fait qu'accomplir un acte de stricte 
justice en lui accordant, en outre, pour cette partie de son 
travail, le prix fixé pour le concours n° 3. 

L'inventaire chronologique et analytique des chartres, 
privilèges et principaux documents qui formaient autre- 
fois les archives de l'ancienne corporation des tanneurs, 
constitue la 5^ partie de l'ouvrage. 

Nous appelons l'attention toute particulière de la 
Société sur la 6'^ section. 

Elle contient 19 documents inédits qui complètent le 
Recueil des chartres et privilèges, en ce qui concerne la 
corporation des tanneurs. 

Il en est de très-importants : nous citerons, entre 
autres, l'acte de rendage du moulin aux écorces, en date 
du 4 mai 1388 (N° 1) ; 



— 17 — 

Le record des voirs jurés du cordeau, touchant les bou- 
tiques ou staz, qui se trouvent sous la halle des tanneurs, 
en date du 27 novembre 1406 (N° 5) ; 

L'ordonnance du métier contre les brigues électorales, 
du 19 janvier 1421 (N°6); 

La lettre des offices du 25 juillet 1429 (N° 8), etc. 

Ces documents exerceront autant la sagacité de nos 
linguistes que celle de nos historiens. 

Enfin, l'auteur du Mémoire avait constaté que le Recueil 
des Chartres et privilèges fourmille de fautes, et il regret- 
tait que le temps lui manquât pour publier la liste des 
errata qui seraient nécessaires pour signaler ces erreurs. 

Il a rempli aujourd'hui cette lacune, et c'est le résultat 
de son travail ardu qui forme la 7^ et dernière partie du 
Mémoire. 

Nous demandons pardon à la Société de ce que cette 
nomenclature a de sec et d'incomplet. 

Nous nous sommes, pour ainsi dire, bornés à faire l'in- 
ventaire du Mémoire et des pièces adressées au jury. 
Quelque écourté, quelque insuffisant qu'aura été notre 
exposé, on aura pu se faire une idée, faible à la vérité, 
de ce qu'il a fallu de patience, de labeur et d'érudition 
pour mettre au jour le travail que nous avons eu à appré- 
cier, et que le public applaudira, comme nous, des deux 
mains. 

La Société n'aura pas à regretter d'avoir accueilli notre 
proposition de doubler le prix proposé. 

Cette résolution est d'autant mieux motivée , que M. 
Bormans , en donnant à son étude un développement 
si considérable, a singulièrement facilité la tâche de ceux 
qui entreprendront, dans la suite, l'histoire de toute autre 
corporation de métier. 



- 18 — 

Tel qu'il nous a d'abord été présenté, le Mémoire 
laissait un peu à désirer sous le rapport du style. C'était 
inévitable. Il n'avait pas été possible à l'auteur de 
consacrer à son œuvre tout le temps qu'elle aurait exigé. 
— La forme a dû, en quelque sorte, être improvisée. 

Depuis lors, l'auteur a remanié la première partie de 
son travail , et par cette nouvelle rédaction , elle a consi- 
dérablement gagné- — Nul doute qu'en revoyant les 
épreuves , il ne donne au restant de l'ouvrage les mêmes 
soins et la même élégance. 

Peut-être n'y sent-on pas assez ce souffle qui anime et 
vivifie certains récits qu'on se plaît toujours à relire. 

Peut-être M. Bormans décrit-il un peu trop les choses 
en archéologue et en savant. 

On a beau, comme M. de Parante, invoquer Quintilien, 
et s'écrier qu'il faut écrire pour raconter, non pour 
argumenter. Il nous semble qu'un écrivain ne doit pas 
faire entièrement abstraction de ses doctrines, et qu'il lui 
est permis de se passionner pour toutes les nobles et 
grandes causes. 

Qu'on applaudisse, si l'on veut, au début des corpora- 
rations. » Les corporations du moyen-âge, dit M. Rossi, 
u s'entouraient de privilèges, parce que le privilège était 
// la seule forme sous laquelle pût alors subsister le droit. 
" L'apprentissage dans les corporations était une sorte 
// d'initiation politique. « — Nous l'accordons ; — mais 
lorsque les corporations ont perdu toute importance poli- 
tique, qu'elles donnent le spectacle de luttes scandaleuses, 
entreprises , dans tous les cas, au préjudice des consom- 
mateurs, comme celles qui ont existé entre les tanneurs 
et les cordonniers , il me semble qu'une parcelle de 
l'indignation qui animait Turgot, faisant une guerre d'ex- 



— 19 - 

termination aux abus du monopole, ne déparerait pas 
l'œuvre de l'historien, et qu'on ne s'étonnerait pas de 
le voir s'écrier, lui aussi : 

/' Dieu, en donnant à l'homme des besoins, en lui ren- 
" dant nécessaires les ressources du travail, a fait du 
" droit de travailler la propriété de tout homme, et cette 
" propriété est la première, la plus sacrée et la plus im- 
" prescriptible de toutes. " (Préambule de l'édit de 1776). 

Mais nous sommes injustes, et c'est trop exiger de l'é- 
crivain. Les accents que nous aurions voulu entendre 
n'auraient peut-être pas été à leur place dans un Mé- 
moire. L'auteur nous pardonnera, au surplus, ces légères 
critiques ; il a trop de mérite pour s'en offenser, et il verra 
dans le soin que nous avons pris de les formuler, une 
preuve de l'intérêt que nous lui portons. 

Au nom de ses collègues du jury ^ 

MM. F. Bailleux, 

U. Capitaine, 

et Th. Fuss (i), 

Le Rapporteur , 
A. Picard. 



(') M. Giandga^age. rclcnu à Ikuxcllcs par ses occupaliuiis , n'a pu 
prendre part aux [ravaiix du jury. 



20 



CONCLUSIONS DU JURY INSTITUE POUR JUGER LES 
CONCOURS No« 1 ET 3. 

Le Jury , 

Après avoir mûrement délibéré sur l'ensemble et les 
détails des deux Mémoires envoyés en réponse à la pre- 
mière question du concours concernant les règlements, us 
et coutumes de l'une des principales corporations de mé- 
tiers de la bonne Cité de Liège, savoir : 

N° 1. Etude sur l'ancienne corporation des tanneurs , 
portant pour devise : Outre-Meuse, m des tanneurs de 
la Cité de Liège ; 

No 2. Etude sur la corporation des drapiers, portant 
pour devise : La pensée est la lampe de la nuit ; 

Décide : 

A. Que le Mémoire N" 1 , ayant obtenu 76 points sur 
100 , a mérité le prix; que, de plus, l'auteur de ce Mé- 
moire, s'étant livré à des reclierclies étendues, qui n'étaient 
pas dans les prévisions de la Société, et ayant joint à son 
travail, comme pièces justificatives, une série de docu- 
ments inédits fort intéressants, a droit à une récompense 
spéciale ; qu'il y a lieu, par suite, de porter la valeur de 
la médaille de 100 à 200 francs ; 

B. Que le Mémoire N° 2, n'ayant obtenu que 25 points 
sur 100, n'a droit à aucune distinction. 

Le même jury , après avoir mûrement délibéré sur la 
valeur des deux Glossaires technologiques, wallon- 
français, envoyés en réponse à la question proposée pour 
le 3® concours, savoir : 



— Si- 
lo Vocabulaire des mots techniques employés dans 

l'usage de la tannerie, annexé au Mémoire qui vient d'être 

couronné et portant la môme devise ; 

2° Glossaire technologique français-wallon, relatif au 

métier des tisserands , et portant pour devise : Quo aemel 

est imbuta recens servabit odorem testa diu. 

Décide ; 

Que le Mémoire N^ 1, ayant obtenu 65 points sur 100, 
a mérité le prix ; -»- que le Mémoire No 2, n'ayant obtenu 
que 15 points sur 100, n'a droit à aucune distinction. 

Ainsi proposé à la Société, le 15 juillet 1862. 

A. Picard , 
P. Bailleitx , 
Ulysse Capitaine , 
Théophile Fuss. 

Adopté en séance du 15 juillet 1862. 

Le Secrétaire, Le Vice-jprésiâent , 

F. BAILLEUX. Théoph. FUSS. 



LE BON METIER 



DES 



TANNEURS DE LA CITÉ DE LIÈGE. 



INTRODUCTION. 



LES BONS MÉTIERS DE LIÈGE. 



Les anciennes corporations d'artisans de la cité de Liège por- 
tèrent d'abord le nom de métiers; on les appela bons métiers 
lorsqu'elles commencèrent à avoir des privilèges. Celles de la 
plupart des bonnes villes du pays portaient aussi le nom de 
bons métiers. Dans les autres localités de la Belgique, on les 
désignait ordinairement par les mots de corporations, confréries, 
gildes, etc. A Liège, elles varièrent en nombre jusqu'en 14i8; 
mais depuis lors jusqu'au moment de leur suppression, on en 
compta toujours trente-deux. 

On ignore l'époque de l'origine des métiers (*). La plupart des 
historiens du moyen-âge la fixent à l'année 1297. Mais selon toute 
vraisemblance, et en raison même de leur nature, les premières 
associations se formèrent peu de temps après la fondation de la 
cité (2 ). 

(') Les métiers de Liège ne paraissent pas se rattactier à une institution 
étrangère antérieure à la fondation de la cilé. Les tribus romaines ou les 
gildes Scandinaves et germaniques avaient-elles laissé dans l'esprit des 
peuplades éburonnes un souvenir assez vivace pour que l'imitation des 
unes ou des autres put être transplantée , longtemps après, dans une ville 
nouvelle ? C'est d'autant moins probable que le caractère spéciulement 
politique des premières et le but presqu'exclusivcment militaire des 
secondes ne s'appliquent en aucune façon à l'idée primitive et purement 
industrielle des associations liégeoises. 

(2) On ne connaît rien de la formation primitive des communautés 
populaires liégeoises. Selon nous, c'est dans des causes toutes naturelles 
qu'on doit chercher l'explication de leur naissance, tes premiers ouvriers 



Cependant ce n'est qu'au XII« siècle que l'on rencontre les pre- 
mières traces de leur existence dans notre histoire. Les compagnies 
de métiers apparaissent alors brusquement dans les annales lié- 
geoises, à l'occasion du siège de Bouillon (1139). A cette époque, 
révéque de Liège, en vertu de ses prérogatives féodales, avait le 
droit d'exiger le service militaire des habitants des villes, lorsqu'il 
s'agissait de défendre les domaines de l'Église. Se voyant dans 
l'impossibilité de reprendre le château de Bouillon avec ses seuls 
vassaux, il requit l'assistance des bourgeois de la cité. Ce contin- 
gent était composé de nombreuses compagnies, marchant sous des 
chefs respectifs. 

« Or, dit la chronique, il advint qu'une nuit il se fit une alarme, 
a criant; Armes! Armes! dont les liégeois furent sus pieds et se 
» mirent au champ. Il estoit sorti environ 200 barrois qui mar- 
> choient droit pour aller trousser la fiètre (châsse) de S. Lam- 
» bert. De quoy le doyen et tous les chanoines qui la gardoient 
» eurent telle peur qu'ils l'abandonnèrent. Or les barrois com- 
» mencèrent à couper les cordes des tentes. Mais là survint le 
» meslier des mangons jusques au nombre de 130 hommes, 
» entre lesquels estoient Oudaired'Ougnée, Simon Laurent, André 
» Pirolte etaultres plus apparents; lesquels à coups de haches et 



qui, après la fondation de la cité , vinrent y exercer la même industrie , 
commencèrent par s'établir les uns près des autres dans le même 
voisinage , car alors la concurrence et la rivalité , nées de l'accroissement 
de la population, n'avaient pas encore eu le temps de mettre les individus 
en opposition les uns avec les autres. Heraricourt nous apprend qu'au 
X1V« siècle encore, chaque commerce avait sa rue ou sou quartier spécial, 
( les rues Féronstrée , Neuvice , des Tourneurs , etc., en sont encore au- 
jourd'hui des preuves). Les rapports fréquents entre des hommes pré- 
occupés des mêmes idées et poursuivant le même but , durent nécessaire- 
ment aboutir, de très bonne heure, à la formation d'une espèce de société 
basée sur l'intérêt commun ou sur le plaisir. Il semble donc probable que 
les associations de métiers se formèrent peu à peu , l'une après l'autre , 
à mesure que différentes industries s'introduisaient à Liège , appelées les 
unes par des besoins réels , les autres par l'opulence et le luxe. 



— 27 — 

» de marteaux donnèrent sur eulx de telle force et courage, qu'ils 
» en tuèrent 150, donnant lâchasse au reste qu'ils poursuivirent- 
» Cependant les chanoines et changeurs, qui est un office apparte- 
» nant à la noblesse, qui sont les orphèvres, coururent pour gar- 
» der la fiètre de S. Lambert, craindant nouvelle surprinse. De 
» quoy l'évesque adverli, en fut joyeux et rendit grâce à Dieu, 
» honnorant et grandement louant la vaillantise des mangons qui 
» avaient si bien faict leur devoir. Alors un nommé Radoux des 
» Prez dit de Feronstrey, maislre du meslier des changeurs, re- 
» monstra à l'évesque que l'honneur appartenait mieux aux chan- 
» geurs qu'aux vilains mangons, parce qu'ils avaient estes les pre- 
» miers sus pied pour garder la fiètre. Ce que ayant esté entendu 
» des mangons, Odaire d'Ougnée, en la présence de l'évesque lui 
» dist : Y a il aucun de vous aullres changeurs qui ait jamais 
» donné un coup d'espée sur les barrois nos ennemis? car en la déf- 
» faicte n'a esté aucun changeur mais tout mangons. Pourquoi nos 
» voulez vous osier l'honneur qui nous appartient ? — En sorte 
» qu'il y eut grand débat entre les mangons et changeurs. Mais 
» l'évesque fit la paix et ordonna que, aux processions qui se fe- 
» roient au futur, les mangons porlcroient la fiètre de S.Lambert, 
» sy besoing estoit, et que l'on leur livreroit hors de l'église, pour 
» mémoire perpétuelle qu'ils l'avoient reconquis par les armes 
» avec grand victoire, et que les changeurs, pour ce qu'ils avaient 
» estes des premiers en la tente, porleroient la fiètre de S. Théo- 
» daire, mais que les mangons marchcroicnt toujours les pre- 
» miers. » (') 

On peut conclure (le la fin de ce récit, (|u'en H39 les gens de 
métiers avaient déjà l'habitude de se grouper en corps distincts, 



(M Chronicon hodiense de 1571, aux archives de l'Etat à Liège. 
On ne peut s'empêcher de remanjuer dans ce (ail, qui se passait au Xll" 
siècle, le germe de l'anlagonisme qui éclata |)lus tard entre la no- 
blesse, rcpréseulcc ici par les orfèvres, et le peuple représenté par les 
bouchers. 



— 28 - 

non seulement lorsqu'ils étaient en campngne, mais encore lors- 
qu'ils assistaient aux cérémonies publiques. 

C'est encore sous la forme de baïKles guerrières que l'histoire 
nous a conservé le souvenir du courage déployé à la warde de 
Steppes parles tanneurs, les bouchers et les bouilleurs. Rangés sous 
la bannière du comte de Looz, ils enfoncèrent, dès le commence- 
ment de l'action, les rangs des ennemis. Mais sur tous les autres 
points l'armée liégeoise plia. Deux fois renversé de cheval, foulé 
aux pieds par ses propres hommes, le comte parvint à se dégager 
et ramena dans la mêlée les bouchers qui fuyaient déjà sur les pas 
du traître duc d'Ardennes, Ils chargèrent avec fureur les Braban- 
çons, qui furent mis en déroute (1213) (i). 

Pour pris du courage dont ils firent preuve dans cette mémo- 
rable journée, les bouchers victorieux obtinrent divers privilèges 
honorifiques (2). Ils eurent, entre autres, le droit de sonneries 
cloches aux jours anniversaires de la bataille. 

On voit par ces faits historiques que l'existence des compagnies 
de métiers avant l'année 1297, ne peut être mise en doute ( ^). 

Le silence des historiens nous laisse ignorer complètement 
la nature de l'institution à cette époque ; c'est la preuve de son 
peu d'importance. On peut croire qu'alors les confréries popu- 
laires étaient fortuites, isolées, non obligatoires, dépourvues en 
temps de paix de chefs, de bannières (*), de statuts; elles peuvent 

( ' ) Paucos quos ex eà (fugâ) retraxerat, in hostem duccns, cura collegio 
lanionum leodiorum proelium novis animis instaurât. (Fisen , Hisloria 
Leodiensis , t. I, p. 297). 

(-) Quandoquidem ob operam proclio Steppeano strenue navatam , 
laniones privilegiis ornali sunt (Fisen, Hist. Leod., t. II, p. 55). 

(■') Praeterea civium aliquas fuisse sodalitales necesse est, sallem ubi 
ad bellum educei)anturet in aciera exibant (Fisen, Hist. Leod., t. II, p. 2). 
Nemo tamcn facile crediderit , tantara raulliludinem ita vixisse confusam 
ut artifices mechanici nullas inirent sodalitates, nullis iiiter se legibus 
tenerentur ; sed armorura inter ipsos fuisse societatera nullo modo necesse 
est (Fisen, Ibid. p. 33). 

(*) Ac tuin quidera sinesignis et vexillis (Fisen, Ibid. p. ô). 



— 29 — 

être considérées comme une simple coutume (i). Ce n'étaient pas 
encore des bons métiers, uniformément organisés, faisant partie 
du système communal et reconnus par la loi. 

Pour trouver une nouvelle mention des corporations liégeoises, 
il faut arriver à l'époque de Henri de Dinant. 

Jusqu'au milieu du XIII« siècle, l'élément aristocratique, par 
une espèce de droit divin, avait dominé à Liège. Le tribunal des 
échevins, exclusivement composé de nobles, avait en mains tous 
les pouvoirs et le peuple, voué à l'exercice des arts mécaniques, dé- 
pouillé de toute espèce de droit, subissait patiemment le joug de 
ses caprices (^). Mais il vint un moment où, fatigué d'une domi- 
nation devenue tyrannique, il désira un autre état de choses et 
commença à s'agiter. En 1253, il parvint avec l'appui du clergé, 
que s'étaient aliéné les nobles, à prendre part à l'élection de ses 
magistrats. Les historiens se demandent si le vote se rendit par 
tète ou par classe C). 

L'un des deux bourgmestres fut Henri de Dinant. 

Quoique patricien, il prit parti pour le peuple et travailla à son 
affranchissement. Son premier soin fut d'introduire l'ordre et 
l'ensemble dans la multitude désordonnée des bourgeois. Selon lui 
la force du peuple et son salut résidaient dans l'unité. Pour y 
atteindre, il le distribua en un grand nombre de compagnies, sou- 
mises à des capitaines. Mais il multiplia trop ses divisions et enleva 

{i] « Ctiacun bourgeois faisoil quel mesticr lui plaisoitcl nyavoit règle 
ni séparation entre eulx (Ms. de Van den Berch , aux archives de lÉlat 
à Liège). 

{"^ ) Nec cniin a plebcis rcrum agendarum qiiidqiiara attingi patiebantur 
(palricii ) ; nulliun lis suflragii jus , coUegium nullum , nullumque adeo 
sermonem de rc[)ublica permittel)ant (ne facile consilia recuporandae 
liberlalis agitareril). Scd iiitenlos esse jiil)cbant mercibus opcribusque 
mcchanicis...ci qtianiquarn opulcnlissimo nec usnrn vini quidam concé- 
dèrent, nisi adversa valetudine (Fisen, Hisl. Lcud., t II, p. 2). 

(3)Viritimne snlTragia populus dcderit, an descriptus in regiones et 
curias (artificum coUegia tara nulla crant ) nusquam coliigere datur 
(Fisen, Ibid., p. 5). 



- 30 — 

ainsi à la masse la promptitude que réclament les sonlèvemenis. U 
fut du reste trahi par le peuple même, qui subissait encore l'in- 
fluence prépondérante des éclievins. Plus soucieux de ses maux 
présents qu'inquiet de ses intérêts d'avenir, il ne fit rien pour 
soutenir son premier tribun et le laissa condamner à l'exil (' ). 

Quoiqu'infructueuse, la tentative de Henri de Dinant ne fut pas 
inutile pour le peuple. Cet homme adroit avait indiqué la cause de 
sa faiblesse et le remède qu'il fallait y apporter. Son système de 
classification générale, plus ingénieusement appliqué quelques an- 
nées après, donna naissance aux compagnies militaires permanentes 
des métiers. Mais avant qu'une organisation complète vint réunir 
en un corps compact les différentes confréries populaires, il fallait 
que des essais isolés de fédération vinssent préparer cet important 
résultat. 

Une seconde tentative, faite en 1276, ne fut pas plus heureuse 
On ignore quel en fut le promoteur et sur quelles bases il 
tenta d'établir sa division. L'histoire nous apprend seulement 
que pour résister à une ligue formée entre le duc de Bra- 
bant, les comtes de Flandre, de Hainaut et de Luxembourg, on 
voulut de nouveau distribuer le peuple en un certain nombre de 
tribus, comme au temps de Henri de Gueldre {'^). 

Ce ne fut que 44 années après la révolution de 1253 que le plan 
de Henri de Dinant fut réalisé d'une façon complète et durable. 
Henri de Paire venait d'être élu bourgmestre de la cité. Les exi- 



{ \ ) Scd in praesens potius raaium, quam in futnri suspiciones intentus 
inagis populus, oblinuil ut ad principem hislitueielur legalio... Dionantius 
proscriplique caiteri, priticipis arbitrio perraittuntor ; vicenarii plebis an- 
tiqiiantor ; abroganlor nova plébiscita ; iisdem quibus ante belium 
iegibus vivilo deinceps populus ; a suis tamen consulibus régi permittitor 
(Fisen, Hist. Leod., t. H, p. 9,. 

(-)Leodii consultabalur. Sancitum ut creatis consulibus , populoque 
in certas classes descripto , in illum leipublicœ statum reduceretur . quem 
fuisse nieminimus, Henrico Gueldro principe ; ila paraliores fuisse ad 
subilos casus (Fisen, Ibid., p. 21 ). 



- 31 - 

gences toujours croissantes des nobles avaient porté à son comble 
la haine du peuple. D'un autre côté, le bien-être matériel avait 
développé chez lui les idées de liberté. Riches par leur industrie, 
nombreux par l'agrégation des étrangers, confiants en eux-mêmes 
par leurs succès dans les batailles, les bourgeois étaient moins pa- 
tients que jamais à porter le joug. Un contlit était imminent. 

Henri de Paire pressentant la lutte, songea tout d'abord au 
moyen de prévenir le désordre et la confusion au moment où 
il faudrait agir. Le système de son prédécesseur était seul appli- 
cable, mais il fallait éviter le vice qui l'avait fait échouer en 1253(1). 

Trouvant dans les douze associations d'artisans qui existaient 
alors une division toute faite, née d'elle-même, et par conséquent 
sympathique à tous, il ne s'occupa que de leur donner un caractère 
régulier et uniforme, et de les réunir par une même pensée pour 
poursuivre un but commun. Il leur donna des chefs, des armes 
et des bannières (2). 

Ainsi distribuée en compagnies militaires, la masse plébéienne 
était prête à tout événement et pouvait prétendre à revendiquer 
ses droits et à défendre ses intérêts. Aussi, lorsque Hugues de 
Châlons, quelque temps après, voulut faire passer un décret pour 
démonétiser l'or et de l'argent, Henri de Paire s'opposa ouver- 
tement à cet abus de pouvoir. Le maitre de la cité fut démis 
de ses fonctions ; mais aussitôt le peuple s'insurgea, et les douze 
corporations de métiers, parfaitement organisées, vinrent se dé- 



(1 ) Potiorem nullara videri rationem , quam si converiirent in sodali- 
tates , quemadraodum olim constituerai Hcnricus Dionantius ( Fisen , 
Ibid., p. 34). Sibi quidpiara aliud ab inslitiito Dionanlii occuncre , quo 
mullitudo tôt aille viccnariis confusa in pauciores classes aptius distribue- 
retur... Porro arliura omnium varictatem in classes duodecim primum 
colligi satjs esse{ Fisen, Ibid. ). 

(2)Quicumquc mechanicam artera aliquam exercèrent nova inter se 
societate unirentur ; quibus bini prailicerentur , e tolo numéro delecti , 
qui ubi usus esset, ca^teros ad arma convocarent ducercntque quo néces- 
sitas postularel 'Fisen, Ibid., p. 55). 



— 32 - 

ployer en face de la Violette, sous le commandement de leurs 
capitaines. Les nobles comprirent immédiatement quelle pourrait 
être un jour l'influence de cette institution, et s'efforcèrent de tout 
leur pouvoir de la dissoudre. ( ' ) Mais le prince se laissa gagner 
par l'or du tribun et sous un faux prétexte donna son approbation 
aux compagnies militaires de métiers (^). 

Cette importante concession, qui livra au peuple l'instrument de 
son émancipation, fut bientôt après suivie de plusieurs autres. 
Comme l'avait prévu Henri de Paire, le nombre des métiers fut 
d'abord augmenté [^). Voici à quelle occasion. 

(1) De quoy les nobles et eschevins en furent moult courroucés car 
paravant ils avoient tousiours gouverné le peuple , le tenant assubjecti à 
leur volonté (Ms. de 1670). Coepere tune populi vires invalescere, 
frendente nequicquam nobilitate ( Fisen, Hist. Leod., p. 55). 

( 2) Invictam esse video vestram mullitudinem, si marte apertojusta- 
que acie confligendum foret. Verum dorai hostis erit occupabitque vi repen- 
tina imparatos ; ipsa tum sibi noxia erit indigesta muUitudo ; quare ut 
casu quovis inexpectato suam quisque stationem sciât ordinemque in 
stalione norit , et dueem quem sequatur , placet universum populum in 
classes manipulosque distribuere, dcscribcre curias, binis decuriis vice- 
narios prœficere, qui consulum imperia déférant ad sues, ducantve quo res 
postulaverit ; consilium quam maxime comprobavit populus , statimque 
decuriœ suis vicenariis altributae sunt( Fisen, Ibid., p. 5.).. Probavit mul- 
titude consilium ; descripta est in duodecim artificum sodalilates (Fisen, 
Ibid., p. 55 ). 

C'est à ce fait que beaucoup d'historiens rapportent l'origine des 
métiers. • L'an 1297 furent érigées à Liège douze confraternités de douze 
mesliers , oîi chaque mcstier eult deux gouverneurs et sa bannière pour 
assembler ens mariages , morls , etc. ; et ce du consentement de l'evesque 
Hugues, qui en eut cent livres de gros. )) { Chronicon leod. de 1670, aux 
Archives de VElal de Liège ). 

De son côté , Fisen fait l'observation suivante : Prima hcTC incunabula , 
aul certe ut nonnallis placet , islam postliminio rcstitulionem feruntur 
hausisse artificum coUegia , vel sodalilates, quae hodie minislcria nuncu- 
pamus. Primam quippe illorura originem volunt altius in antiquitate 
repelitam ( prœlio steppeano scilicet ).., quam ( armorum societatem ) hoc 
anno coeplam, aut ferlasse restauratam diserte produnt scriplores (Fisen » 
Ibid., p. -55 ). 

(3 ) Collegia deinde plura condidisse quando e publica re viderelur 
( Fisen, Ibid., p. 54). 



33 



En 1301, leséchevins voulurent proroger la taxe sur la cervoise, 
décrétée par la paix des clercs pour un espace de dix-huit années . Le 
peuple refusa de la payer. Les nobles, accompagnant eux-mêmes 
les percepteurs, employèrent la violence pour l'y forcer. Le jour 
de la Saint Barthélémy, ils entrèrent, la télé couverte de chaperons 
blancs, dans la halle des bouchers et, les armes à la main, exi- 
gèrent la maltôte. « Comme l'un d'eux voulait prendre l'argent 
» qu'un mangon, nommé Gilon Coutreille, avait mis dans une 
» savatte attachée au poteau de son estai, et avançait pour ce la 
» main sur le bloc où ledit mangon détaillait sa chair, il lui coupa 
» avec sa coignée le poing. » 11 s'ensuivit une lutte où les nobles 
eurent le dessous; l'impôt fut aboli, mais les troubles conti- 
nuèrent et ne cessèrent l'année suivante qu'au détriment du parti 
aristocratique qui fut obligé de faire au peuple quatre concessions 
importantes. Mais il n'attendait qu'une occasion favorable pour les 
retirer. 

« L'an 1304, la noblesse et les eschevins, se voyant un évesque 
» qui leur tiendroit la teste (Thibaut de Bar), prirent occasion de 
» se remuer, rompant la paix qu'ils avoienl faite avec le commun : 
» croyant qu'ils ne s'estoient obligés que pour rien tenir quand 
3> ils verroient le temps de se redresser, ils lui firent leurs plaintes 
» des violences que le peuple leur avait fait souffrir pendant la va- 
» cance du siège, en leur faisant signer des articles préjudiciables à 
» leurs droits et leur ronger les ailes de l'autorité qu'ils souloient 
» avoir au gouvernement de la cité ; et tellement l'informèrent qu'il 
» arrêta de faire quitter les armes â la bourgeoisie, qu'elle avoit 
» pris par force. L'évesque se retira avec les nobles et les esche- 
» vins à Maestricht et ordonna aux métiers de révoquer les quatre 
» articles, autrement qu'il casseroit leurs privilèges et leur décla- 
> rerait la guerre. Les métiers se sentant à couvert du chapitre 
» composé alors de beaucoup de chanoines de haute qualité et 
» puissants, respondirent qu'ils mainliendroicnt à la pointe de 
» l'espée et au prix de leur sang ce qui leur avoit esté accordé. » 



— 34 — 

Les échevins se réjouirent de celle réponse audacieuse qui n« 
permettait plus de songer à un accommodement. Tliibaut de Bar 
se mit en route pour tenir un plaid de justice à Vottem, et 
déclarer ses sujets rebelles à leur suzerain. Mais on vint lui 
annoncer que l'armée bourgeoise occupait déjà ce village et l'atlen- 
dait de pied ferme. « Alors il fut mis dans de grands et confus pen- 
» semens et manda aux Liégeois que, ayant meurement examiné 
» leur faict , il voyait avoir mal esté informé des eschevins ; qu'il 
» vouloit les maintenir dans leurs droits et privilèges ; que , loin 
» de vouloir leur faire casser les quatre articles accordés, que sans 
» bannières ils ne le pouvoient servir en cas de besoing (•), Dont 
» il leur accorda de faire plusieurs maistres et mestiers , porter 
» enseignes et avoir pailhes. De quoi il leur donna acte, qui fut le 
» ciment d'une paix qui se fit {'^) , et d'autre part un crève-cœur 
» indicible et un grand rabais de l'autorité des eschevins. » (') 

Par la paix de Seraing, le nombre des métiers fut augmenté, ou 
plutôt les différentes corporations qui s'étaient successivement 
formées depuis 1297 , furent approuvées dans leur ensemble (*). 
Le texte de cette paix, malheureusement perdu, nous eût peut-être 

(1 ) Quœ in duodena duntaxat collegia , quasi tolidem legiones des- 
cripla , non tam facile ductorum regeretur imperio ; faceret potestatem 
alia viginti collegia, pari cum prioribus prerogativa condendi ; ita futu^ 
rura ut in meliori ordine quieleque majore , versatur in comilio populus, 
et principi non minus obstringatur quam clero. Annuit episcopus et 
ex iilo duo et triginta populi collegia numerari cœpla sunt (Fisen, Jbid. 

p. 45). 

(2 ) Paix de Seraing, conclue le 20 août 1507. 

(3 ) De même qu'en l'idl la promesse d'une somme d'argent entraina, 
paraît-il, la décision du prince : Nampecunise vim magnam a civibus pro- 
niittebant ( Fisen, Ibid., p. 45 ). V. aussi Rausin, Leodiutn, p. 341 ). 

(i) Suivant Jean d'Outremeuse et Fisen (t. II, p. 45), il fut établi 32 
métiers. Les chroniques disent 22 et 24. Louvrex, reproduisant une faute 
typographique de la première édition de Fisen , dit qu'il en existait 
déjà 52 en 1299. L'article suivant de la paix d'Angleur semble indiquer 
qu'il y en avait 25 : Et ne seront point... de conseilh del vilhe, se il ne 
voelent eslrc des mestiers ou de lour XXV. 



— 55 - 

appris d'une manière positive, quelle était à celle époque la nature 
des métiers, sous le double point de vue des communautés d'arti- 
sans et des compagnies militaires. Ce qui paraît certain, c'est qu'ils 
ne jouissaient encore d'aucun droit civil, ni politique ; mais leur 
influence grandit tous les jours et bientôt on les verra participer 
activement à l'administration de la cité. 

Après la mort de Thibaut de Bar en 1313, il s'éleva, entre la 
noblesse et le clergé , une violente contestation au sujet du choix 
d'un mambour. La veille du jour où la question devait se décider 
dans une assemblée générale du pays , le comte de Looz , l'un des 
compétiteurs, doutant du succès de sa candidature à cause de 
l'alliance du clergé avec le liers-élat, résolut de dissoudre ce parti 
en écrasant les métiers. 

« Il lira à part les eschevins et les nobles , leur disant : vous 
» savez que l'aultre fois (en 1304) nous avions conclu que nous 
» assaillerions le commun peuple , qui est cause de vostre démis- 
» sion et authorité ancienne. Or, il est temps maintenant , et 
» partant, ceste nuict soyez touts prêts et je vous secoureray telle- 
» ment que nous aurons le toust à noslre volonté — A quoy ils 
» s'accordèrent, et de là ils furent tenir leur conseilh au souper en 
» la maison Goffin du Chaisnes , mayeur , demeurant près de 
» Payenporte, aile chapelle des Vignes; où estoient principalle- 
» ment les eschevins sire Jean Surlet,sire Jean de Coir, sire Jeande 
» St-Martin, Jeande Pont le traistre, et autres principaux; où il fut 
» conclu qu'ils s'arraeroicnt secrètement et feroient tirer les 
» chaynes par les rues, feroient abattre les balisons du Pont-des- 
» Arches , pour empescher ceux d'OuItremeuse de passer vers le 
» marché pendant qu'ils mettcroicnt le feu à la boucherie ou 
» maison des mangons. Mais Dieu y pourveut, car ils ne le surent 
» faire si secrètement, qu'ils ne furent descouverts par une femme 
» qui le rapporta au prévost : celui-ci envoya vers le maistre (à pré- 
» sent bourgmaistre), Buchaire leFoullon, lui mandant qu'il tlst 
» armer secrètement le peuple et que les drappicrs fussent sur leur 



— 36 — 

» halle, pareillement les tanneurs et les vignerons , et que, quand 
y> ils orraient sonner la cloche des drappiers, ils vinssent bien 
«armés; que le prévost les seconderoit , qui avoit avec luy en 
» sa maison l'abbé de Pruime son frère, avec sire Gaullhier et 
n Guillaume de Brunschoven , chanoines de Liège et plusieurs 
» aultresbien armés. Ce qui fut observé. Lesmangons tous armés 
j) allèrent garder la manghinece (halle des bouchers). 

» La nuict venue , les nobles sortirent , accompagnés de grand 
» nombre de gens; où tout premier le fils du mayeur tua un 
» pauvre homme qui gardoit les harengs pour vendre le lende- 
» main. De quoi le prévost fut adverty ; parquoy le sire Walthier 
» (de Brunshoven) alla vers le marché, croiant de faire la paix entre 
» eux ; où il fut tué par les nobles qui mirent le feu en la bou- 
» chérie. Mais les mangons sortirent et se défendèrent vaillam- 
« ment, spécialement Hannonceau de Metz , qui jecla un mortier 
» sur la teste du mayeur Goffin , tellement qu'il convint le 
» reporter en sa maison soub la conduicte et escorte de 400 
» hommes armés. Mais en leur chemin ils rencontrèrent les tan- 
» neurs, qui, au son de la cloche du tocsain, avaient passé la 
» Meuse par balteaux , ayant trouvé les balisons du Pont-des- 
1. Arches abattus par les nobles ; vinrent aussy ceux de Vignis, 
» qui leur coururent sus tous ensemble ; où ils furent tous occis 
» ou mis en fuite. Puis marchèrent les tanneurs et les vignerons 
» vers le marché au secours des mangons, envoyant vers le pont 
» d'Amercœur, sur Avroy et jusqu'à Ans et Molins, crier: 
» aux armes ! » Les gens de métiers accoururent en foule : les 
nobles assaillis de tous les côtés à la fois parvinrent à se frayer un 
passage jusqu'en Publemont et cherchèrent un refuge dans la col- 
légiale de St-Martin, Mais la vengeance populaire , sacrilège et 
barbare, approcha la torche incendiaire de l'anlique édifice qui 
ensevelit sous ses ruines six cents chevaliers liégeois. 

Le lendemain, le peuple fut effrayé de sa victoire. Redoutant la 
colère du prince, les Liégeois entrèrent dans une ligue formidable 



Di 



avec toutes les bonnes villes du pays. Mais une paix fut négociée 
par l'entremise du comte de Looz lui-même, et conclue le 14 février 
4313. Cette paix dite de St-Martin ou d'Angleur, anéantit l'ancienne 
puissance de la noblesse et proclama le triomphe des métiers , en 
décrétant que « nul ne pourrait faire partie du conseil de la cité 
s'il n'appartenait à un métier. » 

Cette clause amène dans l'institution une transformation nou- 
velle et définitive : les métiers deviennent des collèges politiques. 
Désormais ils seront comptés comme un des éléments constitutifs 
de la cité et comme le principal ressort du système communal. 
Les gens du peuple, abandonnés jusqu'ici àla merci de l'aristocratie, 
pourront veiller eux-mêmes à leurs intérêts et exercer des droits 
de cité ; car les membres des métiers seuls pourront élire et être 
élus aux magistratures , décréter la paix ou la guerre , établir des 
impôts. On voit que la paix de St-Marlin leur abandonne en une 
fois la souveraineté dans le gouvernement de la commune. Aussi 
peut-elle être considérée comme la charte de fondation des métiers 
en tant qu'institution municipale ('). 

Lorsqu'éclata cette brusque révolution dans le système politique 
de la cité, personne ne fut étonné : elle se préparait en efTet depuis 
plus d'un demi siècle et les échevins eux-mêmes sentaient leur 
longue et exclusive domination s'échapper peu à peu de leurs 
mains. Cependant ils s'efTorcèrent pendant un certain temps encore 
de lutter contre le courant démocratique et de ressaisir le pouvoir. 

A son avènement au siège épiscopal de Liège, Adolphe de la 
Marck donna d'abord sa sanction au traité de paix signé sur les 
ruines fumantes de St-Marlin (^). Mais bientôt l'influence des 

(Ma partir de cette date, on commence à donner à l'institution des ap- 
pellations plus conformes à son nouveau caractère que celle de méiiers. On 
lit indifféremment dans les historiens et même dans les lettres patentes des 
souverains les noms de tribus, collèges, communes, décuries. 

("^ ) Et aussi li evcsque donat al suplicalion de capitle de Liège lettres 
de franchises a cascon mestiers por li ( Jean d'Outremeuse). Cette asser- 
tion parait inexacte, car les premiers privilèges écrits donnés à un métier 
datent de l'année 1531. 

3 



38 



métiers, accrue encore par la paix de Fexhe , lui porta ombragfl 
el il s'appliqua à établir entre les deux partis un équilibre qui lui 
laisserait en mains l'autorité suprême. Par les paix de Wihogne et 
de Geneffe ou de Voltem, il enleva successivement aux collèges 
électoraux leurs récents privilèges politiques. La magistrature fut 
de nouveau partagée entre les nobles et les bourgeois ; le prince 
se réserva la nomination des chefs de métiers ; ceux-ci durent se 
borner dans leurs assemblées à la discussion de leurs affaires parti- 
culières ; enfin les nobles redevinrent électeurs et éligibles sans 
être obligés de faire partie d'un métier. 

Pour arrêter le développement trop rapide des corporations 
populaires , Adolphe de la Marck , par l'article 5 de la paix 
de Vottem, obligea chacune d'elles en particulier, à se faire 
approuver par l'autorité pour recevoir une espèce d'investiture ( '). 
* Item avons ordineit que tous les mesliers délie cité , qui volrent 
» avoir frairie , les facent approuver par le signeur ou sa justice 
» dédains deux mois et que nuls ne puist avoir ny useir de frairie 
» de dors en avant selle n'est approuvée par le signeur ou sa 
» justice ; et ly signeur ou sa justice ne debveront esconduire de 
» approuveir et de sceller ligement sans contredit ces frairies que 
» ons volroit ainsi approveir , mains qu'elles soient raisonnables 
» et ne soient faites et ordonnées contre le commun profit. » 
On peut induire de ce texte qu'avant l'année 1551 , les artisans de 
la cité avaient le droit de se constituer en société et d'établir des 
métiers sans l'autorisation du prince ou des échevins ; approuvées 
en masse, ces associations existaient légalement sans avoir reçu 
respectivement de sanction. 

( ' ) « Déjà toutefois et peu à peu le pouvoir royal avait étendu 
ses droits de surveillance el d'inspection à tous les métiers de la ville et 
avait diminué d'autant l'importance de juridiction particulière , même en 
leur permettant d'exercer leurs privilèges concurremment avec lui. Enfin 
l'usage de donner une sanction aux métiers s'établit de plus en plus et 
au XIV» siècle il formait le droit général , et les communautés n'avaient 
plus d'existence légale sans la concession du prince, n 

[ Moyen-âyc el renaissance, ) 



- m - 

Cette loi paraît avoir eu un effet rétroactif; on peut du moins 
constater qu'elle fut appliquée à un métier existant depuis un 
temps immémorial dans la cité, celui des tanneurs. 

La puissance politique des métiers, un instant affaiblie par 
la paix de Voltem, ne tarda pas à se relever. Dès l'année 1343, la 
paix de St-Jacques rendit aux confraternités populaires une partie 
de leurs privilèges. 

Il convient de rappeler les circonstances qui amenèrent ce 
résultat. 

La guerre venait d'éclater entre l'évêque de Liège et lesHutois, 
soutenus dans leur rébellion par le duc de Brabant. Adolphe de 
la Marck fit convoquer les États pour obtenir une levée de troupes. 
Le peuple s'y opposa, réclamant avant tout l'abolition de la loi du 
murmure, et le rétablissement des prérogatives que les paix de 
Wihogne et de GenefTe avaient enlevées aux métiers. Le prince dut 
céder, du moins en partie, à ces réclamations. Le pouvoir électif 
resta partagé entre les nobles et les métiers ; mais ceux-ci eurent 
de nouveau le droit de choisir eux-mêmes leurs gouverneurs, de 
tenir à leur gré des assemblées politiques, d'admettre dans leur 
sein et sans contrôle de nouveaux membres, enfin d'être représentés 
par leurs chefs dans le conseil de la cité. Ces concessions, qui re- 
mettaient les métiers en possession de leur entière indépendance 
comme communautés privées, leur rendaient aussi dans l'adminis- 
tration de la commune une assez grande influence. 

Ils ne tardèrent pas à la récupérer entièrement et d'une façon 
décisive. Les empiétements successifs des métiers sur les préroga- 
tives de la noblesse se faisant isolément et à de longs intervalles, 
n'étaient pas accompagnés de secousse ou de bruil ; il ne fallait plus, 
comme autrefois, de sanglantes révolutions pour accomplir la 
conquête de leurs droits. Aujourd'hui que le peuple l'emporte sur 
ses adversaires par le nombre, la richesse, la puissance et le cou- 
rage, il s'empare de ses privilèges comme d'un bien légitime et 
prend possession d'un héritage que d'autres ne sont plus aptes à 
recueillir. 



- 40 - 

Les nobles, ruinés par une vie somptueuse, décimés par les que- 
relles intestines, cherchent en vain à retenir encore quelques débris 
de leur ancienne puissance en recourant à l'intrigue; ni la publica- 
tion d'édits oppresseurs, ni la corruption ne peuvent arrêter le 
courant irrésistible qui entraîne la société vers les principes démo- 
cratiques. La noblesse, dominée et vaincue, abdique enfin d'elle- 
même toute autorité ; lorsqu'arrivèrent les élections de 1384, elle 
renonça à proposer une candidature, abandonnant ainsi, avec le 
principe électoral, les rênes du gouvernement aux mains des 
métiers. Seuls, les bourgeois inscrits sur leurs rôles restèrent 
électeurs et éligibles ; seuls ils exercèrent tous les pouvoirs dans 
la commune. Les métiers étaient au comble de leur puissance. 

Il ne restait plus aux nobles qu'un seul moyen de participer 
encore au gouvernement de la cité; c'était comme en 1313 de se 
faire recevoir membres d'un métier et de fondre ainsi dans une 
seule et même nation, sans distinction de personnes ni de castes, 
les deux puissances rivales. 

Le nouveau mode d'élection introduit en l'année 1384, reçut 
une confirmation par l'article 17 de la paix de Tongres (1403). 

Pendant 24 années consécutives, les métiers restèrent en posses- 
sion du pouvoir absolu. Mais ils n'en étaient pas encore à la der- 
i;,nière phase de leur orageuse existence. 

Jean de Bavière avait été élu évêque de Liège, en 1390. L'admi- 
nistration violente et capricieuse de ce mauvais prince ne tarda pas 
à soulever une faction qui eut pour adhérents tous les bons 
citoyens. En 1402, le parti des Haydroits était devenu tellement 
puissant que Jean sans Pitié fut obligé de se réfugier à Maestricht. 
Ayant obtenu l'alliance du duc de Bourgogne et du comte de 
Hainaut, il livra bataille à son peuple et remporta sur lui, le 23 
septembre 1408, la sanglante victoire d'Othée. Sa vengeance fut 
terrible. Il abandonna la ville au pillage; puis, le 24 octobre, porta 
unesentonce qui détruisait d'un seul coup l'œuvre si laborieusement 
élevée des institutions populaires, et anéantissait en quelque sorte 
la nationalité liégeoise. Par un article de cet édit,il décrâtait la sup- 



- 41 — 

pression radicale des métiers (i); le 17 décembre il fit enlever 
ou brûler publiquement sur la grande place du marché leurs ban- 
nières, leurs chartes et leurs privilèges (2 ). 

En proclamant l'abolition des métiers, il n'entrait certes nulle- 
ment dans la pensée de Jean de Bavière de proscrire l'exercice des 
arts mécaniques ; mais pour mieux annihiler les collèges électoraux, 
il décréta aussi la dissolution des communautés d'artisans qui leur 
avaient donné naissance. 

La rigueur de ces mesures, l'importance que, dans la suite, les 
évêques attachent à restreindre ou à développer les privilèges des 
métiers suivant qu'ils sont contraires ou favorables au peuple, 
donnent la pUis haute idée de l'influence de celte institution. 

Dans les concessions insignifiantes accordées au mois d'août 
4409 par Jean de Bavière et en 1411 par les alliés, des réserves 
expresses et formelles furent faites à l'égard des métiers ( ^). 

Enfin, en 1416, pressé par des réclamations incessantes, le 
prince consentit au rétablissement de douze corporations ; il leur 
permit d'arborer des bannières représentant d'un côté le perron de 
Liège accompagné des armes de Bavière, et de l'autre les insignes 
de leur métier respectif; il fit en même temps rédiger différents 
articles pour régler la pratique du métier, empêcher les fraudes et 

(') Nullum magislratum ipse populus designato... Omnium populi 
collcgiorum societas omnis tollilor lola provincia , quorum vexilla legalis 
principum traduiilor (Fisen , Hisl. Leod., t. II, p. 17oj. 

('^J IJavarus , Leodium roversus , omnium populi collegiorum signa 
miiilaria in palalium ad se deferri mandavit cl sultjccto paiam igné 
comburi (Fiscn, Ibid. )• 

(3) Sublalis omnium populi collegiorum tal)ulis publiais. .. Non- 
nullas remiscre tabulas publicas quas c pluribus selegorant ; at civium 
collegiis . ut qure abolila vcllent , niillas omnino. (Fisen, Ibid,, p. 176). 
nia ingens populi mulliludo , nullo ordinc nullisquc legibus regel)alur ; 
iinivcrsascnim leges , non urbium modo . sed et populi collegiorum ahs- 
tulerant viclorcs. Feccrunt lamen facullalem episcopo novas condendi. 
modo consules, juralos . gubcrnalorcs ut suiïragii jus populo non resli- 
tucrel (Fisen, Ibid., p. 17R). 



— 42 — 

fixer les devoirs des officiers. Mais l'exercice de tout droit poli- 
tique leur étant interdit, elles ne conservaient de l'ancien état de 
choses que leur caractère primilif de communautés industrielles ou 
marchandes. 

Ce rétablissement ne suffit pas au peuple. Il regrettait toujours 
ses beaux privilèges perdus. Aussi lorsque le jour de Noël de cette 
même année l'empereur Sigismond passa par Liège , la bour- 
geoisie unie au clergé le supplia de rétablir les métiers tels qu'ils 
étaient avant 1408, et de les réintégrer dans tous leurs droits. 
L'empereur se laissa fléchir, et le 26 mars 1417, il révoqua par un 
diplôme la terrible sentence de Jean de Bourgogne. Celui-ci s'op- 
posa d'abord à toute restauration; mais gagné par une somme de 
6,000 florins d'or, il consentit à rendre aux liégeois quelques-unes 
de leurs libertés et leur permit de posséder 17 métiers, c'est-à-dire, 
de se distribuer en 17 collèges ( ' ). Le règlement du 30 avril 1407 
qui amenait ces nouveaux changements, ordonnait que les gouver- 
neurs des métiers fussent remplacés par des receveurs ou rentiers, 
dont la seule mission était d'administrer les affaires pécuniaires de 
chaque corporation. A cette fin ils avaient le droit de tenir des 
assemblées. Des conseillers étaient aussi substitués aux jurés et 
devaient siéger au conseil communal pour représenter chaque bon 
métier. 

Ce nouvel ordre de choses ne dura pas même une année. En 
1418, Jean de Bavière ayant abdiqué, toutes les anciennes institu- 
tions furent immédiatement rétablies et confirmées quelques jours 
après par le nouvel évêque Jean de Wallenrode. « Il rendit à la cité 
» et autres bonnes villes du pays leurs privilèges et franchises, 
» donnant licence aux bourgeois de rétablir les 24 confraternités 
» de métiers, en y ajoutant 8 qui furent 32 (s) ; lesquelles redres- 

(') Celerum delinitus hoc auro Bavarus, populo perraisit ut innova, 
seplemdeciin collegia dislribueretur (Fisen, Ilist. Leod., t. II , p. 181). 

( 2 ) Le cliiiïre de 52 ne fut jamais dépassé. Cependant , dit Vlierden 
écrivain du XVI1« siècle [Clcricus dcpcnna vivcns , p. 24 ) , si l'on voulait 



— 43 — 

» scrent leurs bannières et enseignes, faisant toutes autres céré- 
» monies à ce accoustumées, et les laissant jouir de tous autres 
» droits dont ils étaient en usage avant la bataille d'Othée, soit 
> pourle regard des assemblées ou compagnies, soit pour le regard 
x> de l'élection du magistrat et autres officiers de la cité ( '). » 

Le régiment de Heinsberg, en date du 16 juillet 1424, modifia 
profondément la forme des élections magistrales, mais n'apporta 

ériger en confréries tous les arts qui s'exercent aujourd'hui dans la cité, 
on en compterait plus de 95 Pour éviter une trop nombreuse division, 
on agrégeait à un seul métier différentes industries de même nature. 
C'est ainsi que le métier des fèvres comprenait les armoyers, les éperon- 
niers. les serruriers, les pots de stainiers, les coutelliers, les chaudronniers- 
mignons , les taillandiers , les épingliers , les fondeurs , les forgerons, les 
cloutiers, les ferroniers. etc. C'étaient autant de membres du métier prin- 
cipal. Voici les 52 métiers de Liège au commencement du XVII" siècle : 
1° les fèbvres; 2° les charliers ; 5" les cherwiers ; ¥ les moulniers; 5" les 
boulangers : 6" les vignerons ; 7" les bouilleurs ; 8" les poisseurs ; 9° les 
couvreurs; 10" les porteurs aux sacs ; 11'' les brasseurs ; 12" les drapiers ; 
13" les retondeurs ,• 14" les entretailleurs ; 15" les vair-xhohiers ou pelle- 
tiers; 16" les vieux-wariers ; 17" les naiveurs ; 18" les soyeurs: 19" les 
mairniers ; 20" les charpentiers ; 21 " les maçons ; 22" les couvreurs ; 23° les 
corduaniers ; 2'i" les corbesiers ; 25" les texheurs ; 26" les cureurs et toil- 
1ers; 27° les fruitiers et harengiers ; 28" les mangons; 29" les tanneurs ; 
30o les chandeillions et flockeniers; 5 1 o les merciers: 32" les orfèvres. Outre 
les compagnies militaires des arbalétriers et des arquebusiers, il y avait en- 
core la compagnie des chapeliers, celle des chirurgiens et barbiers , celle 
des cuisiniers, les collèges des médecins et des maîtres d'école, etc. Nous y 
reviendrons ailleurs. 

Les imprimeurs , les libraires et les pharmaciens formèrent aussi des 
collèges spéciaux. Mais vers IGOO une sentence des èchevins réunit les 
libraires au métier des orfèvres : qu;e licet ab ipsis revocata fuerit senten- 
tia triginta dunmviris , tamen ab assumptis revisoribus... municipalium 
confirmata judicum sententia, (Vlicrdcn, p. -40). 

(1) Induisit ergo porhumane populo priorem publictie rei statum ; pri- 
mumque quatuor et viginli permisit esse collcgia cum signis militaribus , 
lentoriiset omni apparatu liellico... atqne ila tolius roipublio;c cura populo 
restitula est. Denique ne quid adprislinse libertatis inlegritalom dce.sse vi- 
deretur, post duos tresve menscs, omnino duo et tringinla populi collegia 
episcopus esse permisit. (Fisen, Ilist. Leod. , t. FI, p. 182). 



aucun chan'gement notable aux corporations de métiers. Jean de 
Heinsberg chercha au contraire à appliquer à la lettre les règles 
prescrites dans le diplôme de l'empereur Sigismond et à raffermir 
l'institution dans tous ses droits. 

En 1468, date sinistre dans notre histoire nationale, les métiers 
furent compris dans le désastre qui frappa la cité de Liège. Ecrasé 
par les sanglantes défaites de Brustem et des 600 Franchimontois à 
Ste-Walburge, le peuple vil en un seul jour toutes les lois et les 
institutions du pays mises à néant. « Les trente deux mestiers de 
» la dicte cité seront abolis et mis jus à lousjours, en telz manières 
» qu'ils n'auront jamais corps ni communalté, droit ne faculté 
» d'eux assembler ne de faire livres, status ne ordonnances, eulx 
» mettre ne eslever en armes, avoir bannières ou biens communs 
> entre eulx (')• * Ces biens furent confisqués par Louis de 
Bourbon et servirent pendant huit années à payer les débauches et 
le luxe effréné de sa cour. 

Mais, lorsque le 5 janvier 1477 la nouvelle de la fin tragique de 
Charles le Téméraire tué à Nancy se répandit dans la ville, le 
peuple fil entendre son cri de liberté et rétablit spontanément toutes 
ses institutions démocratiques ; les 32 métiers furent reconstitués 
avec fous leurs privilèges et remis en possession de leurs biens. 

Pendant près de deux siècles après cette heureuse restauration, 
les métiers jouirent paisiblement des droits qu'ils avaient conquis 
au prix de tant de patience, d'énergie et de malheurs. Si quelques 
réformes furent de temps à autre apportées à leurs statuts, quant 
au mode d'élection des magistrats, par exemple, ils n'en conser- 
vèrent pas moins jusqu'en 1684 leurs caractères principaux. 

11 convient néanmoins de signaler quelques-unes de ces modifi- 
cations particulièrement relatives aux métiers. 

ParFarticle 24 de son règlement du 18 février 1507, Erard de 
la Marck ordonna que tous les habitants de la cité et de sa banlieue 

( ' ) Sentence de Charles de Bourgogne, puliliéc par M. Gachard dans la 
collection des documents incdils, t. il, p. ioi. 



— 45 — 

se fissent inscrire sur les rôles d'un mélier (^). Toute la popula- 
tion liégeoise, répartie en 32 sections, prenait ainsi part aux élec- 
tions magistrales. 

En ISSS, Corneille de Berg, pour empêcher les désordres occa- 
sionnés le jour de St-Jacques par les rassemblements tumultueux 
des bourgeois sous les bannières des métiers, publia un édit de 
police par lequel il divisait la ville en plusieurs quartiers; chacun 
d'eux eut un local spécial pour procéder au vote. Le prince ordon- 
nait en même temps que quiconque voulait se faire recevoir dans 
un des 32 métiers devait se présenter d'abord au grand mayeur, 
aux échevins et aux bourgmestres, puis à son conseil privé, dans 
le but d'en exclure les mutins et les gens malhonnêtes. 

L'éditou règlement d'Ernest de Bavière, émané le 14 avril 1603 
dans le but de faire cesser les brigues électorales, introduisit, en 
faveur des métiers, une réforme d'une importance extrême. Depuis 
la publication du régiment de Heinsberg en 1424, l'élection des 
magistrats de la cité était partagée entre le prince et les corpora- 
tions ; mais, à force d'intrigues et de corruptions, les nobles étaient 
parvenus à ressaisir quelqu'autorité et faisaient triompher leurs 
candidats. L'évèque mit un terme à ces abus en conférant aux mé- 
tiers seuls le droit d'élection. Confirmant ensuite les prescriptions 
faites par Erard de la Marck , il défendit aux bourgeois de hanter 
plusieurs métiers à la fois: « Que tous bourgeois, chefs ou pères 
» de famille, soient-ils de la cité, franchise et banlieue d'icelle, de 
» quelle qualité, condition, prééminence ils puissent être, seront 
> tenus dedans huit jours après la publication de cette, choisir 
» un métier pour le hanter ; et que ceux qui font et exercent un 



(1) Et quant aux autres manants et habitants en la dite cité, franchise 
et banlieue de Liège. qui point ne sont bourgeois, iceux seront tenus acqué- 
rir la bourgeoisie d'aucun des 32 mcliers et ce cndedcns la Penlccostc pro- 
chain venant , et ne poronl les dits mosliers ou cbascun d'eux refuser la 
petite rate de leur dit meslicr à ceulx qui ainsy acquérir le voronl , etc. 
(Louvrcx, Recueil des édits du pays de Lmjc, vol. I, p. -487) . 



— 46 - 

» métier manuel, ne pourront choisir ni hanter que celui qu'ils 
» exercent actuellement ; et cette leur éleclion seront tenus faire 
» enregistrer dedans autres huit jours après. » 

Celte ordonnance resta en vigueur jusqu'à l'avènement de Fer- 
dinand de Bavière, qui obtint de l'empereur Malhias, en 1613, un 
édit impérial abrogeant cette nouvelle forme d'élection et décré- 
tant la mise en vigueur des statuts de 1424. 

Ce rétablissement souleva un mécontentement général : les exi- 
gences du prince ne firent que l'accroître, et bientôt le pays tout 
entier fut divisé en deux factions opposées, les chiroux, partisans 
de l'évéque, et les griffnoiix, partisans de la liberté. 

L'effervescence fut un instant calmée en 1631, quand Ferdinand 
de Bavière vendit, pour une somme de 150,000 écus, sa sanction 
aux statuts de 1603; il stipulait seulement que pour prendre part 
au vote il fallait avoir atteint l'âge de 22 ans, ou bien être marié ou 
gradué ; aucun changement ne pouvait être fait à ces statuts sans 
l'aveu du conseil et des métiers. Mais l'audace et les violences des 
chiroux détruisirent bientôt les effets de cet accomodement et les 
querelles intestines recommencèrent de plus belle. Les hypocrites 
concessions faites par la paix de Tongres, dite paix fourrée, con- 
clue le 24 avril 1640, n'appaisèrent que d'une façon apparente 
l'animosilé des deux partis. La guerre civile éclata, et le prince, à 
la tète de troupes mercenaires, secondé par les chiroux et les Ba- 
varois, se rendit maître de la cité (1649). A part l'effusion du sang, 
la conduite du prince rappella en cette circonstance, la date de 
4408 rendue si tristement célèbre par l'implacable vengeance de 
Jean de Bourgogne. De même qu'alors, la sainteté du serment fut 
sacrifiée à la colère, et la bonté de l'évéque à l'injusle rigueur du 
prince. Sans respect pour les paix qu'il avait jurées, Ferdinand de 
Bavière renversa les coutumes et les institutions et bouleversa tout 
l'ordre social. Les métiers furent encore une fois supprimés comme 
collèges politiques el dépouillés de tous leurs privilèges. Ce ne 
seront plus eux qui éliront les magistrats de la cité, qui discuteront 
dans les assemblées les grands intérêts du pays ; ils n'auront plus 



— 47 — 

même le droit de nommer leurs propres gouverneurs dont l'élec- 
tion est dévoulue aux bourgmestres et au conseil de la ville : « Les 
j> bourguemaislres et conseil... choisiront le jour suivant (25 juil- 
« let) deux gouverneurs de chaque métier... Désormais ne se fera 
» ni en procession publique ni autrement, pour quelle cause que 
3) ce soit, aucune assemblée des métiers de notre cité, mais seront 
» iceux, en tout et partout, réprésentés par les bourguemaitres 
« et conseil ( ' ). » 

Ces nouvelles dispositions imposées par la violence et subies 
sous l'impression de la terreur, subsistèrent jusqu'en 1676, quand 
le peuple liégeois tenta un dernier efTort pour reconquérir ses 
droits. Cette année, les Français auxquels, malgré le principe de 
la neutralité du pays, le prince Maximilien Henri de Bavière avait 
permis le passage sur notre territoire, ayant fait sauter la citadelle 
regardée depuis sa construction par le peuple comme le signe de sa 
servitude, les Liégeois se crurent libres et rétablirent aussitôt leurs 
inslilulions telles qu'elles étaient avant l'arrivée de Ferdinand de 
Bavière. Les S^ niéliers, reconstitués sur les bases du règlement 
de 1603, se rendirent anprès du chancelier et du grand mayeur 
pour réclamer la resliliilion de leurs privilèges; le 28 avril, rangés 
sous leurs bannières, ils firent cortège à la procession de la trans- 
lation de S. Lambert, comme aux plus beaux jours de leur splen- 
deur. Pour éviter le désordre dans les assemblées populaires, 
chaque métier donna pouvoir à ses gouverneurs de discuter ses 
intérêts et de le repcéscnter dans le conseil de la cité pour veiller 
au maintien de ses franchises. 

Mais cet heureux retour aux anciens usages fut de peu de durée, 
et l'insurrection du peuple eut j)Our les métiers les plus funestes 
conséquences. Tout accommodement étant devenu désormais inijos- 
sible, Maximilien résolut de réduire ses sujets par la force, et le 
26 août 1684, secouru par les lrou|)cs de l'empereur et du roi de 
France, il s'empara de la cité. Le 28 novembre suivant, il publia un 

(•) Louvrex. Recueil dex édils dti pays de Liège, vol. I, p. 83. 



48 



édit qui anéantit à tout jamais les corporations de métiers en 
tant que collèges politiques. Comme tels, ils furent remplacés par 
seize chambres, dont tous les habitants de Liège et de sa banlieue, 
sans exception, devaient faire partie. Comme communautés mar- 
chandes, les métiers furent conservés, mais enrôlés deux par deux, 
dans chacune des seize chambres. Les coutumes et les anciens 
règlements particuliers relatifs auxacquêtes, aux reliefs, etc., furent 
maintenus pour tous les artisans usant ou voulant user d'un mé- 
tier; chaque métier eut un gouverneur élu tous les deux ans, pour 
veiller à l'observation des statuts et aux intérêts du commerce; un 
surintendant leur était adjoint pour les aider dans ces fonctions. 
L'administration même et l'organisation des métiers fut dévolue 
au conseil de la cité qui régla toutes les affaires d'intérêt géné- 
ral ('). Les chambres où ils tenaient leurs assemblées furent ven- 
dues aux enchères et leurs biens incorporés dans les fonds de la 
ville. 

En un mot, des trois caractères qu'avaient revêtus les métiers à 
la plus belle époque de leur existence, à savoir politique, militaire et 
industriel , ils ne conservèrent absolument plus que ce dernier. 
Depuis longtemps les milices citoyennes et urbaines avaient été 
remplacées par des troupes mercenaires. 

On pourrait entrer dans de plus amples détails au sujet des seize 
chambres, indiquer les modes d'élection et le rôle passif qu'y jouaient 
les métiers. Mais ces modifications influèrent trop peu sur la nature 
de l'institution, pour que j'aie à traiter ici ceUe matière longue et 
toute spéciale. 

Disons seulement que ces nouvelles dispositions répondaient 
aux besoins du moment. On ne doit pas toujours et de parti pris 
incriminer les princes pour les transformations qu'ils apportent 



(0 Le conseil a la direction de ce qui concerne les métiers , voire sous 
révision à ol)tenir de nous on de notre Conseil-Privé, ainsi qu'il est ordonné 
par la réforme de 16i9. (tlcglcmcnt de Maximilicn Henri de Bavière , du 
29 novembre 1684). 



— 49 — 

dans le gouvernement d'un pays. Les vieilles insUlutions du 
moyen âge, nées sous le régime de la société féodale, ne répon- 
daient plus aux exigences de l'époque et avaient fait leur temps. 
Ce qui le prouve, c'est quele règlement de 1684 régit paisiblement 
pendant plus d'un siècle et sans aucun obstacle le pays de Liège ; 
il ne cessa d'être appliqué que lorsque la principaulé elle-même 
fut conquise par les républicains français en 1792. Lois et tribu- 
naux, conseils et magistrats, princes et états, chambres et métiers 
furent à tout jamais, après plus de sept siècles d'existence, englou- 
tis dans la grande révolution (i). 

« Personne ne regretta... les métiers, qui faisaient du travail un 
» monopole. Au moyen-âge, les métiers avaient été utiles et salu- 
» laires en tant que collèges politiques et agrégations d'hommes 
1» ayant les mêmes intérêts sociaux; mais ils devinrent pernicieux 
» et funestes au commerce et à l'industrie, lorsque le gouverne- 
» ment fut parvenu à les transformer en corporations d'arts et mé- 
» tiers rivaux les uns des autres ( ^ ). » 

En analysant les détails historiques qu'on vient de lire, il 
semble qu'on peut distinguer dans l'histoire des bons métiers de 
Liège quatre époques bien tranchées, ayant chacune sa physiono- 
mie et son caractère particulier. 

La première commence à l'origine des métiers et va jusqu'à l'an- 
née 1297. Pendant celte période, il n'existe encore que de simples 
communautés d'artisans réunis spontanément en société pour se 
faciliter l'exercice d'une profession manuelle ou célébrer en com- 
mun des fêles. Ces associations d'ouvriers sont isolées, libres, in- 
dépendantes, régies par des coutumes, ne s'occupent point du gou- 
vernement de la commune et ne sont pas reconnues parles lois. 
Leur histoire est celle d'une iuslilulion privée plus ou moins biea 

( ' ) Les seize Cliamtires sont supprimées et abolies à [icrpcluité. {Plan 
de la municipalité pour la elle de Liège, p. 14). 
(â) Fcrd. IKnaax, Ilisloire de Liéyc, vol. Il, p, 292, n. 



— 50 — 

organisée pour le but qu'elle se propose. Comme tels, les métiers 
n'ont pas laissé de traces dans les annales liégeoises ; ils n'y appa- 
raissent que lorsqu'ils marchentsous les drapeaux ; leur vie intime 
et pacifique ne pouvait occuper de place dans les grands intérêts 
sociaux. 11 faut rechercher les détails de leur histoire dans leurs 
registres particuliers, s'ils ont échappé à la destruction. 

Avec Henri de Paire commence la seconde période; son carac- 
tère distinctif est la classification générale des artisans en compa- 
gnies fixes, militairementorganisées et sanctionnées par l'état. Les 
métiers forment entre eux une fédération dans le but de défendre 
leurs intérêts et de conquérir leurs droits. Unis et disciplinés, ils 
discutent en commun les questions d'intérêt général, organisent 
des plans d'ensemble, et expriment leurs volontés à des chefs res- 
pectifs qui se concertent pour secouer le joug de la noblesse. C'est 
une forme de transition. 

En 1313, la paix de S' Martin amène les métiers au plus haut 
degré de développement que comportait l'institution ; ils de- 
viennent des collèges politiques ; toute la population liégeoise dis- 
tribuée en 32 sections exerce par eux ses droits de cité. Sous cette 
forme, les métiers ne peuvent être étudiés isolément ; ils sont so- 
lidaires les uns des autres et forment dans leur ensemble, le 
corps des 32 bons métiers de la cité. 

Enfin arrive en 1684 le règlement de Maximilien-Henri de Ba- 
vière qui détermine la quatrième phase de Texislence des métiers. 
Par l'institution des seize chambres, le prince enlève aux métiers 
tout pouvoir politique et limite leur activité à l'exercice et à la 
police des arts mécaniques. 

Dans ces différentes transformations, les métiers ont toujours 
conservé, dans leur vie privée, le caractère primitif purement indus- 
triel de l'institution. A travers toutes les révolutions commu- 
nales, les corporations d'artisans ont continué à subsister, exer- 
çant une certaine juridiction sur le commerce, jouissant de privi- 
lèges, possédant des statuts et des officiers, célébrant des fêtes, 



- 51 — 

tenant des assemblées, pratiquant des coutumes. C'est à ce point 
de vue que nous examinerons le métier des tanneurs. 

Mais, quoique restant en dehors de la vie publique, l'organisa- 
tion intérieure de chaque métier se ressentit des changements 
politiques apportés dans l'état social : chaque communauté en 
particulier, recevait naturellement le contre-coup des secousses 
imprimées à l'institution tout entière. C'est pour ce motif que 
nous avons cru nécessaire d'exposer brièvement les fluctuations 
qu'a subies le corps des métiers dans son ensemble, avant de re- 
tracer le tableau de la vie intérieure de l'un d'entre eux. 



LE 



BON MÉTIER DES TANNEURS A LIÈGE. 



RECHERCHES HISTORIQUES. 



Le bon métier des tanneurs occupait le vingt-neuvième rang au 
catalogue des corporations, selon l'ordre traditionnel adopté de- 
puis un temps immémorial dans la cité de Liège ('). 

Les corroyeurs, les selliers, les bourreliers (gorliers) , les re- 
lieurs ( * ) les chamoiseurs, les maroquiniers, les mégissiers, les 

(1 )Cet ordre fixe et constamment observe jusqu'en 1684, fut probable- 
ment établi lors de l'institution des 32 métiers par Jean de Wallenrode, 
en 1418. On le trouve du moins signalé, peu après, dans un document de 
142G, avec très peu de dilTcrences. Ce fut sans doute le sort qui décida le 
rang, car l'ancienneté et l'importance n'y sont aucunement prises en con- 
sidération. 

(2) Vlierden s'exprime comme suit à propos des relieurs -.Bibliopeci co- 
riariorum recognoscant tribum, quod corio libros obvcstiant : erunt et 
bibliopecis molesti molitores aut pistorcs ; farina cnim bibliopccus ad pul- 
tem utitur. Nec tacebunt œrarii ant ferrarii quod claustra librorum sint 
œrca et claviculi vcl œrei vel ferrei quibus claviendis opus est malleo. Ma- 
teriarii bibliopecum contribulcm vindicabunt quod asseribus plurimi obli- 
gentur libri ; a quibus si prailereantur, pncslo erunt carpentarii quorum in 
manus incident vel ob id quod ulantur ascia, circino, serra, securiculis, 
lima, tercbris et similibus lignariorum instrumentis. Adhibct plurimis 
sarcinandis bibliopccus libris restes, adhibct pêne omnibus adglulinan- 

4 



— 54 - 

parcheminiers, en faisaient parlie et en formaient ce qu'on appelait 
les membres. Les vairains-scohiers ou vvaire-xhohiers dits pelle- 
tiers furent aussi d'abord compris dans le métier des tanneurs; 
mais ils s'en séparèrent au XIV* siècle pour former une corpora- 
tion spéciale. Il en fut de même des corduaniers et des corbesiers, 
qui, en 1461, ne figurent pas encore au nombre des 32 bons mé- 
tiers de Liège. Comme les membres observaient en tous points les 
statuts de la corporation mère et qu'on ne trouve sur eux aucun 
renseignement particulier, nous n'avons pas à nous en occuper spé- 
cialement. 

L'introduction de la tannerie à Liège doit remonter aux pre- 
mières années de la fondation de la cité. Les produits de celle in- 
dustrie sont indispensables à toute agrégation civilisée; il est 
naturel d'admettre qu'elle s'implanta dans le pays de très bonne 
heure, sans doute peu après la translation du corps de saint Lam- 
bert de Maestricht à Liège ('). La nécessité où se trouvaient les 
ouvriers tanneurs de posséder en commun un moulin, les réunit 
immédiatement en société. 

La place qu'ils devaient occuper dans la cité, était presque dé- 
signée d'avance par la nature même de leurs travaux. Le lavage 

dis et stipandis codicibus coUam et albumen ovi uttenacius inhereal au- 
ratio ; acu et filo ulilur quo nomine insurgent in Ipsum flocularii et 
proximae tribus sodales jucundissimi. Ergo ne tôt tribuum bibliopecus 
adscribctur ncccssario coUegiis et toi collogiorum sacris iniliabitur ? Magis 
est ut non credam 'p. 40). Après ces considérations de rhéteur, il con- 
clut en faveur du métier des corroyeurs. 

(') Un manuscrit du IX° siècle mentionne les corroyeurs comme exis- 
tant à Gand depuis un temps immémorial (V. Coomans, Les communes 
belges, p. 54, n.). Quant aux tanneurs de Liège, voici ce qu'ils disent 
eux-mêmes dans un document de 1579 : Que ledit meslicr des tanneurs 
est un des plus anciens dowé et armé de statuts et privilèges (V. le Re- 
cueil des chartes et privilèges, t. II, p. 257). Les tanneurs ne se trouvent 
pas dans le livre des métiers de Paris d'Etienne Boileau, formé en 1258; 
on y voit cependant 4 corporations dillèrentes de palcnotriers et G de 
chapeliers. 



étant une des opérations essentielles de la préparation des cuirs, 
ils s'établirent nécessairement au bord d'un cours d'eau. 

La tradition répandue à Liège au XVII« siècle et recueillie par 
Vlierden, rapporte qu'ils s'installèrent primilivement dans le quar- 
tier de la Sauvenière, le long du rivage qui s'étendait depuis la 
porte des Béguards jusqu'à la Màsi-ruelle. On ne doit pas s'at- 
tendre, de la part des écrivains de cette époque, à une critique his- 
torique bien sévère. Mais Vlierden ne devait pas ignorer le récit, 
légendaire suivant quelques-uns, et cependant assez bien prouvé 
aujourd'hui, qui attribue à Notger les excavations de la Sauvenière, 
où l'on fit passer plus tard un bras de la Meuse. Il est donc peu 
probable que les tanneurs se soient établis là avant l'an mil. Où 
étaient-ils antérieurement? On l'ignore. Ce qui parait certain, c'est 
qu'au XI« siècle ils habitaient la Basse- Sauvenière. Mais, ajoute notre 
auteur, les odeurs infectes qui empoisonnaient, par une conséquence 
naturelle de leurs travaux, l'air d'une des.parties les plus populeuses 
et les plus agréables de la ville, les amas de tan qui corrompaient 
l'eau limpide du fleuve, rendirent bientôt leur séjour intolérable en 
cet endroit : on leur assigna, sur la rive opposée de la Meuse, à l'ex- 
trémité de la cilé, un emplacement éloigné du reste delà popula- 
tion, et qu'il ne leur fut plus plus permis de quitter ('). 

Cette assertion paraîtencore manquer d'exactitude. Nous sommes 
plus disposés à croire que ce fut le manque d'espace qui engagea 
les tanneurs à quitter la Sauvenière. La population s'élant accrue 
et le nombre des artisans ayant augmenté dans la mémo proportion, 
ceux-ci se trouvèrent trop resserrés entre la montagne et le fleuve. 
Ce qui donne du poids à notre hypothèse, c'est qu'avant d'aller 
Outre-Meuse, les tanneurs ou du moins une bonne partie d'entre 
eux, s'établirent en Lulay, sur les bords du cours d'eau qui passait 

(' ) Coriarii... quibus, quod olim, ut aiidio, Sabinam humiliorem viam 
(la Basse Sauvenière) cl llolaridi gurgilem, occupaient..., datus est, etc. 
(Vlierden, Tradalus de numéro et ordine 52 tribuum inclylœ civilatis 
leodiensis, p. 14. 



— 56 — 

encore là au commencement de ce siècle. Us y firent même cens- 
Iniire un moulin dont ils se servirent jusqu'en 1288 , et qui était 
peut-être le moulin Winand. Celte circonstance explique la restric- 
tion faite en faveur des habitants de l'île des fèvres , quand furent 
fixées les limites ou clawirs du métier ('). 

A quelle époque les tanneurs se transportèrent-ils définitivement 
sur la rive droite du fleuve? C'est ce qu'il est impossible de déter- 
miner, même d'une manière approximative. Avant le XII« siècle, le 
quartier d'Outre Meuse n'était pasp ralicable. Nous voyons en effet, 
en 1038, l'évêque Réginard entreprendre de gigantesques travaux 
pour y construire une simple route de Richeron-Fontaine à Cor- 
nillon, et l'on peut croire qu'il fallut encore bien des années avant 
que l'immense marais qui couvrait alors cette partie de la cité, fût 
rendu habitable. D'un autre côté, le plus ancien et probablement le 
premier document relatif aux tanneurs, les montre établis dans 
leur quartier actuel en 1288 (^). Le contenu de celte pièce nous 
dispose à croire que ce fut vers le milieu du XIIP siècle que s'opéra 
leur émigration générale; il est certain, en effet, que dès qu'ils se 
virent définitivement installés dans un endroit propice à leur in- 
dustrie, le premier soin des tanneurs fut de chercher à s'entourer 
de tout ce qui pouvait leur en faciliter l'exercice et en assurer la 
prospérité. Un moulin pour faire préparer les écorces qu'ils em- 
ployaient dans leurs opérations, était pour eux de première néces- 
sité. Or, le document de 1288 nous montre précisément les ouvriers 
qui pratiquaient l'art des tanneurs s'unissanl, pour louer au profit 
de tous, un moulin situé en amont de Longdoz , joignant au fief 
des Henrotte dits Rernimollin. 

C'est dans ce même rendage que nous trouvons la plus ancienne 



( 1 ) V. Usancc du métier. 

(2) Le quartier d'Oiitrc-Meuse était du temps de Hemricourt le quartier 
aristocratique de la ville, à l'exception des deux rivages qui en étaient 
séparés au pied du Pont des Arches par deux portes ; en amont habi- 
taient les pêcheurs, en aval les tanneurs. 



— 37 — 

trace de l'association commerciale des tanneurs de Liège. Il n'en? 
faudrait cependant pas conclure qu'antérieurement à cette époque 
ils vécussent isolés les uns des autres. Les mêmes besoins qui les 
réunissaient forcément dans un même lieu, ont dû, dès le principe, 
établir entre eux des relations qui, devenant encore plus fréquentes 
à cause de leur isolement du reste de la population, aboutirent à 
la formation d'une espèce de société. Sans doute, aucun règlement 
écrit ne leur donnait des droits ni ne leur imposait des devoirs ; 
ils restaient libres les uns à l'égard des autres et n'obéissaient qu'à 
une loi tacite et conventionnelle de se venir mutuellement en aide, 
loi dictée à la fois par l'intérêt et par l'humanité, modifiée suivant 
les individus et les circonstances. 

Il est certain que dès le X1I« siècle ils formaient déjà un corps 
spécial distinct des autres habitants de la cité. Mais ce caractère 
ne se dessine nettement que lorsqu'ils font partie de l'armée lié- 
geoise; c'est comme tels que l'histoire les mentionne pour la pre- 
mière fois en 1213, à l'occasion de la warde de Steppes, où ils 
luttèrent à côté des bouchers et des bouilleurs , sous la bannière 
du comte de Looz. 

A mesure que la compagnie croît en nombre , une certaine 
organisation s'y introduit. Le rendage de 1288 fixe les premières 
obligations auxquelles doivent se soumettre les membres de 
Tassocialion , s'ils veulent partager certains privilèges et ne pas 
encourir certaines pénalités. A partir du jour où ils possédèrent 
un document écrit , tous les tanneurs de Liège formèrent une 
société régulièrement constituée, une communauté marchande qui 
porte déjà le nom de métier , dont les membres s'appellent com- 
pagnons , qui choisit dans son sein des chefs nommés souverains 
pour la représenter dans les actes publics el pour régler en son 
nom tous ses intérêts. Celte société est exclusive ; elle ne reçoit 
de nouveaux membres et ne leur permet de se servir de son 
moulin qu'à certaines conditions, par exemple, de contribuer 
aux dépenses qu'exige rcnlrctien de ce moulin, dépenses qui sont 
également supportées par tous. 



— 58 — 

L'intimité et les rapports journaliers établis entre des hommes 
liés par les mêmes intérêts , les habituèrent peu à peu et de 
bonne heure à former des alliances , à se réunir pour célébrer des 
fêtes, pour assister en corps aux processions et aux funérailles 
des compagnons décédés, pour se réjouir à l'occasion de mariages 
ou de naissances, etc. 

Toutefois cette société toute privée ne jouissait d'aucun privilège 
de la part des princes ou des magistrats ; elle n'avait pas même 
le caractère de la légalité ; simplement tolérée par les administra- 
teurs de la cité , elle n'avait reçu aucune espèce de sanction. 

A côté d'elle se sont insensiblement formées , aussi d'elles- 
mêmes, d'autres sociétés semblables, composées d'artisans, fèvres, 
bouchers, drapiers, etc. , que la nécessité ( '), l'intérêt, l'exemple 
ou le plaisir ont également réunis. 

Dans le principe, les nobles , ennemis naturels du peuple, 
maîtres absolus du pouvoir et tout à la fois juges et législateurs, 
ne s'inquiétèrent pas de ces associations inoffensives ; voyant en 
elles une source de prospérité et par conséquent de revenus, ils leur 
permirent de devenir peu à peu redoutables par l'accroissement 
du nombre de leurs membres et par suite de kurs richesses , de 
telle sorte qu'en 1297 il existait douze communautés renfermant 
dans leur sein la plus grande partie de la population plébéienne de 
la cité. Celle-ci finit par avoir conscience de sa force. Alors elle se 
crut en droit de prétendre à participer au gouvernement de la 
commune; une lutte terrible s'engagea entre elle et la noblesse. Des 
tribuns organisèrent d'abord les métiers en compagnies militaires, 
qui furent confirmées par Adolphe de Waldeck ; puis, à la faveur 
de leur nombre, elles ne tardèrent pas à se transformer en collèges 



( 1 ) La formation du métier des boulangers tient aux mêmes causes 
que celle du métier des tanneurs ; ils se sont réunis pour bâtir à frais 
communs un moulin dont la dépense eût été trop considérable pour pou- 
voir être supportée par un seul. 



— m- 

politiqucs. La paix de S'. Martin ou d'Angleur vint consacrer leur 
triomphe (> ). 

En 1331 , la paix de Geneffe ou de Vottem inaugura pour les 
métiers, comme corporations marchandes, une vie toute nou- 
velle. Jusqu'ici ils avaient été approuvés en masse ; la paix 
d'Angleur décréta que chacun d'eux , séparément , devait être 
soumis à la confirmation des échevins et recevoir de ce tribunal 
une espèce d'investiture. Cet article donnait à l'existence de chaque 
métier en particulier un caractère légal, le mettait sous la protection 
des lois, lui donnait des garanties pour l'observation de ses statuts 
dorénavant sacrés et obligatoires par devant l'autorité de la justice 
souveraine du pays. 

Six mois après la publication de cet édit , les tanneurs récla- 
ment et obtiennent une charte constitutive de leur bon métier (*). 
Ils demandent en même temps la confirmation du règlement con- 
ventionnel observé sntérieurement par les compagnons, formé peu 
à peu par eux selon les exigences et depuis longtemps consacré 
par l'usage. C'est ce qui résulte des termes mêmes du diplôme 
d'Adolphe de la Marck ordonnant aux tanneurs de continuel' à 
vendre sur leur halle , de faire examiner les marchandises par les 
wardans ainsi que accoustumeit est, etc. Par cette charte, le prince 
introduit aussi quelques dispositions nouvelles concordant avec 
les décisions de la paix de Geneffe , également obligatoires pour 
toutes les autres corporations. 

Les indications éparpillées dans les documents sont insuffisantes 
pour faire connaître l'organisation du métier à cette époque. On 
peut cependant y voir qu'il était administré par deux chefs appelés 
wardans, élus par les échevins entre trois candidats présentés par 
les compagnons (') ; ces wardans prêtaient serment entre les mains 

(M 14 février 1313. Voir l'introduction. 

(2)V. Charles et privilèges, \o\. II, p. 217. 

(^) Cette forme d'élection se ressent des circonstances dans lesquelles 
fut rédigée la charte de 1351. Le peuple venait de subir une défaite ; les 
nobles en prolitaient pour restreindre autant que possible les pouvoirs 
dcsmcliers. 



— 60 — 

de ces mêmes échevins et juraient de maintenir le métier en droi- 
ture, paix et honneur ; les devoirs de leur charge consistaient à 
contrôler toutes les marchandises qui , quatre fois par semaine , 
étaient exposées en vente à la halle , afin de prévenir les abus et les 
fraudes. A cet effet , ils avaient aussi le droit de faire des visites 
domiciliaires pour rewarder (examiner) les cuirs conservés en ma- 
gasin ou étalés aux boutiques , et pouvaient frapper les contreve- 
nants d'une amende proportionnée au délit. 

C'est aussi à celte époque que remonte le premier privilège 
accordé au métier ; il consiste dans la défense faite aux tanneurs 
étrangers de vendre leurs produits dans la cité , si ce n'est aux 
jours de marché et dans le local spécialement affecté à l'exhibition 
des cuirs. 

Pendant les 87 années qui suivirent , on ne trouve absolument 
aucune donnée quant à l'administration intérieure du métier. La 
société n'en était pas encore arrivée à un point de développement 
assez avancé pour posséder des statuts. D'ailleurs, entièrement ab- 
sorbée par les affaires de la vie publique à laquelle tous les métiers 
prenaient une part active, elle n'avait ni le droit ni le temps de 
s'occuper de sa propre organisation. Entraînée dans la grande lutte 
du peuple contre les nobles , elle subit les fluctuations de la poli- 
tique. Dans l'histoire de la Maie St. Martin , les tanneurs figurent 
au premier rang par leur ardeur patriotique. 

On a vu se dérouler la longue série de succès et de revers des 
corporations liégeoises; tantôt victorieuses , tantôt vaincues, elles 
finissent, en 1343, par s'affranchir complètement de l'autorité du 
prince et obtiennent le droit de choisir elles-mêmes leurs gouver- 
neurs, de tenir des assemblées, de discuter leurs intérêts. En 1384, 
elles exerçaient tous leurs droits politiques. 

Peu après, Jean sans Pitié anéantit momentanément toute espèce 
d'association : la bannière des tanneurs alimenta, avec celles des 
autres métiers, le feu de joie du triomphe de la tyrannie. 

Lorsqu'on 1417 ce même prince vendit au peuple le rétablis- 
sement de dix-sept métiers, il n'est pas douteux que celui des 



— 61 — 

tanneurs , un des plus importants de la cité , ne fût du nombre. 
L'année suivante, du reste, immédiatement après l'abdicalion de 
Jean de Bavière, toutes les eorporalions populaires se reconstituèrent 
spontanément sur les bases de 4384, et rentrèrent dans la posses- 
sion complète de leur autonomie. 

Cependant le métier des tanneurs, comme association commer- 
ciale , avait prospéré et s'était successivement enrichi de plusieurs 
propriétés. En d333, il avait acquis en rendage du prince et de 
la cité, les deux places de Gravioule (i ) ; en 1347, il était devenu 
propriétaire de la halle sur le marché , que probablement il louait 
auparavant; en 1386, il avait transformé en un grand établisse- 
ment le petit moulin aux écorces de Pilchoule dont il s'était servi 
jusqu'alors. 

Lorsque le calme eut succédé à l'agitation dans laquelle le règne 
d'un mauvais prince avait maintenu le pays , le métier des tan- 
neurs , paralysé jusqu'ici quant à l'administration de ses propres 
affaires, songea à établir sur des bases solides la police intérieure 
delà société. Profitant du moment où toute liberté lui était ac- 
cordée, il libelle lui même, à sa guise , les statuts qui devaient le 
régir. A partir de cette époque, nous pouvons considérer le métier 
des tanneurs comme une institution fixe, régulièrement organisée. 
Nous n'avons encore eu à constater jusqu'ici, dans les faits posés 
\ /par ses fondés de pouvoir, que des actes de propriété ; nous aurons 
^ maintenant à signaler des mesures administratives. 

L'année môme de l'avènement de Jean de Wallenrode qui ap- 
prouva les métiers et en porta le nombre à 32, on trouve une or- 
donnance émanée de la propre autorité des tanneurs, réglant les 
statuts et fixant par 13 articles tous les points relatifs à l'usancc et 
surtout à la pratique du métier. 

Ce règlement est, croyons nous, le premier qui, depuis le di- 
plôme d'Adolphe de la Marck, vint statuer sur les devoirs des cora- 

( ' ) Documents inédits, n" IIL 



~ 62 — 

pagnons tanneurs. C'est ce que semblent prouver l'absence actuelle 
des statuts antérieurs (') et le texte même du document qui, par 
les termes du préambule, par le peu d'ordre et de netteté de ses 
différents articles, accuse plutôt un premier projet qu'un règlement 
basé sur l'expérience. 

Quoiqu'il en soit, et malgré son imperfection, le règlement de 
i418 était considéré comme très important et appelé la principaule 
lettre (2). Elle est donnée au nom de la généralité du bon métier, 
sans indication de gouverneurs ni de jurés, qui n'existaient peut- 
être pas encore, et déclaré immuable dans toutes ses parties, sauf 
les droits du prince et de l'église, les paix , les lois du pays, les 
statuts et privilèges de la cité et des autres métiers. Elle contient 
les franchises, droitures, libertés, conditions, modérations, res~ 
trainctions, devises et ordinanches du métier, c'est-à-dire tous les 
droits et devoirs des compagnons ; elle fixe les prix des reliefs, 
la position des personnes étrangères entrant dans le métier par 
mariage ou par acquête, les limites ou clawirs dn quartier; elle 
défend aux compagnons d'acheter des cuirs dans le but de les re- 
vendre, des peaux d'animaux encore en vie, des cuirs salés ; enfin 
elle inflige des amendes à ceux qui ne se rendent pas aux assem- 
blées (5). 

En 4451, de violentes contestations s'élevèrent parmi les tan- 

(') Quelques tiistoriens rapportent que les chartes des métiers furent 
brûlées eu 1408. Cependant il existe encore aujourd'hui, pour celui des 
tanneurs, onze documents antérieurs à cette époque, et il est peu probable 
qu'une pièce aussi importante qu'un règlement eût été seule détruite. La 
déclaration que les statuts de 1418 furent fait, ensuivant les anchicnnes 
lettres et chartes de noslre mestier, ne peut infirmer notre opinion ; on 
sait, en effet, que le mot lettres, au pluriel, indiquait toujours ancien- 
nement, un seul document; or, celui auquel les tannenrs faisaient allu- 
sion ici pouvait très bien être la charte de 1331, qui, comme on l'a \u, 
contient quelques dispositions réglementaires. 

(2) Documents inédits, n» IX. 

( s) Voir, pour les détails, les chapitres particuliers de l'organisation du 
métier. 



— 63 —■ 

neurs à propos des élections nifigistrales, tant de la cité que de Is 
corporation même; il se forma au sein de celle-ci deux partis , ce 
qui estoit mal convenable... veyiit et considereit que la plus 
grande partye d'entre nous sûmes prois mes (proches parents), amis 
et conjoins lij unk al autre ('). Les oflices, à cette époque, étaient 
fort ambitionnés ; ils n'étaient pas seulement des charges honori- 
fiques, mais aussi des emplois très lucratifs. Pour faire cesser ces 
divisions, le métier publia une ordonnance, (en tête de laquelle 
apparaissent, pour la première fois, les gouverneurs et les jurés) 
contre les brigues électorales. Il y fut stipulé qu'aucun compagnon 
ne pouvait accepter plusieurs charges, soit de la cité soit du mé- 
tier, qu'après quatre années d'intervalle; qu'un certain nombre 
seulement se rendraient à l'assemblée pour élire aux emplois com- 
munaux ; enfin, des peines étaient comminées contre les corrup- 
teurs et contre ceux qui brigueraient des suffrages. 

Ces décrets furent insuffisants pour réprimer les abus : chaque 
année, aux jours qui précédaient la S' Jacques, les luttes électo- 
rales recommençaient plus vives , divisant pour le reste de l'année 
le métier en plusieurs camps hostiles. En 1427 , les compagnons 
ne pouvant s'entendre, firent un compromis et s'en rapportèrent à 
l'arbitrage du curé de S' Pholien (*); celui-ci élabora un projet 
qui fut approuvé par le métier dans une séance générale ( '),le î25 
juillet 1427. Cette ordonnance, appelée lettres des olJ'ices , réglait 
le mode à suivre pour l'élection des officiers et pour les rénuméra- 
lions auxquelles ils avaient droit. 

Des troubles ayant encore surgi l'année suivante à la même 
occasion, on fut obligé de rédiger quelques articles additionnels, 

(') \ . Inventaire des archives du métier, 19 janvier 1421. La parenté 
des familles des tanneurs entre eux se comprend aisément ; au XVIII* 
siècle encore presque tous les habitants du côté gauche d'Outre Meuse se 
traitaient de cousins. 

(2) C'était toujours l'abbé du Val-des-Écoliers qui desservait cette pa- 
roisse. 

(") Documents inédits, n^Vm. 



- 64 — 

précisant encore plus nettement les paints concernant les gratifi- 
cations et la livrée des oflîciers. Enfin , en 1439, un paragraphes^ 
complémentaire indiqua le procédé à suivre en cas de décès d'un 
officier en charge. 

L'ordonnance de 1418 formait un règlement assez complet pour 
une société naissante ; mais avec le développement de l'industrie et 
l'aflluence des richesses, s'accroissaient le nombre des compagnons 
et l'importance du métier. L'administration générale devenait 
chaque jour plus difficile et plus compliquée; mille cas nouveaux 
et imprévus se présentaient; le règlement se trouva bientôt tout 
à fait insuffisant. Aussi voyons-nous paraître successivement, à de 
courts intervalles, plusieurs recès qui en éclaircissent et en déve- 
loppent certains articles ou statuent sur des points entièrement 
nouveaux. 

En 1431 et 1433, les ruses employées pour exercer le métier 
sans en faire l'acquêle , nécessitèrent deux ordonnances touchant 
la possession et l'usance du métier accordée aux étrangers qui 
entraient dans la corporation par des alliances (M. Les questions 
relatives aux mariages avaient déjà été en partie résolues par les 
deux premiers articles du règlement de 1418. Mais les dispositions 
prises à celle époque ne suffisaient plus; le 29 janvier 1431, parut 
une lettre spécialement consacrée à ce sujet et examinant, dans 
leurs plus menus détails , les nombreux cas qui pouvaient se pré- 
senter. On y trouve même des différences si subtiles , qu'il est 
quelquefois difficile de les saisir; on dirait presque qu'une cer- 
taine obscurité a été jetée à dessein dans ce document et que 
l'intention des législateurs était, tout en prenant des mesures pour 
éloigner la masse , de ménager quelques entrées au favoritisme. 
La réserve faite de pouvoir interpréter les articles , s'il surgissait 



(i) Les nombreux privilèges dont jouissaient les bourgeois de Liège , 
litre aussi ambitionné que dans l'antiquité celui de citoyen romain , ex- 
pliquent l'ardeur avec laquelle on briguait la faveur de faire partie d'un 
métier. 



— G5 — 

quelque doute quant ù leur signification , semble confirmer ces 
suppositions. 

La lettre de bâtardise suivit de près celte ordonnance comme 
corollaire, et toujours dans le but d'exclure du métier des éléments 
étrangers, que la dignité des compagnons et l'orgueil de caste re- 
jetaient également. 

Pour procéder chronologiquement, nous avons à enregistrer ici 
un fait qui interrompt l'exposé du développement progressif de la 
corporation. Ce fait , qui excita au plus haut point l'enthousiasme 
patriotique des métiers, fut, pour ceux des tanneurs et des bouil- 
leurs, l'occasion d'un moment d'erreur; cependant, moins cou- 
pables que ces derniers , qui se laissèrent acheter par l'or des 
conspirateurs , on ne peut reprocher aux tanneurs qu'une obéis- 
sance trop aveugle à leurs chefs; et si , entraînés par les passions 
d'un seul homme, ils furent un moment traîtres à la patrie, ils ne 
tardèrent pas à reconnaître leur faute et tournèrent leurs armes 
contre leurs vrais ennemis. Nous voulons parler de la conspiration 
de Wathieu d'Athin. 

Cet épisode fameux de nos annales est trop connu pour qu'il soit 
nécessaire de l'exposer dans tous ses détails. Nous n'en rappellerons 
que les points essentiels ou particulièrement relatifs au métier des 
tanneurs. 

Ennemi des grands par politique , Wathieu d'Athin , à force 
d'intrigues , était parvenu au faîte du pouvoir et possédait sans 
partage la faveur populaire. Mais sa puissance presque souveraine 
lui donna l'imprudence de l'orgueil et il prépara sa chute de ses 
propres mains. Dévoré par deux passions terribles, l'ambition et 
l'amour des richesses , il n'usa bientôt plus d'aucun ménagement 
pour les satisfaire , et, s'attirant par ses violences la haine de son 
propre parti, il fut enfin frappé d'exil (1428). 

Trois ans après, à la faveur des troubles suscités à Liège à l'oc- 
casion du Règlement de Ileinsberg, Guillaume d'Athin, son frère, 
qui était ù la tôle des factieux de la cité, parvint à se faire nommer 
bourgmestre. Profitant de son influence , il médite le rétablisse- 



— 6'6 — 

nient du banni; mais les négociations marchent trop lentement au 
gré des deux tribuns : ils forment le projet d'envahir la cité et 
d'écraser les métiers dans une attaque nocturne. Les bouilleurs , 
gagnés par la corruplion, entrent dans le complot; des intelligences 
sont ménagées parmi les tanneurs par l'intermédiaire d'André de 
Laire-Dieu, l'un des membres les plus influents du métier et grand 
partisan des d'Athin. La nuit du 5 janvier, veille du jour des Rois 
de l'année 4433 , les conjurés sont secrètement introduits dans la 
ville et vont occuper le Marché, le Pont-d'Ile et d'autres postes 
avantageux ; une partie des tanneurs, André de Laire-Dieu à leur 
tête, gardent les abords du pont de bois du côté de Neuvice, A la 
pointe du jour, les d'Athin avec leurs hommes plantent le grand 
drapeau devant la chambre (la halle) des tanneurs « pour mani- 
fester la justice de leurs armes »(') et se jettent sur le quartier des 
fêvres, qu'ils surprennent à l'improviste; aussitôt ceux-ci s'as- 
semblent et font sonner la banclocke. L'alarme se répand dans la 
cité ; les corroyeurs , les pêcheurs et les autres habitants d'Outre- 
Meuse passent le fleuve , renversant sur leur passage les tanneurs 
qui tentent en vain de rompre le pont et de défendre la rive gauche. 
Alors les fèvres, secourus par les gens de métiers qui accourent 
de toutes parts, recommencent une lutte qui leur avait d'abord été 
désavantageuse et parviennent enfin à écraser les conspirateurs. 
Eux et leurs adhérents furent bannis de la cité; leurs biens con- 
fisqués furent partagés entre les collèges des métiers, qui eurent 
chacun pour leur part 50 muids de blé de rente , plus différentes 
propriétés parmi lesquelles la vouerie de Grâce, qui échut en par- 
tage aux tanneurs (-). 

Pour prévenir dans la suite tout complot de ce genre,on créa la 
compagnie de dix hommes, formée des gens de métiers,obligée sous 
serment à se tenir en tout temps à la disposition des bourgmestres 

(I) Bouille, vol, II, p. 49. 

(«) V. de Geiiache, Histoire du pays de Liège ; Polain, Esquisses his- 
toriques ; Jean de Slavelot. 



— 67 — 

pour défendre leurs personnes et servir la répul)lique. Cette garde 
tenait ses séances dans la halle des tanneurs, d'où lui vint le nom 
de dix hommes délie halle ('). 

Le premier soin des tanneurs avait été de s'entourer autant que 
possible de privilèges , de prémunir le métier contre l'envahisse- 
ment des étrangers et d'empêcher la concurrence extérieure. Ils 
songèrent ensuite à organiser d'une manière complète l'adminis- 
tration intérieure de leur société , commencée par la lettre des 
offices et à détruire la concurrence entre eux. 

Après avoir satisfait aux réclamations des bourgeois et soigné la 
réputation de leur commerce en défendant aux compagnons de 
vendre des cuirs trop mous appelés anteneuses, le métier prend les 
mesures les plus étranges pour faire régner entre ses membres 
une certaine égalité et empêcher que les plus riches ou les plus 
industrieux , par une trop grande extension de leurs affaires , 
n'exercent une espèce de monopole en accaparant de trop fortes 
quantités de peaux au détriment de leurs confrères pauvres. Un 
article du règlement de 1418, défendant aux tanneurs de travail- 
ler d'autres peaux que celles qui leur appartenaient , semble déjà 
avoir été dicté dans le même but ; une ordonnance du 16 mars 
1434 présenta une nouvelle garantie, en fixant la quantité d'écorces 
que chaque compagnon aurait le droit de faire moudre en une 
année sans pouvoir la dépasser : affm ainssi que H petis soy puis- 
sent chevir et governier deleis H grans et Ivnc deleis lautre. On verra 
dans le chapitre des écorces quelle importance le métier attachait 
à l'observation de cette loi , par les amendes dont il frappait les 
contrevenants et par les édils successifs qui commentent , modi- 
fient et renouvellent la force obligatoire du décret de 1438. 

Après tous CCS actes, promulgués à la faveur des règnes pacifiques 
de Jean de Wallenrode et de Jean de Heinsberg, le métier, pendant 
l'espace de plus d'un demi siècle, est frappé d'une atonie complète; 

(* ) V. Bulletins de Vlnslitul archéologique liégeois, T. V, p. 51, ar- 
ticle da M. Ferd. lienaux. 



>- 68 — 

des procès, quelques actes concernant des propriétés, sont les seuls 
signes de vie que donne la communauté. Arrêtés dans le dévelop- 
pement de leur organisation par radministralion écrasante de Louis 
de Bourbon, les tanneurs n'osent améliorer leur constitution, dans 
la crainte de porter ombrage au tyran, et doivent se contenter de 
leurs vieux règlements. Ils ne montrent un instant d'énergie 
qu'au moment où le prince ayant transféré sa résidence à Huy et 
frappé la ville d'interdit, les Etats décrétèrent sa déchéance et 
élurent Marc de Bade mambour du pays. Pour résister à la fois à 
leur évêque qui leur avait déclaré la guerre et au duc de Bour- 
gogne dont le puissant voisinage était une menace perpétuelle 
pour le territoire, les tanneurs sentirent la nécessité de resserrer 
les liens qui les unissaient aux autres métiers , et de prendre des 
mesures pour pouvoir à l'occasion leur prêter leur concours d'une 
manière prompte et efficace. Le 1" février 1464, ils publièrent un 
règlement militaire, où sont détaillés les devoirs du métier et du 
compagnon lorsqu'ils feraient partie active de la milice urbaine (•). 
Aussitôt que les bannières des 31 autres métiers flotteraient sur les 
degrés de Saint-Lambert, soit pour aller au combat, soit pour as- 
siéger une ville, soit pour défendre la cité , les tanneurs s'obli- 
geaient à déployer la leur ; les compagnons en état de porter les 
armes , sauf ceux désignés pour garder la ville, devaient jurer de 
l'accompagner. Une fois sous les drapeaux , le bourgeois devait se 
sacrifier entièrement au service de la patrie. 

Cette union fut malheureusement impuissante pour résister aux 
redoutables alliés et les cruautés par lesquelles Louis de Bourbon 
assouvit sa vengeance furent la seule récompense de patriotisme des 
métiers ; leurs biens furent confisqués pour satisfaire les passions 



(1) « Nous at scmblcit el semble y estre nécessité delle faire encore 
aultres ordinancheset astrainlions touchant delle y estre obéissant à cheaus 
qui en aront le authoritcit de par nous, pour adez y estre troveis quant le 
cas le rcquirat par dessous la bannière ou paingnicheal de noslrc dit boa 
mestier ». {Chartes et Privilèges, vol. II, p. 228). 



"— 69 - 

effrénées du prince ; le métier même resta entièrement supprimé 
jusqu'à la mort de Louis. 

Pendant toute cette période, de 1468 à 1477, on ne trouve pas 
un seul document concernant les tanneurs. 

Sous Jean de Hornes, le métier semble se réveiller; on signale 
quelques actes touchant ses possessions; les luttes que le prince 
eut à soutenir contre la famille de Marck tenaient encore le pays 
dans l'agitation et dans la soulïrance ; mais enfin les deux partis 
ayant signé la paix de Donchéry en 1491, les Liégeois fatigués 
éprouvèrentle besoin du repos. Considérant avec effroi combien de 
désastres les guerres étrangères avaient attirés sur la patrie , les 
trois Etats cherchèrent à faire accepter aux puissances voisines la 
neutralité du pays de Liège; les tanneurs en particulier avancèrent 
à la cité, pour en garantir l'observation , une somme de cent flo- 
rins du Rhin. 

Aussitôt, toutes les anciennes institutions ébranlées sur leurs 
bases éprouvèrent le besoin de se consolider. 

La corporation des tanneurs se hâta de profiler des circonstances 
pour réviser sa législation et combattre les abus qui, à la faveur 
des troubles, s'étaient introduits dans la pratique et dans l'usance 
du métier. Chaque jour les lois étaient éludées, les statuts trans- 
gressés ; des réclamations surgissaient de tous côtés de la part des 
petits commerçants ( ' ). Les officiers et tous les compagnons ne 



( * ] Comme ainsy soit que pour les guerres et divisions qui ont été et 
régnés en la cité et pays de Liège, plusieurs grands et innumérables 
maux, désobéissance et rébellion ont été faites et se font journellement au 
moyen desquels le bon métier des tanneurs et autres soy trouvent fouliez 
et amenrys et sont en train d'aller dcl tout a ruine et perdition si il n'est 
sur ce pourvcu de remède raisonnable et de justice , pour ce est-il que 
nous, la généralité du bon métier des tanneurs , pour ce ensembles en 
nostre lieu accoustumé , et là même nous fut démostrc par les governeurs 
d'iccluy métier plusi'jurs défaultes et ordonnances ancictines mal tenues et 
observées; les quelles sy elles se doivent ainsi continuer, serait totallement 
la folle et destruction d'iccluy métier. (Chartes el privilèges, vol. II, p. 259). 

5 



voyaient que trop la nécessité d'une réformalion ; aussi ayail-ft|]e 
été décidée dès l'année 1492 dans une assemblée générale. Mais 
les moyens à employer pour porter remède au mal, donnèrent lieu 
àdes discussions interminables et souventviolenles. Enfin la géné- 
ralité des compagnons ne pouvant se mettre d'accord, on décida, à 
la majorité des voix, que l'examen de la question serait soumis * 
dix personnes des plus compétentes que l'on pourrait trouver dans 
le métier. Ces dix arbitres se réunirent plusieurs fois, lurent les 
anciennes chartes, les discutèrent et présentèrent enfin dans une 
séance du métier, un projet réunissant en un seul faisceau tous les 
vieux règlements et récès particuliers qui avaient été portés jusque 
là, relativement àla pratique du métier. Ce projet fut unanimement 
adopté par tous les compagnons, qui jurèrent séance tenante de 
l'observer dans tous ses points, sous peine de payer un marc d'ar- 
gent d'amende, et d'être privés pendant quatre années consécutives 
du droit de revélir une charge. Ce règlement est composé de 39 
articles; il fixe, comme nous venons de le dire, tous les points 
relatifs à la pratique du métier, c'est-à-dire au commerce, à l'achat 
et à la vente des cuirs et des écorccs, à la quantité d'écorces qu'il 
était permis de moudre, à l'acquète du métier par les personnes 
étrangères, au mariage des compagnons contracté en vue d'é- 
tablir leur droit à l'exercice de leur industrie, etc. 

Cependant le métier n'avait accompli que la moitié de sa tâche ; 
il avait, par le règlement de 1493, relevé le commerce de l'état de 
souffrance où il était tombé ; il fallait songer encore à assurer 
l'exécution des nouveaux statuts, par des mesures d'ordre inté- 
rieur relatives à l'administration de la société, aux offices, aux 
assemblées, etc., en un mot, à l'usance du métier; car tous les 
vieux usages négligés pendant la tourmente étaient tombés dans 
l'oubli. C'est ce qu'exprime naïvement le préambule d'un second 
règlement publié la même année que le précédent. Nous ne pou- 
vons résister à l'envie de l'insérer ici en entier, parce qu'il expose, 
mieux que nous ne pourrions le fnire, la situation du métier à 
celte époque, et ensuite jKirce qu'il a été, nous ne savons poui'quoi, 



— 71 — 

omis dans le livre des Chartes et privilèges : « In nomine Domini;, 
» amen. A tous ceulx qui ces présentes lettres voiront et oiront, 
» nous, les gouverneurs, jurez et toute la généralité du boin mes- 
» tier des tanneurs de la cité de Liège, salut. Scavoir faisons que, 
» pour observer unité, concorde et amilyé entre nous les bourgeoiK 
» et compaignons de nostre dit mestier, et comme les discordes, 
ï) discentions et tumultes s'engendrent pour la non observance des 
» bonnes reigies, statuts et ordonnances d'une comunaulté uzans 
» d'iin mesme labeur, i)ratiqne et mestier , nous ayant par plu- 
» sieurs exemplaires, papiers, documens et exploix, veus et enten- 
» dus nos prédicesseurs dudit mestier des tanneurs avoir eu au- 
» cunne bonnes reigies, ordonnances et status, selon lesquels pour 
» aucun temps soy seroint honesteraent et à leur soulagement 
» et d'un chacun gouverneiz ; néantmoins que par succession de 
" temps les dites ordonnances et bonnes reigies seroient dépra- 
» vées etanéanlyes et mieses en arrier, désirant par nous ensuyvre 
» les vestiges et bons ensengnements de nos dis prédicesseurs, 
» remettre en lumière que cy devant seroit occulte; et que suivant 
» les aultres boins mesliers de ladite cité , reigle, police et unyon 
» soyent observeis entre nous et que chacun scache comment soy 
» debverat au faict de œuvre, maniement et uzance de nostre dit 
» mestier gouverner et user pour le soulagement et entrelenance 
» de la chose publicque et de nostre dit mestier , avons conclud , 
» arresté et devisé les poincts et ordonnances subnarrées soub le 
» bon plaisir de nostre révérendissime seigneur et prince monsei- 
» gneur de Liège, de sa haulte et souveraine justice et des bour- 
» maistrcs , conseil et XXXI mestiers de la dite cité. » Suit l'or- 
donnance en 42 articles, publiée dans le recueil des Chartes et 
Privilèges, p. 231. On y trouve toutes les règles à suivre relative- 
ment aux acquêtes, aux reliefs, aux mariages, aux assemblées, aux 
élections, aux otïices, aux salaires, aux fêtes publiques, aux limites 
du quartier. Jointe à la précédente, elle forme un code complet des 
droits et des obligations de tous les membres ; aussi ce règlement, 
appelé la Lettre des statuts, servit-il dans les temps postérieurs dâ 



guide pririGipnl pour le gouvernemenl du inélier. Cdiaque année , 
au jour do la St.-Jac(|ues, il était lu d'un IjouI à l'iuili-eol à luujle 
voix par le grcflier en assemblée générale , afin que chaquo com- 
pagnon en eùl connaissance. Tout nouvel acquérant et tout bour- 
geois relevant le métier devait en jurer l'observation { '). Il fut 
renouvelé et approuvé intégralement le 23 mars 1551, sous le nooi 
de Règlements modernes ; amplilié le 9 juillet 1560, il reçut encore 
quelques articles additionnels le 15 janvier 1686. 

Le métier des tanneurs une fois régulièrement organisé, possé- 
dant des privdéges ({ui favorisent son commerce, des lois qui pro- 
tègent ses coutumes et lui assurent la tranquillité intérieure , des 
règlements qui prévoient tous les cas de contestations possibles, 
marche silencieusement pendant trois siècles, et sa vie, monotone 
comme celles de toutes les sociétés sous les règnes pacitiques , ne 
présente aucun fait saillant. Plusieurs fois il subit, mais sans alté- 
rer ses règlements organiques, des transformations que le caprice 
des princes apporte à l'institution entière des 52 méliei's. A partir 
de celte époque, toute son histoire se réduit à des actes peu impor- 
tants et peut se résumer dans un inventaire analytique de ses 
documents ; malheureusement, comme par-lout ailleurs, cette liste 
présente de nombreuses lacunes ; on est obligé bien souvent de 
deviner les causes et les résultats de certains faits qui se présentent 
isolés. 

A côté des transactions de biens, des mutations depropriélés, des 
ordonnances répressives contre les accapareurs, de procès contre 
des compagnons indisciplinés, on remarque un grand nombre de 
pièces concernanl dos di/ïicultés qui surgirent entre les trois métiers 
des tanneurs, des corduaniers (cordonniers) et des corbusiers 

(') « Tous ceux qui usent l'art et pralicque du mcslier cîes tanneurs , 
niesmes cnux qui sont rcceus en l'arl cl compaignie diceluy sont tenus de 
jurer tes status el ordonnances du mcsticr, et s'il les transgresse il dcvera 
estrc attiré en droit pardevant le dit meslier ou juge séculier qui aura a 
cognoistre les dites ordonnances sans réclamer autre juge, à peine d'ostre 
privé (lu mesticr et banni 5 ans el o lieues. • 



(savetiers). Celte lutte, qui dura plus de deux siècles, parait avoir- 
pris naissance en 1479, à propos d'un recès de la cité qui accordait 
aux membres des deux dernières corporations la permission de 
tanner eux-mêmes les peaux qu'ils pouvaient employer dans leur 
industrie. Cette concession paraîtra singulière ; mais on ne doit 
pas oublier que peu de temps auparavant les cordonniers et les 
savetiers formaient, avec les tanneurs , une seule et même corpora- 
tion, et que tous ceux qui en faisaient partie pouvaient indistincte- 
ment préparer des peaux ou confectionner des chaussures. On ne 
fit que leur continuer ce droit pour ne pas leur faire perdre les 
frais d'établissement de leurs tanneries. Néanmoins il y avait là une 
irrégularité évidente; aussi le décret de 1479 les mit-il en guerre 
ouverte avec les tanneurs auxquels ils faisaient une concurrence 
ruineuse. Ils s'engagèrent dans d'interminables démêlés que les 
princes, le conseil de la cité et eux-mêmes essayèrent, plus d'une 
fois, mais en vain , d'apaiser. 

Une première tentative de conciliation fut faite dès l'année qui 
suivit la publication du recès de 1479. Des contestations avaient 
immédiatement surgi, et , dit le document , elles menaçaient de 
s'envenimer encore : « pour ce qu'entre nous les dis trois bons 
» mesliers par cy devant estoient susciteis et meus pluiseurs difl'é- 
y> rens qui apparoient encor al s'esmovoir. » On s'en rapporta de 
commun accord à l'arbitrage de quatre experts ; deux tanneurs, 
un cordonnier et un savetier furent chargés de concilier les intérêts 
divers. Après avoir communiqneit par plusieurs fois ensemble , 
ces députés parvinrent à s'entendre et firent admettre les décisions 
suivantes : les cordonniers et les savetiers auraient comme précé- 
demment le droit de travailler les peaux dont ils auraient besoin ; 
de plus, ils pourraient s'api)rovisionner de cuirs en dehors de la 
cité; par compensation , il serait permis aux tanneurs de confec- 
tionner des hossaidx, galloches et stivaulx, pour leur propre usage. 
Seulement il était strictement défendu d'acheter l'une ou l'autre de 
ces marchandises pour la revendre; en d'autres termes, l'exercice 
de plusieurs métici'S à la fois dans le but d'en faire le commerce 
était intci'dit. 



— 74 — 

Celte sentence, loin de satisfaire aux réclamations des tanneurs, 
portait une nouvelle atteinte à leurs privilèges et par conséquent, 
n'était pas de nature à les apaiser. En 15H, deux cordonniers qui 
non-seulement préparaient des cuirs pour les besoins de leur état, 
mais encore pour les mettre en vente, donnèrent lieu à de nouveaux 
débats. Le métier des tanneurs leur intenta un procès qui, mettant 
en jeu une question d'intérêt commun , s'étendit aux trois corpora- 
tions tout entières. Après, des discussions et des plaidoiries sans 
nombre, les choses prirent un tel caractère de gravité que le prince 
lui-même fut obligé d'intervenir. 11 chargea une commission spéciale 
d'examiner le différend ; mais après avoir plusieurs fois conféré 
ensemble aux Frères mineurs, les commissaires se déclarèrent 
incompétents et renvoyèrent la question au Conseil de la cité. Le 
41 février 4512, celui-ci , dans une séance solennelle tenue à la 
Violette, et à laquelle assistaient le prince en personne, le grand 
chancelier, les échevins et un grand nombre de gens de métiers, 
prononça une sentence qui ne différait guère de celle de 1480; elle 
accordait en outre une nouvelle concession aux cordonniers et 
aux corbesiers, en leur permettant de se vendre du cuir les uns 
aux autres. 

A ce nouveau coup porté à leur industrie, une foule de tanneurs 
abandonnèrent leur métier pour entrer dans celui de leurs adver- 
saires, où ils trouvaient moyen de se défaire plus aisément de leurs 
produits; ce fut l'occasion de nouveaux abus et de nouvelles récla- 
mations de la part de notre bon métier. En 151 G, le prince fut 
obligé de nommer des rewards particuliers chargés de contrôler 
toutes les opérations des trois métiers et de veiller à l'observation 
des règlements. Les tanneurs n'y gagnèrent rien quant à leur droit 
exclusif de préparer le cuir; mais ils obtinrent du moins une 
garantie contre les fraudes qui se commettaient dans les deux 
autres métiers, au sujet de la vente de cette marchandise. 

Vers la fin du XVI« siècle, lorsque, par suite de la surveillance 
active des rewards , les cordonniers et les corbesiers se virent dans 
l'impossibilité de vendre secrètement les cuirs qu'ils préparaient , 



— 75 — 

Tes frais de leurs tanneries dépassant de beaucoup les bénéfices 
qu'ils en retiraient, ils furent obligés d'abandonner entièrement 
la fabrication et le commerce du cuir , ou de s'y attacher exclusive- 
ment. Dès lors ce furent les cordonniers et les savetiers qui vécurent 
dans la dépendance des tanneurs, surtout depuis la publication d'un- 
décret portant défense de s'approvisionner en dehors de la cité. 

Quoique les trois corporations rivales fussent invinciblement liées 
à une même destinée et réciproquement dépendantes les unes des 
autres par la nature de leurs industries, la haine ne fit que s'ac- 
eroître entre elles. Loin de se prêter un appui mutuel que com- 
mandaient leurs intérêts respectifs, elles cherchèrent de plus belle 
les occasions de se nuire. 

En 1579, ce fut au tour des deuxméliers associésde faire entendre 
des réclamations. Ils adressèrent au conseil de la cité une supplique 
où ils se plaignaient de la négligence que mettaient les tanneurs à 
leur fournir du cuir; ne pouvant satisfaire aux commandes , ils se 
voyaient obligés d'élever le prix des chaussures et excitaient des 
plaintes de la part des bourgeois. La source du mal se trouvait, 
disaient-ils, dans les statuts du métier des tanneurs, qui ne leur 
permettaient de moudre à la fois qu'une quantité limitée d'écorces 
à tour de rôle. Ils demandaient en conséquence que dans l'intérêt 
du public et pour faire cesser la chereté désordonnée de leurs pro- 
duits, les tanneurs fussent obligés de modifier leurs règlements. 
Celle supplique fut communiquée aux tanneurs, qui y firent une 
réponse très curieuse où l'ironie se mêle à la mauvaise foi. Ils allè- 
guent que, si le prix des cuirs est si élevé, onne doit en accuser que 
les guerres qui ont amené dans la cité un tel nombre de sol- 
dats étrangers , que les cordonniers ont vendu celte année plus de 
cent mille paires de souliers; qu'aucun changement ne pouvait 
être apporté à leurs statuts séculaires quant à l'ordre établi pour 
moudre les écorces , sans jeter la perlubation dans leur métier; 
que, du reste la société avait plus d'un moulin auxquels les com- 
pagnons pouvaient recourir en cas de besoin; au surplus, ils pré- 
sentaient aux cordonniers cl uorbcsicrs tout service et plaisir. 



— 76 — 

Nonobstant ces beaux raisonnements, le Conseil de la cîlé dé- 
clara les tanneurs dégagés de leur serment quant à la quantité 
d'écorces qu'ils pouvaient employer par an et leur permit de les 
faire moudre partout où ils voudraient; il leur ordonnait en outre 
de faire construire de nouveaux moulins; mais il ne parait pas 
qu'il fut donné suite à ce dernier décret. 

Le 8 mars 1560, Gérard de Groesbeeck prorogea pour six mois 
la permission donnée l'année précédente. Cet octroi doit encore 
avoir été suivi de plusieurs autres que l'on ne connaît pas; car 
dans un document de 4586, on trouve que les tanneurs qui se ser- 
vaient de moulins étrangers, payaient une redevance plus forte 
que celle exigée au moulin commun. 

Enfin, le 9 juillet 1596, les trois métiers finirent par s'entendre 
en rétablissant le tout dans son état primitif. Il fut décidé que les 
tanneurs ne pourraient plus moudre que douze meunées d'écorces 
par an et cela au moulin commun, à moins d'une décision con- 
traire de la part des échevins, lorsque ce moulin serait reconnu 
insuffisant pour pourvoir aux besoins de l'industrie. Cet édit de- 
vait être observé sous peine d'une amende de 5 florins , de 
10 florins en cas de récidive, et de confiscation des écorces à la 
troisième contravention. 

Il faut encore signaler deux autres procès fort longs que les 
tanneurs eurent à soutenir en commun ; l'un concernait la posses- 
sion des places de Gravioule, l'autre le louage des établis que quel- 
ques bouchers possédaient contre les murs de leur halle. 

Les places de Gravioule furent contestées au métier, d'abord en 
d539 , par la compagnie des archers de St. -Sébastien (') , puis en 
4704 par le conseil de la cité. A ce propos, on produisit en justice 
une foule de pièces de tous genres, des reliefs , des rendages, etc., 
et enfin la charte de donation des places de Gravioule par Adolphe 

(' ) La contestation que le métier eut avec celte société fut assez vive et 
les tanneurs lui gardèrent toujours rancune, à tel point que dans son ser- 
ment de relief, tout compagnon devait promettre de ne jamais être arba- 
létrier, pas plus que cordonnier. 



— 77 — 

de la Marck et la cité ; ce document mit fin à la discussion. La 
propriété de ces places fut nettement établie au profit des tanneurs, 
qui ne furent plus inquiétés à ce sujet ( < ). 

Le second procès commença antérieurement à l'année 1406, 
puisqu'à cette époque on trouve un record des voirs-jurés du cor- 
deau constatant l'état des lieux. Voici de quoi il s'agissait : depuis 
un temps immémorial, peut-être même avant que les tanneurs 
eussent fait l'acquisition de leur halle, des bouchers avaient cons- 
truit contre ce bâtiment des stauz ou établis des deux côtés des 
degrés. L'emplacement de ces boutiques appartenait à la ville ; mais 
les tanneurs réclamèrent aux locataires une indemnité pour l'usage 
de leur mur et de leurs degrés, sur lesquels s'ouvraient les portes 
des échoppes. Cette redevance de 4 marcs fut payée par quelques 
bouchers. Mais en 1464, Jacquemin de Housse , renouvelant d'an- 
ciens débats, en contesta la légitimité et refusa de payer. Il s'ensui- 
vit de longues discussions , qui se terminèrent enfin en 1481 à la 
satisfaction du métier des tanneurs ; la cité acheta ce droit de ser- 
vitude pour le laisser subsister au profit des bouchers. 

On voit que les procès sont pour ainsi dire la seule manifestation 
de la vie du métier lorsque, régulièrement organisé, il n'a plusà s'in- 
quiéter que de l'observation de ses statuts. Un registre du greffier 
Hogge mentionne plus de 250 procès que les tanneurs eurent 
à soutenir dans un espace de 120 années. L'examen de ces pièces , 
qui au premier abord paraissent insignifiantes et inutiles , est au 
contraire fort intéressant. On y trouve des détails curieux que l'on 
chercherait vainement ailleurs pour se faire une idée des usages et 
des coutumes de nos ancêtres. De plus, les procès sont très sou- 
vent des sources historiques fort importantes ; on y trouve réunis 
des documents éparpillés ou perdus, relatifs à une même question, 



() ) C'était en Graviouic que so tenait chaque année la foire géiiérale , 
qui durait trois semaines à partir du 16 septembre. Le paragraphe IX de 
la paix de St. -Jacques, est exclusivement consacré au règlement de cette 
foire. 



— 78 — 

et toute une histoire se trouve quelquefois retracée très fidèlement 
dans le dossier d'un prélocuteur ou d'un tribunal de justice. 

Les procès contre Manigard et Glieratte, insérés dans le livre des 
ehartes, sulïïront pour prouver la vérité de ces observations. On 
trouvera ci-après plusieurs détails qui y ont été puisés. Nous ne 
ferons qu'indiquer ici quelques-unes des contestations consignées 
dans le registre du greffier ; elles ont presque toutes pour sujet des 
contraventions aux statuts. Procès contre Catherine de Bliez qui 
veut relever le métier sans avoir atteint l'âge requis et sans être 
mère de famille; procès contre Grégoire, qui avait vendu des cuirs 
non rewardés; contre Paulus de Stordeur pour la tannerie érigée 
par son fils à Coulant-Meuse ; contre Piron de Chokier qui, quoi- 
que établi on dehors des limites de métier , prétendait moudre au 
moulin commun ; contre M. Cherneau qui voulait empêcher les 
tanneurs de faire tremper leurs cuirs dans l'eau coulant sous son 
moulin , Je long du mur du jardin des Pères récollets ; contre les 
chanoines réguliers de St. -Léonard, qui prétendaient avoir droit 
à 8 marcs d'argent de la part du métier ; contre H. Lejeune , qui 
avait péché dans les biez du moulin de Pilchoule; contre le capi- 
taine de Cerf , fermier de l'impôt sur les écorces ; contre les bate- 
liers de rOurte et de la Vesdre, etc., etc. 

En 1773 , un édit du prince vint mettre un terme à toutes ces 
contestations, qui ruinaient le métier. « L'expérience journalière 
» faisant voir que la trop grande facilité d'entreprendre et de sou- 
» tenir des procès, soit activement, soit passivement, est nuisible 
» au métier , il ne sera plus permis désormais d'en entreprendre 
» ou d'en soutenir au nom dudit métier , encore moins à ses 
» risques et frais, à moins d'une convention spéciale faite à ce su- 
» jet... et pour lors il sera nécessaire qu'un tiers tout au moins des 
» personnes qui se trouveront à l'assemblée, donnent leur suffrage 
» pour entreprendre ou soutenir tel procès, etc. » 

Lorsque Maximilien-Henri de Bavière institua les seize chambres 
en 1684 , la chambre de St.-Séverin , la septième en rang , fui 
composée des tanneurs et des pelletiers. Dans les cérémonies rcli- 



— 79 — 

gfeuses célébrées à la cathédrale, où tous les métiers assistaient eiî 
corps , la bannière des tanneurs , représentant d'un côté leurs 
armoiries et de l'autre l'image de leur saint patron brodée en or 
sur soie blanche, avait sa place contre le troisième pilier de la 
grande nef, à gauche. 

Les bons métiers avaient perdu, comme on sait, le droit d'élire 
leurs officiers; ils ne tenaient plus des assemblées politiques; ils 
avaient même été privés de tous leurs biens. La halle des tanneurs 
fut consacrée aux séances de la chambre dont ils faisaient partie. 
Jusqu'en 1692, ils adressèrent un grand nombre de suppliques au 
prince pour récupérer la propriété exclusive de ce bâtiment, qu'ils 
avaient possédé pendant plusieurs siècles. Nous ne savons s'il fut 
fait droit à ces réclamations. Quant au moulin de Longdoz, il fut 
avec quelques autres biens excepté de la confiscation générale. 

Sous ce nouveau régime , les règlements et les édils relatifs au 
commerce furent maintenus , les anciens usages et les vieilles 
coutumes restèrent en vigueur. Le métier pouvait même, avec une 
autorisation expresse du prince, discuter dans des assemblées par- 
ticulières les intérêts de son industrie et proposer de nouvelles 
mesures. Les affaires pécuniaires étaient administrées par un rentier 
général des 32 métiers. 

Peu après l'institution des seize chambres, les ouvriers tanneurs, 
« considérant que la vie humaine est sujette à beaucoup d'infirmités 
» et maladies corporelles qui réduisent les familles à quantité de 
» misères et incommodités et touchés et incités d'un zèle charitable 
ï envers ceux qui sont présentement et peuvent être au futur 
•» touchés de la main de Dieu par tels accidents, » demandent au 
prince-évêque la permission de créer une confraternité de secours 
sous l'invocation de Notre-Dame et de St.-Jean Baptiste leurs pa- 
trons, dans le but de venir en aide aux comj)agnons que la maladie 
empêchait de travailler et de gagner leur pain quotidien. 

Celte confrérie, approuvée de RIaximilien de Bavière le 19 sep- 
tembre 1086 , était administrée par quatre maîtres élus le jour de 
la nativité de Notre-Dame. Chaque dimanche , un serviteur asser 



— 80 — 

Hîciilé alhiil percevoir chez les membres un pallar de Brabaiil par 
journée de travail , et remelLait le monlant de sa recette à un cais- 
sier. Les malades obligés de tenir le lit recevaient sur la caisse 
3 1/2 rixdalers de Brabant par semaine; ceux qui, par suite d'une 
infirmité quelconque , étaient obligés de chômer tout en pouvant 
circuler, avaient droit à 2 4/2 rixdalers, La répartition se faisait 
tous les dimanches , à 9 heures du matin. Les querelleurs blessés 
dans une rixe ne participaient pas à la distribution ; lorsque ce cas 
se présentait , il devait élre jugé par les quatre maîtres auxquels 
étaient adjoints six compagnons désintéressés. Un même malade ne 
pouvait jouir de sa pension plus d'une année entière; si, après six 
semaines consécutives de travail, il était de nouveau obligé de 
l'interrompre, il participait de nouveau à la bourse ('). La sim- 
plicité et l'efficacité de ces mesures prises pour secourir les malades 
et éloigner les pauvres, méritent encore, à l'heure qu'il est, sans 
contredit , l'attention des administrateurs de la bienfaisance pu- 
blique. 

Si les anciennes lois réglaient encore l'ordre intérieur du métier- 
quant à la pratique, seule tradition restée en vigueur, elles n'a- 
vaient plus la même sanction qu'autrefois. En effet le gouverneur, 
dépouillé de toute juridiction , privé de son conseil, était loin de 
pouvoir réprimer les abus. Ils devinrent bientôt si fréquents, sur- 
tout à l'égard des écorces que les compagnons faisaient moudre à 
des moulins étrangers , que le 29 septembre 1707, le métier dut 
adresser une requête au conseil impérial pour obtenir un nouveau 
règlement à ce sujet. Le 1" décembre de la même année , il lui fut 
accordé une ordonnance en 22 articles, confirmant les décisions 
antérieures. Quelques officiers qui, sans doute, profitaient des irré- 
gularités passées en force d'usage pour se créer des revenus, s'op- 
posèrent à la promulgation de ce décret; le 12 mars 1708, on fut 
obligé de leur accorder une part dans les amendes, pour les engager 
à faire observer la loi. 

. (') Archives du conseil prive; dépêches, 1681-1753, 



— 81 — 

Dans une séance fin 50 ilécombro 1772, le métier, considérant 
« qne l'expérience jonrnalière el les différents cas qui se sont pré- 
j> sentes depuis l'émanation des édits et règlements des princes , 
» auraient fait connaître la nécessité de changer , modérer et am- 
» plifier plusieurs points et articles, » rédigea un nouveau règle- 
ment en 55 articles qu'il soumit à l'approbation dn prince ; il fut 
confirmé le 23 décembre 1773. L'usage du moulin et des écorces 
en fait le principal objet ; on peut le considérer comme le déve- 
loppement du précédent. 

De même que le décret impérial de i707, l'ordonnance de Fran- 
çois-Charles de Velbrnck souleva des réclamations de la part des 
officiers; le 29 mars 1792, elle ne recevait pas encore son entière 
application. L'opposition était surtout encouragée par les tanneurs 
riches, qui voyaient dans les anciens usages relatifs aux écorces 
des entraves au développement de leurs affaires; le besoin delà 
liberté se faisait pressentir. F^nfin le prince, voyant infructueuses 
les tentatives d'accomodement employées par ses conseillers privés 
députés auprès des officiers des tanneurs , déclara qu'une décision 
serait immédiatement prise ; mais ne voulant pas empêcher le dé- 
veloppement de cette branche essentielle du commerce en amen- 
dant le règlement de 1773, il ordonna au métier de communiquer 
au conseil une note de tous les changements qu'il jugeait néces- 
saires; chaque compagnon était en même temps invité à présenter 
au conseil ses idées et ses observations {*). 

Mais le temps manqua pour exécuter ces améliorations. La révo- 
lution éclata; le métier des tanneurs n'échappa point au naufrage 
de toutes les anciennes institutions. 

Toutefois , il se trouvait dans des conditions toutes spéciales , 
en regard des autres corporations. L'association entre les tan- 
neurs était chose nécessaire , inhérente à la nature de leur indus- 
trie. La loi préfectorale du 2 mars 1791 , publiée dans le départe- 
ment de rOurte le 30 brumaire an IV, avait supprimé les collèges, 

(') Archives du cousoil privé; dépêches. 



--sa- 
les jurandes, les corporations d'arts et de métiers, etc., c'est-à-dire 
avait aboli les chartes qui réunissaient les artisans et les mar- 
■chands en corps politiques ; elle avait anéanti en même temps les 
privilèges, les maîtrises et les règlements de police dont jouissaient 
les compagnons. Mais cette loi , prolectrice de la liberté et du pro- 
grès, ne défendait pas aux industriels de s'associer, comme l'avaient 
fait quelques tanneurs en 1288, dans un but purement commercial. 
■C'est ce que les tanneurs de 1792 , tâchèrent de faire comprendre 
à l'administration centrale, pour en obtenir un décret de maintenue 
de leur société ; ils lui exposèrent que le refus de cette autorisation 
entraînerait la ruine de leur industrie , jusqu'alors si brillante et 
célèbre dans toute l'Europe ; en un mot , que la possession en 
commun d'un moulin pour broyer leurs écorces, les obligeait de 
se réunir en société. C'est sur ces mêmes considérations qu'ils 
basaient leurs demandes tendant à faire regarder leur moulin 
comme propriété privée et non comme bien national ; le moulin 
dont ils se servaient alors était toujours le même que celui qui 
avait été acquis plus de SOO ans auparavant par quelques tanneurs, 
alors que le métier était encore bien loin de former un collège 
politique ; il ne pouvait donc être considéré comme appartenant à 
une corporation supprimée. Quoique celle-ci s'en fût longtemps 
servie , le moulin n'était en réalité que le bien des seuls descen- 
dants ou représentants des tanneurs qui l'avaient acheté primiti- 
vement, et qui l'avaient transmis par voie d'héritage et comme bien 
privé aux ancêtres des 60 familles de tanneurs existant à l'époque 
de la révolution. 

Jusqu'en 1806, c'est-à-dire pendant 14 années à partir de la 
publication de la loi de 1791, le métier jouit paisiblement de l'usage 
de son moulin. Mais , à cette époque , le directeur des domaines 
prélendit qu'il devait être considéré comme bien national et le 
revendiqua au nom de la loi. Le 19 novembre, le Conseil de pré- 
fecture du département de l'Ourte publia un arrêté par lequel il 
déclarait que « le moulin à tan, situé en la ville de Liège au lieu dit 
» Longdoz, devait être regardé comme une propriété provenant de 



— 83 — 

'A la ci-flevaul corporation des tanneurs de la ville de Liège el 
s qu'en conséquence il serait définilivement réuni aux domaines de 
n l'Etat, conformément aux dispositions du décret portant la sup- 
» pression des maîtrises et jurandes. » 

Les tanneurs firent de nouveau valoir les considérations exposées 
^-i-dessus et sollicitèrent du gouvernement le retrait d'une mesure 
qui portait une atteinte mortelle à leur commerce. Ils répétèrent 
<[ue la prospérité de leur industrie dépendait essentiellement de 
l'existence et de la possession en commun d'un moulin, et surtout 
du moulin à tan tel qu'il était alors, possédant un coup d'eau puis- 
sant sans jamais éprouver d'interruption. Ils représentèrent encore 
à l'administration que ce moulin qui exigeait chaque année une 
somme de 3000 francs en réparations et dont la valeur réelle était 
de 30 à 40 mille francs, était grevé de 159,138 francs de capitaux, 
représentant un intérêt annuel de 4000 francs ; qu'en conséquence 
le trésor public, loin de gagner à son acquisition, ferait une perte 
considérable. 

Malgré la justesse de ces observations, le conseil d'État donna, 
le 8 novembre 1807, un décret, approuvé le 11 janvier 1808 par 
Napoléon, déclarant à la suite de plusieurs articles , qu'on ne pou- 
vait rendre la propriété du moulin dont il s'agissait à une corpora- 
tion qui avait cessé d'exister ; que, dans le cas où l'intérêt du 
commerce en nécessiterait la cession, on ne pourrait contracter 
d'une manière légale sans une soumission signée de plusieurs 
tanneurs reconnus solvables. Cet avis fut communiqué à la société 
le 24 févri(!r 1808, par une lettre du préfet. 

Craignant de voir leur moulin tomber entre les mains d'un 
propriétaire du caprice duquel dépendrait le sort de leurcommerce, 
les tanneurs se concertèrent pour présenter au gouvernement une 
soumission ainsi conçue : 

« Nous soussignés, etc., considérant qu'il est intéressant pour 
» le commerce que plusieurs tanneurs ayent la propriété et la 
» jouissance du moulin à tan situé à Longdoz, commune de Liège, 
» -et du magasin situé aussi à Liège rue des tanneurs qui on dépend, 



_ 84 — 

T. nous engageons et obligeons d'acquérir du gouvernement les 
» dits moulin cl magasin le tout appartenant ci-devant à la corpo- 
» ration des tanneurs de la même ville, et estimé par l'ingénieur en 
5) chef du déparlement à la somme de 42,000 francs en capital ; au 
» moyen de la cession que le gouvernement voudra bien nous en 
» faire, nous nous soumettons personnellement et individuellement 
j> de continuer le payement des rentes dues sur les dits moulin et 
» magasin, dont les capitaux s'élèvent, à 59,1 38 francs, telles qu'elles 
» ont été constamment acquittées par les tanneurs, et les rentes 
» exislanles de la même manière , dans le même ordre et sous 
» les mêmes obligations qui résultent des actes créatifs desdites 
> renies qui ne seront en rien innovées et dont lesdits moulin et 
» magasin demeureront seuls spécifiquement obligés pour sûreté 
» des payements des dites rentes ; le tout du consentement et de 
» l'acceptation de la généralité des créanciers de la ci-devant cor- 
» poralion des tanneurs de Liège, par laquelle ils se bornent à 
y> n'exiger des tanneurs soussignés d'autres obligations et assu- 
» rances que celles qui existent par les actes constitutifs de leurs 
» rentes; lequel payement de ces charges formera le prix de la 
» cession des dits moulin et magasin. » Suivent les signatures de 24 
tanneurs, savoir : Lambert Collard, L. J. Wauters , P.^J. Jamme, 
J. C. D. Malherbe, E. F. Kinable , A. M. Bouhon, Th. Hodeige , 
J. P. Albert , M. A. Hodeige , Lib. d'Othée , la veuve H. Libert, 
H. W. Dossin, H. B. Bouhon , L. Hodeige , J. J. Coune , J. 
Soubbre, J. Libert, H. M. Laphaye, J. F. Laphaye, J. C. Hozay, 
Z. N. D. Libert, G. d'Othée, la veuve Chefnay, J. H. Chefnay. 

Un décret impérial daté de Bayonne, le 51 mai 1808, approuva 
l'adjudication en conséquence, le 20 juin 1808 ; le préfet Micoud 
d'Umons porta un arrêté par lequel il concédait à perpétuité aux 
24 tanneurs signataires de la soumission , aux conditions y expri- 
mées, le moulin de Longdoz et le magasin en dépendant. 

Parle fait même de cette concession, l'empereur autorisait l'éta- 
blissement d'une société de tous points semblable, quant à son 
caractère, à celle qu'avaient formée, en 1288, quelques tanneurs 



— 85 — 

d'Outre-Meuse, Son organisation même ne différait guère de celle 
d'alors ; seulement, comme conséquence nécessaire du régime so- 
cial du moyen-âge , outre l'administration des affaires concernant 
le moulin, la société, à son origine, avait encore un autre but : 
c'était d'établir, pour l'honneur de la corporation, une surveillance 
active sur les produits fabriqués par ses membres. Après la révo- 
lution, les nouvelles idées de liberté ne permettaient plus d'exercer 
Ce contrôle : dans toutes les industries, les fabricants jouirent de la 
plus entière franchise; chacun put à sa guise vendre de bonne ou 
de mauvaise marchandise; l'acheteur seul en resta juge et subit les 
conséquences de sa confiance. 

Le moulin à tan fut en réalité le seul lien qui maintint l'union 
entre les tanneurs; lui seul sauva l'ancien métier de la dissolution 
complète qui anéantit tous les autres ('). Il fut la raison de sa con- 
servation, comme il l'avait été de son institution . 

Pour gérer les affaires de la société en ce qui concernait le moulin 
(qui fut depuis appelé le moulin des hoirsâs) (^), on institua un 
rentier dont la mission fut de veiller à son entretien , d'y établir 
des employés convenables , de les payer , de recevoir le prix des 
moutures, de régler les comptes, de dresser le bilan de la société, 
de payer les rentes , enfin de tenir note exacte des dépenses et des 
recettes. <5uant au paiement des rentes, il dépendit des profits que 
rapportait le moulin durant l'année; si par des circonstances im- 
prévues (3), les revenus restaient au-dessous de la somme due, les 
titulaires des rentes devaient pour lors se contenter de la fraction 
que permettait de leur payer l'actif de la caisse, sauf à être rem- 

( 1 ) Peut-être faut-il admettre une seconde exception pour les porteurs. 

(2) Moulin des ccorcheurs ou des ccorceurs ; /ioù'aï ne vient ni de 
scorlum ni decorlex, ni de corium; mais en ligne directe du thiois sc/to/*', 
ccorce; du reste tous ces mots sont de la même t'amille. 

(5) Par exemple, les inondations, les grandes réparations , les incendies 
(ce dernier danger est aujourd'hui moins à craindre qu'autrefois , parce 
que la plus grande partie de la char[tentc est aujourd'hui en fer ; le l)à- 
timcnt est, du reste, assure). 

6 



— 86 — 

bourses du déficit lorsque les aflaires de la société le permettraient. 
Si, les rentes payées et tous les frais d'administralion décomptés, 
il se trouvait un surplus , il était partagé entre les concession- 
naires. 

Le moulin étant la propriété exclusive de 24 personnes , celles-ci 
eurent seules le droit de s'en servir : la coutume anciennement 
observée de ne moudre qu'à tour de rôle et seulement une certaine 
quantité d'écorces , lut conservée ; le rang une fois fixé par le 
rentier, il n'était plus permis de l'intervertir. Aucun tanneur ne 
pouvait se présenter au moulin avant l'arrivée de son oiUna ou de 
son tour. La mesure d'écorces que chacun eut le droit de faire 
moudre, appelée meunée, fut fixée à 52 oulnes de creppets, pesant 
de 2800 à 3000 kilogrammes. Le prix de moulure fut de 42 francs 
par meunée ('). 

Pour augmenter ses revenus et ne pas porter entrave aux petits 
industriels , il fut permis aux tanneurs ne faisant pas partie de la 
société , de se servir du moulin des hoirsâs, moyennant la rede- 
vance ordinaire. Ils durent également se conformer à un certain 
ordre de succession ; tout nouvel arrivant devait se présenter chez 
le rentier, qui lui désignait une place et l'inscrivait sur son rôle. 

Le 25 août 1815, les concessionnaires du moulin tinrent chez 
madame Malherbe, veuve du dernier rentier, un assemblée où ils 
établirent une commission pour administrer les affaires de la 
société, «t Comme il importe pour la bonne administration des 
» affaires, qu'il soit délégué plusieurs de nos concessionnaires pour 
» gérer concurremment avec madame Malherbe ou M. Gilles son 
» fils, nous déclarons déléguer MM. J. Libert, J. Ph. Albert et 
y> J. Jamme à effet d'administrer les affaires concernant le moulin, 
» vérifier les comptes à payer, en ordonnancer le payement, ordon- 
» ner et surveiller tous ouvrages à exécuter et enfin faire tout ce 
» qu'ils jugeront nécessaire au mieux et au plus utile de la société; 
» promettant au surplus d'adhérer et d'avoir pour agréable leur 

(î) Aujourd'hui -40 fr. 



— 87 — 

ï> geslion que nous nous engageons de ratifier à leur première de- 
» mande. » 

Cet odre de choses s'est maintenu sous les différents régimes 
que la Belgique a traversés depuis la révolution française ; il existe 
encore aujourd'hui tel que nous venons de le décrire. Le rentier 
actuel est M. Gilles Malherbe, dont il est fait mention dans ce der- 
nier extrait. 

Telles furent les destinées que subit le bon métier des tanneurs 
de la cité de Liège, Tun des plus anciens et des plus importants de 
la cité. Seul de ces 32 corporations puissantes qui soulevèrent tant 
de fois les émotions populaires et les luttes sanglantes qu'on lit 
avec étonnement dans nos annales , il a survécu au cataclysme so- 
cial de 1792 ; seul peut-être il a conservé assez de documents et 
de souvenirs pour qu'il soit possible d'en retracer l'histoire. 

Nous aurions voulu ajouter aux pages qu'on vient de lire et qui 
ne sont en définitive qu'une sèche et aride analyse de documents, 
un tableau des mœurs , des usages , de la vie intime des tanneurs 
et du "quartier d'Outre-Meuse. Mais il faudrait avoir vécu tout 
jeune au milieu d'eux , courant les rues , les ateliers , observant 
tout dans la maison, à table, au comptoir, écoutant les vieillards 
autour du foyer ou assemblés sur le seuil des portes, le traditionnel 
bonnet de coton bleu et blanc sur la tète, le tablier de cuir replié à 
la ceinture, la longue pipe de terre à la bouche ; il faudrait être 
tout à fait pénétré de l'esprit du quartier ; il faudrait surtout avoir 
la plume légère et gracieuse du conteur ('). 

11 nous reste à exposer l'organisation du métier à l'époque la 
plus florissante de son existence , c'est-à-dire au XVl* et au XVII' 
siècle. 



( ' ) M. A. Hock, membre do la Société de littérature wallonne, a donné 
au public une description fidèle et piquante de quelques coutumes des tan- 
neurs. [Bull, de la Sociélé, vol. Il, p. 39.) 



ORGAWISATIAIV HVTÉRlEUiiE DU MÉTIER. 



CHAPITRE I. 

DES OFFICIERS ET DES EMPLOYÉS. 

On comptait dans le métier des tanneurs trois espèces d'offices : 
i" ceux des gouverneurs; 2° ceux des jurés; 3" celui du rentier. 
Les deux premiers étaient considérés comme honorifiques et les 
personnages qui les occupaient étaient appelés grands officiers, 
parce qu'ils exerçaient une certaine juridiction sur les autres 
membres. Il y avait en outre cinq sortes d'emplois : i" ceux des 
rewards; 2" celui du greffier; 3° celui du varlet ; 4° celui du grou- 
met ; 5° ceux des serviteurs du trinay ('). 

Les gouverneurs, les jurés , le rentier et le greffier formaient le 
conseil qui avait le droit de tenir des assemblées particulières, mais 
ne pouvait prendre aucune décision dans les affaires d^intérêt gé- 
néral . 

Toutes ces charges étaient permanentes. Dans certaines circons- 
tances, lorsqu'il s'agissait, par exemple, de faire une enquête, de 
préparer un projet de loi ou un accommodement , d'examiner un 
chef-d'œuvre, etc., on déléguait des employés extraordinaires nom- 
més députés et quelquefois aussi rewards. Après l'institution des 
seize chambres, cette espèce de jury devint également permanent. 

Il y avait enfin sept autres charges d'officiers ou maistrics^ com- 
munes aux trente deux métiers, qui, siniullancmcnt ou tour à tour 

(' ) On leur donnait aussi qjjclquefois le nom d'offices. 



— 90 — 

y députaient chaque année quelques-uns de Heurs meuibres. Ces 
fonctions ne concernent en aucune manière l'administration des 
corporations industrielles; les métiers prennent part à l'élection 
de ces officiers, simplement à raison de la souveraineté qu'ils 
exercent dans le gouvernement de la cité. Il suffira de les énumé- 
rer : 4" les bourgmestres; 2" les jurés; 3° les Vingt-deux; 4» les 
quatre de la Violette ; 5" les fermeteurs de la cité ; 6" les maîtres de 
Cornillon et des pauvres en Ile; 7" les six délie fore. Les six hommes 
de la foire, les fermeteurs et les quatre conseillers de la Violette 
étaient élus le même jour que les officiers des métiers et de la même 
manière. De même que les Vingt-deux et les maîtres de Cornillon, 
ils étaient tenus de faire confectionner à leurs frais, dans les trois 
mois après leur nomination, un costume semblable à celui des 
gouverneurs du métier qu'ils représentaient et de le porter pendant 
deux années aux mêmes occasions, sous peine d'un florin d'or 
d'amende ('). 

Les grands offices des métiers étaient fort ambitionnés; les vio- 
lentes querelles qu'on lit dans l'histoire de Liège à propos des élec- 
tions des bourgmestres, se représentaient sur une petite échelle 
dans chaque métier à l'occasion du choix des gouverneurs et des 
jurés. Les brigues, la corruption, les voies de fait même entre les 
candidats et les partis, devinrent tellement fréquents, que le 49 
janvier 1421, le métier fut obligé de publier une ordonnance contre 
les brigues électorales {^2); elle défendait aux compagnons, « aux 
» varlels, aux femmes, aux damoiselles, de briguer avant le jour 

(j) Pour n'avoir phis à revenir sur révaliiation des monnaies que l'on 
rencontrera souvent dans la suite, nous donnons ici les quelques indica- 
tions incomplètes que nous avons recueillies, en prenant pour point de 
comparaison Vaidaii (trois aidans valaient 4 centimes): 1 soos— 1/24 
d'aidan ; 1 denier = 3 1/2 soos ; 1 marc = 5 aidans. 8 soos; 1 paltar = 4 
aîdans; 1 griffon = 8 aidans, 16 soos; 1 daller = 32 aidans ; 1 florin lié- 
geois = 20 aidans ; 1 florin Brabant-Liége = 80 aidans; 1 florin d'or 
= 100 aidans ; 1 florin d'Allemagne — IGO aidans. Ces valeurs ont peu 
varié. 

(2) Documents inédits, n° VI. 



91 



> des éleclions el. d'aclietcr des voix par or, bienfaits, vins, viandes, 
» joyaux, beveraiges, » sous peine d'une amende de cinq grifibns 
et d'être privés de tout office pendant huit années consécutives. Afin 
d'éviter de nouvelles luttes aux élections qui se préparaient, on 
avait même pris la précaution de désigner à l'avance ceux qui de- 
vaient être nommés. Cette ordonnance stipulait encore que les 
officiers sortants ne pourraient accepter une nouvelle charge qu'à 
quatre années d'intervalle. Enfin elle défendait à toute personne 
ayant occupé un emploi dans le métier des tanneurs, de se faire 
recevoir dans un autre métier, pour y être portée sur la liste des 
candidats. 

Malgré ces sages dispositions, les désordres se renouvelèrent. Le 
25 juillet 1427, la corporation tenta de rechef d'y mettre un terme, 
en réglant d'une façon très détaillée les différents points à observer 
pour procéder au vote des officiers , et en redoublant de rigueur 
contre les perturbateurs; elle publia la Lettre des offices {^). On y 
trouve, ainsi que dans les recès complémentaires du i"' avril 14*28 
et du 40 avril 1439, une foule de nouvelles décisions relatives à la 
livrée, au remplacement des officiers, aux conditions requises pour 
pouvoir être élu , aux amendes qu'encouraient les violateurs des 
divers articles, etc. 

D'après un usage fort ancien , les compagnons portés aux gros 
offices distribuaient en signe de reconnaissance à leurs confrères , 
le jour de leur élection, une certaine somme d'argent nommée 
hnbier onhalbiert et qui était dépensée en réjouissances publiques. 
Cette coutume ayant donne lieu à quelques abus, il fut défendu aux 
officiers de donner plus pour escoïs, dfnei-s, etc., que quatre deniers, 
sous peine d'être privés de toute charge à perpétuité et de payer six 
florins d'amende. En 1507, le tarif était de deux grillons, auxquels 
le métier en ajoutait 8 et demi ; plus tard cette somme fut encore 
réduite; enfin , au XVll" siècle , toute distribution fut totalement 
prohibée : « le habicrt qui , avant, se dcspcndait inutilement aux 

(i) Documents inédits, ii" Vill. 



92 

» tavernes et autre parte, fut paie au métier pour le convertir en 
» meubles, etc. » 

Outre les fondions particulières qui incombaient à chaque classe 
d'officiers en parliculier, ils avaient, étant réunis, le droit déjuger 
en première instance les dilTicultés qui survenaient entre des mem- 
bresdu métier et généralement toutes les causes relatives aux affaires 
de la corporation. Les débats qui surgissaient pendant les assem- 
blées devaient en premier lieu être portés devant eux comme juges 
compétents et ordinaires, à moins que le cas ne fût trop grave et du 
ressort d'un autre tribunal. Les amendes dont ils frappaient les 
coupables étaient primitivement perçues au profit de la corpora- 
tion ; en 1708, pour stimuler leur zèle et les engager à remplir leur 
devoir avec plus de soin, on leur accorda le droit d'en prélever un 
tiers. 

Jusqu'en 1487, les gouverneurs et les jurés de chaque métier 
faisaient de droit partie du conseil de la cité ; mais à cette époque, 
ils en furent exclus par la lettre de St. Jacques. 

I 

LES GOUVERNEURS. 

Du jour OÙ un certain nombre d'ouvriers, pratiquant la même 
industrie, se réunirent en société pour veiller ensemble sur leurs 
intérêts communs , il fallut à cette société une direction , repré- 
sentée par un ou plusieurs membres. 

Le nom , le nombre et les attributions des chefs du métier des 
tanneurs ont varié suivant les époques. La dénomination de 
gouverneurs est la plus connue , parce qu'elle fut le plus longtemps 
en usage et qu'au moment de la suppression des corporations 
liégeoises, elle subsistait encore. Mais elle se rencontre pour la 
première fois dans un document de l'année 1421. 

D'après un texte transcrit dans l'introduction ( '), le chef, unique 

(*) J'. li>l. 



- 93 - 

selon toute apparence , s'appelait en 1139 maistre. Une de ses 
principales prérogatives était de commander la bande des tanneurs 
à la guerre ; c'est du moins avec cette attribution que nous le 
montre le chroniqueur. Ses fonctions en temps de paix sont in- 
connues ; elles ne pouvaient, du reste, être que très restreintes. 

En 4288 , il existe plusieurs chefs qui s'appellent souverains , et 
représentent tous les sociétaires dans les actes passés en leur nom. 
De concert avec les autres membres de la communauté, ils ad- 
mettent de nouveaux compagnons. 

Un document de 1324 mentionne, sans lui donner de qualifica- 
tion , un seul tanneur stipulant en vertu d'un pouvoir que lui 
délèguent ses confrères. 

La paix de Geneffe , écrite le 10 juillet 1331 , fournit enfin des 
indications assez précises sur les attributions et le mode d'élection 
des chefs au XIV* siècle. Ils étaient alors au nombre de deux , 
choisis par le tribunal des échevins de Liège entre quatre candi- 
dats présentés par les compagnons ; ils s'appelaient wardeus ou 
wardans , gardeurs , regardeurs (dont on fit plus tard reiuards), 
pour signifier que leur mission était de regarder ou de veiller aux 
intérêts du métier. Leur élection se faisait le jour de la fête de 
St. Jacques et de St. Christophe , et leurs fonctions étaient an- 
nuelles. Immédiatement après leur nomination, ils prêtaient ser- 
ment entre les mains des échevins (i). 

Ces dispositions, prises pour les douze métiers alors existants, 
furent immédiatement après appliquées expressément à celui des 
tanneurs, par la charte constitutive que leur octroya, le 5 sep- 
tembre 1331, Adolphe de la Marck. Un passage de cette même 
charte prouve que, déjà antérieurement, il existait chez les tan- 
neurs des chefs portant la même dénomination : « Mais que les 

( ' ) Donnons et oUroyons que dorsenavant d'an en an , à la ficste S. 
Jakcs et S Ctiristoflc élisent entre les personnes qui siéront de tel mesticr 
quattre personnes les plus ydoines cl sudisants qu'ils saront en tel niestier, 
dosquelcs i personnes noire justice de l.icgc en prendrai doiz , quelle 
lerat scrmcntcret mclteral elle warde dudil mesticr '^Paix, de Gcueffc). 



— 94 — 

denrées soient bonnes et loyaux et par les dits wardans justifiés, 
ensi que accoustumeit est ». Leur existence n'était cependant pas 
impérieusement requise ; chaque métier pouvait, à sa guise, en 
nommer ou n'en pas nommer , comme l'indique ce passage de la 
paix de 1331 : « en manière telle que cascun mcslier qui voira 
avoir wardeus polra, etc. » 

Les fonctions des wardeus , antérieurement conventionnelles et 
plus ou moins arbitraires, furent nettement déterminées par le 
prince lui-même; il les investit d'une véritable juridiction sur les 
autres membres de la compagnie ; « afin que le métier soit dorsen- 
» avant sy gouverné et maintenu en droiture, paix et accord, que 
» fraude n'y soit comise, anchois y soit le common profit sauvé et 
)) wardé. » Us avaient le droit de frapper d'une amende les compa- 
gnons qui vendaient du cuir de mauvaise qualité; ils pouvaient 
entrer de nuit et de jour dans les demeures des fabricants, pour 
examiner leurs marchandises; ils étaient autorisés à porter une 
décision dans les cas de contestation qui leur étaient soumis; le 
tout sans préjudice des prérogatives du prince. 

Par ses victoires successives sur l'arislocralie, le peuple parvint 
au milieu du XIV« siècle à s'affranchir peu à peu de l'autorité sou- 
veraine; en 1343, la paix de S' Jacques permit aux métiers de se 
Fégir eux-mêmes. Chacun d'eux devint un petit gouvernement 
démocratique ; les compagnons purent, à leur gré et sans l'inter- 
vention des échevins ni du prince , chosir leurs chefs qui depuis 
lors furent nommés gouverneurs ('). Us étaient élus au nombre de 
deux("^) le jour de St. Jacques de chaqueannée, etprêtaienl serment 
de fidélité entre les mains des nouveaux maîtres de la cité élus le 
même jour. Us avaient le droit d'assembler le métier aussi souvent 
qu'ils le jugeaient convenable et recevaient de leurs mandataires le 
droit de les réprésenter dans le conseil de la cité. 

(1 ) Dans les villes flamandes, les chefs des métiers s'appelaient doycm 
[dcken] . 

(2) Une charte du 1" juillet 1105 mentionne trois gouverneurs. (V, 
Charles cl i)rivilégcs, t. 11, p. 218), C'est probablement une erreur. 



— 95 — 

Pour être éligible à l'office de gouverneur , il fallait être né eî 
nationné bourgeois de la cité, être compagnon légitime, résider dans 
les limites du métier, le hanter et le fréquenter , c'est-à-dire avoir 
le droit d'assister aux assemblées et d'y voter. La condition essen- 
tielle, qui résumait en elle toutes ces garanties, était que le gouver- 
neur eût d'abord été reçu à maîtrise, ce qui impliquait le relief, la 
légitimité, l'usance, les capacités, etc. Il fallait qu'il fût ou eût été 
« ouvrier délie main et connoisseur en pratique et art du mestier 
» pour autant qu'il doit servir et visenler ouvrages. » Les gouver- 
neurs devaient en outre être mariés et avoir dépassé l'âge de vingt 
ans. 

Le mode d'élection, qui primitivement était l'acclamation , fut 
définitivement réglé par la lettre des offices, datée du 19 janvier 
1421. 

Le 25 juillet, jour de la fêle de S' Jacques de chaque année, tous 
les compagnons du métier s'assemblaient dans leur lieu de réunion 
habituel à six heures du malin « à hoir del cop de prime. » Nul ne 
pouvait, sans excuse valable, se dispenser de s'y trouver. Le rentier 
du métier apprêtait à l'avance autant de billets de même grandeur 
qu'il se trouvait de personnes présentes ; sur cinq d'entre eux, il 
écrivait ces mots : In nomine Domini , amen. C'était au choix des 
cinq personnes auxquelles le sort faisait tomber ces billets qu'était 
confiée l'élection des nouveaux gouverneurs. Les papiers roulés et 
ballottés par un maître tanneur que désignaient les officiers , 
étaient distribués par ordre aux compagnons. A mesure que chaque 
membre recevait le sien , le rentier le dépliait , et dès qu'il s'en 
présentait un perlant l'inscription susdite , la distribution était 
interrompue. A la réquisition des anciens gouverneurs, présidents 
de l'assemblée, le compagnon désigné par le sort prctuit à haute 
voix serment d'élire « bonnes gens , saiges , discreis et ydoines 
« pour pourter les dites offiches, dont le mestier en aiet honneur. » 
Il promettait aussi de ne pas voter pour lui-même , pour des per- 
sonnes absentes ou pour deux frères. Puis il était conduit dans une 
chambre spéciale, où allaient successivement le rejoindre quatre 



— 96 — 

autres compagnons auxquels étaient échus les billets écrits. A eux 
cinq, ils nommaient les nouveaux gouverneurs. 

Les deux maîtres sur lesquels se fixait leur choix étaient obligés 
d'accepter cet honneur, sous peine de payer un mare d'amende et 
de ne pouvoir accepter d'autre office pendant quatre années cansé- 
culives. Les vieillards seuls ayant dépassé l'âge de 60 ans, et décla- 
rant renoncer pour toujours aux charges du métier, pouvaient 
refuser ('). Immédiatement après leur élection, les gouverneurs 
rentraient dans la salle de l'assemblée et prêtaient soiir saincts le 
serment solennel et accoutumé « de bien régir et de loyalement 
j) gouverner le métier au profil duquel il doit faire tourner les cens, 
» rentes, émoluments, amendes, etc., qui seront perçus par le 
» rentier » ; de se conformer à la lettre des otïices; enfin, de ne 
pas accepter d'autre charge pendant l'année de leurs fondions (*). 

Les quatre officiers sortans, savoir les deux gouverneurs et les 
deux jurés de l'année écoulée, prêtaient aussi serment, en se dé- 
pouillant de leur charge, de faire observer la lettre des offices aux 
nouveaux élus. Us exerçaient de celte façon sur ceux-ci une sur- 
veillance d'autant plus active qu'elle était intéressée; en effet, lors- 
qu'ils trouvaient un officier en défaut de remplir son devoir, ils le 
dénonçaient au conseil ; si l'accusé était condamné, il devait payer 
le double de l'amende qu'aurait encourrue le délinquant qu'il 
n'avait pas puni, et l'accusateur en prélevait un tiers. 

La lettre des offices prévoyait aussi le cas où des officiers en 
charge mourraient pendant l'année de leurs fondions. Si cela arri- 
vait avant que le défunt eût porté son costume officiel, le métier 
procédait à une nouvelle élection semblable à celle du jour de 
St. Jacques; s'il en avait déjà fait usage, les officiers survivants 

( < ] Le règlement d'Erard de la Marck de 1507, imposait celte obliga- 
tion h tous les métiers : « llem quiconques sera élu quatlre, gouverneur ou 
» juré d'ung mestier refuser ne pora sur paine d'ung noble d'amende et 
» privation trois ans du mestier, moitié à nous, moitié à la réfection de la 
» cité (Louvrex, vol. I, p. 487, n" 2.'>). 

(') ûeuxicmc règlement de Hcinsbcrg. 



— 97 — 

élisaient entre eux, pour finir l'année, un lieutenant qui, pour ses 
peines, recevait un chaperon; il était rééligibie l'année suivante. 

L'office de gouverneur était la première charge honorifique du 
métier. Mais à partir du XV« siècle, elle ne donna à ceux qui en 
étaient revêtus que des pouvoirs insignifiants. Leur première mis- 
sion et le but de leur création avaient été de contrôler les 
produits fabriqués par les compagnons et d'empêcher la vente 
de mauvaises marchandises. Ce soin fut bientôt exclusivement 
confié aux rewards. Peu après vinrent les jurés , qui par- 
tagèrent avec les gouverneurs le droit de juridiction. Dès lors, le 
devoir de ceux-ci consista purement et simplement à convoquer et 
à présider les assemblées. L'administration générale de la corpo- 
ration appartenait au conseil ou plutôt à la généralité des membres, 
qui, dans les séances, discutaient toutes les afTaires concernant le 
métier et sans le consentement desquels rien ne pouvait se décider. 

De concert avec les jurés, et quelquefois avec les députés et le 
rentier, les gouverneurs pouvaient décider dans les contestations 
jelatives aux affaires du métier, dans les fraudes, dans les infrac- 
tions aux règlements, etc., sauf à avoir recours au tribunal des 
échevins de Liège ; ils pouvaient encore, après avoir soigneuse- 
ment examiné le cas, délivrer par écrit certaines permissions, par 
exemple d'emprunter des écorces, de se défaire d'écorces. moulues, 
d'accepter dans une tannerie des personnes étrangères, etc. 

Les documents ne révèlent qu'un seul cas où les gouverneurs, 
isolément, fussent revêtus d'un pouvoir quelque peu important. 
A la suite de l'édit de 142, porté contre les brigues électorales, il 
fut décidé que, pour la nomination des maitres et des autres offi- 
ciers de la cité, les gouverneurs de chaque métier choisiraient eux- 
mêmes les compagnons qu'ils jugeaient les plus convenables pour 
siéger à l'assemblée générale, seïr aile croye, et donner leur vote. 

Les gouverneurs en charge devaient tous les trois mois rendre 
compte de leur gestion dans une séance du métier , où leur admi- 
nistration pouvait être disculée. Lorsqu'ils étaient convaincus d'a- 
voir mal exercé leur oflice, soit par négligence, soit par partialité, 



— 98 — 

ils étaient condamnés à payer le double de l'amende qu'ils auraient 
dû infliger au coupable. 

La rétribution de chaque gouverneur était de 20 florins par 
année ; cette somme leur était payée sur les revenus du métier. En 
outre, s'ils remplissaient leurs fonctions à la satisfaction générale, 
ils recevaient, le jour de St. Remy, huit aunes de draps rayé ou 
de deux couleurs différentes, de la valeur d'un florin renaldus (') 
l'aune ; ils étaient tenus de s'en faire faire une houppelande 
et un chaperon, sous peine d'être privés de leur rémunéra- 
lion et de payer un florin d'or d'amende. Ils devaient porter 
celte livrée pendant l'année de leur charge et pendant l'année sui- 
vante, à toutes les cérémonies publiques, aux assemblées générales, 
à la guerre, et cela « pour faire honneur au mestier » et pour 
qu'on put reconnaître celui-ci dans les cortèges et dans les corps 
d'armée. 

Avant 1427, les gouverneurs prélevaient aussi un certain droit 
dans les noces, dans les obsèques, dans les transactions, dans les 
amendes ; mais par le serment que leur prescrivit la lettre des 
offices, ils renoncèrent à ces bénéfices éventuels, les abandonnant 
au profit du métier et promettant de ne plus percevoir que leur 
part dans les acquêtes et dans les reliefs. 

En 1493, celte part était d'un demi florin d'or pour l'acquète du 
métier faite par un bourgeois, qu'il fut né dans la cité ou hors de 
la banlieue, pourvu pu'il fût originaire du pays de Liège ou du 
comté de Looz. Lorsqu'il s'agissait d'un étranger, chaque gouver- 
neur recevait un florin. En 1559 le prix de l'acquète fut haussé ; 
les bourgeois natifs de la cité payaient à chaque gouverneur un 
postulat de Bornes, les bourgeois nés hors de la banlieue un 
demi-florin d'or et les étrangers un florin d'or. 

Leur part dans le prix du relief était en 1418 de quatre vieux 
gros pour chaque fils ou fille du métier. 

Voilà ce que fut, autant qu'il est possible de le savoir, roffice 

( ' ) Pour rhenanus ? 



— 99 — 

ilu gouverneur pendant la pins grande et la plus belle période de 
l'existence des métiers. 11 subit plusieurs fois des modifications 
momentanées à la suite d'édits émanés des princes. C'est ainsi 
qu'en 4417 , lorsque Jean de Bavière réorganisa la cité et établit 
47 métiers , tout en maintenant l'ordre existant depuis l'an 1331 
d'élire deux chefs dans chaque métier , il voulut qu'ils fussent 
appelés questeurs ; qne leur seule mission fût de soigner les affaires 
précuniaires , et qu'ils ne pussent assembler le métier que pour 
traiter des intérêts du commerce. 

En 1487, l'article 2S de la nouvelle paix de St. Jacques apporta 
aussi momentanément une transformation notable dans les charges 
des officiers « llem et pour ce que par ci devant l'on a en accou- 
» tumé d'élire en chaque métier deux gouverneurs et deux jurés 
» et que, pour la multitude d'iccux, le Conseil de la Cité était trop 
» large ; afin de remettre bonne police et règlement , statuons que 
» chacun des dits 32 métiers, au jour St. Jacques, élira seulement 
» un gouverneur et un juré , et non plus , dont le gouverneur 
» s'entremêlera seulement de régir et governer les affaires du 
5» métier, sans se mêler du Conseil ni des affaires de la Cité. » 

En 1649 , une ordonnance de Ferdinand de Bavière conféra 
l'élection des deux gouverneurs de chaque métier aux bourgmestres 
et au conseil de la cité. 

Mais toutes ces innovations , dues à la politique des princes 
dont la bienveillance était loin d'être acquise au parti du peuple, 
furent le plus souvent renversées peu de temps après leur intro- 
troduclion, ou peu à peu abandonnées pour l'usage anciennement 
établi. 

Lorsque les chambres furent instituées à Liège , l'article 20 du 
règlement de Maximilien Henri de Bavière du 28 novembre 1684, 
décréta que chaque métier ne serait plus représenté que par un 
seul gouverneur , dont l'élection était réglée de la façon suivante : 
les 36 personnes composant une chambre devaient choisir tous les 
ans, à la pluralité des suffrages, un gouverneur inscrit dans cette 
chambre et faisant i)artic des 6 artisans d'un métier; ses fondions 
étaient bis-annuelles et il avait un surintendant. 



— 100 — 

Dépouillée de toute espèce de pouvoir, n'ayant même plus qu'un 
simulacre de juridiction , la charge de gouverneur depuis cette 
époque ne fut plus qu'un vain litre. 

Nous apprenons par quelques pièces qu'au XYIII^ siècle chaque 
métier nommait annuellement trois gouverneurs qui, tour à tour, 
avaient pendant uu certain temps la direction des affaires du 
métier ; celui qui l'exerçait s'appelait gouverneur en tour, in tm'no. 
Nous n'en savons pas davantage sur leur compte. 

La liste des gouverneurs du métier peut, ce semble, offrir quel- 
qu'intérêt au lecteur. La voici aussi complète qu'il nous a été pos- 
sible de la dresser, en consultant les chartes et les registres aux 
reliefs du métier et les registres aux recès de la cité qui reposent 
à la bibliothèque de la ville : 

1288 Willeaume de Meffe, Lambert de Niswans. 

1324 Colons de Lilees, Johan de Sumangne. 

1331 CoUin dit aux Nales, Jacquemin dit de Lysleaul. 

1373 Gérard dit Sordeilhe. 

4388 Simon Hannotien, Johan Haniet. 

1391 Gérard Sordelhe, Martin délie Scloit. 

4405 Jean Lagace, Jean Woult, Mathieu Julin. 

(1408 à 1418 (Suppression des métiers, par Jean de Bavière). 

4418 Gilles de Meef, Lambert de Hodeige. 

4421 Johan Babbeit, Johan de Hour. 

4422 Hubin deMalmedi, Jaquemin Oulry. 

4430 Johan Babeit, Colaur le Bidair. 

4431 Johan de Houre, le grand Colaur de Tournay. 
4433 Jacquemin Oulry, Lambert délie Préalle. 
4436 Colair, dit le grand Colair, Johan de Frères. 
4440 Guilleaume Badewin, Renchon Godin. 

4443 Lambert délie Préalle, Ernult Durtinnes. 

4446 Arnult de Meers, Gofïin le Ruytte. 

4447 Piron de Noir Mouton, Libert de Bachenge. 

4449 Johan de Fooz, Collart de Bouxhemont. 

4450 Olivier de Chainc, Johan "NVilhcame. 



— 101 - 

i451 Olivier de Chaîne. 

1453 Johan Toussaint Doreye, Libert Textor. 

14do Henri Babbeit, Franck de Rasier. 

4436 Johan Babeid, Franck délie Roche. 

4457 Bauduin Seat, Gérar de Raasier. 

4460 Waulhier de Vivegnis, Franck de Rasier. 

1462 Collar de Hodeige, Johan de Heusier. 

4464 Renart de Sart, Bauduin Staz. 

1468 à 1477 {Suppression des métiers par Jean de Bourgogne 

et Charles le Téméraire). 
1479 Renson Godin, Henri Coeste. 
4480 Gerar de Sclachins, Johan de Beavaulz. 
4484 Gerar de Sclachins, Johan de Beauvaulz. 

1487 Henrar de Gré, Jaspar Mabritz, 

1488 Le vieux Hodeige, le jeune Franck. 

1489 Johan \Yilheaume, Lorens le Pexheurs. 
4497 Henrartde Greit, Jaspar Malbry. 

4 300 Johan Goret, Lambert de Foulz. 
1501 Johan "SVoete, Johan de Bouchmont. 
Io0!2 Collar Marie, Johan de Meers. 

1503 Martinon, Loren Dossins. 

1504 Jaquemin de Hodeige dit del Merdieu, Linar de Seave. 

4505 Johan de Meers. 

4506 Johan Deennes, Berteleme de Boix. 
1507 Martin leBevereaz, Jaspar Mabry. 

4508 IMetre le Tcxheurs, Gilet de Melen. 

4509 Thiry Fysons, Johan de Bouxmont. 

4510 Johan de Meers, Johan de Gré. 

451 1 Henri Quoisles, Piron de Gré. 

4512 Bcrlhlemédc Boix, Collar Fysons. 

4313 Johan de Bouxmont, Johan ou Hanchon de Hodeige. 

4514 Jamin ou Jaquemin de Hodeige, Louis Goret. 

4515 Henri del Roechesdit le grand, Thiry Fysons. 
1546 Piron de Gré, Johan Noël. 

7 



402 



4S!7 Johan Woel, Johan de Meefe (ou de Meers), 

1518 Goffin le Rutz, Wathy Godaerd. 

1519 Bertelemi de Boix, Louis Goret. 

1520 Tonnaire, Thiry Fissons. 
1524 Henri Quoistes. 

1526 Henri délie Roche, CoUar de Harent, 

1528 Johan de Brabant. 

1529 Collar de Haren, Henri délie Roche. 

1530 Johan Jamin, Henri Thonnair. 

1531 Collar de Haren, Waulhier Godart. 

1532 Gérard de Sclassin. 

1533 NicoUe Fabri, Renier de St. Esprit. 

1534 Colla Jamolon, Franceu Folz. 

1535 Walhi Goddart, Henri Baulduin. 

1536 Henri Thonnaire, Goffin. 

1537 Franceu de Folz, Johan de Hodaige. 

1538 Franceu de Folz, Johan Jamin. 

1539 Serva de Gré, Martin de Hodaige. 

1540 Henri Thonnar, Ernou de Collogne. 

4541 Renier d'Othée, Thiry de Bouxhemont. 

4542 Arnultde Boy, Goffîn le Ruylte. 

4543 Serva de Gré, Wilheanie le Roseaz. 

4544 Collar Fisson, Henri Gradu. 

4545 Erançois de Rasiers, Johan Jamin. 

4546 Ernu de Moumalle, Ernou de Boix. 

1547 Renier de Moumalle, Jacquc Bomerscbom. 

4548 Renire Dolhée, Thiry Fissons. 

4549 Walthère Godard, .Johan de Gré. 

4550 Collar Fissons, Malhi le Louchicrs (le Loliier), 
1551 Martin de Gré, Mathi Pastcgires. 

4552 Symon Slrengnart, Marmont. 

1553 Franck délie Roche, Guillaume le Roseaz. 

4555 Henri Tonnaire, Lambert Fissons. 

4556 Henri de Gré ou Gradu, Arnou de Meers. 



— 103 — 

Î557 Franceu de Folz, Colla ïonnalre. 

1558 Johan de Rasiers, Johan de Gré. 

1559 Renire d'Olhée, Lambert Fissons. 

1560 Henri de Grez, dit Gradi ou Gradu, Henri Serva. 

1561 Henrar de Gré, Jehennes de Brabant. 

1562 Serva de Gré, Wathire le Peasiiers. 

1563 Englebert de Marmonte, Piron del Naye. 

1564 Henri Fissons, Baulduin le Pollen. 

1565 Goffin leReutz, Arnou de Meers. 

1566 Libert de Bassanges, Piron del Roes (de Noir Mouton). 

1567 Gilet Lowy, dit de l'Anneau d'Or, Corbeaz de Theu. 

1568 Henri Dolhey, le jeusne Herman de Laminne (Jehan de 

Rasier et Anlhoine Denbouz (recès). 

1568 "Wathier le Peacelier, Henry Thonnar. 

1569 Guilleaume de Thier, Johan Gradu. 

1571 Guilleaume et Jacquemin de Rasiers. 

1572 Libert Bassanges, Renire Dolhey. 

1573 Wathire le Peaslier, Piron le Germea. 

1574 Henri de Lamine, Jaquemin de Rasiers, 

1575 Wathire le Peaslier, Piron le Germea. 

1576 Jean dePackier. 

1777 Johan Grosaert, Denich le Pollen. 

1578 Gérard le Pollen, Lambert Jelette ou Gelette, 

1579 Serva de Gré, Piron del Naye. 

1580 Gilet de Lanneaz doer, Renir Dothée. 

1581 Coiiar Freson, Johan de Rasier. 

1582 Guilleaume de Thier, Johan Jamin. 

1583 Libert Bassenge, l'aîné, Cloes Piettre. 

1584 Corbea Tbomechon, Denix le Pollen. 

1585 Gérard de Pollen, Corbea Thomechon. 

1585 Jean Bomershoven, Lambert de Vilre. 

1586 Johan Dockier, l'ainé, Libert Bassenge, le jeune. 

1587 Guilleaume de Thier, Paulus de Gré. 

1588 Gérard le Pollen, Johan de Wilré. 



— 104 — 

4588 Gérard le Pollen, Lambert Gelelte. 

1589 Sliennon Stregnart, Gilel Willem. 

1590 Piron ciel Naie, Gérard le Pollen. 

1591 Jherome Faverea, Johan Dolhée. 

1592 Les mêmes. 

4593 CoUar de Cheralte, Denix le Pollen. 

1594 Gérard le Pollen, Henri Larbalastre. 

1595 Les mêmes. 

1596 Collar de Cheralte, Johan de Wilré dit Geelello. 

1597 Denix le Pollen, Francheu Henrotle. 

1598 Collar de Cheralte, Henri de Gré. 

1599 Francheu Henr'olte, Gérard le Pollen. 

1600 Piron Germeanx, Piron le Clerc, 

1601 Clocs Pielte, Herira de Greit. 

1602 Colla de Cheralte, Jamien Genart. 

1603 Colla de Cheralte, Henri Thonnar. 

1604 Cloes Pielte, Jcrome Faveraux. 

1605 Collar de Cheralte, Renier Dolhey. 

1606 Piron Germea, Rerùer Dolhey. 

1607 Freson, Piron Leclercq. 

1608 Henri Rosa, Johan Wathi. 

1609 Freson, Chrislen Govert. 
1G10 Collar Thonna, Renier d'Olhey. 
1613 Jérôme Faverea, Jean de Vilré. 

16 15 Les mêmes. 

1616 Jérôme Faverea, Jehan Telet. 
1619 Jérôme Faverea, Franceu de Foz, 
1620-1625 Franceu de Foz, Piron Hadin. 

1626 Henri de Puyls, Jean Rosa. 

1627 Piron Hadin ou Rosa, Hubert de la Croix. 
4 628 Piron Hamoir dit Rosar, Hubert la Croix. 

4629 Hubert de la Croix, Abraham Wathi. 

4630 Abraham Wathi, Piron Pi d'argent. 

4631 Abraham Wathi, Henri Thonard. 



_ 405 — 

1652 Abraham Walhi, Henri Thonard. 

1633 Gille Savari, Henri Thonnard. 

1634 Henri Dupont, Jean de Hodeige. 

1635 Jean de Hodeige, Henri de Vanix. 

1635 Mathieu le Peaucelier, Renier Dothée (recès). 

1636 Henri du Pont, Jean de Hodeige. 

1637-1639 Mathi Malherbe dit le Paisly, Renier Dothée. 

1(i40 Wathieu le Paisli, Johan Palude. 

164Î Denis de Cheralte, Henri de Pon, Jean de Ville (Wilré). 

1642 Antoine de Pus, Renier Dolhce. 

1643 Guilleaume Hannosset, Henri d'AIken. 

1644 Guilleaume Hanosset, Jean Palude, Guilleaume lePiesme. 

1645 Martin de Bois, le conseiller Hodeige, Henry du Pont(i). 

1651 Antoine le Charlier, Henri de Vaulx. 

1652 "Willem de Sluze, Henri du Pont le jeusne. 

1658 Willem de Sluze, Ogier de Tawe. 

1659 Henri de Pont, Gérard Clenge. 

1660 Willem de Sluse, Henri de Pont. 

1661 Willem de Sluze, Guillaume Malherbe. 

1676 Thomas de Stordeur, Jean Clenge. 

1677 Antoine Meda, Jean Rosa. 

1678 Pierre Brixhe, Oger Schonck. 

1679 Jaspar d'Othée, Johanne Hanson. 
1684 Amel de Hodeige. 

A partir de 1684, chaque métier n'eut plus qu'un gouverneur. 
Il nous a été impossible d'en retrouver la série ; mais comme l'art 
du tanneur, de même que tous les autres, élail, pendant de 
longues années, héréditaire dans les mêmes familles, nous ajou- 
terons ici pour suppléera celle lacune, les noms des principaux 
maîtres du milieu du XVIH* siècle. 

G. et Ferdinand Dalken ; Hubert Libert; Nicolas cl Gérard 
Géradon; Henri Kinable; François Braibant; Lambert Joassarl; 

( ' ) Celle année, tous les mcliers cmenl Iroi^ gouverneurs. 



— i06 -i- 

Thomas et Gérard Deslordeur ; Grégoire et Léonard Hallel ; Jean 
Hector; Pierrot, Libert , Guilleaume, Renier et Jean Dolhée; 
Nicolas Pietle; François et Laurent Berriez; Giile Henrard; Henri 
Bouhaye; Rongé Scronx ; François Hamal ; Jean Medard ; Jean 
Raeskinel ; Jean Chefnay ; Jean et Hubert Malherbe ; Guilleaume 
Dubois; Paul et Jean Grégoire Blixhe ; Barlhelemi De Bois; 
Sébastien Depas; Thibaut Frankinet ; Renier Palude; Herman 
De Thier ; Jean Gilbert; Jean François Collette; Antoine et 
Guilleaume Capitaine ; Henri Hosay; Jean Vilain; Michel Thiery ; 
Jean Fasot ; Jean Henson ; Pierre Rosa ; Henri Delbrouck ; Roger 
Seront ; Jean Hofîraan ; Gaspar Bringo ; Barthélémy Vivegnis ; 
Joseph Crule ; Gérard Lambinon ; Grégoire Fléron ; Nicolas 
Crahay ; Jean Augustin ; Nicolas Grady ; Pierre Philippe; Laurent 
François Fallar ; Nicolas Jemmalet ; Antoine Lavallée ; Nicolas 
Lempereur ; Thiery Joseph et Pierre Hogge ; Oury ; Pierre 
Pirmolin ; Henri Jamolet ; Henri Michel; Laurent Dozin ; Nicolas 
Joassart ; Oda Deglain ; Henri Gathon ; André Joseph Sauvage ; 
Jean Souppe. 



1! 



I,ES JUEES. 

L'office des jurés suivait en dignité celui des gouverneurs, mais 
il était loin de l'égaler en importance. De même que dans la plupart 
des autres métiers, il y avait deux jurés dans la corporation des 
tanneurs. 

La date de leur institution est inconnue; ils apparaissent pour la 
première fois dans un document de l'an 1421 ; à partir de cette 
époque, ils figurent toujours en tète des actes émanés du métier : 
nous les gouverneurs, jurés et H universiteis du mestier des tanneurs. 

Leur élôclion avait lieu le même jour et de la même manière que 
celle des gouverneurs ; leur charge était aussi annuelle. Lorsqu'un 



— 107 — 

Jitre mourait dans l'année de la nomination, les officiers survivants- 
lui choisissaient un successeur ou lieutenant. 

On a peu de renseignements quant à la nature de leurs fonctions. 
Ils faisaient partie du conseil du métier et prenaient ainsi part à son 
administration. Quant à leur mission spéciale , quoiqu'elle ne soit 
définie nulle pari, on peut cependant deviner qu'elle avait particu- 
lièrement trait à la justice. Aux jurés incombait le soin de recevoir 
les plaintes, de faire des enquêtes, d'instruire les procès, de donner 
par écrit des conclusions que le clerc lisait aux séances. Ils étaient 
chargés de poursuivre les coupables et de prendre les mesures 
nécessaires pour l'exéculion des sentences. Lorsqu'une affaire était 
portée devant une autre juridiction , c'étaient eux qui comparais- 
saient au nom du métier devant le tribunal étranger et soute- 
naient le procès. Aussi nous voyons que presque tous les jurés 
étaient des maistres, c'est-à-dire des hommes gradués, des avocats. 

La charte de 1493 assigne comme rémunération à chaque juré 
la somme de dix florins, plus deux aunes du même drap que celui 
des gouverneurs; de même que ceux-ci, ils devaient s'en faire 
tailler un chaperon ; ils étaient aussi obligés déporter une houp- 
pelande dans les circonstances solennelles ; mais elle était à leur 
charge. 

Primitivement, les jurés faisaient aux compagnons une distribu- 
tion d'argent le jour où ils étaient élus ; en 1520, il fut décidé que, 
vu l'exiguilé de leur traitement, ils seraient dispensés de faire celte 
largesse « ni de rien à faire grausce. » 

L'ordonnance de 4417 de Jean de Bavière, leur donna pour un 
moment le nom de conseillers et l'obligation de faire partie du 
conseil de la cité. 

La paix de 1487 vint encore modifier leur nombre et leurs fonc- 
tions : on n'en nommait plus qu'un, qui était tenu de « comparoir 
» au conseil de la cité toutes et quantes fois qu'il en était requis et 
» spécialement le lundi de chaque semaine ))0ur les affaires de la 
!» dite cité et aider à entretenir les plaids pour l'assistance de un. 
» chascun. » 



— 108 — 

A partir de l'année 1684, il n'en est plus fait mention. Ils furent 
probablement supprimés. La juridiction, du reste très limitée et 
purement locale des jurés, fut confiée aux députés ou usurpée 
par eux. 

III 

LES DÉPUTÉS o 

Les députés furent d'abord des officiers nommés extraordinaire- 
ment et temporairement , en nombre indéterminé et pour toutes 
espèces de circonstances, d'après les nécessités du moment. C'était 
le plus souvent pour constater la qualité contestée de certains 
cuirs. Les occasions de nommer des députés dans ce but se repré- 
sentaient si fréquemment, qu'au XV* siècle on remplaça ces fonc- 
tionnaires par une commission fixe composée de cinq membres, 
qui prirent le nom de rewards (*). 

On déléguait encoredes députés pour examiner les chefs-d'œuvre, 
administrer les biens, régler les dépenses, mettre les compagnons 
d'accord lorsque le métier était divisé : ce furent dix commis ou 
députés de celte catégorie qui rédigèrent le règlement du 25 juil- 
let 1493(2). 

Depuis lors jusqu'au 12 août 1658, il n'en fut plus question ; à 
cette dernière date, on trouve dans les registres du conseil de la cité 
le recès suivant : « Les officiers et généralité du bon métier des 
» tanneurs ont député honorable Jean Rosa , Jaspar d'Olhée, Jean 
3) Palude, Guillaume et Wathier Malherbe et Jean de Villers pour 
» avec les deux gouverneurs en toute occurence d'affaires concer- 
ï> nant le dit métier pendant cette présente année, représenter le 

(' ) Voyez le chapitre suivant. 

(2) Voyez aussi dans le livre des Charles et Privilèges , vol. 2, p. 227, 
la nomination de quatre députés pour aviser aux moyens de réconcilier les 
Irois métiers des tanneurs, des cordonniers et des corbesiers, en 1480. 



~ i09 — 

» corps d'iceluy métier, faire et négocier tout ce et de quant il ap- 
» partiendra et exposer à proclamation pardevantMM. les échevins 
» de Liège, etc. » Pour prix de leurs services , le métier leur ac- 
cordait le droit de faire moudre, quand ils le voudraient et sans at- 
tendre leur tour, une des trois moulnées que tout compagnon 
pouvait employer dans l'espace de quatre mois. 

En nomma-t-on ensuite chaque année? Furent-ils toujours au 
nombre de six ? On l'ignore. 

Peu après l'institution des chambres , les députés reparaissent 
en tête des actes émanés du métier et figurent constamment à côté 
des gouverneurs et des officiers, te règlement du 1" décembre 
1707 les met.quant aux fonctions qu'ils exercent, sur le même pied 
que les gouverneurs : avec eux ils représentent le métier, peuvent 
tenir des assemblées particulières et accorder certaines permissions. 
L'article 50 du règlement impérial de 1772, détermine mieux en- 
core cet objet : « Tous gouverneurs, officiers et députés, tant mo- 
» dernes que futurs, seront obligés de prêter serment, d'observer 
» et de faire observer tous les points et articles du présent régle- 
» ment par tous les compagnons du dit métier, et qu'ils agiront ou 
» feront agir par toutes voies de justice les plus convenables contre 
s> tous contraventeurs, etc., et en cas de contravention par l'un ou 
» l'autre des gouverneurs , officiers et députés , les officiers 
» restant dans leur devoir pourront agir à cassation de l'ofQce d'un 
» tel contraventeur d'autorité compétente, outre la peine et amende 
» statuce contre le contraventeur; étant de l'équité et justice que 
» les gouverneurs et députés obligés par état de montrer le bon 
» exemple aux autres, s'ils sont trouvés en faute, soient plus gric- 
» vemenl punis qn'un simple compagnon. » 

La similitude de fonctions de ces doux classes d'ofQciers ne tarda 
pas à amener un condit d'attributions. Le 4 novembre 1739 , le 
gouverneur en tour ayant convoqué en assemblée particulière ses 
deux collègues et les cinq députés chez le greffier, ces derniers re- 
fusèrent de s'y rendre en déclarant : 1" que les assemblées particu- 
'ières devaient avoir lieu chez le rentier et non chez le greffier; 



— ilO — 

2» que le gouverneur en tour n'avail pas le droit de convoquer ni 
d'émetlre des propositions , vu que ce droit appartenait aux seuls 
députés ; 3° que les trois gouverneurs n'ayant pas à se mêler des af- 
faires concernant la généralité du' métier, mais seulement des reliefs 
etdesa<;quètes,n'avaientpasmémele droit d'assister aux assemblées. 

A quoi le gouverneur en tour répondit : i* que les assemblées' 
particulières s'étaient de tout temps tenues chez le greffier el que 
cela avait sa raison d'être, les archives du métier, dont on pouvait 
avoir besoin dans les séances , étant conservées chez lui ; 2" que le 
règlement de 4707, qui accordait la police et le gouvernement du 
métier aux députés , officiers et gouverneurs réunis en corps , 
renversait les assertions des députés à l'égard de leurs prétendus 
privilèges; il invoquait le témoignage des anciens compagnons pour 
prouver, que depuis un temps immémorial , les trois gouver- 
neurs , chefs du métier , avaient le droit d'assister aux assem- 
blées ; 3' que l'usage constamment observé jusqu'alors pour 
les assemblées particulières avait été la convocation du gouverneur 
in tiirno ; que ce fait était attesté par le valet sermenlé du métier 
qui, depuis 45 ans, portait les convocations; qui cependant le gou- 
verneur en tour n'avait jamais refusé de réunir les officiers lors- 
qu'un député avait une proposition à faire dans l'intérêt du mé- 
tier (•). 

Toutes ces considérations étaient adressées au prince sous forme 
de suppliques. Nous ne savons ce qui en advint. Toujours est-il 
que , dans la suite , les députés continuèrent leur opposition aux: 
gouverneurs et firent tous leurs efforts pour sortir de leur rang 
secondaire. En 4774 ils figurent en première ligne dans les actes : 
«Nous députés , gouverneurs et officiers du bon métier des tan- 
» neurs de Liège. » Il ressort de l'art. 43 du règlement de 1773 
qu'à cette époque il y avait huit députés nommés par les compa- 
gnons à la pluralité des voix pour le terme de trois ans. Ils sié- 
geaient avec les officiers aux assemblées particulières ; leur mandat' 
pouvait être renouvelé. 

(' ] Liasses du conseil privé, aux archives de l'Élal à Liège, 



— in — 

IV 

LES REWARDS. 

Les rewapds (i) ou inspecteurs ne furent institués dans le métier 
des tanneurs de Liège qu'à la fin du XIV« siècle ; à celte époque , 
ils succédèrent dans l'exercice de leurs fondions spéciales aux 
gouverneurs qui, sous le nom de wardens, en avaient été investis 
jusque-là. On voit en effet , dans la charte de 1331 , qu'un des 
principaux devoirs de ces officiers était de veiller à ce que les mar- 
chandises exposées en vente par les compagnons fussent de bonne 
qualité. 

Maintes fois les gouverneurs, ne pouvant suffire à leurs occupa- 
tions, déléguaient officiellement des experts nommés députés, com- 
mis ou rewards, pour s'acquitler momentanément de ce devoir. 
Mais bientôt la nécessité d'un emploi fixe se fit sentir : en 4487, la 
paix de St. Jacques ordonna rétablissement de deux rewards dans 
chaque métier. Leur nomination appartenait au prince et aux 
bourgmestres (2). Cettre mesure avait été nécessitée par la négli- 
gence des gouverneurs ou par l'impossibilité où ils se trouvaient 
de donner tous les soins désirables aux intérêts du commerce. Les 
rewards exerçaient leur surveillance dans leurs métiers respectifs, 
et, suivant la teneur de leur serment, ils devaient présenter aux 
échevins de Liège un rapport impartial contre les marchands qu'ils 
trouvaient en contravention. Ils étaient eux-mêmes passibles d'une 

( 1 ) Le mol existe aussi dans le vieux français; le thiois rutvaerl en 
dérive ; mais par le changement de e en ti (eprz. l'allemand Ruhe] il est 
devenu plus significatif ; gardien du repos, etc. 

(2) Item et pour y advoir regard à ung chascun ce que de droit luy 
doit compecleir et appartenir , l'on cometlera en chascun mesticr deux 
ewardens h savoir ung de part le seigneur et l'autre de part les maîtres , 
lesquels feront seriment pardevant les csqucvins de Liège de bien et 
leaulment exerceir la dite office et d'avoir regard à toute denrée et mar- 
chandise. 



— 112 — 

amende de Irois florins du Rhin , chaque fois qu'ils étaient con- 
vaincus de négh'gence ou de parlialilé. 

Peu d'années après, le contrôle régulier de ces deux rewards fut 
reconnu insuffisant pour prévenir les abus dans le métier des tan- 
neurs, et dans ceux des cordonniers et des corbesiers, qui avaient 
aussi le privilège de pouvoir fabriquer des cuirs. Chaque jour 
s'élevaient des plaintes au sujet de la cherté et surtout de la mau- 
vaise qualité des produits. A la fin du XV* siècle, le métier publia 
une ordonnance spéciale, dans laquelle il est dit que, vu la grande 
quantité de cuirs mal appointiés (apprêtés) que l'on mettait en vente 
au détriment du pauvre peuple, il était urgent d'élire annuellement, 
le jour de S' Jacques, cinq compagnons reconnus pour être de bons 
ouvriers et connaisseurs en matière de tannerie. L'un d'eux était à 
la nomination du mayeur et de l'officier du prince; le second à celle 
des bourgmestres; les trois autres à celle de chacun des trois mé- 
tiers rivaux. De même que pour les officiers de la cité et des 
métiers, les personnages désignés pour ces fonctions étaient obligés 
de les accepter sous peine de trois florins d'or d'amende. Ils por- 
taient le nom de rewards et prêtaient serment entre les mains des 
échevins de Liège. Ils avaient pour mission d'empêcher la vente de 
mauvais cuirs. A cet elïet , ils avaient le droit et étaient même 
rigoureusement tenus d'entrer au moins quatre fois par an dans la 
maison de chacun des compagnons des trois métiers, pour faire la 
visite de toutes les marchandises qu'ils avaient en magasin ; celui 
qui se refusait à les recevoir, encourait une amende de trois florins 
d'or. Les rewards étaient munis de deux marques qu'ils appli- 
quaient , l'une sur les cuirs qu'ils jugeaient convenables, l'autre 
sur ceux qui , laissant à désirer , devaient être renvoyés à la tan- 
nerie pour subir une nouvelle préparation. Aucun cuir ne pouvait 
être vendu ni acheté s'il n'était revêtu de la première marque, sous 
peine d'une amende qui a souvent varié , mais qui était considé- 
rable. 

Les marchands étrangers qui introduisaient du cuir dans la cité, 
devaient, avant de pouvoir l'exposer en vente, l'étaler {haiener, en 



— n3 — 

wallon hâgner) (') à la Goffe, sur le marché ou dans la halle des 
tanneurs où, chaque fois qu'ils en étaient requis , les rewards al- 
laient sans délai en l'aire l'inspection. Leur retard, négligence, 
erreur ou partialité , étaient punis d'une amende d'un postulat de 
Bornes. 

Les jours de marché ils accompagnaient les gouverneurs à la 
halle avant qu'elle fût ouverte au public, rewardaient les marchan- 
dises étalées, et appliquaient leur marque sur celles qui ne la por- 
taient pas encore. 

Tous les cuirs achetés hors de l'enceinte de la cité étaient égale- 
ment soumis à leur examen. 

C'était sous leurs yeux que les apprentis travaillaient à leur 
chef-d'œuvre ; ces vacations leur étaient payées ; pendant les inter- 
mittences du tra-vail, ils avaient la garde de l'objet, et quand il était 
achevé, c'étaient eux qui avec les gouverneurs et des députés de- 
venaient juges de son mérite. 

Le 19 juin 1516, des députés commis de la part des trois mé- 
tiers des tanneurs, des cordonniers et des corbesiers proclamèrent 
une sentence arbitrale pour faire cesser les griefs dont ils s'accu- 
saient réciproquement. On prescrivit l'établissement de six nou- 
veaux rewards pris, deux dans chacune des trois corporations, au 
choix du prince et des bourgmestres de la cité. Us étaient chargés 
de surveiller la fabrication et de contrôler la vente de tous les cuirs 
préparés par les compagnons tanneurs, cordonniers et corbesiers, 
car cette même sentence confirmait le droit qu'avaient ces derniers 
de tanner des peaux pour leur usage personnel. En cas de contesta- 
tion, les six rewards s'adjoignaient les gouverneurs , qui par eux 
mêmes ou par des délégués se constituaient en tribunal. 

Dans le principe, le salaire des rewards était variable et à la charge 
des fabricants ; le tarif était de six sous pour chaque visite d'un 
cuir de grosse bête^ avec application de la marque; il n'était que de 
douze sous pour l'examen d'un tas de douze cuirs présentés en une 

{ ' ) De /iatn, crochet? cprz. hayon et le Ihiois hack et hanghen. 



— H4 - 

fois par le même tanneur. Plus tard, il leur fut alloué, sur les 
revenus du métier, une gratification annuelle dont le montant nous 
est resté inconnu. 



LE RENTIER. 

Chacun des 32 métiers de Liège avait un rentier qui adminis- 
trait ses finances. Avant le XVl« siècle, il s'appelait receveur ou 
compteur. Il semble que la création de cet emploi doive remonter 
à l'époque où les corporations commencèrent à posséder des biens 
en commun. Pour les tanneurs, celte époque est l'année 1288, 
date de l'acquisition d'un moulin. Cependant le premier citoyen que 
l'on trouve investi de celte fonction est Martin Laurent, receptor, 
en 1405. Peut-être le soin des intérêts pécuniaires de la société 
incombait-il primitivement aussi aux gouverneurs. 

La charge du rentier était à vie ('). Immédiatement après son 
élection, qui se faisait de la même manière que celle des ofliciers, 
il prêtait serment, en présence de tous les compagnons, de rem- 
plir loyalement son devoir, de toucher et conserver fidèlement au 
profit du métier les cens et rentes qui lui étaient dus, et de régler, 
de concert avec les officiers, toutes les affaires de la comptabilité. 
Le rentier, en effet, faisait partie du conseil. 

Le choix d'un rentier avait une grande importance. C'était en 
etïet lui seul qui traitait directement toutes les affaires d'argent avec 
les créanciers et les débiteurs ; c'était lui qui recevait et payait les 
rentes, percevait les amendes, touchait les droits d'acquête, de 
relief, d'apprentissage, salariait les employés, etc. Il était slricte- 

( ' ) « Bien entendu que les métiers, greffiers et autres offices, qui sont 
ad vilam, pourront demeurer ens leurs états et mestiers, et qu'après leur 
décès, l'on ne pourra choisir autres que ceux là qui hantent ou exercent 
acluelleraent ledit mcstier » (Édit. d'Ernest de Bavière, 1603). 



— 115 — 

ment défendu à tout autre de se mêler des finances du mélier ; de 
celte façon, la responsabilité pesait sur un seul individu. Avant 
d'entrer en fonctions, il devait donner une caution réelle et suffi- 
sante, agréée par le mélier , ou présenter des répondants pour 
les sommes qui pouvaient lui être confiées. 

Il lui était néanmoins interdit de rien acheter, payer ni conclure 
sans avoir consulté ou reçu l'ordre des officiers et des députés 
constitués en assemblée particulière. Jusqu'au XV1« siècle, les 
officiers avaient eu le droit de faire de leur propre autorité telles 
dépenses qu'ils jugeaient avantageuses au métier. Ce fut à la suite 
de graves abus, qu'on leur adjoignit des députés pour fixer, de com- 
mun accord, les crédits et les sommes à consacrer à telle ou telle 
afîectation, au nom de la corporation ; en un mot, pour déterminer 
l'emploi que l'on pouvait faire des revenus de la société. Les frais 
de la fête de l'Epiphanie seuls n'étaient pas calculés à l'avance ; 
le lendemain seulement, le rentier établissait le compte des dé- 
penses faites par les compagnons à l'occasion des réjouissances 
publiques. 

Le rentier était tenu d'assister à toutes les assemblées du 
métier et du conseil, pour y recevoir les instructions concernant 
son emploi et, aux jours d'élection, pour préparer et dépouiller 
les billets du scrutin. 

Chaque fois qu'il en était requis par les officiers, il était obligé de 
rendre des comptes particuliers, afin de faire connaître les sommes 
dont la société pouvait disposer pour achats, payements, etc. 
Il devait en outre exposer chaque année, le jour de la Madeleine, 
en présence de tout le métier assemblé, ses comptes généraux 
et, immédiatement après la clôture, déposer sur la table l'actif de 
la caisse ; il devait avoir soin préalablement de faire rentrer toutes 
les dettes et d'user au besoin, à celle fin, des moyens coërcitifs 
que la loi mettait à sa disposition. Ensuite, en présence des 
-officiers, il renfermait dans une armoire spéciale, placée dans la 
chambre des séances, les papiers, les registres, les quittances qui 
iui avaient servi à dresser son bilan. Les statuts l'obligeaient à 



416 



tenir en double les registres aux reliefs, aux cens et renies, pour 
son usage particulier. L'argent était enfermé dans un coffre à 
trois serrures, déposé soit chez le rentier lui-même, soit chez 
un bourgeois désigné par les députés. On remettait une clef aux 
gouverneurs, une autre à l'officier du mayeur et la troisième au 
greffier du métier. 

Une des fonctions les plus importantes du rentier était la garde 
et la distribution de la mesure aux écorces. Il recevait la déclara- 
tion des compagnons, quant au rang ou oubie qu'ils voulaient 
tenir, les inscrivait sur un registre, les avertissait quand leur 
tour de moudre était arrivé; après avoir constaté leur identité 
et s'être assuré qu'ils demeuraient dans les limites du quar- 
tier, il leur délivrait la mesure pour charger les creppets {^). 

Un dernier devoir du rentier l'obligeait à se rendre au moulin à 
tan, chaque fois que sa présence y était jugée nécessaire par les 
officiers. 

Toutes ces prescriptions étaient obligatoires et le serment du 
rentier en garantissait l'observation ; il était du reste passible d'une 
amende de 20 florins, chaque fois qu'il manquait à ses obligations. 

De même que les officiers , cet employé portait la livrée du mé- 
tier ; il recevait chaque année huit aunes de drap pour se faire faire 
une houppelande et deux aunes pour un chaperon. Son salaire 
était de 20 florins liégeois par an. 

En 1603 fut nommé par oi'dre du prince, un rentier général pour 
gérer les finances des 32 métiers; ses fonctions duraient trois ans. 

En 1684, les biens des métiers ayant été confisqués au 
profit de l'état, le rentier de la cité fut chargé du soin de les 
administrer (i). 

(') Voyez le chapitre des e'corccs. 

(2) « Tous autres fonds et rentes procédant de W. Dantinnes et consors 
et autrement acquis et attribues aux métiers seront incorporés aux fonds 
et rentes de la cité, laquelle en portera les charges réelles et de suite l'of- 
fice des rentiers et varlet de chaque métier viendront absolument à cesser 
et partant il deverontsous expurgation sermenlelle incessemment restituer 
tous registres et documents les concernant. » (Louvrex, t, I, p. 99). 



— m — 

VI 

LE GREFFIER. 

Le greffier ou secrétaire du métier porta d'abord le nom de clerc, 
il était élu à vie. 

Ses fonctions l'obligaient à assister à toutes les séances, à l'ou- 
verture desquelles il lisait à haute voix les noms des compa- 
gnons convoqués par le varlet, afin de condamner les absents à 
l'amende; il donnait ensuite lecture des exploits des jurés , s'il y 
en avait, et enfin inscrivait les procès-verbaux des séances dans un 
registre spécialement afîeclé à cet usage. 

Au XVIe siècle, le métier passa un recès qui ordonnait au gref- 
fier de transcrire dans un livre particulier les statuts , les ordon- 
nances, les privilèges et toutes les chartes importantes de la corpo- 
ration. 

C'était enfin le greffier qui tenait note des acquêles et des reliefs; 
à la fin de l'année, il en communiquait la liste au rentier. Il en 
donnait aussi lecture chaque année , le jour de la fête de sainte 
Anne, dans une assemblée générale du métier. 

Nous ne savons si un revenu fixe était attaché à cet emploi ; mais 
c'est probable ; une chose est certaine, c'est qu'il avait dans les 
droits d'acqucle et de relief une part, montant à un vieux gros pour 
le relief d'une personne du métier, à un pot de vin pour l'acquête 
d'un bourgeois de Liège et à un demi florin d'or pour l'acquête d'un 
étranger. En 1559, le prix de l'acquête ayant été haussé , il eut 
droit à un demi selier de vin de la part de chaque bourgeois qui 
entrait dans la corporation. 

Après l'incorporation des métiers dans les Chambres, l'office du 
greffier fut maintenu, sans doute pour veiller à la conservation des 
archives. En effet, en 1730, le conseil de la cité ordonna aux gref- 
fiers et aux gouverneurs d'exhiber leurs chartes et privilèges pour 
en former le recueil que nous connaissons. 

8 



— 118 — 
VU 

LE VAULEî. 

Les gouverneurs avaient à leur disposilion un commissionnaine 
appelé le varict ou serviteur du métier. Sa charge était annuelle. 
Chaque année le jour de la l'été de saint Jacques, il déposait dans 
dans une assemblée générale la marque et l'enseigne du métier, en 
signe, disent les statuts, de cessation de sa servitude ou valeterie. 
On procédait ensuite au choix de son successeur, ou, si l'on était 
content de ses services, on le continuait dans son emploi. Il devait 
savoir lire et écrire. Immédiatement après son admission, il prê- 
tait serment de se tenir prêt en tout temps pour transmettre les 
•ordres des officiers. 

Sa principale occupation était de convoquer, même aux assem- 
blées lixes et ordinaires, les compagnons dont le greffier lui remet- 
tait une liste. A partir de 1603, lorsque tous les bourgeois de la 
cité firent partie des corporations de métiers, le varlet fut aidé dans 
ses fonctions par des crieurs publics ('). Il fallaitau moins24 heures 
entre la convocation et le jour de l'assemblée (-), à moins qu'il n'y 
eût urgence. Le varlet était encore chargé d'avertir chaque compa- 
gnon qu'il eût à se ranger sous la bannière de sa corporation, 
lorsquecellcsdes autres métiers étaient déployées, soit pour assister 
à une cérémonie publique, soit pour défendre la ville; dans ce der- 
nier cas, il appelait sous les armes jusqu'aux varlets servants ou 
manœuvres. 

(i) Orrlonnons qucdorcsnavanl les assemblées dcsdits mclicrs pour déli- 
bérer cl résoudre sur les points susdits et semblables se feront par con- 
vocation et semonce de nos bourgeois, tant en nostrc cité que franchise 
par les serviteurs ou varlets sermcntés de chacun meslicr, comme aussi par 
cris [lublics, sons de Irompolles ou tambours aux principaux carrefours (le 
la cité (Édit d'Ern. do Bavière). 

(2) Règlement de 1773, article 46. 



119 



Les jours (le marché, il devait aller, avant six heures du malin, 
prendre les clefs de la halle chez les gouverneurs et les accompagner 
ensuite, avec les rewards , dans la visite des marchandises, sous 
peine d'une amende d'un vieux blaHart. 

Primitivement, le varlet du métier était payé à raison de ses 
courses; pour chaque réunion à laquelle il convoquait les compa- 
gnons, soit pour assister aux assemblées, soit pour se trouver aux 
fêtes, aux processions, aux noces, aux obsèques, etc., il recevait 
un gros de trois labaycs. A partir de 1493, ses gages furent fixés 
à dix florins liégeois par an , outre un chaperon que lui four- 
nissait le métier. Si pendant trois années consécutives il remplissait 
ses devoirs à la satisfaction générale, il avait le droit et était même 
obligé de se faire confectionner une livrée aux mêmes couleurs 
que les officiers. II avait enfin une petite part dans le prix des ac- 
quêtes et des reliefs, ù savoir un vieux gros tournois pour chaque 
relief de fils ou de fille de maitre, un pot de vin pour l'acquète 
d'un bourgeois et un demi florin d'or pour celle d'un étranger. 

VIII 

LE GKOUMET. 

Le groumet (i) du métier était l'employé institué par les com- 
pagnons pour diriger le moulin auxécorces. Il était élu à la pluralité 
des voix en assemblée générale; il devait offrir des garanties sufli- 
santes de preudlwmmie et de capacité dans (a pratique de meu- 
nerie. Avant d'entrer en fondions, il prétait serment entre les 
mains du grcfller et promettait: 1" de servir les maîtres avec 
toute l'exactitude possible et sans relard, afin de ne pas nuire à 
leurs infércis ; 2" de s'informer avec soin du propriétaire des 
écorces en creppels que les bateliers (serviteurs naivcurs) ame- 

(<) « Groumet , garçon de marcliand ou d'arlisari » (Ducange). Chez le 
métier des tanneurs, ce rnot hignifiail le direcleur du moulin, le meunier 
en chef. Aujourd'hui, en wallon, il signifie un garron meunier. 



120 



naient et portaient sur les tourailles, pour ne pas les confondre 
et pouvoir rendre à chacun son lot quand elles seraient moulues; 
3" de les faire toutes également sécher et suer, de les moudre 
grasses, menues ou roulantes suivant la demande de chacun ; 4" de 
les faire emporter aussitôt moulues et de les renvoyer aux proprié- 
taires ('); 5» de rendre intégralement la moulnée de chacun et de 
ne faire tort à personne volontairement ni involontairement; 6" de 
ne pas permettre qu'aucun ouvrier, familier ou étranger, dérobât 
du tan ou brûlât des écorces en creppes ; 7° de veiller â ce qu'on 
n'enirât sans nécessité dans le moulin avec du feu, â ce que les 
ouvriers ne fumassent en travaillant dans les tourailles, pour éviter 
les incendies ; il devait dans le même but visiter de temps en temps 
les fourneaux et les faire nettoyer; 8" de ne point accepter d'autres 
écorces que celles qui auraient été mesurées par les serviteurs du 
irinay; 9° d'entretenir le moulin, les hernaz, le bis, et la voie de 
la Hamaide ; 10" de demeurer au moulin et de ne pas permettre que 
d'autres y logeassent ; i 1o de ne vendre aucune espèce de boisson , 
pas même aux ouvriers; 12" de fermer les portes communiquant 
au pont et aux terres, pour empêcher le passage, et cela depuis 3 
heures en hiver et depuis 8 heures en été; 13° de ne pas permettre 
à sa femme de s'occuper des affaires du moulin, etc. 

On verra dans les chapitres des écorces et du moulin, le soin avec 
lequel était réglé tout ce qui concernait la dislribution des écorces. 

Toute infraction à l'un ou à l'autre de ces articles était punie d'une 
amende arbitraire, à fixer par les officiers. En 1 542, un groumet fut 
privé de son emploi après avoir été convaincu de fraude. 

Le salaire du meunier était de 300 florins de Brabant par an. 
On lui procurait en outre l'huile et le chauffage nécessaires à son 
ménage et il avait la jouissance des prairies et des terres attenantes 
au moulin , ce qui lui procurait encore un revenu assez considé- 
rable. 

{«) Les valets du moulin ne pouvaient exiger aucun salaire de ce chef. 



— 121 — 
IX 

LES SERVITEURS DU TRINAT. 

Les mesureurs Vies écorces s'appelaient chargeurs ou serviteurs- 
du trinmj [{). Leur nombj'e variait de deux à cinq , suivant les 
exigences du service. Deux d'entre eux s'appelaient tetenx. 

Ils étaient établis au moulin à tan pour délivrer à chaque com- 
pagnon la quantité d'écorces en creppets et d'écorces moulues, qu'il 
demandait à son tour jusqu'à concurrence d'une mesure fixée par 
la loi. 

Leur élection se faisait, comme celle du groumet, à la pluralité 
des voix, et ils prêtaient aussi serment entre les mains du greffier, 
en présence d'un gouverneur au moins, du rentier et de quelques 
députés. 

Le métier passait avec eux une espèce de contrat, où étaient sti- 
pulées la durée de leur engagement, leurs indemnités et leurs obli- 
gations. Ils s'engageaient: 1° à s'acquitter fidèlement et loyalement 
« du devoir de leur servitude » pendant le temps convenu; 2» à 
donner équilablement à chaque tanneur 52 mesures d'écorces en 
creppets « y comprise la mesure ù comble dite copeye » et 42 me- 
sures d'écorces moulues par an ; 3" à mesurer avec toute l'exactitude 
possible sans favoriser ni lescompagnons acheteurs ni les marchands 
vendeurs : en cas de contestation entre ceux-ci, le plus ancien 
chargeur avait le droit de vérilier le contenu de la mesure et de 
porter un jugement ; 4° à ne pas intervertir l'ordre reconnu, fixant 
le rang des compagnons moulants pour recevoir tour ù tour leurs 
écorces. Ce rang avait d'abord été établi par quartier, par rue et 
par demeure. Mais chaque année, au mois do mai, les tanneurs 
pouvaient demander au rentier à avancer ou à reculer leur tour. Le 

( ' ) Nous n'avons pu nous renseigner au sujet de la signification ni de 
l'origine de ce mot. 



— 122 — 

rang une fois fixé, il devait être observé jusque l'année suivante â fa 
même époque. A mesure que le tour d'un compagnon arrivait, le 
rentier le faisait avertir qu'il pouvait aller chez lui j)reiulre l'oune 
oumesure;avant de la lui remettre, il en constatait l'identité, s'assu- 
rait que l'intéressé demeurait dans les limites et participai taux charges 
du quartier. Muni de la mesure, le compagnon se rendait au moulin, 
recevait la quantité d'écorccs qu'il demandait sur la partqui lui était 
due, puis reportait la mesure chez le rentier, avec la rétribution 
exigée pour la moulure. Les officiers étaient très-sévères quant à 
l'observation de ce dernier point, parce que la négligence d'un tan- 
neur à restituer l'oune retardait le tour des compagnons suivants 
et pouvait leur occasionner des pertes. En 1589, ils publièrent une 
ordonnance spéciale à ce sujet, condamnant à une amende de 10 
florins d'or ceux qui, après s'être servi de l'oune, la conservaient 
chez eux ou la passaient à d'autres; les tanneurs qui faisaient 
moudre des écorces non mesurées étaient frap|)és de la même peine. 
La mesure aux écorces donna lieu à bien des contestations et à 
plusieurs procès; les intérêts opposésdesmarchands etdesacheteurs 
se trouvaient tous les jours en opposition. Les garanties étant in- 
sufTisantes des deux côtés, les fraudes étaient trop faciles pour ne 
pas occasionner de fréquents abus et faire éclater des conflits; les 
mesureurs se laissaient souvent corrompre, et eussent-ils l'ait leur 
devoir en conscience, encore n'auraient-ils pas réussi à satisfaire 
toutes les prétentions. Plusieurs combinaisons essayées pour con- 
cilier les diverses exigences échouèrent. Tantôt à la demande du 
métier, tantôt à celle des marchands, le droit de nommer les ser- 
viteurs du Irinay fut plusieurs fois transmis des tanneurs aux bate- 
liers, du Conseil de la cité au prince. En 1615, les marchands 
d'écorces en creppels demandèrent à avoir un chargeur institué par 
eux et à faire sceller d'une marque à eux propre la mesure, afin 
d'empêcher les fraudes. En 1664, de concert avec les naiveurs 
(bateliers), ils supplièrent le prince de faire vérifier l'oune, qu'ils 
prétendaient être plus grande que celle dont on s'était servi jus- 
que là. 



- 123 — 

Enfin, en lG68,le Conseil de la cité fui obligé d'ajouter quelques 
articles au réglemont général du niétior, pour condamner à une 
amende de 21 florins ceux qui feraient charger plus d'une meunée 
ou 52 ounes et ceux qui retiendraient par devers eux la mesure 
qu'ils auraient reçue du rentier. 

La mesuredes écorces en creppets fut définitivcmenl fixée par une 
ordonnance du prince Jean Louis d'Eldcren,dul9 septembre 1690. 
11 y est dit que les gros tanneurs découpaient leurs écorces en crep- 
pets en si i)elils morceaux, qu'au lieu de recevoir 12 meunées par 
an, ils en obicnaient quelquefois 15, au grand préjudice des petits 
commerçants. H fut en conséquence défendu aux mesureurs, sous 
peine d'une amende de 6 florins, de charger des écorces en creppets 
ayant i)lus de neuf pouces « trois jointures du doigt nommé iiidex 
d'un homme entre deux tailles. » Cette ordonnance fut confirmée 
le i"' décembre 1707, par le Conseil impérial (^). 

La mesure des écorces moulues fut contrôlée le 15 février 1685, 
])ar ordre du souvcrain"|officier du prince, en présence de Charles 
Nalalis, bailleur de la cité, du rentier, du greflier, de plusieurs 
députés du métier, et de trois marchands d'écorces et bateliers; 
après qu'elle eût été scellée par Natalis, il fut constaté qu'elle con- 
tenait « sept setiers , six pognoux et demi de navette à strige , 
étant mesurée avec l'entonnoire sur le trépied. » 

Il existait de cette façon une double garantie pour la sévère et 
juste répartition des écorces; en effet, comme elles étaient mesurées 
on creppels avant d'entrer au moulin, et en farine lorsqu'elles en 
sortaient, il devenait presque impossible de tromper la surveillance 
des mesureurs. A supposer même que l'on fût parvenu <à intro- 
duire au moulin plus de 52 mesures, quantité fixée pour les écorces 



( ' ) Règlement de 1773, art. 2. « La ineunce d'écorces en crcppe sera 
composée d'un nombre de nicsures ])ropoi'tionnc aux dillcrcnlcs longueurs 
des écorces hachées en crep|)c , savoir : de 80 mesures coupées de la lon- 
gueur du doigt index, de 96 de la longueur de l'index cl demi cl de 
104 mesures pour la longueur de doux index,- le loul mesuré à racle prc- 
cisémenl de la mesure. « 



— 124 — 

en creppets, les serviteurs et naiveiirs, après les avoir réduites en 
poudre , sachant que sous cette forme elles ne devaient mesurer que 
28 sacs « raisonnablement remplis », s'apercevaient aussitôt de la 
fraude. Lorsqu'ils trouvaient un surplus notable, ils devaient en 
avertir les officiers qui jugeaient le cas , et pouvaient confisquer 
toute la charge au profit des pauvres et des honnestes ménages du 
métier. 

Les serviteurs du trinay étaient entièrement soumis aux ordres et 
à la juridiction des officiers , qui pouvaient leur infliger des amendes 
et même les priver de leur emploi. 

Ils avaient des gages, fixés dans le contrat passé à'ieur admission ; 
ils jouissaient en outre des profits accidentels qui pouvaient leur 
arriver en chargeant et en mesurant extraordinairement des meunées 
pour des marchands ou des tanneurs étrangers. 

Le métier leur fournissait tous les ustensiles nécessaires à leur 
emploi. 



CHAPITRE II. 



DES COMPAGNONS. 



La dénomination de compagnon ne s'appliquait primitivement 
qu'aux membres du métier, c'esl-à-dire à ceux qui, en ayant fait le 
relief, remplissaient fidèlement les devoirs que leur imposaient les 
statuts (•). Ce mot se généralisa peu à peu ; au XVI« siècle, il s'éten- 
dait à ceux qui, ne possédant pas le métier, aspiraient à en faire 
l'acquéte (aux apprentis) et même à tous les individus employés 
comme domestiques dans les travaux de la tannerie. 

Alors toute la classe des compagnons se divisa en quatre catégo- 
ries, savoir: 1° les maîtres; 2° les ouvriers; 3" les apprentis; 4° les 
valets servants. Les deux dernières, comme nous venons de le 
dire, ne portaient le titre de compagnons que par une espèce de 
tolérance ; ils n'en avaient ni les droits ni les bénéfices, si ce n'est 
en temps de guerre, lorsqu'ils marchaient sous la bannière du 
métier. 



I 



LES MAITRE» . 

Les maîtres étaient les compagnons du métier qui, après avoir 
prouvé leurs capacités (après avoir fait chef-d'œuvre) , montaient 
une tannerie et faisaient travailler pour leur propre compte. 

(i) On les appelait aussi autrefois parchoniers ou comparchoniers, du 
mol roman jtarchon qui signifie partage. 



— i2(i — 

Outre le stau ou établi, échoppe, qu'ils avaient dans la halle pour 
vendre leurs j)roduils les jours de marché, ils devaient être [)roprié- 
laire d'une maison ou en louer une pour préparer leur cuirs et 
te7iir boutique \i0uv les vendre; en un mot ils devaient être mnistres 
d'un hosiel (<). 

Un maître ne pouvait exposer en vente d'autres cuirs que ceux 
qu'il availfabriqués lui-même et portant sa marque, avec les initiales 
de son nom et de son prénom. Il lui était également défendu d'en 
livrer à un autre tanneur, sous peine de payer dix florins d or 
d'amende à la première contravention, d'être privé du métier 
])endanl trois ans à la seconde et den être exclu pour toujours à 
la troisième. 

Le tanneur convaincu d'avoir contrefait ou même imité la marque 
d'un confrère était condamné à une amende de trois florins d'or. 

La veuve d'un maître pouvait continuer l'industrie de son mari,, 
emjjloyer des ouvi'iers et posséder un étalage comme avant son 
veuvage ; elle conservait encore ce droit lorsqu'elle convolait en 
secondes noces moyennant une redevance de quati'e florins de: 
Brabant. Elle pouvait décliner la responsabilité quant aux mar- 
chandises vendues du temps de son premier mari , en changeant 
de marque et en prévenant les officiers. 

Un flls de maître, demeurant auprès de son ])cre, ne pouvait 
vendre des cuirs i)our son j)ropre compte, s'il n'élait âgé de 25 ans 
et s'il n'avait fait chef-d'œuvre. Seulement, quant à ce dernier point, 
le terme de l'apprentissage n'était pas fixé. A sa réceplion, il prêtait 
serment de lidélité entre les mains du greflier cl déclarait qu'il 
travaillait à son profil ; s'il négligeait ce soin, il était frappé d'une 
amende d'un florin d'or du Rhin. 

Afin de protéger les petits commerçants, il était rigoureusement 
défendu de posséder plus d'une tannerie et d'y employer plus de 
trois hommes à la fois, soit ouvriers, soit apprentis, soit valets. Le 



(') On verra pourquoi dans le chapitre des marchandises: Vente et 
achat des cuirs. 



— 127 — 

maître pouvait occuper ses liis comme ouvriers, en ayant toujours 
soin de ne pas dépasser le nombre de trois hommes travaillant dans 
son atelier, de façon que s'il avait trois fils, il ne pouvait accepter 
ni valet ni apprenti { *). 

Avant d'admettre chez lui un ouvrier, quel qu'il fût, le maître 
était tenu d'en avertir les gouverneurs et de s'assurer s'il payait 
les droitures ou charges du métier. 

Dans le principe, il lui fut permis d'accepter des étrangers dans 
sa tannerie , en pa^-ant une redevance de trois florins de Brabant 
])ar an. 3Iais lorsque, à la suite de l'accroissement de la population 
et de la fréquente acquisition du droit de bourgeoisie, le métier, 
devenu plus nombreux, olfrit par lui-même assez de bras pour les 
travaux de l'industrie, on fut obligé de ne plus admettre que des 
gens de la corporation. Ce décret avait surtout pour but de procu- 
rer du travail aux pauvres gens du quartier et d'établir la plus 
grande égalité possible entre tous les compagnons. 

II 

LES OUVRIEllS. 

Les trois personnes que chaque maitre avait le droit d'employer 
dans sa tannerie étaient des ouvriers., des apprentis ou des valets. 

(i) On hésiterait à reproduire ces disi)ositions, si elles ne se trouvaient 
plusieurs fois répétées dans les statuts du jnétier. En eflet, comment ad- 
mettre que les tanneurs de Liège, dont les cuirs avaient une réputation 
européenne et étaient recherches par dessus tous les autres jusque dans les 
foires de Novogorod , pussent sulTire aux commandes que leur attirait 
l'excellence de leurs produits en n'employant que trois ouvriers? Comment 
expliquer les richesses immenses acquises dans cette industrie par certaines 
familles, les Stenbier, les De Ilaar, les Gradi , etc., si elles ne pouvaient 
doimer une certaine extension à leur commerce? Les mesures relatives à 
l'usage des écorces viennent cependant coniirmer le fait. C'était sans doute 
dans un but bien louable d'humanité h l'égard de leurs confrères pauvres 
que les compagnons avaient établi ces décrets. Mais il n'est pas étonnant que 
la suppression des métiers fut accueillie avec joie en 1792, car ils étaient 
un obstacle insurmontable au développement de l'industrie. 



— 158 — 

Les ouvriers étaient primitivement recrutés dans toute la citer 
Au XV« siècle le métier étant assez nombreux pour se suflire, les 
bourgeois qui n'en faisaient point partie furent obligés d'en acqué- 
rir la petite rate, pour pouvoir être admis à ses travaux. Les 
étrangers ne pouvaient être occupés par un maître que pendant 
l'espace d'une année; ce terme écoulé, ils devaient le quitter ou 
acquérir le droit de continuer en se faisant inscrire au nombre des 
bourgeois tanneurs ( ' ). 

Comme corollaire de ces mesures, il était défendu à tout maître 
d'employer une personne qui n'eût pas acquis la petite rate du 
métier, montant à trois griffons. Quelquefois , dans des cas bien 
motivés, les gouverneurs accordaient une permission écrite d'ac- 
cueillir des ouvriers étrangers , par exemple des orphelins, mais 
à la condition expresse qu'ils ne fussent pas mariés et que le maître 
payât une redevance d'un quart de vin de douze pots. 

Un maître ouvrier commandait aux autres et dirigeait tous les 
travaux de l'atelier. C'était ordinairement le propriétaire lui-même 
qui s'acquittait de celle fonction, ou bien un apprenti qui, après 
avoir fait chef-d'œuvre, travaillait encore pendant un an auprès de 
son ancien maître par reconnaissance, ou pour se mettre parfaite- 
ment au courant de toute la besogne d'une tannerie, avant de s'é- 
tablir. 

Les hommes employés chez un maître avaient chez lui leur loge- 
ment et y recevaient leur nourriture , lorsqu'ils n'étaient pas 
mariés ou que leurs parents demeuraient en dehors des limites du 
quartier. Le salaire des ouvriers a sans aucun doute varié suivant 
les époques; on ignore à quel taux il montait; on sait seulement 
qu'ils étaient payé par jour. 

Il est probable que les ouvriers jouissaient aussi du droit d'ac- 
quérir la maîtrise; mais les conditions n'en sont stipulées nulle 
part; elles auront été omises vu la rareté du cas; il fallait en effet, 
pour être maître, posséder une tannerie dont les frais d'installation 
dépassaient les ressources de simples ouvriers. 

{') Voir le chapitre de la pratique du métier , au mot raie. 



— 129 — 

Une ordonnance spéciale fixait la durée du travail pour tous 
les compagnons. Depuis le jour de Pâques jusqu'à la fêle de St.- 
Remy, les ouvriers devaient se mettre à l'ouvrage à 4 heures du 
malin et le quitter à 7 heures du soir. Depuis le jour de St.-Remy 
jusqu'au Grand-Carême, la journée commençait avec l'aube et 
finissail à la nuit. Depuis le Grand-Carême jusqu'à Pâques, on tra- 
vaillait de 7 heures du malin à 6 heures du soir. Le lever et le 
coucher du soleil servaient de base à ce règlement, qui élail slric- 
tement observé. Toule occupation à la chandelle était inlerdile dans 
les ateliers, sons peine de privation du métier pendant deux ans et 
d'une amende d'un florin d'or. Un valet élait chargé d'annoncer au 
son de la cloche le commencement et la fin de la journée; chaque 
compagnon lui payait pour cela douze deniers par semaine. Le 
samedi et la veille de toutes les grandes fêtes , le travail devait 
être interrompu à midi. Pour s'assurer de l'observation de ces 
slaluts, les officiers étaient autorisés à faire des visites domici- 
liaires. 

Avant de quitter son maître, l'ouvrierdevait achever un ouvrage 
commencé, sous peine de ne plus être employé dans le métier, à 
moins qu'il n'eût des motifs graves dont les officiers étaient seuls 
juges. Il s'engageait ordinairement pour un terme de trois ou cinq 
années avant l'expiration duquel il ne pouvait entrer chez un autre 
maître. Le maître, de son côté, élait obligé de le conserver pendant 
le temps fixé au contrat. 



III 



LES APPRENTIS. 

Les apprentis étaient les ouvriers qui travaillaient pendant un 
temps fixé chez un maître, pour ensuite faire chef-d'œuvre et s'éta- 
blir eux-mêmes comme chefs d'une tannerie. 

Pour être admis à l'apprentissage, il fallait être enfant du métier 



— 130 — 

ou, si l'on étail clrangcr, en avoir acquis nu moins la petite rale('). 
Ordinairement c'étaient des llls de maîtres. 

Lorsqu'un homme se présentait chez un tanneur pour apprendre 
de lui le métier, ce dernier s'assurait tout d'abord qu'il avait 
dépassé l'âge de 43 ans, et qu'il était enfant légitime de parents 
calholiques.il l'admettait ensuite à une épreuve de 15 jours; si, 
ce temps écoulé, le patron et l'élève croyaient pouvoir se convenir, 
ils passaient entre eux une espèce d'accord, par lequel le second 
s'engageait à travailler assidûment au prodt du premier, et à ne le 
quitter sous aucun prétexte, même pour se marier, avant l'expira- 
tion de son contrat. Le maître, de son côté, promettait d'initier 
l'apprenti dans tous les secrets de la fabrication, et de le conserver 
jusqu'au moment où il pouvait faire preuve de capacité, à moins 
qu'il n'eût un motif très-sérieux pour le renvoyer. 

Ces conventions acceptées de part et d'autre, l'apprenti se pré- 
sentait chez le greffier et lui faisait connaître son engagement. Cet 
officier en prenait note et recevait un florin du Rhin, si le nouveau 
venu était du métier, et un postulat de Hornes, s'il était étranger. 
Dans ce dernier cas, on l'inscrivait sur un registre particulier, afin 
qu'il ne fût pas possible à ses enfants de revendiquer dans la suite 
les droits dont jouissaient les fils de maîtres. L'étranger faisait aussi 
enregistrer sa sortie d'uif atelier pour qu'il fût permis de constater, 
lorsqu'il se présenterait pour faire son chef-d'œuvre, que le temps 
de son apprentissage avait été fidèlement rempli. 

( ' ) La petite rate ne donnait pas le droit d'assister aux assemblées. Il 
semblerait cependant qu'avant l'année li"22, les apprentis exerçaient ce 
privilège, puisqu'un cdit du 5 juillet de celte année leur défend de s'y 
rendre encore : « Item encor volons et accordons que doresenavanl nuls 
alTorains borgois manans defours banlieu, apprendiche ne enfant de maistre 
desoubs eage (25 ans)... puist faire sieulc ne élection aucune des otîiches 
délie cité, a tel fin que lesdites ofliches grosses ou menuttes soyent plus 
justement données et ordinées en temps futur » (Pawillart aux archives). 
11 est possible, que par cette ordonnance, le prince ne fit que réprimer dos 
abus qui s'étaient glissés dans le gouvernement des métiers sous les règnes 
précédents. 



— 131 — 

La iliirée en était fixée à six années de pratique. 

Ce laps de temps écoulé, le patron, à la demande de son apprenti, 
prêtait serment entre les mains des gouverneurs qu'il l'avait « bien 
et loyalement servi » durant l'espace de six ans ; après quoi il était 
admis à faire chef-d'œuvre. 

L'usage d'exiger un chef-d'œuvre d'un ouvrier qui s'établissait, 
fut sans doute institue pour olTrir au public une garantie de l'apti- 
tude de ses livranciers. A cet effet, les officiers choisissaient « quatre 
bons personnages, gens entendus et experts dans le métier », au 
nombre desquels étaient ordinairement deux rewards. Tous les 
membres de ce jury portaient du reste cette appellation. C'était sous 
les yeux de ces quatre rewards que l'apprenti devait exécuter sa 
pièce d'œuvre. A leur nomination, le candidat les gratifiait d'un 
florin ; il leur payait en outre, pour chaque vacation, un demi écu. 

En général, dans les autres métiers, le chef-d'œuvre consistait 
dans la confection d'un objet le plus souvent déterminé par les 
statuts ; l'apprenti, pendant tout le temps qu'il s'occupait de son 
ehef-d'œuvre, était soumis à la surveillance rigoureuse de la com- 
mission; lorsqu'il abandonnait momentanément son travail, l'objet 
était confié à la garde de ces mêmes rewards qui l'enfermaient en 
lieu sûr, afin que l'apprenti ne pût y faire travailler ses parents ou 
ses amis et user ainsi de fraude pour arriver à la maîtrise. 

La pièce achevée, elle était remise aux officiers qui, de concert 
avec la commission, jugeaient de la perfection de l'ouvrage, et déci- 
daient si le prétendant était admissible au relief. En cas d'in- 
succès, l'aspirant était obligé de travailler encore pendant une 
demi année, au moins, auprès de son ancien maître, avant de pou- 
voir se présenter à une nouvelle épreuve. Dans ce cas, il payait une 
seconde fois les frais de l'examen. 

Si l'ouvrage était reconnu convenable, on admettait l'apprenti 
au relief du métier. Il pouvait ensuite construire ou acheter une 
tannerie, monter un atelier, employer des ouvriers et ouvrir un 
magasin, enfin s'établir et travailler pour son propre compte. Il 
était d'usage que, après son acceptation, il travaillât encore une 
année auprès de son patron, comme maître ouvrier. 



— 132 — 

Telle était la coutume généralement admise dans les métiers de 
Liège. 

Dans celui des tanneurs, il était impossible d'exiger d'un ouvrier 
un travail complet qui permît de l'aire apprécier son habileté en 
matière de tannerie. La préparation du cuir exige, comme on le 
verra, un temps trop considérable. D'un autre côté, les rewards 
n'auraient pu exercer sur la confection d'une pièce entière une sur- 
veillance scrupuleuse ; aussi suffisait-il du serment du maître 
attestant les capacités de son apprenti. Mais il n'en était pas de 
même à l'égard des corroyeurs; aussi, étaient-ils soumis à un 
examen préalable, dans lequel toutes ces formalités étaient obser- 
vées. D'ailleurs il faut remarquer, avec un écrivain, français que 
les épreuves n'avaient pas seulement pour objet les opérations ou 
les produits directs du métier ; elles embrassaient aussi la fabrica- 
tion des produits accessoires. 

Ajoutons qu'un maître ne pouvait accepter chez lui qu'un seul 
apprenti à la fois. Celui-ci servait sans salaire et payait même sa 
pension chez son maître , pendant les premières années de son 
apprentissage ; mais, vers la fin de son stage, il obtenait la remise 
de cette obligation. 

IV 

LES VATILETS SERVANTS. 

Les varlets servants ou serviteurs étaient les manouvriers ou 
manœuvres des maîtres tanneurs. On les recrutait parmi les 
pauvres, les enfants illégitimes, etc. Ils devaient obéissance pleine 
et entière aux ouvriers qu'ils aidaient dans les travaux les plus 
grossiers, portant le tan, menant la brouette, etc. ( * ). 

(' ) Aucune servante n'aurait osé mettre la main à un travail de tan- 
nerie, même pour mener la brouette : cela n'était pas écrit dans les sta- 
tuts; mais les ouvriers, pour sauvegarder la dignité de leur art, ne l'auraient 
pas permis. 



— 133 — 

En l'année 1493 , il fut défendu aux maîtres de tenir « varlet ou 
servileur en leur hostel » pour être employés aux travaux de la 
tannerie , s'ils n'étaient du métier , sous peine d'une amende de 
quarante livres (' ). . 

Ces manœuvres étaient tenus , en vertu d'un accord fait avec le 
maître tanneur , de demeurer un temps déterminé dans leur ser- 
vice ; et quand, l'engagement expiré, ils changeaient de maître, 
ilsdevaientexhiber un certificat conslatant qu'ils avaient fidèlement 
servi leur patron. Sans cette attestation, ils ne pouvaient être reçus 
ailleurs. De son côté , le maître devait avoir un motif plausible, 
approuvé par les officiers, pour les renvoyer avant le terme con- 
venu (^). 

Le salaire des valets nous est inconnu. 



(1) L'usage admettait une seule exception à ce statut : le compagnon 
qui avait, de lui ou de sa femme, des enfants étrangers au métier, ou qui 
avait recueilli chez lui des orphelins étrangers, pouvait s'en faire aider dans 
sa tannerie; mais il lui était défendu de leur donner aucun salaire ou de 
les employer à autre chose qu'à des travaux préparatoires, 

(2) C'est par exagération que Ilemricourt dit, dans son Patron del Tem- 
poraliteil, que les valets servants assistaient aux assemblées : « Quant le 
universiteit dellc dite citeit est ensemble por aucuns cas notables , ou H 
mestiers sont ensemble por faire leurs ofïîciers , li gardions servans et li 
apprendiches ont altretant de voix en leur sietcs faisant qui li maistres et 
li chiels d'hosteil. » 



CHAPITRE Ilî. 



DE LA POSSESSION DU MÉTIER. 



Tous les compagnons , dans la vraie et première acception du 
mot , possédaient le métier. Celte possession s'obtenait 1° par 
naissance, pour les enfants des maîtres et des ouvriers tanneurs ; 
2° par achat, pour les étrangers. Cette dernière manière s'appelait 
faire facqiiête du métier. Nous avons déjà été plusieurs fois dans 
le cas d'employer cette expression. 

Pour consacrer la possession obtenue , les enfants des com- 
pagnons, aussi bien que les étrangers, étaient tenus de faire relief. 
Cette formalité remplie , ils faisaient partie de la corporation au 
même titre que les compagnons et pouvaient comme eux user ou 
pratiquer ]e métier, c'est-à-dire en exercer l'industrie , et /e /"ré- 
quenter ou le hanter , c'est-à-dire jouir de ses droits politiques. 
Nous allons essayer de mieux préciser ce que l'on entendait par 
ces différents termes. 

I 

. l'acql'ête. 

Les enfants des compagnons , fils ou filles , nés dans le métier, 
en étaient membres de droit. Les autres bourgeois de Liège, et 
même les étrangers , pouvaient cependant s'y faire admettre et en 
exercer l'industrie en en faisant Vacquête. Par suite de cette for- 
malité, l'acquéreur pouvait jouir personnellement des mêmes pri- 
vilèges que les compagnons qui possédaient le métier par droit de 



— 136 — 

naissance. Nous disons personnellement, parce qu'à l'égard de leurs 
enfants, il n'en était pas de même. 

Il y avait deux espèces d'acquêtes ; celle de la grande rate et celle 
de la petite rate ('). 

La grande rate du métier donnait droit à toutes les franchises 
sans exception et particulièrement à l'exercice des privilèges poli- 
tiques et administratifs; avec elle, on ^ionv ad hanter le métier, 
c'est-à-dire assister aux assemblées, y voter et y revêtir des charges. 
La petite rate procurait à l'acquéreur le droit cVnser, d'exercer, de 
pratiquer le métier , c'est-à-dire de travailler dans les tanneries à 
certains ouvrages préparatoires ; avec elle seule, on n'était ni élec- 
teur ni éligible;avec elle seule, on ne pouvait pas davantage devenir 
maître. Ceux qui la possédaient uniquement était appelés ouvriers 
délie main. 

Les étrangers ne pouvaient acquérir que la petite rate. 

Pour être apleàacquérirlemétier, il fallait préalablement prouver 
qu'on était « de bon nom et i'ams et d'honneste conversation ,>• 
engendré de légitime mariage et professant la foi catholique (^). 

Le prix de l'acquéle varia souvent. Le plus ancien taux que nous 

( ' ) La signification propre de ce mot, que l'on trouve indifféremment écrit 
raie, rade, racle, ralle, raule, ne nous est pas bien coimue ; peut-être 
veut-il dire pari, porlion, d'après l'analogie du latin rata (pars), qui se 
traduit aussi quelques fois en français par raie, par exemple, la raie du 
levips, pro râla teinporis; la grande rate serait ainsi la grande part (des 
privilèges); la pelile rate, la petite part. 

(2) Celle garantie était déjà exigée pour les étrangers lorsqu'ils se fai- 
saient recevoir bourgeois de Liège. « S. A. défend de recevoir à relief ou 
acquête, si on ne fait paraître d'être né bourgeois ou d'avoir acquis la 
bourgeoisie de Liège ». (Ordonnances des ii dèc. 17io et 15 juil. 172i. V. 
Louvrex, t. 1, p. 22.) 

l^n (605, Ernest de Havièrc porta un èdit qui ordonnait ii tous les bour- 
geois de la cité de faire l'acquéle d'un des 52 méliers : « Que tous bourgeois 
chefs ou pères de famille, soient-ils de la cité, Iran hise et banlieue d'icelle, 
de quelle qualité, condition, prééminence ils puissent être, seront tenus 
dedens huit jours après la publication de cette, choisir un métier pour le 
hanter. » 



— 137 - 

trouvons remonte à l'an 1408;il était deCO florins pour l'acquisition 
de la grande rate par un bourgeois natif de la cité, franchise et ban- 
lieue (') , plus un demi florin pour chaque gouverneur et un pot 
de vin pour le clerc et pour le varlet. En 4589, le métier, assailli 
par un trop grand nombre de prétendants, fixa le prix de cette 
acquéte à 70 florins d'or pour les citains de Liège, plus un postulat 
de Hornes pour chaque gouverneur et un demi-setier de vin pour 
le clerc et pour le varlet. Les bourgeois de Liège , non natifs de la 
cité, payaient 80 florins d'or. Après 1559 , ce chifl're fut porté à 
cent florins d'or pour le métier, et chaque gouverneur eut droit à 
un demi-florin. 

Pour acquérir la petite rate, les étrangers devaient payer une 
somme de cent florins d'or au métier , un florin à chaque gouver- 
neur, un demi-florin au clerc et au varlet. Après 1559 , le prix fut 
de 120 florins pour le métier. 

Primilivement, chaque métier fixait lui-même le taux del'acquète; 
il arriva de là que la foule des étrangers se porta vers le moins 
exigeant et que les autres ne comptèrent plus guère parmi leurs 

(1) Voici, suivant Vlicrden, ce qu'on entendait par /"ranc/tise et ban- 
lieue ùe Liège: « Sciant, qui id ncsciunt, francisiam eain dici regionein 
urbanam et uburl)anani lotam, cui ill. Praîposilus Leodiensis imperital, 
in quà jurisdittlioneni pêne pari cutn Seren. Principe poleslale exercet , 
jusque parochiales ecclesias et xenodochia visilandi, ut Ordinarius habel ; 
quousque scilioet se lasces Prœfecti urbis oxtcndunt el Scabini Leodienscs 
dandacglebœ jus hal)ent, nemoque nisi ex localo tl conducto, aut vecli- 
galis el peculii debiti nomine , vel obligaliorie simili polest inlra privatos 
parieles pignorari. — Inlra proximuni ab nrbe lapidem qui teuca bannalis 
(banlieue) est , circumscribilur consiilaris el niagistralus civici potestas et 
jurisdictio. » Puis il ajoute : « qui vorosint utrius(|uo limiles quainvis in- 
iercisi, majoribus, si qiiis se bonus oîVoral genius, <xplicabilur curis. » 
[Cleiicus depenria vivens, p. 14). De son côlé, lîaribolcl dit au n" cccvi de 
son Consilium juris : « Louca batuialis à Pirono civilatis se extendil ad 
ccnlurn torrae jugera circumcirca civilalem. Leucales sunl cives civilatis. 
Cives leucales debent civitali scrvilium mililare. » 

Nul ne pouvait exercer un commerce quelconque dans la banlieue, s'il 
ne faisait partie d'un métier. 



138 



membres que les enfants du métier; c'était, en outre, pour ceux-ci^ 
une source importante de revenus de moins. Pour faire cesser ce dé- 
sordre et rétablir réquilibre,la nouvelle paix de S'-Jacquos de 1478, 
rendit obligatoire un tarif général. Les rates des 32 bons métiers 
furent toutes mises au même niveau et fixées comme suit : Tout 
bourgeois de Liège voulant acquérir le métier pour le pratiquer et 
le hanter, devait payer dix florins au profit de ce métier, 20 aidans 
à chaque gouverneur, cinq aidans au clerc et au varlet. Les étran- 
gers payaient 15 florins pour la petite rate. Après quoi les uns et 
les autres étaient obligés de se faire inscrire sur les registres du 
greffier, puis on les publiait au perron de la cité (i). On vient de 
voir que ce décret, s'il fut mis à exécution, tomba bientôt en dé- 
suétude. Il en fut de même du règlement d'Erard de la Marck de 
1507, ordonnant que tous les habitants de la cité se fissent bour- 
geois d'un métier, et fixant à deux florins le prix de la petite rate. 
Cette demande faite, avec les formalités requises, ne pouvait être re~ 
jetée par les officiers. 

II 

LE RELIEF. 

Le relief était une reconnaissance de soumission donnée à un 
personnage ou à une autorité quelconque dont on tenait des biens 
ou des droits. 

Cette prestation , empruntée aux mœurs féodales, devait être 
nécessairement remplie par quiconque prétendait user le métier 
comme compagnon, devenir maître, avoir le droit de voter dans les 
assemblées, être élevé aux charges, etc. Dans lerendagede 1288, 
nous trouvons déjà une espèce d'acte de relief exigé par la société 
pour l'admission des nouveaux membres à l'usage du moulin à tan; 

(•) Livre des Charles et privilèges ', document du mclicr des febvrgs, t. L 
p. 23. 



— 439 -- 

ils devaient être agréés par les confrères et les souverains, et con-- 
tribuer pour leur part aux dépenses générales. 

Pour pouvoir relever le métier, il fallait d'abord le posséder par 
achat, par naissance ou par droit de parenté ('). Celui qui pouvait 
établir, à l'un de ces titres, son droit au relief, était en outre tenu 
de se présenter au greffier dans les trois jours à partir du moment 
où il en avait obtenu l'autorisation , sous peine d'un florin d'or 
d'amende. 

Quant aux bourgeois de Liège, nés hors de la corporation, les 
conditions que l'on exigeait d'eux pour l'acquête du métier (forma- 
lité préalable et rigoureuse pour eux, comme on l'a vu), offraient 
des garanties suffisantes pour les faire admettre sans autre preuve 
au relief. Les acquéreurs de la grande rate seuls étant autorisés 
à faire relief, les étrangers ne pouvaient prétendre à ce droit que 
par suite d'une faveur exceptionnelle. 

Les membres du métier devaient fournir des preuves qu'ils 
étaient issus du légitime mariage d'un bourgeois avec une bour- 
geoise du métier. Une ordonnance de 1433 les obligea, en cas de 
doute, de faire ces preuves à leurs frais. Si , par une faveur toute 
spéciale et en raison de motifs très sérieux, les officiers accor- 
daient à un enfant illégitime le relief du métier, il payait le double 
de la taxe. 

Il fallait, en outre, pour tous les relevants sans distinction, avoir 
15 ans accomplis, « être assez fort et puissant pour porter armes 
et basions pour servir ledit bon mestier. » Ceux qui n'étaient pas 
mariés devaient de plus prouver, au préalable, qu'ils avaient à eux 



(1 ) Les statuts n'ont pas déterminé le degré jusqu'où s'étendait le droit 
de parenté. On sait positivement que les frères, les sœurs, les beaux-frères, 
les belles-sœurs , les petits fils et les petites filles d'un tanneur pouvaient 
relever le métier, quoiqu'usant et pratiquant un autre métier. 11 serait, 
croyons-nous, possible de mieux préciser ce droit en examinant et en com- 
parant quelques-uns de ces registres particuliers, que la plupart des 
familles liégeoises faisaient exécuter avec un grand luxe d'armoiries et de 
reliure. 



— 140 — 

« maison et tannerie, qu'ils peuvent boire, manger et dépenser 
sans contradiction de leurs parents. » 

Les membres des autres métiers qui invoquaient le droit de 
parenté pour relever celui des tanneurs, devaient faire conster du 
relief de leurs parents sur lequel ils s'appuyaient, ou bien payer 
double relief, c'est-à-dire le double du droit ordinaire. 

La cérémonie du relief s'accomplissait devant le greffier , le 
rentier et un gouverneur; elle consistait dans un serment solennel 
et était accompagnée d'une redevance. 

Voici, d'après les chartes, le serment exigé de ceux qui relevaient 
le métier :a Je jure d'estre bon, léal et fidèle à nostretrès redoublé 
» seigneur et prince Monseigneur de Liège, à sa Cité et audit bon 
» Meslier; de noncher audit prince ou son lieutenant et burg- 
» maislres de la Cité ou officiers dudit bon Meslier qui le sont ou 
» seront pour le temps, cas et conspiration de trahison s'aucunne 
6 me venoit à cognoissanche par quelque moyen que ce fusse , 
» aussi révéler à justice et où il appartient le cas d'hérésie et autres 
» énormes et villains cas qui ne sont à receler; item de tenir les 
» lettres des Mestiers faictes , celles à faire, licites et raisonnables, 
» sur telles peines et amendes qui icelles faites et à faire, licites et 
» raisonnables portent et poront porter. » Il est presqu'indubilable 
que cette formule fut rédigée postérieurement à la conspiration de 
Walhieu d'Athin; nous n'en connaissons pas de plus vieille. Plus 
tard, les relevants durent encore promettre formellement d'obser- 
ver la lettre des offices, de ne jamais être arbalétriers , corbesiers 
ni corduaniers contre le gré du métier, etc. 

Le prix du relief varia comme celui de l'acquéte , suivant les 
époques : il fut d'abord fixé pour les fils de maîtres à un quart de 
florin d'or payable au métier, un postulat de Hornes pour chaque 
gouverneur, un vieux gros au clerc et au varlel. La somme à payer 
par les bourgeois étrangers qui avaient dû d'abord acquérir le 
métier était beaucoup plus élevée. En 1 478, ces droits furent réglés 
et uniformément fixés pour tous les métiers par la nouvelle paix 
de St. -Jacques. 



— 141 — 
III 

l'usance et la hantise. 

Toutes les personnes qui, possédant le métier, en faisaient le 
relief, jouissaient de certains privilèges, participaient à certains 
droits et d'un autre côté étaient astreints à certains devoirs. 

Ces droits et ces devoirs concernaient ou bien l'exercice, la 
pratique de l'industrie des tanneurs, ou bien l'administration, la 
police de la corporation. En vertu des premiers, on pouvait ache- 
ter des écorces et des peaux, fabriquer et vendre des cuirs, possé- 
der une tannerie et un magasin, employer des ouvriers, etc. ; cela 
s'appelait useTy exercer, pratiquer^ mener le métier, ou se mêler du 
métier. En vertu des seconds, on avait le droit d'assister aux assem- 
blées, d'y émettre des suffrages, de discuter les intérêts poli- 
tiques, civils et commerciaux de la corporation, de revêtir des 
charges, etc. ; cela s'appelait hanter ou fréquenter le métier. 

La première condition requise pour hanter et pour user le mé- 
tier, après la possession et le relief , était de résider dans les cla- 
wirs ou limites fixées, depuis un temps fort reculé, pour et par les 
compagnons. Au commencement du XV" siècle, ces limites étaient 
ainsi définies : le Pont-des-Arclies d'un côté et la brasserie condit 
délie Clieine emprès de Cliok (en Puits-en-Sock), de l'autre. En 1493 
elles furent désignées de la manière suivante : depuis la chapelle 
de Ste-Barbe sur le Pont-des-Arches jusqu'à la rue des Frères de 
Jérusalem condist Pieds-Chauds. Enfin dans l'ordonnance de 1773, 
lesclawirs comprennent la paroisse de St.-Pholien en entier, une 
partie de celle de St. -Nicolas, depuis la Chaussée-des-Prez jusqu'à 
la rue des Pères récollets exclusivement et dans la rue Grande- 
Bêche, jusqu'au Warixhel. Il y eu de tout temps une exception à 
cette règle en faveur des habitants de l'Ile-dcs-Fobvrcs, qui jouis- 
saient ou pouvaient jouir, sous certaines conditions, des privilèges 
et prendre part aux coutumes du métier des tanneurs. Nous en 



— 442 - 

avons donné la raison dans les Recherches historiques sur la corpo- 
ration. 

Les compagnons quî,demeurantd'aborddans les limites du quar- 
tier, changeaient ensuite leur résidence, perdaient à tout jamais les 
fruits du métier sans pouvoir racheter celui-ci, même comme 
étrangers. Au contraire, ceux qui, au moment où furent fixées ces 
limites, se trouvèrent exclus de ce périmètre, conservèrent le droit 
d'assister aux assemblées, en Palais, en le Vesqiie court et en 
loiist (•) ; ils étaient même obligés de continuer à hanter le métier, 
c'est-à-dire, d'assister comme les autres compagnons aux obsè- 
ques de leurs confrères, aux assemblées générales, aux proces- 
sions , etc. (2) ; mais il leur était interdit de travailler les peaux, 
de vendre du cuir, etc. , en un mot d'user le métier. Si, après avoir 
constamment observé les statuts, jls venaient s'établir dans les li- 
mites indiquées, ils pouvaient racheter le droit d'user le métier en 
payant 60 sous parisis (20 florins en 1493), consacrés à l'entretien 
du moulin. Dans tous les cas, leurs enfants conservaient le droit 
de relever et d'user le métier , à la condition de rentrer dans le 
quartier des tanneurs avant d'avoir atteint l'âge de 20 ans et de 
payer 20 florins. 

Lorsqu'un compagnon abandonnait son industrie pour en exer- 
cer une autre, il était néanmoins tenu de venir se ranger sous sa 
première bannière lorsque le métier figurait en corps à l'armée ou 
dans les cérémonies publiques, et d'assister aux assemblées, sous 
peine de perdre irrévocablement le métier ainsi que ses enfants. 
On n'exceptait de ces derniers que l'enfant qui aurait été sur le 
point de naître au moment où le tanneur et sa femme enceinte 



(1) Palais, palalium, assemblée, lieu où le peuple s'assemblait. — 
Vesque-courl, la cour de l'évêque, où est aujourd'tnii la halle aux viandes, 
était très anciennement la résidence de nos princes ; nous ignorons à quoi 
ce passage fait allusion. — Loust , l'oste, hoste, etc., de hoslis ; ici : ea, 
guerre, à l'armée. 

{ ' ) Ils ne pouvaient toutefois revêtir aucune charge du métier. 



— 143 — 

quittaient le commerce des cuirs; cet enfant pouvait récupérer 
le métier en payant six vieux gros. 

En 1603 , Ernest de Bavière défendit absolument à tout bour- 
geois exerçant un métier de le quitter pour en prendre un 
autre (^). 

Les différents cas qui pouvaient se présenter relativement aux 
mariages des bourgeois du métier avec des étrangers furent minu- 
tieusement précisés dans un règlement de l'an 1431 (^). Lorsqu'un 
enfant du métier, garçon ou fille, épousait une personne étrangère, 
celle-ci pouvait user, mais non hanter le métier, toute la vie durant 
de celui-là ; elle avait même , comme délai , la première année de 
son veuvage, pour pouvoir se défaire sans perte des marchandises 
qui lui restaient en magasin, ce qui s'appelait rejeter ses denrées ('). 
Mais il lui était loisible d'acquérir le métier , si elle en faisait la 
demande pendant la première année de son mariage , en payant la 
rate de 100 florins d'or. Ce terme d'un an écoulé, l'acquéte lui était 
interdite ; mais celte faculté restait à ses enfants jusqu'à l'âge de 
20 ans, moyennant un droit de 60 sous parisis. 

Une femme étrangère, veuve d'un bourgeois tanneur, pouvait 
faire jouir des privilèges du métier un second mari étranger, si, 
pendant la première année de son premier mariage, elle avait ac- 
quis le métier. 

Un étranger, veuf d'une fille du métier, mais ayant pendant la 
première année de son mariage acquis et relevé le métier , trans- 
mettait en mourant à une étrangère, qu'il aurait prise pour sa 
seconde femme et qui aurait fait acqucle, le droit d'user le métier, 

( 1 ) « Et que ceux qui font et exercent un métier manuel, ne pourront 
choisir ni hanter que ccîui qu'ils exercent actuellomcnt. » 

( 2 ) Documents inédits, n"^ IX. 

(•') L'exclusion des veuves ne s'accordait pas trop avec le sentiment 
d'humanité qui se révèle dans la plupart des mesures prises à cette 
époque dans le métier. On se demande , en effet , ce que devenaient les 
veuves et les orphelins des tanneurs , qui n'ayant pas eu la précaution de 
faire relief, se trouvaient tuut-à-coup sans ressources. 



144 



tant que durerait son veuvage.; mais ce droit cessait aussitôt qu'elle 
convolait en secondes noces avec un étranger, à moins que celui-ci 
n'achetât le métier; auquel cas elle pouvait continuer son com- 
merce. 

Une coutume très-ancienne excluait par le fait même du métier 
le tanneur qui épousait « une fille baslarde ou une femme ayant 
prostitué son corps. » En 1433 , une loi spéciale vint corroborer 
cet usage. Toutefois elle accordait en même temps au coupable une 
année entière pour pouvoir écouler ses marchandises ; lorsqu'il 
usait de ce délai , il devait fournir un cautionnement de 50 florins 
ou présenter pour répondants deux bons bourgeois du métier. 

Les enfants naturels des tanneurs ne pouvaient relever le métier 
sans une grâce spéciale ; les maîtres les employaient ordinairement 
comme valets servants. S'ils voulaient apprendre le métier, ils de- 
vaient déposer une somme de SO florins, comme garantie de leur 
conduite. 

Tout bourgeois usant le métier et jouissant des privilèges qu'il 
procurait, ayant la faculté de tanner, de vendre, etc., était tenu de 
hanter le métier, d'assister aux assemblées et aux processions, de 
se conformer aux règlements , d'accomplir ses devoirs de soldat 
lorsqu'il faisait partie de la milice urbaine, d'aider ses confrères à 
gérer les affaires de la corporation, de les secourir en cas de 
besoin, etc. (i). 

Il fallait tout d'abord jurer de garder en tout et partout les se- 
crets du métier, c'est-à-dire, de ne révéler à personne ce qui se 
passait dans les assemblées, les projets,les délibérations, les discus- 
sions, enfin rien de ce qui concernait les questions particulières ou 
politiques du métier. A cet égard, le mari était responsable des in- 
discrétions de sa femme ; on peut lire dans le livre des Chartes et 
privilèges, deux recès des années 1440 et 1450, condamnant 
des tanneurs dont les femmes avaient divulgué les secrets du 
métier. 



(l) Voir les Charles et privilèges, T. II, p, 241, it'ô. 



- 145 - 

Les voleurs étaient passibles d'une amende proportionnée à la 
valeur de l'objet dérobé et privés pendant quatre années de la fré- 
quentation de la halle. 

Celui qui se rendait coupable d'injures envers un officier du 
métier dans l'exercice de ses fonctions pouvait être condamné à 
une voie de Rochemadour ( ' ) ou à en payer la valeur au plai- 
gnant. 

Le compagnon convaincu d'avoir fraudé ou détourné les cens , 
revenus et la gabelle de la cité pour la valeur de plus d'un denier, 
était privé du métier et puni comme parjure. Ceux qui lui en 
avaient facilité les moyens subissaient la même peine. 

Dans le principe, chaque bourgeois pratiquant et hantant un mé- 
tier se contentait d'en exercer paisiblement les droits et députait 
aux offices ceux qu'il jugeait les plus capables de bien adminis- 
trer la corporation. Mais avec l'aisance vint l'ambition; le désir 
d'occuper des charges, même dans d'autres métiers, s'empara d'une 
foule de prétendants. Les alliances a\ec des familles exerçant une 
autre industrie, rendaient la chose possible, puisqu'il n'était pas 
nécessaire d'acquérir le métier dans lequel on avait un proche pa- 
rent pour en faire le relief; de façon qu'un seul bourgeois pouvait 
être compagnon de plusieurs métiers et même de tous à la fois (2). 
Cette ambition des honneurs devint presque générale au XYII» 
siècle; elle apporta tant de troubles dans le gouvernement de la 
cite et des corporations, que les princes furent, à différentes repri- 
ses, obligés de publier des ordonnances défendant à un chacun de 

fi) Pèlerinage évalué à 5 florins d'or. (V. Sohel, InslUufs de droit, 1. 5, 
t 27) Rocamadom-, petite ville du Quercy (Lot), célèbre par l'ermitage 
de saint Amadour très- fréquenté par les pèlerins. 

( " ) « Possunt autcm omnes omnino cives omnibus adscribi collegiis si 
corilribule jus habeanl aut i[)Sorum natales id paliantur et conjugia ; sed 
unicam dumlaxat ipsis Ileleriam , unde hanter le mesiier natum credi- 
deriml?), licet irigreili, jus ut ferant sulTragir, quod ex ipsa 1. l.sub finern 
ff. de colleg. et corpor. illicil. recoleri. mem. sereniss. Princcps noster 
Erneslus, Princeps clementiss. omnium Tribuum precibus exoratus anno 
1603 aprilis 44 statuerat » (Vlierden, Clericus depenna vivens, p. 14.). 



— 146 — 

hanter un métier étranger el d'y porter des charges, sous peine 
d'être privé pour toujours du sien propre (i ). 

Un tanneur étranger avait le droit de travailler chez un maître 
de Liège pendant quinze jours sans payer de redevance ; il rece- 
vait même, en récompense de son travail, la nourriture et le loge- 
ment, « Les confrères recevaient l'ouvrier forain à son entrée dans 
» la ville; ils pourvoyaient à ses premiers besoins; ils cherchaient 
» pour lui du travail et, lorsque la besogne manquait, le plus an- 
» cien compagnon lui cédait la place (i). » L'étranger pouvait ainsi 
s'instruire de la façon dont on travaillait dans d'autres pays el rap- 
porter chez lui des procédés nouveaux. Cependant, s'il prolongeait 

( * ) « Item lesdis officiers siéront tenus au jour dalle St.-Jacque, de faire 
cscripre tous ceux qui feront sieulte et sequele sur leurdit mestier par 
nom et par surnom ; et quiconcque des dis bourgeois fera sieulte au jour 
délie St.-Jacque sur plusieurs mestiers , soit pour assisteir aulcun affîn 
d'estre officiers ou autrement , et prové fuist , incourra en l'amende de 
10 fl. de Rins, etc. — Item statuons el ordonnons, que celuy qui aura fait 
sieulte sur ung mestier , soit tenus de demoreir et servir tout l'année du- 
rant, d'ung St.-Jacque a autre, sur celuy meslier et néant sur autre , sur 
paine d'estre bannis et albainshors de la cité, franchieseel banlieue deux 
ans entiers. » (Art. 8 et 9 de la modération du nouveau régiment de Heins- 
berg). — « Et salutari lege provisum fuerat , ut quisquis arlifex intra suœ 
artis Tribum contineretur, nec in aliam transire posset; quia vero jus suf- 
fragiorum nuUi competeret nisi in aliquam Tribuum adscripto, ideoque 
palricios, jureconsultos, litteratos homines , et suo censu viventes pro 11- 
lius usu el fructu , necesse erat Tribui alicui nomina dare , liberum lis 

fîebat sorliri pro arbitrio Tribum, quam deinde deserere non possent 

Sed corruptola in Leodinas Tribus irrepsit. Vinitores et cerevisiarii, qui 
cerevisiam et vina queruntur vectigalia fieri , aliis mercibus immunibus , 
ex compacto dispersos sese in omnes Tribus insinuarunt et conscquenter 
comitiorum libcrlatem et successum sustulerunt. S"" Ernestus a" 1G03 
eum abusumperpurgavit etiteratis idem cavitedictis. Vanolabore. » (Rau- 
sin, Leodium, pp. 346 et seqq.) Cet édit de 1605, cité par Rausin, ordonne 
« que. ceux qui auront ainsi choisi un métier, le deveront hanter sans pou- 
rvoir changer, ou hanter autres, combien qu'ils en eussent d'autres ; autre- 
»raent, ajoutc-t-il, dès maintenant et pour alors, déclarons tous défail- 
»)lans et contrevenans a celte notre ordonnance, prives de bourgeoisie. )> 

( 1 ) Monteil el Rabuleau. 



— 147 — 

son séjour au-delà de la quinzaine , il devait payer un droit de sit 
florins. De même, lorsqu'un tanneur liégeois quittait la ville pour 
voyager et s'initier dans la pratique étrangère , il recevait de la 
communauté une certaine somme pour accomplir son voyage ; 
mais en rentrant, il devait payer au métier la somme de 6 florins. 

Les lois de l'hospitalité étaient aussi exercées à l'égard des étran- 
gers pauvres qui s'adressaient aux tanneurs pour se procurer de 
l'ouvrage; on leur permettait de travailler pendant deux mois dans 
une tannerie comme valets servants, pourvu qu'ils pussent exhiber 
un certificat de bonnes mœurs et de profession de la foi catho- 
lique ; ils pouvaient même être employés pendant un an comme 
ouvriers, en prouvant qu'ils connaissaient la pratique de la tanne- 
rie. Cette année écoulée , ils devaient quitter le métier ou en faire 
le relief. 

Dans tous les cas , avant d'accepter un étranger quelconque , le 
maître d'evait en donner avis aux officiers. 



IV 



LES ASSEMBLEES. 

Il y avait quatre espèces d'assemblées : 1° Les séances générales 
du métier ; 2° les réunions particulières du conseil de la corpora- 
tion ; 3" les réunions communes des 32 métiers pour élire les ma- 
gistrats de la ville et pour faire cortège aux processions; 4° les 
assemblées générales des 32 métiers pour aller à la guerre. 

I. Les premières réunions des compagnons eurent pour but 
de leur fournir l'occasion de raisonner ensemble sur leurs intérêts 
communs et sur les affaires propres à leur industrie. Aucune loi ne 
défendait ces conférences quoiqu'elles fussent irrégulières. Lorsque 
les métiers furent légalement constitués, qu'ils furent dotés de sta- 
tuts et de privilèges ; lorsque les administrateurs de la cité , dans 
leur législation, tinrent compte de leur existence et s'en occupèrent, 
le droit de se réunir leur fut toujours reconnu, mais avec la con- 



-^ 118 — 

dilion expresse de ne pouvoir discuter , dans leurs séances , des 
questions politiques ('). Cependant ces défenses restèrent souvent 
sans effet : les registres aux recès des métiers attestent que , 
pendant de longues périodes de temps, les débats sur les questions 
d'intérêt général du pays faisaient l'objet essentiel de leurs réu- 
nions. Elles se tenaient même quelquefois sur l'invitation formelle 
du conseil de la cité, qui soumettait à la délibération des métiers 
une question politique ou administrative. Après avoir recueilli les 
avis , le conseil donnait à l'affaire une solution dans le sens de la 
majorité .(2). 

A partir de l'année 1603, aucun métier ne put s'assembler en 
séance, pour quelque motif que ce fût , sans une autorisation ex- 
presse du prince. 

Les assemblées générales du métier s'appelaient sieultes, d'après 
le mode le plus en usage de voter. Elles se tenaient soit à jours 
fixes, soit extraordinairementlorsque les circonstances l'exigeaient, 
sur l'ordre des officiers qui seuls avaient le droit de faire convo- 
quer les compagnons. 

Ceux-ci étaient chaque fois avertis par le varlet du métier, qui 
tenait note des noms et prénoms des convoqués, pour information 
du greffier, avant chaque séance. 

Le métier des tanneurs tenait ses réunions dans la chambre du 
premier étage d'une maison située Outre-Meuse, rue des Tanneurs; 
elle existe encore aujourd'hui sous le n» 37 ; l'inscription suivante 

(') « Voluit (Bavarus] ul... qusestorcs cogèrent conventus cum res 
ipsius Collegii poslularet , non aiiàs ». ( Fisen , Hisl. Lcod. t. Il, 
p. 181). « Celerum possunt ipsffi tribus, quolies guliernaloribus et juralis 
adlubuerit, per accerisum ad privata suœ artis et Collegii negotia, leges, 
régulas et slatula figenda, refigenda, per principem tamen approl)anda, 
non item ad publica, nisi consulari jussu, vocari » (Vlierdcn, Clericus de 
penna vivons, p. 45.). 

(2) Le grefïïer de la cite transcrivait les recès faits dans ces occasions 
par les métiers dans des registres particuliers. On en conserve encore deu.\ 
aux archives de l'Etat, à Liège. 



— 149 — 

taillée dans une pierre se lit au-dessus de la porte : Cette place 
appartient au bon meslier des tanneurs , Vannée 1452. Le second 
mot nous fait supposer que cette légende avait trait à la place de 
Gravioule, qui fut pendant longtemps contestée au métier, et que la 
pierre ne fut placée où elle se trouve maintenant que lors de la re* 
construction de la maison des tanneurs, en 1764 ('). Quehjues 
documents prouvent que, en 1418, c'était déjà là et souvent dans 
un jardin y attenant que le métier tenait ses séances {^) ; on 
peut supposer qu'antérieurement aussi le même local avait servi à 
ses réunions. 

Toute séance s'ouvrait par l'invocation du « nom de Dieu, de la 
benoîte Vierge Marie et de tous les Saints. » Ensuite le greffier li- 
sait la liste des bourgeois, convoqués par le valet ; les absents 
étaient frappés d'une amende. Cela fait, un des gouverneurs expo- 
sait les points soumis à la délibération de l'assemblée. Afin d'y 
maintenir l'ordre, de pouvoir discuter et conclure avec entente, ou 
avait adopté les mesures suivantes : les compagnons devaient être 
assis par ordre de dignité et d'âge ; après les officiers en charge se 
plaçaient ceux de l'année écoulée ; ensuite les vieillards [^) , puis 

{ ') Les chambres des autres métiers étaient presque toutes sur la place 
du marché; on montre encore aujourd'hui les maisons des vignerons, des 
cordonniers, des fèvres (à l'hôlel-dc-ville). Elles sont remarquables par le 
luxe d'ornements extérieurs dont elles sont décorées ; souvent, cependant, 
elles n'étaient pas la propriété des métiers. Les réunions de ceux-ci dans 
certaines chambres étaient une servitude qui pesaient sur quelques im- 
meubles et que l'on trouve spécifiée dans d'anciens actes de vente; l'art. 
66 du règlement de 1084. le dit assez nettement aussi : « et quant à celles 
(les chambres) où les compagnons n'ont que le droit de s'y assembler , il 
sera convenu équitablemenl du rachat de la servitude, etc. » (Recueil des 
Mils, vol. I, p. 99). 

('^) « Dans le jardin partenant à notre métier assez proche de Gravioule 
46G8)... convoqués dans notre jardin, lieu accoutumé » {Charles el Privi- 
lèges 11, p. 282). 

[°) Appelés ancien.? ; c'étaient les anciens qui . avec les officiers scel- 
laient les pièces importantes émanées du métier : « avons encors projet et 
reqtiis.... H. Steine, comme nous aisneis que ilh.. vuclhcntceste présente 
lettre de leurs propres seaus sayelcr. » 1427 (V. Documents ivédils, n» VllI). 

10 



— 150 — 

les maîtres et enfin les autres compagnons. La lecture de toute 
proposition devait être écoulée sans interruption. Après la discus- 
sion, à laquelle tous ceux qui le désiraient pouvaient à tour de rôle 
prendre part, les voles étaient recueillis dans l'ordre où l'on était 
assis. Le mode le plus ordinaire de l'ormuler son vole était de lever 
la main ou d'exprimer son opinion de vive voix; cela s'appelait 
faire sieidle. Quelquefois, dans les élections, chaque compagnon 
inscrivait sur un petit tableau le nom du candidat qu'il voulait élire : 
c'était faire, croye. Enfin on peignait aussi az boettes ou az brive- 
lets, comme on l'a vu à propos de la nomination des gouverneurs. 

Les oITiciers qui présidaient l'assemblée avaient la police de la 
salle. Une amende arbitraire, d'un florin d'or au minimum, et 
fixée d'après la gravité du cas par quatre officiers et les Irois plus 
anciens maîtres, frappait le compagnon qui apportait du trouble 
dans la séance, se livrait à des injures ou se portait à des voies de 
fait. 

C'était aussi dans cette chambre ou dans ce jardin que, après 
avoir assisté à la messe, le métier se réunissait le jour de la 
St. -Jacques, à lioire dc.l cop de prime, pour envoyer à une assem- 
blée générale ses députés chargés de concourir à l'élection des 
bourgmestres et des conseillers de la cité : après quoi ils procé- 
daient à la nomination de leurs propres officiers. 

Tous les compagnons, hommes idoynes (idonei) et qualifiez, 
étaient, s'ils ne faisaient valoir une excuse légitime, obligés d'assister 
aux assemblées générales du métier, sous peine de payer trois pat- 
tars d'amende et d'être pendant quatre années inhabiles à porter 
des charges. Les valets et les apprentis en étaient exclus ; à plus 
forte raison les aubains, les bannis et les excommuniés. Au XYII^ 
siècle, les assemblées populaires étaient devenues si tumultueuses, 
que ceux qui y prenaient la parole couraient le risque d'être inju- 
riés ; aussi les bons citoyens ne s'y rendaient plus. Par son édit de 
1603 , Ernest de Bavière prit chaque bourgeois individuellement 
sous sa sauvegarde et singulière protection. Il déclara en même 
temps « que tous ceux qui faudront à comparoitre sur leur mestier 



— \M — 

» en étant deuement semonds et appeliez , nomément les demeu- 
» rans en nostre cité et franchise , encoiireronl, chaque fois qu'ils 
» seront en ce défaillans sans excuse légitime, dont seront tenus de 
» faire apparoitre aux gouverneurs des dits mestiers , l'amende 
» d'un florin d'or ('). » 

Les jours des fêtes de Notre-Dame (l'Assomption) et de St-Jean 
Baptiste, patrons des tanneurs , étaient chaque année célébrés avec 
pompe par le métier. Les compagnons, après s'être réunis dans 
leur chambre, se rendaient processionnellement <à leur chapelle (-), 
portant un cierge allumé , qu'ils déposaient sur Tautel ; puis ils 
entendaient une messe haute et passaient le reste de la journée en 
réjouissances. Dans les premiers temps, un grand festin, dont les 
frais étaient supportés par la communauté , rassemblait tous les 
compagnons ; mais , dès l'an 1440 , pour éviter des dépenses qui 
obéraient le métier , il fut décidé que tous ceux qui voudraient 
prendre part à ce festin , qui était maintenu , devraient payer leur 
écot. 

L'intérêt public exigeait quelquefois la réunion de plusieurs 
métiers pour porter des décrets relatifs à une question qui les 
concernait également ; nous en avons un exemple dans l'ordon- 
nance du 10 août 1480, émise par les trois métiers des tanneurs, 
des cordonniers et des corbesiers ( ' ). 

(') V. Louvrcx.T. I, p. GO. 

(2) Où était la chapelle des tanneurs ? Probablement dans l'église St. - 
Pholicn ; la seule donnée que nous ayons rencontrée à ce sujet , est 
l'analysD suivante d'un acte mailicureuscment perdu : obligation nolarielle 
pour 900 11. pris à intérêt des maîtres de la chapelle des tanneurs au 
denier 12 , l'an 16G8. 

( 3 ) On en trouve un exemple encore plus frappant dans la i^" charte 
du métier des porteurs, qui, ayant perdu tous ses documents écrits, règle- 
ments et privilèges , était menacé d'une ruine complète à cause des abus 
qui se glissaient chaque jour dans l'usance du métier. Sur sa réclama- 
tion , le Conseil et les 31 autres corporations de la cité se réunirent et 
rédigèrent, en 14G1, des statuts basés sur les anciennes coutumes (V. 
Charles et privilèges, vol. 1 , p. 185). 



— \m — 

Enfin le mélier s'assemblait encore pour assister aux épousailles 
ou aux obsèques de ses membres ; le corps du défunt était 
ordinairement porte par les quatre derniers greffiers ; sa famille 
payait au mélier une chandelle et un florin d'or , avec lesquels 
<;elui-ci faisait «îlianler dans les 40 jours une messe de requiem 
pour le repos de son âme et de celles de tous les compagnons 
décédés. Ces réunions, qui remontent à l'origine même de l'insti- 
tution, étaient également obligatoires sous peine d'amende. 

L'édit de Maximilien-Henri laissa subsister l'usage suivi jus- 
qu'alors quant aux réunions du métier. On en jugera par les pas- 
sages suivants extraits du règlement de 1773, qui expriment en 
même temps ce qui nous reste à dire sur ce sujet. 

Art. 44. « Les assemblées de la généralité des compagnons 
» seront, comme ci-devant, désignées par les gouverneurs, ofiiciers 
y* et déplités, ou à la pluralité des suffrages d'iceux officiers , pour 
■» ensuite être commandées par le gouverneur en tour à la semonce 
» du valet ; et cela pour les affaires et régie du métier tant seule- 
» ment ; selon qu'il est accordé par apostille du feu prince Jean 
» Louis , en date du 21 août 1690 ; et dans ces assemblées tout 
» compagnon devra se gouverner conformément aux articles 
» 13, 14 et 15 du règlement de l'an 1560, sans faire aucun trouble 
» ni réponse téméraire , sans jurer , blasphémer ni injurier per- 
» sonne , sous peine de trois florins d'or. » 

Art. 45. « Les seuls compagnons moulants pourront compa- 
n roître à ces assemblées générales ; savoir ceux qui sont inscrits 
» à la quaëlle du rentier aux oulnes courantes , ou dans la quaëlle 
» de l'année immédiatement précédente. » 

Art. 46. «Et comme il arrive souvent que, faute d'information 
» du sujet pour quel on est convoqué , ou parce que le temps entre 
» la convocation et l'assemblée est trop court , plusieurs ne s'y 
» trouvent pas , on exprimera dorénavant le sujet pour quel on 
» convoque , soit qu'il s'agisse d'une convocation générale ou 
» particulière , avec tout au moins 24 heures d'intervalle entre 
» la convocation et l'assemblée ; à peine que ce qui aura été 



— 153 — 

» autrement convenu ou arrêté sera regardé comme nul et de 
» nulle valeur. » 

Art. 47. «Cependant comme il peut arriver des cas tellement 
» urgents , qu'ils ne permettroient pas de laisser un intervalle de 
» 24 heures entre la convocation et l'assemblée ; pour lors il sera 
» permis de convoquer à terme plus brief : voire néanmoins que 
» ce qui aura été résolu et arrêté dans telle assemblée, devra être 
» ratifié et confirmé dans une assemblée à tenir immédiatement à 
» ce sujet, avec la sus touchée préfixion du terme de 24 heures. » 

II. Les officiers, le conseil et quelquefois des députes du métier 
avaient le droit de tenir chez le greffier des assemblées particu- 
lières pour régler les affaires courantes de peu d'importance, 
rédiger les propositions à faire aux assemblées générales, préparer 
la besogne , étudier certaines questions avant de les soumettre à la 
délibération du métier , entendre les comptes particuliers du 
rentier, etc. Ces réunions , assez rares d'abord , furent vraiment 
utiles jusqu'au XVIII« siècle. Mais vers cette époque, surtout après 
la nomination permanente des députés , les membres du conseil se 
substituèrent peu à peu au métier et s'arrogèrent le droit de décider 
entre eux des questions capitales ; ce qui entraîna des consé- 
quences funestes , la direction et l'administration de la société 
étant livrées aux mains de quelques ambitieux qui en usaient à 
leur bon plaisir. Voici, au surplus, ce qu'en dit le règlement de 
4773. 

Art. 43. « L'assemblée particulière sera composée , comme de 
•» coutume, des gouverneurs , rentier et greffier , comme aussi de 
•» huit députés ; lesquels députés seront choisis par la généralité 
» à la pluralité des voix pour le terme de trois ans ; lequel terme 
» expiré , ils seront remplacés par d'autres ; ne fût donc que la 
y> généralité trouvât à propos de les continuer pour un second 
» terme de trois années et même davantage. » 

Art. 44. « tes assembées particulières des gouverneurs, officiers 
» députés pour la régie et bonne police du métier , se tiendront ,. 
» comme de coutume, à l'ordre du gouverneur en tour cl semonce 
» du valet. » 



— 454 - 

III. Les assemblées solennelles et générales des 32 bons métiers 
de la cité de Liège étaient au nombre de neuf. Elles avaient lieu 
régulièrement chaque année aux mêmes dates et étaient instituées 
à perpétuité. En voici le détail d'après Vlierden. 

i" Le 6 janvier, jour des rois Mages, était consacré tout entier à 
des réjouissances publiques, pour perpétuer le souvenir de la vic- 
toire remportée par le peuple sur les conspirateurs Wathieud'Athin 
et ses complices. Avant leXV«siècle, les dépenses faites à l'occasion 
de fêtes nationales étaient supportées par les 32 corporations de 
métiers; lorsque cet usage fut aboli, l'anniversaire du G janvier fut 
seul excepté de celte mesure , parce que c'était la fête patriotique 
par excellence, la victoire de la liberté liégeoise sur la tyrannie. Les 
tanneurs consacraient aux dépenses de celle journée les revenus 
des biens qui leur étaient échus en partage lors du bannissement 
du tribun, et même davantage lorsqu'ils se trouvaient insuffisants. 

Le soir, trois feux immenses étaient allumés sur le marché et 
brûlaient toute la nuit aux acclamations du peuple, qu'enivraient 
des souvenirs patriotiques. Ces feux symboliques {fouâs) signifiaient 
que les Liégeois veillaient à leur liberté ('). 

Le même jour avait lieu aux Frères mineurs l'élection des maîtres 
des pauvres en Ile {^), par les 32 métiers réunis. 

2° Le 27 avril , jour de la translation du corps de S'.-Lamberl 
de Maestricht à Liège, tous les habitants de la cité faisait cortège 
à la procession solennelle où l'on portait la châsse du Saint, un mor- 
ceau de la vraie croix , quantité d'autres reliques et d'images saintes. 
Le clergé tout entier, revêtu de surplis et de dalmatiques, les accom- 
pagnait en chantant des hymnes sacrés. La plus grande pompe était 
déployée à cette procession , qui avait été instituée par Erard de la 

( 1 ) Celte coutume dura jusqu'à la fin du règne de Jean de Bavière ; 
ce prince destina la houille qu'on briilait à cette occasion aux soldais alle- 
mands établis au fort de S'MYalburge. 

(2) « Sic vocant insulani xenodochii, in quo tamen nuUi admitluntur 
unquam, sed fitinteripsos vesliumvel paucularum pecuniaruin dislribulio, 
çuralores » (Vlierden, Clericus dejienna vivens, p. -il). 



— -155 - 

Marck et, suivant Vlierden, dotée par lui de revenus annuels. D'un 
autre côté, nous trouvons dans Bartholet une charte de la cité du 
13 février lo33 , ordonnant d'alîecler à cette cérémonie la moitié 
des revenus du lonlieu du Pont des Arches (i). 

La veille au soir, la population liégeoise donnait aux étrangers 
accourus en foule, le joyeux spectacle d'une revue militaire. La 
plupart des bourgeois, en habits de fête ou revêtus d'armes étince- 
lanles, parcouraient toutes les rues de la cité. Celte revue s'appelait 
le Surguet {-). 

3" Le jeudi après la fête de la S'*-Trinité , jour de l'institulion de 
la Fêle-Dieu (3), les métiers, portant leur costume officiel et pré- 
cédés chacun de son enseigne appelée cresset, accompagnaient avec 
tout le clergé en surplis et avec quatre brillantes cohortes de sol- 
dats, le St.-Sacremenl dans une procession qui parcourait une 
grande partie de la cité. 

4° Le lundi qui suivait la fête de Ste.-Marguerile, le clergé 
avec les magistrats de la ville et les métiers , se rendait pro- 
cessionnellement au Val de Notre-Dame des Écoliers , Outre- 
Meuse, au son des instruments les plus variés (*). Là, pendant 
qu'une messe solennelle se chantait au chœur , chaque métier 
entendait une messe basse célébrée aux autels latéraux. Après quoi, 
et toujours au son d'une musique retentissante, le peuple se répan- 

( < ) « Ofïiciati triginta duonim collegiorum in civitatis consilio paciscun- 
tur et statiiTint, quod proventus dimidiœ partis telonei ponlis arcanim, in 
manibus Everardi délie Goirc exislentes, inter trigiiUa duo collegia ad 
opus ipsorum addividantur pro supportandis oneribus processionis S'.- 
Lambcrti et supervigiiiarum » iBartlioIet, Consilimn juris , n° XCill). 

(2) Primitivement, dit Vlierden, cette revue s'appelait le soir gnel ,pavce 
qu'elle se faisait la nuit ; ce mot, devenu par corruption le scharivait, con- 
tinua d'être employé alors même que celte démonstration ne se fit plus que 
l'après-midi. 

[ô] Instituée en l'an 1240. 

(*) « Resonantibus... tubis solidioribus, ductilibus, corneis, sanibucis , 
oymbalis, tympanis et organis bene sonanlibus » (Vlierden, Clericus de 
j)cnna rivens, p. 42). 



— 156 — 

dail dans le pré des Ecoliers, le long de la Meuse. Les bourgmestres 
de la cité et les officiers de métiers distribuaient alors à leurs com- 
pagnons, en signe de reconnaissance, mais sur les caisses de l'État, 
une somme d'argent nommée haults biers qui était dépensée en bois- 
sons et en plaisirs. En 4603, un édit d'Ernest de Bavière abolit ce 
dernier usage, tout en maintenant la cérémonie religieuse (i). Lors- 
qu'en 1649 Ferdinand de Bavière détendit toutes les réunions des 
métiers, la suppression de celle-ci et de la suivante fut expressé- 
ment spécifiée, à cause des troubles qu'elles occasionnaient (2). 

S» Ee 22 juillet, jour de la lete de Sle-Marie-Madeleine, tous les 
métiers, après avoir entendu la messe à leurs églises respectives et 
assisté dans leurs chambres à la reddition des comptes de leurs ren- 
tiers, se réunissaient en masse sur le marché aux bêles, entre la ca- 
thédrale et les maisons du conseil (^). Le soir , un héraut parcou- 
rait les rues de la cité , invitant le peuple à se rendre sur la place 
publique. Là, un des bourgmestres prenait la parole. Il remerciait 
le peuple de l'honneur qu'on lui avait l'ait en l'élevant à la dignité de 
magistrat : il protestait de son dévouement à la chose publique , 
faisait connaître ses projets, exposait ses idées sur la situation des 
affaires et finissait par exprimer des vœux pour la prospérité de la 
patrie. Dans cette cérémonie, Vlierden trouve des traces de la ma- 
jesté romaine. 

6» Le 23 juillet, jour de la fête de St. -Jacques apôtre, les métiers 
élisaient les bourgmestres, conseillers et 32 de la cité. Chaque corpo- 
ration, siégeant dans sa chambre, déléguait à cet effet à l'assemblée 

( 1) « Que nos bourguemaistres naient à faire banquets et dons superflus 
à la charge de nostre cité ni autres dépens que pour le service et honneur 
convenable d'icelle » ( Article 21 de l'Edit). 

(2) « Le remerciment des bourguemaistres au jour de la Sainte-Marie- 
Magdeleine, comme aussi la procession aux Ecoliers, pour cause des 
factions et débauches qui se comettent ce jour-là , ne se feront plus, » 
(Louvrex, T. I p. 77). 

(5) « In boario, medio inter cathedralem et palalinas icdes, foro» 
(Vlierden, p. 43). 



— 157 — 

générale un certain nombre de compagnons ; après leur élection , 
les magistrats de la cité étaient conduits au son de la musique dans 
la salle du Conseil de l'hôte 1-de-ville; là ils prêtaient serment d'être 
fidèles au prince et à la république, de respecter les lois et les paix 
du pays. Puis on les accompagnait à l'église de l'abbaye de St.- 
Jacques , pour remercier Dieu et le prier de les guider dans leur 
administration. Ils retournaient ensuite à l'hôtel-de-ville , où ils 
réunissaient à un banquet splendide les principaux électeurs et 
leurs amis (•). 

Depuis la réformation d'Ernest de Bavière , les métiers procé- 
daient aussi ce jour là, chacun de son coté, à l'élection de leurs 
propres officiers. 

7» Le 26 juillet, jour de la fête de Ste-Anne, le peuple se rendait 
dans les cloîtres du couvent des Frères mineurs ( 2 ). Un clerc 
lisait à haute voix la liste des officiers de la cité et des métiers; le 
premier venu pouvait réclamer contre l'éleclion irrégulière de l'un 
d'entre eux ou critiquer son administration. Les bourgeois étaient 
même en droit de casser l'élection et de procéder séance tenante 
à un nouveau choix. 

8» Le 28 août, jour de la fête de St.-Augustin, évêque d'Hippone, 
deux métiers à tour de rôle se réunissaient pour élire les maîtres 
de Cornilion. 

9° Le 13 décembre, jour de la fête de Ste-Lucie vierge et mar- 
tyre, avait lieu l'élection des Vingt-deux par les 32 métiers. 

Outre ces assemblées fixes, les 32 métiers eurent encore à cer- 
taines époques le droit de se réunir « pour cause touchant le pays 
» ou aucun membre du pays, ou se on minait aucunnc ])ersonne 
» hors loy. » C'est ainsi que s'exprime la lettre de St. -Jacques , 
art. 7, qui ordonne aux bourgmestres de la cité « de mettre toute 

(1 ) « Vivant, scd et saluli principum, ut olim Roma; , bibant. » (Vlier- 
den, p. M.) 

( 2 ) « Quos a possidcndis opibus vulgus Gaudenlcs cxislimat. » (Vlierdcri, 
p. 44) 



— tS8 — 

» la ville et tous les gens de la dite uniyersileit ensemble, toutes 
» les fois qu'ils en seront requis , par deux ou trois métiers ou 
j> leurs gouverneurs ('). » 

Les assemblées générales étaient obligatoires pour tous les gens 
de métiers aussi bien que les assemblées particulières. Elles furent 
définilivement supprimées en 1049 par l'édit réformatoire de 
Ferdinand de Bavière. « Désormais ne se fera ni en procession pu- 
blique, ni autrement pour quelle cause que ce soit, aucunne assem- 
blée des métiers de notre cité. » (Art. X). 

IV. La quatrième espèce d'assemblée réunissait tous les métiers 
comme faisant partie de la milice urbaine , lorsque la cité ou le 
pays réclamaient leur service pour les défendre. Les devoirs des 
tanneurs en temps de guerre furent fixés par une lettre spéciale 
du métier, de l'an 1464 (-). Elle enjoignait aux gouverneurs de 
répondre à l'appel des chefs de la cité lorsqu'ils donnaient l'ordre 
aux bourgeois de prendre les armes; de déployer la bannière des 
tanneurs aussitôt que celles des 31 autres métiers flotteraient sur 
les degrés de St. -Lambert ou ailleurs; de faire convoquer parle 
varlet du métier, ou, en cas d'urgence, par d'autres personnes dé- 
signées par les olficiers, tous les compagnons et même les valets 
servants , afin, dit la lettre, que notre bannière soit stoffée et bien 
fournie; elle frappait d'une amende de 40 florins d'or , tous ceux 
qui, sans excuse valable , ne se rendaient pas sous les drapeaux. 
Lorsque les métiers sortaient en armes de la ville, les tanneurs au 
grand complet devaient figurer parmi eux , à moins qu'on n'eût 
réclamé leurs bras pour la garde de la ville. Us tenaient à honneur 
de n'être jamais inférieurs en nombre aux autres corporations. Ils 
devaient accompagner celles-ci lorsqu'il s'agissait de prendre une 
ville et s'engageaient à ne lever le siège qu'avec les derniers. Nul 
compagnon ne pouvait quitter la place qui lui avait été assignée par 
les gouverneurs ou leurs délégués. Ils devaient à ceux-ci une obéis- 

(') Louvrex, T. I, p. 31. 

(') Voir les Recherches hisloriques. 



— m — 

sance entière, sous peine de payer une amende de dix florins d'or 
et d'être privés à tout jamais du droit d'assister aux assemblées du 
métier. Lorsqu'il fallait veiller la nuit , aller fourrager ou aller en 
sauf-conduit, le sort désignait les hommes de service, de façon ce- 
pendant à ce que chacun eût son tour. 

Aucun compagnon ne pouvait se faire remplacer au service , à 
moins qu'il ne fût malade on en voyage ; dans ces cas seulement, 
il pouvait commettre en sa place un valet servant ou un ouvrier. Si 
tous les hommes, sans exception, étaient requis pour aller en cam- 
pagne, les malades et les absents devaient payer une certaine 
somme fixée d'après les circonstances et contribuer ainsi, comme 
ils le pouvaient, à l'expédition. 

Il ne nous est parvenu aucun renseignement relatif aux chefs du 
métier en temps de guerre. Il paraît cependant que les gouverneurs 
exerçaient encore à celte occasion un certain commandement 
ou déléguaient leurs pouvoirs à des hommes spéciaux. 



CHAPITRE IV. 



DES MARCHANDISES. 



Par le mot marchandises, nous entendons ce que les tanneurs 
désignaient autrefois sous le nom de désirées, à savoir : 1° les 
écorces, que les maîtres achetaient pour leurs propres besoins , 
mais ne pouvaient vendre; 2" les peaux, dont le trafic leur était 
également interdit; 3° les cuirs, qu'ils vendaient après les avoir 
fabriqués eux-mêmes. Il était toutefois une classe de marchands 
dont le commerce consistait à acheter des peaux et des cuirs , 
uniquement dans le but de les revendre; ces marchands s'appe- 
laient recoupeiirs; nous aurons à en dire quelques mots. 

I 

LES ÉCORCES. 

Les marchands d'écorces en creppe (') ne faisaient et ne pouvaient 
pas faire partie du métier ('^) ; c'étaient des habitants des campagnes 

(i ) On appelait crcppets ou écorces en creppe, les écorces de chêne coupées 
en petits morceaux, longs d'environ trois pouces ; sous cotte forme, elles 
étaient prèles pour être moulues, et c'est ainsi que les vendaient les mar- 
chands. 

(^) tt Et pour éviter tous abus, fraudes et inconvénients nous défen- 
dons sérieusement à tout compagnon de faire aucun négoce d'écorces 
moulues ou étrangères en leur propre et privé nom et pour leur prolit 
particulier, ni par commission à cfiet de les vendre aux tanneurs des villes 
voisines on pays étrangers ; à peine de privation du métier la vie durante 
de tel contraventenr et ladite écorce confisquée au profit dudit métier. » 
fRéglement de 1775, article 22). 



— 162 — 

qui recueillaient eux-mêmes les enveloppes des chênes dans les bois 
du pays, ou allaient les acheter en France; cette différence consti- 
tuait les deux qualités d'écorces employées dans les tanneries de 
Liège. Ils arrivaient au moulin à tan avec des bateaux chargés , et 
c'était là que chaque compagnon , muni de la mesure du rentier, 
allait s'approvisionner. En 1732 , le corps des tanneurs prit la 
résolution d'acheter sur une grande échelle des écorces étrangères 
et indigènes, pour les revendre en détail aux compagnojis qui vou- 
draient se fournir à ses magasins ; ainsi fut institué ce qu'on appela 
dans la suite le commerce aux écorces du métier des tanneurs ('). 

Les écorces françaises ayant plus de vertu que celles du pays , 
étaient fort estimées à Liège, comme particulièrement propres à la 
préparation du cuir fort ou de semelle. Aussi, le 22 août 1785, les 
compagnons moulants adressèrent-ils au prince une supplique à 
propos de la défense faite par le roi de France, à la demande des 
tanneurs de Givet , de laisser sortir les écorces de son royaume , 
ce qui, disaient les pétitionnaires, porte un coup fnneste à la 
» fabrique des cuirs de vos estais et peut-être la fera crouler. En 
» effet , on est dans la saison où les provisions d'écorces sont 
» presque taries; celles du pays ne suffisent pas el sont encore 
» diminuées par les habitants de Malmedy et autres. Ils viennent 
» donc vous prier de vous interposer pour faire lever cette défense; 
» d'autant plus que les tanneurs de Liège ont toujours joui des 
» écorces de France sans faire aucun tort aux sujets de S. M. T. G. 
» Les habitants de Givet n'ont demandé cette mesure que par mo- 
» nopole et pour avoir les écorces à très bas prix (■^). » 

L'achat d'écoi'ces moulues était absolument interdit aux compa- 
gnons ; quelquefois cependant le métier lui-même vendait en hausse 
publique de la farine d'écorces provenant de saisies ; dans ce cas, 

( 1 ) C'est ce qui conste d'une brochure intitulée : Mémoire succinct pour 
les citoyens Dieud. Liberl el autres, ci-devant membres de Vex-mélier des 
tanneurs de Liège, contre R. Jos. Uogge, ci-devant caissier du même ex- 
métier. An X. 

(2) Liasses du conseil privé, aux Archives. 



— 163 — 

un compagnon n'en pouvait acheter que quatre sacs en une fois ('). 

Nous avons déjà fait remarquer à plusieurs reprises que l'égalité 
des privilèges , des droits, des devoirs , et même, autant que cela 
pouvait être, des fortunes, était regardée, dans les corporations 
de métiers, comme une loi d'économie politique ou d'ordre social. 
On a surtout l'occasion de constater ce dernier point dans le métier 
des tanneurs, à propos des mesures prises pour la distribution des 
écorces. Dans le but de mettre tous les tanneurs, les pauvres aussi 
bien que les riches , à même de faire des affaires , le métier avait 
imaginé de ne permettre à personne l'emploi de plus d'une certaine 
quantité d'écorces par an; de cette façon, l'extension illimitée des 
travaux était tout à fait impossible dans une tannerie. 

La première décision que l'on trouve à cet égard date de l'année 
1418; elle défendait aux tanneurs de faire moudre plus d'écorces 
qu'ils ne pouvaient en employer , dans le but de les revendre ou de 
les prêter à des confrères. Pendant longtemps les compagnons élu- 
dèrent la loi, en ayant recours à des moulins étrangers , notam- 
ment à ceux de Dînant, Mais, en 14^26 , les Dinantais, sur la récla- 
mation du métier , refusèrent de moudre pour les Liégeois. 

Une ordonnance spéciale de l'année 1434 fixa la part exacte des 
écorces dont chaque maître pouvait disposer par an : « Item que 
ne soit bourgeois ou bourgeoise qui puisse tenir plus haut oulne 
que de XX qui monterai x lerrclyes (^ ). » Ce chiffre fut confirmé 
par l'article 8 des statuts du 25 juillet 1493, statuts qui corro- 
borent aussi la défense faite par le recès de 1418 , et fixent à 40 
livres , l'amende encourue par les contrevenants. 11 fut néanmoins 
permis , en vertu de celle môme lettre de 1493 , de prêter et d'em- 

(*) Règlement de 1773, article 3-4. 

(^ ) Ce texte n'est pas bien clair; mais il suffît pour déterminer la mesure 
des écorces mises à la disposition d'un tanneur. En effet nous croyons que 
lenelyes est synonyme de meunée , signitiant en lui-même la quantité 
d'écorces qu'on peut placer sur les fours où on les sèche ; ces fours s'ap- 
pellent lourailles , et l'opération s'appelle lerler : or , cette quantité est 
encore aujourd'hui une meunée. 



—, 164 ^ 

prunier à des confrères quatre sechées (i ) ou sacs d'écorces mou- 
lues , mais jamais davantage. Le prêt devait être intégralement 
restitué avant le retour de Yonne de l'empruntur , sous peine de 
trois tlorins d'or d'amende. Un second édit suivit immédiatement 
celui-ci , prescrivant à l'emprunteur do demander préalablement 
l'autorisation aux officiers, et lui défendant de recevoir plus de six 
corbeilles d'écorces ; il était tenu note de sa demande, et avant de 
pouvoir faire un second emprunt, il devait avoir restitué le premier 
sous peine de 40 livres d'abord , puis de 6 florins , et enfin de 8 
d'amende. La permission ne pouvait être accordée que dans des 
des cas de nécessité urgente et bien constatée ; elle devait être 
délivrée par écrit par les officiers et contresignée par le greffier 
ou le rentier. Ce dernier tenait noie de la date du prêt, des noms 
du préleur et de l'emprunleur , et veillait à ce que la restitution se 
fit au terme légal. 

Celui qui , guidé par Tinlérêt ou tout autre sentiment , livrait 
sans permission des écorces moulues à un confrère, était passible 
d'un m.arc d'argent d'amende et privé pendant un an de l'usage 
du moulin et de la halle. 

Les cordonniers et les corbesiers ayant aussi le droit de tanner, 
ces diiTérenls points leur étaient applicables. 

Le 9 juillet 1596 , la mesure des écorces moulues accordée à un 
maître pour ses travaux d'une année fut fixée à 12 meunées (2). 
Nul ne pouvait en employer davantage, sous peine de confiscation 
et de 20 florins d'or d'amende. Le règlement de 1707 déclare que 
l'expérience journalière ayant fait connailre l'insuffisance de cette 



( 1 ] Séchée ou saicliée, grand sac de la capacité d'une oulne. 

^ - ] La mcxince ou moulncc était , dans le langage ordinaire du peuple, 
la quantité de farine nécessaire à un ménage pour vivre pendant une 
semaine. Chez les tanneurs la meunée contenait 48 oulnes de crcppets 
d'écorces du pays et oS oulnes d'écorces de France. Aujourd'hui la 
meunée est toujours de 52 oulnes et peut peser 5000 kilogrammes 
IVoyez le glossaire). 



amende, elle élait portée à 100 pistoles et les contrevenants privés 
pour toujours de l'exercice du métier. 

Pour plus de précautions , on exigea de chaque compagnon qui 
se présentait au moulin el môme en dehors de lu, à la seule réqui- 
sition des officiers , un serment sur l'emploi des écorces qu'il 
possédait. «Vous passerez serment, ^) dit le registre du greffier 
Hogge, » sur la damnatyon do vostre âme , que les eschorces que 
» vous prétendez de mouldre ceste présente année , que ce n'est 
» point pour defraudeir le mestier ny tromperies comphaignons ; 
» mais pour mectre sur vostre marchandyse à vostre corps appar- 
» tenant et pour vous tout le proffyt. Ainsy vous ayde Dieu et 
» tous les Saints. » Plus tard , la formule du serment fut un peu 
modifiée, comme on peut le voir dans le livre des Chartes et pri- 
vilèges (vol. II, p. 274) et dans le règlement de 1773 (article 14). 

Les officiers pouvaient aussi faire des visites domiciliaires chez 
les compagnons, pour s'assurer qu'ils n'avaient pas de dépôts ca- 
chés. Au moindre soupçon, ils pouvaient faire arrêter une meunée 
soit au bateau soit au moulin, et la faire vérifier par les mesureurs 
assermentés. De même, tout compagnon qui surprenait un con- 
frère en flagrant délit, introduisant chez lui , de nuit ou de 
jour, des écorces cachées dans des bateaux ou dans des charettes, 
paquetées ou déguisées en forme de balots de laine^ devait les saisir 
et avertir immédiatement les officiers. Si, par erreur ou par ha- 
sard, un compagnon se trouvait posséder plus d'écorces qu'il n'en 
pouvaituser dans sa tannerie, il était obligé d'en faire part aux offi- 
ciers; le Conseil lui permettait décéder son surplus ou le vendait 
publiquement aux enchères. 

Le règlement de 1707 interdisait au propriétaire d'écorces mou- 
lues ou en creppcs, de les faire décharger ailleurs que dans sa 
propre maison. Cette mesure avait déjà été prise parle prince, à la 
suite d'une supplique que lui adressa le métier en 1685. 

Toutes CCS défenses, relatives à la quantité limitée des écorces, 
furent quelquefois momentanément levées à la suite de circons- 
tances exceptionn,elles. Il en fut ainsi, par exemple, en 1579, sur 

11 



— 16C — 

les réclamations des cordonniers, qui imputaient aux statuts des 
tanneurs sur ce sujet, la cherté de leurs marchandises. Le Conseil 
de la cité octroya à ces derniers la permission d'acheter et de faire 
moudre, pendant un certain temps, autant d'écorces qu'ils pou- 
vaient en employer dans leurs ateliers. 

Lorsque les besoins du métier l'exigeaient, les compagnons 
assemblés en sieulle pouvaient décréter un impôt sur la mouture 
des écorces, tout en maintenant le tarif. C'est ainsi qu'en 4618 
ils établirent une taxe de 46 paltars sur chaque meunée, pour 
subvenir à quelques dépenses extraordinaires. En 1693, la cité 
elle-même ayant imposé toutes les denrées, exiga pour chaque 
meunée d'écorces une taxe de 25 florins de Brabant. Elle ne se 
pressa pas de lever ou de diminuer cet impôt énorme; car, jus- 
qu'au 44 février 1697, nous trouvons des suppliques et des récla- 
mations adressées par les tanneurs au prince pour en obtenir la 
suppression ; à cette dernière date seulement, leur requête obtint 
une apostille favorable. 

On a pu juger par ce qu'on vient de lire, de l'importance qu'at- 
tachait le métier à cette question des écorces ; elle était pour lui 
l'objet d'un soin tout particulier (i). Mais, malgré toutes ces 
précautions , en dépit des ordonnances et de peines sévères 
qu'elles comminaient, il eut à toutes les époques des difficultés et 
des procès sans nombre avec des compagnons indisciplinés ou 
fraudeurs (^). En 4569 trois des principaux tanneurs allumèrent 
dans la corporation un brandon de discorde qu'on eut beau- 
coup de peine à éteindre. Cette année, le moulin de Longdoz 
ayant dû subir des réparations fort onéreuses, le métier décida 

(»] Sur 22 arlicles qui composent le règlement de 4707, quinze sont 
consacrés à cette matière. Le règlement de 1773, formé de 53 articles, 
y en consacre 40. De plus, il était ordonné que ces règlements fussent 
imprimés h un grand nombre d'exemplaires, afin que chaque tanneur pût 
en posséder un. 

{ 2 ) V. dans le livre des Chartes et privilèges, les procès contre Manigar 
et Cheratte. T. II, pp. 262 et 264. 



— 167 — 

que tous ceux qui feraient moudre plus de huit meunées par an, 
payeraient, pour chaque meunée en plus, un daier au dessus du 
prix ordinaire. Louis de Chokier, Servais de Gré et Collart Thon- 
nar prétendirent que le métier outrepassait ses droits en violant 
les chartes jurées, et refusèrent de payer la taxe. Les gouverneurs 
leur firent interdire l'usage du moulin. Mais les trois tanneurs 
leur ayant intenté une action devant le tribunal des échevins, ces 
officiers furent condamnés par défaut; ils reçurent l'ordre, 
sous peine de bannissement, de donner aux plaignants accès au 
moulina tan. Les gouverneurs portèrent la cause devant l'offîcial 
qui confirma leur décision; de leur côté, les trois maîtres obtin- 
rent du môme officiai une déclaration par laquelle il protestait de 
ne pas vouloir, par son mandement inhibitoire , empêcher l'exé- 
cution d'une chose jugée ; en conséquence, ils firent publier le 
bannissement de trois officiers du métier ; ceux-ci ayant été 
saisis , tous les compagnons prirent fait et cause pour l'une 
ou l'autre partie et l'affaire prit une tournure inquiétante. On 
parvint enfin à faire remettre l'examen de la question entre 
les mains de Jean de Streel et de Pierre Bex, bourgmestres 
de la cité. Les discussions, et les plaidoieries durèrent plusieurs 
jours. Enfin le 18 janvier 1570, les deux arbitres prononcèrent 
une sentence où ils déclaraient que l'ordonnance de 1569 avait été 
plutôt émise sous forme de contrat entre les compagnons du mé- 
tier considérés comme personnes privées, que sous forme de statut; 
que toutes les personnes présentes au moment où fut passé ce 
contrat étaient censées y avoir consenti; que les trois tanneurs en 
cause avaient assisté à la séance où l'impôt fut proposé; qu'ils 
étaient dans leur tort et condamnés aux dépens; qu'enfin toutes 
les décisions antérieures étaient annulées. 



— 1G8 - 
II 

LES PEAUX ( * ). 

L'achat des peaux était, comme celui des ccorces, soumis à des 
règlements de police. Les premiers statuts du métier, en date du 
29 décembre 1418, contiennent déjà quelques dispositions à ce 
sujet. Ils défendaient aux maîtres tanneurs d'en vendre à des con- 
frères. Ils ne pouvaient par conséquent se procurer que le nombre 
de peaux strictement nécessaire pour leurs propres travaux. Celte 
loi était protectrice; elle permettait à tous les compagnons de se 
fournir de leur matière première au plus bas prix, sans qu'elle eût 
passé par les mains des revendeurs. Elle fournissait en même temps 
aux petits tanneurs une garantie nouvelle contre le monopole des 
grands fabricants. Les officiers pouvaient en effet s'assurer de cette 
façon si la quantité de peaux qu'un maître achetait était en rapport 
avec lenombre de meunées qu'il consommait par an,et réprimerlcs 
travaux clandestins. Pour mieux assurerce contrôle, le règlement de 
1493 ordonna que dans chaque ménage de tanneur, une seule per- 
sonne fût désignée pour aller, pendant un an entier, faire l'emplette 
des peaux dont on avait besoin. Un empêchement grave et légitime, 
pouvait seul autoriser l'emploi d'une autre personne. La veuve 
d'un tanneur, avec l'autorisation des gouverneurs, avait la faculté 
de déléguer son maître-ouvrier ou tout autre , pour acheter en son 
nom les peaux qu'elle pouvait employer dans l'espace d'un an. 
Pendant ce même laps de temps, le délégué n'osait en acquérir 
pour lui ni pour l'usage d'un autre fabricant. 

Il était défendu aux tanneurs d'acHeter la peau d'une bêle encore 
vivante, comme d'un vieux cheval, d'une vache, etc. Il fallait même 
que l'animal fût écorché, pour que l'acquisition de sa dépouille fût 

{ ' ) Le mot cuir, que l'on rencontre fréquemment dans les documents 
des tanneurs, signifiait autrefois, comme encore aujourd'hui dans la 
langue wallonne, une peau de grosse bêle, d'un bœuf, par exemple. On 
trouve aussi dans le même sens cuir poillu. 



169 



autorisée. Il était de même défendu d'acheter la peau d'un animal 
mort de maladie {de la morije, disent les chartes, mort de lui- 
même), sous peine d'être rejeté pour toujours du nombre des com- 
pagnons; les officiers pouvaient exiger le serment d'un individu 
qui aurait simplement été soupçonné du fait. 

La vente ou l'achat des peaux portant une marque quelconque 
étaient également interdits, parce qu'il était dès lors évident qu'elles 
provenaient d'un vol. Étaient exceptées « les peals de moutons, de 
» brebis et d'angneaux qui point ne sont denrées de loy. » C'est 
pour le même motif que l'achat de peaux salées ou mises dans l'eau 
était aussi prohibé; cela dénotait, en effet, qu'elles avaient déjà subi 
une certaine préparation, et, dans le second cas, qu'on avait 
voulu en effacei* les traces en les trempant dans l'eau. 

Lorsqu'un compagnon était en marché pour acheter des peaux, 
un confrère ne pouvait renchérir sur le prix que le premier en 
offrait. 

11 ne paraît pas qu'il y ait eu de local, ni des jours de marché 
fixés pour ce commerce; les compagnons faisaient leurs acquisi- 
tions où et quand ils voulaient, excepté le dimanche, les jours de 
Noël, de Pâques, de Pentecôte, de l'Ascension, de l'Assomption, de 
Tous les Saints ou des Apôtres, sous peine d'une amende de 40 
livres. 

Un récès du métier de l'an 4579, nous apprend qu'à cette 
époque, les zmvys forts, c'est-à-dire les peaux de grosses bêtes, pro- 
venaient généralement de Hollande^ de Zélande et d'autres lieux 
des Pays-Bas. 

III 

LES CIJIllS. 

X" Fabrication. — Les documents relatifsau métier des tanneurs, 
que nous avons eu l'occasion de consulter, ne contiennent aucune 
espèce de renseignement, quant à la méthode suivie autrefois à 



~ 170 — 

Liège pour la préparation des peaux. Cela se conçoit du reste; le mé- 
tier n'avait aucune mesure à prendre à cet égard et chaque tanneur 
était libre d'adopter le mode de fabrication qui lui paraissait le plus 
convenable. On sait toutefois, par le rapport des écrivains français, 
que la tannerie liégeoise était réputée la meilleure de l'Europe, et 
qu'elle avait une méthode spéciale appelée méthode à lajiisée. C'est 
à tel point qu'on ne la désignait à l'étranger que sous le nom de 
façon de Liège. Elle est encore généralement en usage aujourd'hui 
à Liège ( * ), 

L'industrie des tanneurs à Liège se bornait presqu'exclusivement 
à la fabrication du cuir de semelle (*). 

Les quelques dispositions que nous trouvons au sujet de la 
fabrication, sont encore des mesures administratives prises en vue 
de faire respecter la grande loi de l'égalité, la première de toutes 
aux yeux des bourgeois de Liège. 

Aucun compagnon ne pouvait travailler sur commande, sous 
peine d'être privé de l'usage de la halle et du moulin pendant un 
an entier et de payer un marc d'amende. Les cordonniers, les 
selliers, les bourgeois, etc., étaient également punis s'ils faisaient 
marché avec un tanneur pour la livraison de marchandises que 
Celui-ci n'aurait pas eues en magasin. Ils ne pouvaient pas davan- 
tage lui fournir des peaux à préparer, à moins que ce ne fût une 
fois en passant, pour obliger un parent, un ami ou des gens de la 
campagne. S'il arrivait, par exemple, à l'un de ces derniers de 
tuer un mouton ou toute autre bête, il avait la faculté de faire 
tanner la peau pour son propre usage. 

( 1 ) On disait du cuir de Liège pour du cuir travaillé à la façon de 
Liège; du cuir travaillé en Liège pour du cuir travaillé suivant la mé- 
thode de Liège, c'est-à-dire à la jusce (V. De la Lande, Art du tanneur, 
1764, p. 75. Cet auteur déclare que cette manière de tanner les peaux 
était la meilleure connue de son temps). 

(^) En 1792, dit un document, plus de 80 familles travaillaient à Liège 
du cuir fort, occupant plus de 2000 bras à le préparer, entretenant des 
relations avec les principales villes de France et rendant tous les étrangers 
jaloux. 



— 171 — 

Les compagnons ne pouvaient s'enir'aider dans les travaux 
d'atelier, pas même gratuitement. 11 leur était surtout sévèrement 
défendu d'entrer dans la tannerie d'un cordonnier ou d'un corbe- 
sier, pour lui rendre service. 

Chaque maître devait avoir chez lui les fosses et les cuves qui lui 
étaient nécessaires pour tanner le cuir de semelle et de devan- 
traine{^). Les petits tanneurs, qui ne préparaient que du cuir d'em- 
peigne, pouvaient, avec la permission des officiers, se servir des 
fosses de leurs confrères. Ils encouraient une peine de 10 florins 
d'or d'amende s'ils n'observaient pas la condition mentionnée. 

Le règlement de 1418 nous apprend qu'antérieurement à celte 
époque, on usait déjà de ruse pour tromper le public en salant les 
peaux indigènes qui, de celte manière, pouvaient passer pour du 
cuir fort, c'est-à-dire pour des peaux étrangères, propres à faire du 
cuir de semelle. 

En vertu d'un privilège tout particulier et qui n'étonnera per- 
sonne , les couvents et les monastères avaient le droit de préparer 
chez eux les cuirs, mais dans les slrictes limites de leur consom- 
mation. Ils ne tardèrent pas à abuser de celte permission et firent 
bientôt un véritable commerce qui portait aux corporations des 
villes un préjudice considérable. Le 21 novembre 1719, les tan- 
neurs de Liège, de Huy et d'autres villes exposèrent ces griefs au 
prince en signalant particulièrement l'abbaye des dames du Val 
N. D., qui non-seulement fabriquait du cuir au-delà ,de ce qu'elle 
pouvait consommer, mais en fournissait à presque tous les cordon- 
niers du pays (^). 

Les entraves sans nombre apportées à l'industrie des tanneurs 
par les statuts étroits de la corporation , les charges de toute es- 
pèce imposées aux compagnons, inspirèrent au XVIII* siècle à 
quelques étrangers l'idée de s'établir à proximité de la ville dans la 
libre et franche baronnie de Herslal , terre du Brabant. Personne 

(') V. le Glossaire. 

(î) Liasses du Conseil privé. 



— 172 — 

n'étant là pour leur dicter le nombre d'ouvriers et de meunées 
d'écorces qu'ils pouvaient employer, ils donnèrent bientôt à leurs 
huit établissements une extension assez considérable pour pouvoir 
approvisionner une grande partie de la ville. D'un autre côté , le 
bas prix de leurs marchandises, dont il leur était facile de frauder 
de grandes quantités, leur attirait une foule de commandes. Il de- 
vint bientôt impossible aux tanneurs de Liège de lutter contre cette 
concurrence. Après avoir fait élever coup sur coup (') les droits 
d'entrée sur les cuirs étrangers jusqu'à 5 florins, ils se virent enfin 
obligés d'en demander la prohibition absolue. L'empire qu'exer- 
çaient encore sur le peuple les mots de franchises et de privilèges , 
l'asservissement où les masses se trouvaient aux vieilles et étroites 
coutumes du moyen-âge , furent cause que les tanneurs obtinrent 
pour leur requête une réponse favorable. Cependant, les idées éco- 
nomiques avaient fait du progrès dans l'esprit des administrateurs 
et des hommes politiques. Ils commençaient à s'apercevoir des eflets 
pernicieux qui résultaient des règlements disciplinaires des corpo- 
rations qui, dans leurs statuts égoïstes, enchaînaient l'essor du 
commerce et étouffaient l'émancipation de l'industrie. Ce qui le 
prouve , c'est l'octroi accordé à cette même époque par le prince à 
un fabricant étranger, octroi qui viole d'une manière formelle les 
antiques privilèges du métier, quelque sacrés qu'ils fussent. 

Immédiatement après l'interdiction du libre échange, un nommé 
Léonard Schuarts , tanneur de Herstal , adressa aux seigneurs de 
de l'État noble la supplique suivante : 



(ï) Le 5 août 1745, le métier supplia les Élats de porter remède à l'état 
languissant où se trouvait leur industrie , qui depuis dix ans avait perdu 
plus du tiers de son commerce. Le motif en était que le cuir étranger en- 
trait à Liège en payant un simple GO" feurlout les cuirs d'empeigne des 
5 tanneurs qui se sont établis depuis quelques années à Coronineuse), tan- 
dis que celui de Liège était fortement imposé pour entrer chez l'étranger. 
Ils demandaient en conséquence qu'une taxe de 25 sous fût exigée sur 
chaque livre de cuir entrant dans la cité. 



— 173 - 

« Messeigneurs , 

« Léonard Schuarts , seul possesseur du secret de faire et tra- 
» vailler les cuirs d'empeigne sans pareils, représente qu'ayant fait 
» depuis plusieurs années quantité d'épreuves tant pour la bonté 
» du cuir que pour la grande utilité et facilité des cordonniers, il 
» l'emporte sur toutes les empeignes étrangères. En conséquence, 
» l'établissement de sa manufacture dans cette ville sera d'une uti- 
» lité d'autant plus grande qu'il lui faut un grand nombre d'ou- 
» vriers; qu'au lieu de faire passer des sommes considérables à 
» l'étranger pour l'achat des dites empeignes qui se consomment 
» dans le pays, elle y fera au contraire rentrer des sommes impor- 
» tantes par le débit de celte manufacture. Il demande en outre 
» qu'attendu qu'il ne peut moudre au moulin commun des tanneurs 
» ses écorces , il est obligé de le faire à Dinant , qu'il soit exempt 
» du soixantième à l'entrée. » 

Le 9 mai 1747, Jean Théodore de Bavière lui accorda pour 25 
années le droit de s'établir dans la ville de Liège pour ex|)loiter son 
secret et d'employer autant d'ouvriers qu'il en aurait besoin, déro- 
geant ainsi en sa faveur aux chartes , privilèges et règlements du 
métier des tanneurs; il lui donnait en même temps le droit de faire 
l'acquète du métier moyennant une somme de 200 florins de Bra- 
bant ('). 

2" Vente. — La charle constitutive de -ISSl permetlait aux tan- 
neurs de Liège do vendre leur cuir partout où ils voulaient à' la 
seule condition que leur marchandise fut de bonne qualité et jugée 
telle par les rewards. L'acquéreur qui avait à se plaindre sous ce 
rapport d'un objet vendu, devait en donner connaissance aux offi- 
ciers ; ceux-ci, après vérification faite, ordonnaient au vendeur de 
de restituer l'argent qu'il avait reçu et de retravailler son cuir dans 
les trois mois sous peine de sept sous d'amende. 

Le règlement de 1418 vint modilicr ces premières dispositions, 
en défendant aux tanneurs de vendre ailleurs qu'à la halle commune 

0) Liasses du Conseil privé. 



— 174 — 

ou dans leurs boutiques. Ils ne pouvaient en conséquence colporter 
leurs cuirs , ni les présenter chez les cordonniers , selliers, etc. 
Pour empêcher toute fraude à cet égard, il leur était même interdit 
défaire porter chez un cordonnier ou corbesier , etc., des mar- 
chandises que ces derniers avaient achetées chez lui. L'acquéreur 
lui-même devait les faire prendre. 

Un point essentiel à observer pour chaque maître était de n'ex- 
poser en vente que les seuls produits de sa fabrication. Les peines 
les plus sévères punissaient les violateurs de ce décret. 

Toute marchandise, avant d'être vendue, devait avoir été visitée 
et marquée par les rewards. Elle devait donc, pour être dans les 
conditions voulues, porter deux marques, car le tanneur lui-même 
devait avoir stampé tous ses cuirs, de quelque nature qu'ils fussent, 
de son propre sceau, portant les premières lettres de son nom et de 
son prénom, sous peine de confiscation des cuirs non marqués. 

Il était aussi défendu de faire passer pour du cuir fort un autre 
cuir beaucoup plus mou appelé anteneusc ( ' ) et qui n'avait que six 
ou sept semaines de fosse. Le prix de ces derniers était fixé en 
1433 , à dix bodd. On ne pouvait en préparer que de petites 
quantités, pour sauvegarder la réputation du métier. 

Les statuts de la corporation interdisaient encore aux tanneurs 
de vendre à crédit dans la cité; il leur était permis de le faire à 
l'étranger pourvu que le marché n'eut pas été conclu dans la ban- 
lieue. 

On voit qu'avec toutes ces restrictions et toutes ces défenses , il 
eut été impossible de faire le commerce en gros. Un tanneur ne 
pouvant vendre à un autre les produits de sa fabrication , il était 
obligé de s'en défaire en détail; c'est pour ce motif que chaque 
compagnon était obligé de posséder un établi à la halle et un comp- 
toir chez lui. 

La défense imposée aux membres du métier d'acheter du cuir 
pour le revendre, faisait l'objet de l'article 33 du règlement de 

(* ) Documenls inédits, n'^ X. V. aussi le Glossaire. 



171 



1560, et de l'article 19 de celui de 1707. Six mots de cet article 
suscitèrent dans la corporation un démêlé mémorable, dont le livre 
des Chartes et privilèges fait une longue mention et qu'il convient 
de rappeler ici. 

L'article 19 était conçu comme suit : «Personne dudit métier 
» ne peut acheter cuir tanné dans cette Cité pour le revendre dans 
« la même Cité, sur peine de trois florins d'or répartissables : est 
» ordonné aux contraventeurs dudit article la même peine et qu'ils 
» soyent faussaires à leurs serments , comme étant cet article con- 
» traire au bien public et avancement des jeunes tanneurs qui s'éta- 
» blissent, et afin qu'ils puissent de temps en temps avoir chalands 
» et marchands aussy bien que les vieux. » 

Le 12 mars 1708, le chancelier et les membres du Conseil impé- 
rial portèrent l'amende de trois florins à cent écus. Peu après, sur 
l'avis du métier, elle fut fixée à 200 écus. Tout à coup, le 8 mars 
1710, le même chancelier, à l'instigation de quelques officiers du 
métier, la réduisit à 50 écus et déclara que le mot parjure devait 
être rayé de l'article ; mais immédiatement surgirent des réclama- 
tions. Il fut obligé de le rétablir comme il était précédemment. 
Cependant un tanneur , nommé Jean Médart, avait profilé de l'oc- 
casion où sa conscience se trouvait plus à l'aise, pour acheter du 
cuir et pour le revendre comme provenant de sa fabrique. Il fut 
poursuivi et condamné comme parjure. Jean Médart protesta , en 
faisant observer que le mot parjure ayant été supprimé dans l'ar- 
ticle, les officiers avaient porté contre lui un jugement mal fondé. 
Il lui fut répondu que le serment général prêté par tous les com- 
pagnons, d'observer les statuts de la corporation , suffisait pour 
le condamner de ce chef. Mais cette opinion trouva un grand 
nombre de contradicteurs ; les tanneurs se partagèrent en deux 
camps. Les directeurs du métier persuadèrent aux officiers de sou- 
mettre le cas à la sacrée faculté de Louvain et à plusieurs théolo- 
giens de cette ville. On leur posa en conséquence les trois questions 
suivantes : 1° si, en conscience, et suivant le serment, on était 
obligé d'oJjscrvcr les règlements du métier? 2" si on pouvait scicm- 



— 176 — 

ment et de propos délibéré acheter dans le métier des cuirs tannés 
pour les revendre ailleurs, sans commettre un péché et sans violer 
le serment ? 3° si les confesseurs pouvaient absoudre ceux et celles 
qui faisaient le trafic d'acheter et revendre au préjudice de leur 
serment? La sacrée faculté et les théologiens répondirent, avec 
quantité de considérants, oui à la première question et 7ion aux 
deux autres. 

Un des principaux débouchés pour les tanneurs de Liège était la 
ville de Maestricht. Les cordonniers de cette ville, reconnaissant la 
supériorité des cuirs de Liège, s'approvisionnaient presque tous à 
Sl-Pierre, où les maîtres liégeois envoyaient leurs produits. En 
1710, les tanneurs de Maestricht, jaloux de cette vogue qui les rui- 
nait, parvinrent à faire établir sur chaque pièce qui entrait dans la 
ville un impôt d'un escalin d'abord, puis, en 1738, d'un ducaton. 
Le 20 septembre de celte année, les cordonniers de Maestricht en- 
voyèrent une supplique au duc de Brabant et au prince de Liège,. 
leur remontrant que si on les mettait dans l'impossibililé de se 
procurer du cuir de Liège, ils se verraient livrés à la merci des S ou 
6 tanneurs de Maestricht; ceux-ci pourraient dès lors exiger tel 
prix qu'ils voudraient de leurs produits; « outre, disaient-ils, qu'il 
» est notoire à tous et un chacun que le cuir de Maeslrecht est un 
» mauvais cuir non tanné; mettant en considération aussi que les 
» cordonniers de Maestrecht avec le cuir de Liège manufacturent 
» des bottes renommées 50 lieues à la ronde par leur bonté et 
» qualité. » Ils font enfin observer ironiquement que les tanneurs 
de Maestricht ont la faculté de vendre leur cuir à Liège, pourvu 
quil soit Tewardc. Le 9 octobre, le duc et le prince rejetèrent de 
commun accord la taxe d'un ducaton récemment imposée. 

Les étrangers pouvaient en effet vendre du cuir à Liège, pourvu 
qu'il fût bien tanné et reconnu tel par les rewards. Dans ce but , 
toute marchandise étrangère devait, avant d'être exposée en veute, 
avoir été étalée à la Goffe, sur le Marché ou à la Halle. Là, les 
rewards, à la demande des marchands et sur l'ordre des gouver- 
neurs, allaient en prendre inspection et imprimer leur marque sur 



chaque pièce. Les gouverneurs négligèrent pendant un certain 
temps de faire remplir cette formalité. Lorsqu'en 1739, d'autres 
fonctionnaires plus zélés voulurent la rétablir, ils suscitèrent de la 
part des cordonniers de vives réclamations et même une opposi- 
tion formelle. Le métier fut obligé d'adresser au prince la sup- 
plique suivante : 

« Prince sérénissime, 

« Les tanneurs de votre Cité de Liège remontrent à V. A. que 
» pour empêcher le débit des mauvais cuirs dans la Cité, Adolphe 
» de Li 3Iarck, paroctroy du 5 septembre 1331, avait ordonné que 
» tous les cuirs achetés des étrangers devaient être bons, vus par 
» les rewards à peine de 7 sous d'amende, alors considérable; 
» qu'ensuite par un accord du 17 août 1480, il fut ordonné que 
» les cordonniers pourraient employer du cuir étranger pourvu 
» qu'il fut rewardé par 5 rewards; que par une ordonnance du 23 
»> mars 1561, art. 48, il fut décidé que ceux qui voudraient user 
» et revendre dans la Cité cuirs étrangers tannés, devraient les 
» apporter sur le Marché à Liège, ou à la GofTe ou à la Halle des 
» tanneurs, sans les cacher dans les maisons, sous peine d'un 
» florin d'or d'amende par cuir. Malgré tous ces soins pris pour le 
» bien du public, les étrangers amènent tous les jours cuirs d'em- 
» peigne mal tannés; des cordonniers vont en acheter à Coron- 
» meuse, les fraudent et les travaillent sans avoir été visités parles 
» rewards au grand préjudice du métier et du public. C'est pour- 
» quoi nous mandons à V. A. de défendre de vendre des cuirs 
» étrangers s'ils n'ont été rewardés, sous peine de six florins d'or 
» d'amende applicables en partie à l'hôpital St-Georges. » 

Lorsque cette supplique fut communiquée aux cordonniers, 
ceux-ci allèrent jusqu'à contester l'authenticité des chartes invo- 
quées par les tanneurs, prétendant que de tout temps les fabricants 
étrangers avaient pu librement vendre leurs cuirs à Liège , sans 
avoir jamais été soumis à la visite des rewards. Mais ces assertions 
furent réfutées par les tanneurs ; ils démontrèrent au prince que 



ns 



loulcs ces allégations n'avaient d'autre but que de consacrer légale- 
ment la liberté dont ils jouissaient depuis un certain temps « de 
» mettre telle marcbandise en œuvre qu'il voudront, souvent très 
» mauvaise pour le bon marcbé au grand préjudice du public, 
» comme la plnspart des cordonniers et corbesiers font aujour- 
» d'hui, employant en partie des empeignes de Philippeville, de 
» Givet, de Dinant, de Malines, de Ruremonde, etc., qui ne vaillent 
» rien du tout ( ' )• » 

Le 55 juin 1739, le prince confirma l'ancienne coutume stipulée 
par les règlements de la corporation et ordonna aux cordonniers de 
s'y soumettre. 

Dès le XVIII« siècle, les gouverneurs accompagnés d'un halle- 
bardier du souverain mayeur, allaient chaque année faire la visite 
des magasins appartenant aux marchands de maroquin et de cuir 
étranger. 



IV. 



LES RECOUPEURS. 

On entendait primitivement par recoupeurs , les compagnons 
non moulants qui avaient pour profession particulière d'acheter des 
peaux et des cuirs aux marchands de la ville ou de l'étranger, pour 
les revendre ensuite dans la cité ou ailleurs. Tant que cette classe 
de marchands exerça honnêtement et dans de justes limites son 
industrie , elle fut utile au métier et protégée par la loi. En effet 
elle facilitait l'écoulement des produits fabriqués et approvisionnait 
le marché de la matière première. Aussi le règlement de l'an 1418 
contient-il déjàen leur faveur la disposition suivante : « S'il y avoit 
» aulcuns de noslre dit mestir, unk ou pluisseurs, qui n'awisse ou 
» n'awisscnt point de puissanche de tanneir ne d'avoir cuirs ou 
» peauls qui leurs fussent, que dont iceulx posist ou posissent 

( > ) Liasses du Conseil privé. 



— 179 — 

» acapleir cuirs , peaulx et denrées et revendre et recoper avant 
» a altres personnes de nostre dit mestir, voire qu'ils les doient 
» et deveront acapleir sy cortoisenient, qu'ils ne fâchent point de 
» dommaige az allres personnes de nostre dit meslir , et que teiis 
» personnes ne puissent lanneir cuirs, ny peaulx coureir par eulx. 
» ne par aullruy, ne par bin fait prendant, et aussy qu'il ne puist 
» avoir en une maison qu'un acapteur. » 

Plus tard, les recoupeurs ayant abusé de leur privilège pour mo- 
nopoliser, ce mot devint synonyme d'accapareurs. Dès lors on usa 
envers eux de mesures répressives. 

Les recoupeurs ne pouvaient se livrer à la fabrication du cuir; 
ils ne possédaient du reste pour la plupart que la petite rate du 
métier. Aucun étranger n'avait le droit de recouper dans la cité; le 
compagnon qui aurait acheté un objet quelconque à un étranger 
encourait une amende de 10 florins d'or. 

En vertu des mêmes principes, aucun tanneur pratiquant le mé- 
tier n'osait faire le commerce de recoupeur sous peine d'une 
amende de 9 florins d'or. Nous savons déjà que cette punition f«it 
portée successivement, en un an de temps, à cent, puis à deux 
cent écus. 

L'article 39 du règlement de 4493 avait mis les revendeurs dans 
l'impossibilité de faire du tort aux maîtres en leur défendant 
d'acheter les peaux des bêtes tuées le jour même ; de cette façon les 
tanneurs pouvaient se fournir au plus bas prix possible. 

En 1503 on limita encore leur liberté en leur interdisant 
d'acheter des peaux dans la cité, excepté « entre les deux rues du 
Marché, » sous peine de 40 livres d'amende et de confiscation 
des objets achetés. 

En 1559 , le prix des cuirs monta tout à coup à un taux fort 
élevé ; on força les recoupeurs d'aller s'approvisionner au dehors et 
de ne plus amener sur le marché que des peaux étrangères, ce qui 
devait occasionner nécessairement une baisse. 

Le commerce des recoupeurs était moins important à l'égard des 
cuirs qu'à l'égard des peaux. Cependant, en 1598, la disposition de 



480 



lo59, relative à l'achat des peaux, fut étendue à celui des cuirs fa- 
briqués. Ne pouvant plus en acquérir dans la cité , les revendeurs 
furent obligés de les importer du dehors. Cette ordonnance était , 
nous parait-il, défavorable aux compagnons , en ce sens que la fa- 
culté de vendre dans la ville des cuirs étrangers devait nwire au 
débit de leurs propres produits. 

Dans l'intervalle de 1598 à 1676, il survint probablement d'autres 
décrets qui modifièrent les précédents ; peut-être aussi ces der- 
niers , après avoir reçu une exécution passagère , tombèrent-ils 
d'eux-mêmes en désuétude. A celte dernière date, en effet, les tan- 
neurs, attribuant le prix excessif du cuir à l'accaparement des peaux 
par les recoupeurs, demandèrent au prince leur proscription abso- 
lue; ils voulaient que tout compagnon payât 10 florins d'or 
d'amende pour chaque peau ou cuir qu'il aurait acheté à un reven- 
deur , que celui-ci fût étranger ou bourgeois du métier. Cette 
mesure fut pour les cordonniers et corbesicrs un prétexte de cher- 
cher noise aux taimeurs ; ils en demandèrent la suppression en 
déclarant que celle défense, loin d'être avantageuse au public, lui 
serait au contraire fort préjudiciable ; efïeclivement,les recoupeurs 
ne pouvant revendre dans la cité les peaux qu'ils achetaient de 
divers côtés, allaient s'en défaire à Maeslricht et ailleurs, ce qui dé- 
garnissait le marché de Liège et permettait aux artisans des autres 
villes de livrer leurs produits à meilleur compte. Sur de semblables 
représentations , cette fois accueillies par les tanneurs, la sentence 
de 1598 fut révoquée le 23 novembre 1679; on se borna à défendre 
aux recoupeurs d'acheter des peaux dans la cité et banlieue , sous 
peine de 10 florins d'or d'amende. 



CHAPITRE V. 

DES PROPRIÉTÉS DE LA CORPORATION- 

Les registres aux comptes du métier des tanneurs sont perdus. 
Il est , par conséquent , impossible de fixer le montant de ses 
revenus. On sait qu'ils consistaient dans les droits d'acquête et de 
relief, dans le produit des amendes et surtout dans les cens et 
rentes de ses propriétés immobilières , consistant en quelques 
maisons situées en Volière et en Mangonrue , dans la vouerie de 
Grâce qui, lors du bannissement de W. d'Athin, lui échut en par- 
tage. Les places de Gravioule dont le métier fît l'acquisition, en 
1333, lui procuraient encore un revenu annuel par la foire qui s'y 
tenait au mois de novembre. 

Outre les propriétés que nous venons de mentionner , les tan- 
neurs possédaient encore une halle et un moulin ; il nous reste à 
donner quelques notes sur ces deux établissements. 

ï 

I.A HALLE. 

Les halles des métiers étaient les marchés couverts où , à cer- 
tains jours de la semaine , les compagnons exposaient leurs mar- 
chandises en vente ('). Celle des tanneurs était située sur lo 

(i ) Il n'y avait que cinq halles de métiers h Liège : l" celle des tan- 
neurs ; 2" celle des drapiers, rue Férorislrce ; 3° la petite halle des 
drapiers, appelée awarpesso/s, parce qu'on y vendait de petites pièces pour 
les habitants du marquisat de Fratichimont : elle était située rue Sainte 
Ursule; 4" la halle des vignerons, au coin de la rue du Pont, vers Féronstrée : 
les vignerons y vendaient de la viande ; 5' la halle des bouchers , entre 
rilùtel-de-Ville et l'église de la Madeleine. 



— 182 — 

grand Marclié, entre rHôtel-de-Ville et la halle des mangons. Il est 
impossible de déterminer d'une manière précise la position qu'elle 
occupait entre ces deux bàliments ; il n'existe même plus aucune 
(radilion à cet égard. Si l'on prenait à la lellre un document de 
l'an 1422, la halle des tanneurs louchait à celle des bouchers , qui 
se ti'ouvait du côte de la Madeleine. D'un autre côté, un document 
de l'an 1480 semble indiquer qu'elle joignait immédiatement à la 
Violette. On peut conjecturer qu'elle était sur l'emplacement occupé 
aujourd'hui par la rue qui longe l'Hôtel-de-Ville et quelques mai- 
sons entre les rues Grande et Petite Tour. 

L'usage d'étaler les cuirs dans une halle existait déjà avant 
l'année 1331 , puisque la charte d'Adolphe de la Marck permettait 
aux tanneurs « qtie ly marchiet de leur denrée générale soit sur 
leur halle. » Etait-ce la même, à cette époque , que celle qu'ils ont 
toujours possédée depuis ? Tout porte à le croire ; dès 1425 , en 
eiïet , nous trouvons une délibération du métier assemblé , qui, 
considérant que sa halle du Marché était si vieille qu'elle menaçait 
de tomber en ruine ; que ce bâtiment lui était indispensable pour 
son négoce; qu'il y allait de son honneur de ne pas laisser périr ce 
qu'ils avaient reçu de leurs ancêtres , « qui est un des plus beaux 
« hirclaiges et juweaulz que nous ayons », décide que, pendant un 
an, il serait établi un impôt sur chaque cuir suivant sa valeur , 
pour couvrir les frais d'une reconstruction. A cet effet, on nomma 
une commission, composée des deux gouverneurs, du rentier, et 
de deux maîtres députés, qui s'installa dans une maison de la rue 
des Tanneurs ou des Ecoliers. Tous les cuirs préparés dans le 
métier, munis de la marque du fabricant , devaient y être envoyés 
au furet à mesure de leur confection. Chaque dimanche , les pro- 
priétaires allaient payer l'assise sur leurs produits de la semaine et 
faisaient reprendre ceux-ci. La commission rendait ses comptes 
tous les mois ( ' ). 

Apres le sac de Liège par Charlcs-le-Tcméraire, la Violette ayant 

( l ) Y. Documents incdils, n" YH. 



— 183 — 

élé brûlpe, le Conseil de la cité résolut de reconstniire une mai- 
son commune plus belle el plus grande qu'elle n'était auparavant, 
afin, disait-il, qu'elle fût digne de la ville , que l'on pût y donner 
de belles fêtes aux jours habituels , et y recevoir convenablement 
les ambassadeurs étrangers. A cette fin , le conseil s'entendit avec 
les officiers du métier des tanneurs , pour obtenir une partie de 
l'emplacement qu'occupait sa halle. La corporation céda 15 1/2 
pieds de terrain à la ville , à condition que celle-ci lui permît d'en 
prendre autant du côté opposé de sa halle , vers la rue des Man- 
gons, ce qui lui fut accordé ('). Dans l'acte de cession qui fut passé 
le 4 mars 1480, la cité approuva cette transaction et déclara que 
jamais les tanneurs ne pourraient être inquiétés dr. chef de leur 
empiétement (2). 

Pour rebâtir sa halle sur ce nouvel emplacement, le métier, ruiné 
par les guerres précédentes , engagea la vouerie de Grâce à Renier 
Péronne pour une somme de 460 florins. 

Ces actes prouvent à l'évidence qu'aux dates où ils furent passés, 
la halle du Marché appartenait en toute propriété à la corporation. 
11 semblecependant qu'après en avoir fait l'acquisition, les tanneurs 
furent obligés, on ne sait à quelle occasion , de l'aliéner. Cela ré- 
sulte de trois documents dont le premier, de l'an 1347, est une 
donation sous forme d'acquête de la halle du Marché , et les deux 
autres, des reliefs de celle môme halle , en date du 13 mars 142ii 
et du "21 mai 14'J2. 

Dans des moments de crise, on voit encore le métier forcé d'en- 
gager ses propriétés et même d'en vendre quelques-unes pour 
pouvoir faire face à ses dépenses. Kn lo26, par exemple , et en 
1332, il emprunta des sommes considérables en engageant sa halle 

(M V. Documenls inrdila, n" XlV^ 

(■■') Loin d'être inquiétés, ce furent les tanneurs qui, en 1509, proten- 
dirent avoir droit à une rente annuelle de A marcs, en reconnaissance de ce 
qu'ils avaient cédé du terrain à la ville; mais le rentier de la cité leur 
exhiba la lettre du 4 mars liSO, par laqtielle le métier reconnaissait avoir 
reçu en échange un terrain équivalent; leur réclamation resta sans cflct. 



— iU — 

et son moulin comme gannlic hypothécaire ( '). Plus tard , leurs 
dettes dépassèrent même de beaucoup en capital la valeur de ces 
immeubles. 

Le marché avait lieu quatre fois par semaine, le lundi, le mer- 
credi , le vendredi et le samedi. Ces jours là , la halle devait être 
ouverte au public à six heures du malin , sous peine d'un gros 
tournois d'amende à encourir par les officiers, les rewards et le 
varlet. Celui-ci , chargé de l'ouverture de la salle , allait de grand 
matin chercher les clefs chez les gouverneurs. Ensuite les officiers 
et les rewards faisaient le tour des étalages et s'assuraient que les 
cuirs mis en venle étaient revêtus de leur marque; ils l'appliquaient 
sur ceux qui ne la portaient pas et qu'ils reconnaissaient pour de 
bonne marchandise ; ceux qu'ils jugeaient défectueux étaient con- 
fisqués et le maître condamné à l'amende. 

Nul ne pouvait vendre ou acheter à la halle avant la visite des 
rewards, sous peine de trois florins d'amende (^). Aucun tanneur, 
après celle visite, ne pouvait offrir aux acheteurs des cuirs qui 
n'étaient pas sur leur établi dès le matin. 

A parties temps privilégiés, c'est-à-dire les jours de foire, c'é- 
tait à la halle, et seulement là, qu'il était permis aux étrangers de 



(0 La chose eut encore lieu en 4749, pour établir une pompe sur 
un terrain que la ville Ini concéda le 21 jnillet, dans la rue des Tan- 
neurs, comme il se voit par le recès suivant • « Supplique présentée par 
» les habitants en Tanneur-Rue; entendu le rapport de MM. les conseillers 
» avocat ilodcige cl Lancet , accordé qu'il soit mis une pompe de pierre 
)) vis-à-vis la maison du sieur Renier-Dolhée, à l'enseigne de l'Arbre d'Or, 
n près de l'arbrisseau qui est vis-à-vis , en ouvrant le pavé vis-à-vis la 
» maison du sieur Malherbe, à l'enseigne du S'-Esprit, et y fossojant pour 
» y trouver la source d'eau qui doit être dans cet endroit. » (Recès de la 
ville, à la bibliothèque de l'Université). 

(-) « Item que on no peut vendre ny priser le jour de halle avant et 
anchois que les rewards et governcurs ayent estes autours et bouhiet le 
maillet, sous peine et amende de 4 libvres. » Nous donnons cet article 
parce qu'il a été omis par négligence dans le règlement du 25 juillet 1 403, 
imprimé dans le livre des Charles cl prlvUéyes , vol. îî, p. 2il , où il doit 
figurer comme le 25'"". 



— 4-85 — 

vendre leui'S marchandises. Pour jouir de ce droit, ils payaient au 
métier une redevance de 7 sous pour chaque cuir vendu. 

En 4684, lorsque l'édit de Maximiiien de Bavière décréta la sup- 
pression des assemblées de métiers et la confiscation de leurs 
chambres, la halle des tanneurs fut comprise dans la proscription 
et consacrée aux réunions de la chambre de St-Séverin, dont ils 
firent partie. Pendant plusieurs années, ils élevèrent des réclama- 
lions pour en obtenir la cession ou, en sa place, un autre local, où 
ils pussent, comme auparavant, étaler leurs produits à certains jours 
de la semaine. Mais il ne parait pas qu'on fit droit à leur demande; 
ils durent se borner à vendre uniquement chez eux dans leurs bou- 
tiques respectives. 

II 

LE MOULIN ( 1 ) , 

Tant que les tanneurs habitèrent le quartier de l'Ile, ils se ser- 
virent d'un moulin placé sur un des bras de la Meuse; une vague 
ti'adilion désigne le moulin Winand comme ayant servi à leur 
usage. 

Lorsqu'ils se furent transportés sur l'autre rive du fleuve, ils 
firent l'acquisition par rendage perpétuel du moulin de Longdoz, 
appelé aussi le moulin Pilchoule(2), situé sur le cours de l'Ourte 
et de la Vesdre réunies. Le prix de vente était une rente annuelle 
de six deniers, de six muids de moulure et de 14 muids d'épcautre. 
Ce moulin, qui appartenait à la riche famille Curtius, était banal et 
fournissait de la farine à tout le quartier d'Amercœur. Dans l'acte 
de rendage, en date du 4 mai 1288, les tanneurs s'obligeaient 

( « ) Voir à la fin des Recherches historiques sur la corporation. 

(2) V, Documenis inédils, n° I. Bartliolct {Consilium juris], cite parmi 
les archives de la cilé une charte de l'an 1069, concernant ce moulin : 
Lillera molcndini de Longdoz (pcr quam probatur quod de illo anno 
exslilcrunl Leodii burgimagislri). Ce document est perdu. 



— 180 — 

non-seulement à l'enlretenir en bon état, mais à consacrer à son 
amélioration une somme de 30 marcs d'argent par an. Ils s'enga- 
geaient de plus à ne jamais l'aliéner. Au commencement du XIV» 
siècle, le moulin ayant changé de propriétaire, les tanneurs en 
firent reliefcomme à nouveaux seigneurs on 1301 (') et en 1324, 
aux mêmes conditions. 

Jusqu'en 1363, l'établissement de Pilclioule resta un moulin à 
grains qui continuait à être banal et desservait les brasseries 
d'Amercœur, de Longdoz, de Péville et de Robermont; il s'appe- 
lait alors le moulin Grégoire et le métier le sous-louait. Mais à côté 
de ce moulin, il y en avait un autre plus petit, qui formait une dé- 
pendance du premier et dont la corporalion se servit probablement 
dès 15^88 pour moudre ses écorces. Toutefois on n'en trouve 
aucune mention avant Tannée 1301. 

Pendant les 50 premières années après l'établissement des tan- 
neurs dans le quartier d'Outre-Meuse, ce petit moulin put suffire 
aux besoins des compagnons. Mais au milieu du XIV* siècle, leur 
nombre s'était accru à tel point, que le moulin ne fut plus en état de 
fournir les écorces nécessaires à leurs travaux. Le 30 septembre 
1373, ils furent obligés d'acheter aussi, par rendage perpétuel, le 
moulin appelé Folerêche et plus tard Mal-content, joignant aussi à 
leur petit moulin et formant une autre dépendance de celui de 
Pilchoule (^). Il devint le grand moulin à tan du métier ; il l'est 
encore aujourd'hui et s'appelle lemoulin des Inversas. Peu après, ils 
en devinrent propriétaires fonciers, par la cession que leur en fit 
le chevalier Amel Baré de Streel, sous condition de ne pouvoir 
l'aliéner sans le consentement de tout le métier. Cet acte fut passé 
par devant la cour allodiale de Liège, le 30 mai 1421. 

On doit supposer que pour des raisons qui nous sont inconnues 
la corporation toute entière fut amenée à consentir à une nouvelle 

{ 1 ] V. Documenls im'dUs, no If. 

(■•2) Le document dit qu'il était près du pont d'Amercœur. Mais ce prèi 
HO doit pas (Hie pris à la lettre ; il indique seulement la direction. 



- 187 — 

niulalion, puisque, en 1436, on Irouve un acte par lequel elle relève 
ce moulin devant la cour des Bons-Eut'ants, pour 7 marcs, 15 sous 
17 deniers de rente, à la condition de payer aux nouveaux proprié- 
taires du fond leurs droits accoutumés, et de restaurer l'éditice 
chaque année. En 1440 , elle en fit encore relief à un nommé Jean 
Olivier, qui lui en fit veslure comme nouveau seigneui-. A partir de 
là, les documents font défaut ('). 

Il ne parait pas que le métier possédât d'antre moulin à écorces, 
quoique, dans sa réponse à la requête des corrlonniers de l'an 1579, 
il dise que ces derniers éi-dieni senestrenietit informés en prétendant 
qu'ils n'en avaient qu'un ; qu'ils en avaient deux, « forts et puis- 
» sants et en points de tous cas de broyer et servir ledit métier, et 
» auquel on mollaitplus d'eschorchesque l'on avait fait passé 80 
» ou 40 ans ci-devant » {-). En parlant d'un second moulin , iîs 
avaient probablement en vue le petit moulin dont ils s'étaient long- 
temps exclusivement servis. 

Pour payer la rente stipulée par l'acte de 1440 et couvrir les 
frais d'entretien de leurs bâtiments , les tanneurs avaient imposé 
une taxe sur chaque meunée d'écorces qu'ils recevaient ; en 1590, 
la taxe était de oO pattars de Brabant pour les 6 premières meunées 
et du double (5 florins de Brabant) pour les 6 dernières. Ils con- 
sacraient même à cet usage le produit de plusieurs amendes , par 
exemple, les 60 sous parisis que payaient les compagnons rentrant 
dans les limites du quartier. 

Lorsque, par son règlement de 1684, Maximilien Henri confis- 

• 

(i) Bien que ce moulin existe encore aujourd'hui, nous ne pouvons 
plus nous faire une idée exacte de rélablisscmenl des tanneurs à Lotigdoz. 
Nous avons Irouve la mention d'un document qui aurait pu nous édi- 
fier complètement à cet égard ; c'était une letlie conccniaiH les limiles 
et l'étendue des prés et des lies du moulin, accompagnée d'un plan; mal- 
heureusement celle pièce est perdue. Un passage d'un autre document 
nous apprend que l'ilc sur laquelle est situé le moulin, avait i arcs d'élen- 
due, qu'elle était garnie de plus de 10,000 pilotis, de 4 grands murs d'eau 
et d'une digue de plus de (iOO mètres. 

(2) V. des Charles cl privilèges, T. II, p. 257. 



— 188 — 

qua tous les biens des métiers au profit de la cité, le moulin à taiî 
fut du nombre des propriétés exceptées (^). 

Tous les compagnons étaient sévèrement obligés de faire moudrc' 
toutes leurs écorces au moulin du métier. Ce ne fut que dans des 
circonstances tout à fait exceptionnelles et jusqu'en 1773, à la suite 
d'une décision prise en assemblée générale, qu'il fut permis de s'a- 
dresser ailleurs, par exemple en cas d'incendie ( * ) , d'inondation 
ou comme en 1579 dans un but d'utilité publique. « Si par mal- 
» heur il survenoit un incendie au moulin commun, ou quelqu'aulre 
» accident qui empêcheroit de pouvoir moudre et servir les com- 
» pagnons, en tel événement les gouverneurs, officiers et députés, 
» assemblés en corps , pourront accorder la permission par écrit , 
» et non autrement, aux compagnons de faire moudre leurs écorees 
» aux moulins étrangers : mais ces écorces moulues étant arrivées 
y> dans les bornes et limites du métier, le compagnon propriétaire 
» d'icelles , aussitôt et avant le déchargement, en avertira les gou- 
» verneurs et députés , qui en feront mesurer et distribuer à ce 
» compagnon, par les mesureurs sermentés, le nombre des me- 
» sures à racle selon le ;rapport et produit qui sera trouvé d'une 
> meunée moulue au moulin commun de 140 mesures en creppe; 
ï> et s'il se trouvoit de l'excédent, il sera séquestré, pour ensuite le 
» laisser suivre au propriétaire de la meunée suivante, qu'il char- 
» géra à son tour, en payant néanmoins le droit de mouture au 
y> rentier, tout de même que si ces écorces avoient été moulues au 
» moulin commun ; et tout compagnon étant en défaut de se con- 
» former au présent , les écorces moulues seront confisquées et 
ï tout contrevenant payera en outre une amende de Su écus. » 

(3) V. l'article G3 de ce règlement. 

(i) Les incendies étaient extrêmement fréquents au moulin h tan. On 
a vu dans le chapitre du Grnmnet quelles précautions on était obligé de 
prendre pour les prévenir. Une seule étincelle suffisait pour réduire en 
cendres ce bâtiment entièrement construit en bois et toujours couvert 
d'une épaisse couche de poussière sèche. Dans un espace de 50 ans, il fut 
7 fois consumé par les flammes. 



189 



On a vu dans le cbapilre des serviteurs du trinay, que les com- 
pagnons observaient, pour moudre leurs écorces, un certain rang 
fixé chaque année à la Sainte-Anne, Ce jour là, les tanneurs pou- 
vaient se présenter chez le rentier et lui déclarer quelle oulne il& 
vouloient tenir. Celui qui devançait son tour payait une redevance 
de ce chef. Le règlement de 1773 modifia quelque peu cet ancien 
usage. Voici comment il s'exprime : « Chaque année, la veille de la 
j) Madeleine, après les comptes généraux rendus par le rentier du 
j> métier, on ballolera les quartiers pour connoitre par quel endroit 
» commencera et suivra le premier tour de moudre ou oulne; 
» mais après le premier tour, le rentier distribuera ensuite la me- 
» sure aux compagnons qui auront été les plus anciens en tour et 
» par préférence aux postérieurs. » Ceux qui laissaient passer un 
mois entier sans profiler de leur tour perdaient pour cette fois le 
privilège de moudre, à moins de payer une amende de 3 flor. d'or. 

Le rentier s'informait auprès de chaque maître du nombre de 
meunées qu'il pouvait employer par an; il tenait note de cette dé- 
.claration , qui lui servait de base pour établir les revenus du 
moulin. 

La jouissance des terres et autres dépendances du moulin était 
donnée au meunier (' ). En 1774, le métier chercha à tirer un 
meilleur parti de ses propriétés, en les louant au chef du moulin; 
il fit afiicher le rendage proclamatoire d'une maison et tous buli- 
ments y annexés^ situés à Longdoz avec un jardin et prairie conte- 
nant environ '2bonniers, appelés communément moulin des Écorces. 
Voici quelques-unes des conditions sti|)ulécs dans rafliche. Le 
repreneur était obligé à entretenir, à ses frais, le moulin, l'usine, 
les uslensils, les nacelles, les tourailles {terrés) ; à réparer les 
dégâts des inondations ; à rendre l'eau navigable 10 pieds plus 

[^] Voyez le chapitre du Groumcl. Nous donnons ici plusieurs détails 
qui auraient peut-être mieux trouvé leur place ailleurs. Mais nous ne les 
avons obtenus que tout récemment , lorsqu'il était tro|» lard pour en 
faire usage en leur lieu. C'est à l'obligeance de M, Waulers-Clocs que 
nous les devons. 



— 100 — 

haul que le rivage de St-Jacques et -10 pieds plus bas que la pointe 
do la Hamaiile; à soigner le chemin de lialagc, à faire liavcr le biez, 
à couper les herbes, etc., à cultiver et engraisser les jardins et les 
prairies; à ne pas sous-louer le moulin ; à ne pas permettre le 
passage dans le moulin après la soirée ; à tenir en bon étal la pompe 
à incendie et les seaux. Le métier se réservait la propriété du 
passage d'eau qu'il affermait chaque année. Le futur meunier s'en- 
gageait à moudre chaque meunée suivant le désir des compagnons, 
exprimé par écrit; il devait faire chercher par des employés les 
lïieunéesen creppe et les faire reporter moulues aux propriétaires, 
le tout à sa charge; les mesureurs et élcsseurs continueraient à 
être payés pai- les compagnons. Il lui était intertlit de moudre pour 
des étrangers et en général aucune écorce qui n'eut d'abord été 
mesurée par les employés du métier. Il devait faire balayer les 
murailles eiharnats du moulin toutes les semaines et distribuer le 
tan à tous les tanneurs par portion égale. S'il ne pouvail faire 
moudre qu'à un seul tour, il était obligé de travailler la nuit et le 
jour sans interruption. 

Le métier eût à soutenir de nombreux procès à propos de son 
moulin, tantôt avec les bateliers, tantôt avec les meuniers et les 
usiniers du même cours d'eau. Les contestations étaient d'abord 
portées devant les officiers du métier , qui, après avoir fait faire 
des expertises parles voir-jurés des eaux, tâchaient d'arranger le 
débat à l'amiable. S'ils n'y réussissaient pas, on nommait des ar- 
bitres, dont on promettait d'exécuter la sentence, ou on déférait le 
cas au tribunal des échevins. 

Le métier eut également de fréquents démêlés avec les pêcheurs, 
auxquels il faisait une espèce de concurrence, non pour la vente, 
mais pour la pèche qui fournissait à tout le quartier d'Outremeuse 
le poisson nécessaire à la consommation des ménages. Les pêcheurs, 
ayant leur principale pêcherie, nommée Martea, à la Hamaide, non 
loin de celle des tanneurs qui s'appelait la Colette, ne pouvaient 
éviter d'avoir souvent des querelles. Pendant longtemps les tan- 
neurs louèrent leur pèche à des particuliers; c'est ainsi qu'en 1488 



— 191 — 

ils la continuèrent en stuit pour un terme de 7 années à W. de 
Loiigdoz. Mais en 1520, à la suite d'une nouvelle contestation avec 
les pécheurs, il la louèrent à ceux-ci mêmes pour un terme de 101 
ans, à raison de huit florins de cens par an. 



CHAPITRE VI. 

IJES WAROUES OiSTlNCTIVES DU MÉTIER- 

Chaque métier avait, comme marques distinclives, ses armoiries^ 
ses bannières, ses sceaux et sa livrée. Relativement à la livrée des 
tanneurs, on ne sait qu'une seule chose : c'est qu'elle était de drap 
rayé, et que leurs officiers portaient une houppelande et un chape- 
ron. Nous n'avons aucun renseignement ni sur la couleur de ces 
vêlements, ni sur leur Forme. 

I 

LES ARMOIRIES. 

Des 32 bons métiers de Liège, deux seulement , les tanneurs et 
Us drapiers, avaient de véritables armoiries. Tous les autres por- 
taient dans leurs écussons, sur leurs sceaux et sur leurs bannières, 
les emblèmes allégoriques de leur industrie. Ces emblèmes étaient 
en général de gueules sur champ d'or. En 1673 , nous ne savons à 
quelle occasion, la plupart des métiers changèrent leurs meubles 
ou varièrent leurs émaux (' ). 

( ' ) Voici les principales différences que nous avons remarquées en pre- 
nant pour base les gravures du livre des Charles el privilèges. 

\" Fovres ; avant 1675, le champ était d'azur bordé de sable (la cou- 
ronne doit avoir 4 fleurons). 

2" Charliers ; avant 1073, la roue était d'azur. 

5' boulangers ; avant 1073, le champ était de sinople. 

G" Vignerons; avant 1675, la grappe était remplacée par un arbre charge 
de grains de raisins, des(|uelsse détachaient les feuilles. 

7" Mouilleurs ; avant 1073, le champ était de sinople. 

8° Poisscurs ; avant 1673, le perron était d'or. 

0" Sclaideurs (cuveliers) ; avant 1673, au lieu du cercle (qui doit être 



-^ li)4 — 

Les drapiers portaient : parti d'azur et de gueules à l'aigle au 
chef parti de sable brochant. La tradition rapporte que ce champ 



(l'or) et de rinslmmcnt qu'il entoure, il y avait un tonneau et au-dessus un 
marteau de tonnelier, au naturel. 

iO' l'orteurs ; avant 1675, un perron d'or accompagne de 2 hommes 
portant un sac au naturel surchargé d'un drapeau de sable. 

il" Brasseurs; avant 1G73 le champ était d'azur et les meubles avaient 
une autre forme. 

12" Drapiers ; avant 1675 le champ était parti de sinople et de gueules. 

13" Relondeurs ; avant 1075, le perron était d'or. 

15" Vairin-xhohiers; avant 1675, deux écureuils étalant une pièce 
d'hermine bordée d'azur. 

10' Vieux-wariers; avant 1073, un fripier avec des chausses de gueules 
et des souliers de sable (au naturel?) tenanl des deux mains une culotte de 
sinople; après 1675 , champ de gueules à deux fripiers portant une jupe 
brune. 

17^ Naiveurs; avant 1075, d'azur à l'ancre d'or. 

19" Mairniers ; avant 1075 les deux gaffes accompagnaient perpendicu- 
lairement l'arbre à dexlre et h seneslre. 

20" Charpentiers ; avant 1075 , les meubles étaient autrement disposés 
et il y avait de plus une tarière. 

21" Couvreurs; avant 1073 (ce métier était alors le 22'^) le marteau 
seul était d'or; après, les manches furent du même métal. 

22o Maçons; avant 1075 (ce métier était le 21°), au lieu de la palette il 
y avait un coin d'or , et au bas de l'écu une brique blanche qui disparut 
après cette date. 

25° Cordonniers ; avant 1073 il n'y avait pas de perron ; les deux bottes 
d'argent n'étaient ni couronnées ni épcronnées ; après, les bottes furent 
de sable. 

24" Corbesiers; après 1075 deux bottines de sable accompagnaient en 
plus l'alêne, une de chaque côté, ces meubles varient de place. 

23" Tisserans; le perron et l'instrument doivent être d'or. 

26" Cureurs et toiliers; avant 1075 l'ccu était de sinople et au lieu du 
perron et de la règle, il y avait un rouleau d'argent et une espèce de coi» 
d'or. 

27" Fruitiers et harangiers ; avant 1073 les poissons, tournés en sens in- 
verse, n'étaient pas couronnés. 

28' Mangons; avant 1673 le perron était d'or et la vache tournée à 
droite de sable. 

29» Flokeniers etchandelons; dans le livre des Charles el privilèges, il 



— 105 — 

d'azur et de gueules représenlail deux pièces de drap, l'une bleue, 
l'autre rouge; en ceci le rnélier participerait à l'origine commune 
des 30 autres ; quant à l'aigle, il serait le fruit d'une concession im- 
périale accordée à cette corporation à une époque très reculée. 
Nous ne pouvons admettre cette opinion, parce que l'aigle des 
.drapiers, pas plus que celui des tanneurs, n'est un aigle impérial. 

Les tanneurs portaient : d'argent à l'aigle au chef parti de sable. 
La version la plus accréditée attribue aussi l'origine de ces armes à 
une concession de l'empire. D'un autre côté nous trouvons dans 
une vieille chronique un récit gracieux et patriotique, d'après 
lequel les tanneurs devraient leurs armoiries au fait suivant : 

Lorsqu'après la prise de Milan, que Henri V devait à son cousin 
l'évèque de Liège Obert , ce prince marchait en 1112 sur Rome 
pour s'y faire couronner empereur, il rencontra près de Bologne , 
à la tète d'une armée de cent mille guerriers, le duc de Bourgogne, 
(Henri duc de Lotharingie?) qui venait lui disputer l'empire ('). 
Pour éviter un combat meurtrier et dont ilavaitpeut-êlreà craindre 
l'issue , le duc lit proposer à son rival un combat singulier entre 
trois chevaliers de chaque armée ; la couronne impériale devait être 
le prix de la victoire. Henri V indécis, demanda conseil à son cou- 
sin Obert qui lui fil accepter le défi en ajoutant la condition que le 
duc mettrait son duché dans la balance; ce qui fut accepté. Mais 

ne doit y avoir que 4 chandelles tournées dans l'autre sens ; de plus les 
quartiers qui sont marqués de sino[ile doivent être d'azur ; avant 1673, 
écartelé : 1 de guculcà , 2 et 5 d'or a 3 chandelles d'argent, 4 d'ar- 
gent. 

31° Merciers ; avant 1675 les gants et les chapeaux étaient de sable. 

32° Orphcvres ; dans le livre des Charles el privilèges, le 2' écu doit être 
d'azur et avoir la même forme que les trois petits; avant 1673 les 
trois petits n'existaient pas et le 2' était parti d'azur et d'argent. 

( • ) Ce récit n'est pas conforme à l'iiisloire. 11 est vrai qu'Obert, après la 
mort de Ilenri IV , se réconcilia avec Henri V ; mais nous ne trouvons au- 
cune mention de l'épisode relatif au duc de liouryofjnc. Voyez du reste de 
Crassier, Notice sur le prince Obert, dans les Recherches sur la principauté 
de Liège, p. 555. 



- Ï96 -^ 

îsorsqne celle nouvelle fut publiée dans le camp allemand , il ne se 
présenta pas un seul champion pour entrer en lice, « de quoi les 
» Liégeois furent grandement estonnés. » Alors s'avancèrent Oger 
fils de Raes des Prez , Oger de Mangnie et Oger de Barxhon , qui 
avaient accompagne leur évêque. Le duc ayant appris que les trois 
chevaliers liégeois portaient le même prénom, choisit dans son ar- 
mée trois fils de comtes portant le nom de Roland. L'un d'eux, fils 
aîné (lu comte de Savoie, qui portait pour armes un aigle de sable 
à deux tètes sur fond d'argent, fut l'adversaire d'Oger des Prez. Le 
chevalier liégeois resta maître du champ de bataille et prit les 
armes du vaincu jusqu'à la mort de son père ; « adonc il les donna 
» en la chaucie des Prez, Outre Meuse, qu'ils portent encore entre 
» les tanneurs comme estant les armes de leur quartier. » On peut 
constater l'exactitude de ce dernier fait qui est rapporté par tous les 
chroniqueurs ; lorsqu'ils décrivent la division de la ville en quar- 
tiers par St-IIuberl, ils disent que chacun d'eux eut ses armoiries 
et que celles du vinâve d'OuIremeuse étaient un aigle noir sur fond 
blanc ('). 

Il faut bien admettre que cette exception à la règle générale ait 
eu des causes tout-à-fait exceptionnelles et significatives. Ce n'est 
évidemment pas par pure fantaisie que les tanneurs avaient choisi 
leur blason. Si un souvenir quelconque de gloire, une tradition de 
bravoure ou de patriotisme ne s'était pas rattaché à cet aigle, ils ne 
l'eussent pas adopté comme emblème symbolique; mais, imitant 
leurs compatriotes et leurs confrères étrangers, ils eussent arboré 
sur leurs bannières les principaux instruments qu'ils maniaient 
chaque jour et qui les faisaient vivre. 

Ce n'était pas seulement le métier en corps qui faisait figurer 
l'aigle sur son drapeau et sur son cachet, comme marque distinc- 
tive et caractéristique. Primitivement chaque tanneur le portait 

(') Nigram et bicipitcm aquilam gestavit in argenteo scuto Transmo- 
sana (rcgio); idem liodic relinct insigne coriariornm Collegium, quod hanc 
regioncm inhabitent » (Fisen, Hisl. Leod., vol. II, p. 2). 



19- 



dans ses armes soit comme jjièce principale, soit en franc canton. 
C'est ce qui se voit encore sur les sceaux des témoins qui appendent 
aux chartes du XIV* siècle. Un grand nombre de familles conser- 
vèrent ce meuble malgré leurs alliances, leur changement 
d'état, etc., et aujourd'hui encore, il sert souvent de point de 
repère pour l'héraldiste qui cherche à pénétrer dans l'histoire 
généalogique de nos familles bourgeoises. 

II 

LES BANNIÈRES. 

Une très bonne chronique manuscrite de l'an 4527 ( ' ) fait la 
réflexion suivante, à propos des privilèges accordés aux bouchers 
lors du siège de Bouillon : « Il convient remarquer ici que alors 
» (en l'an H39) nuls mestiersde Liège ne portaient aucunes ban- 
» nières ny enseigne, mais marchoient louts soubs la bannière des 
» eschevins; et icy les mangons eurent premier l'authorité d'en 
» porter. » D'un autre côté, les historiens et Fisen, entre autres, 
affirment qu'ils n'en avaient pas encore en 4297 ( ^ ). 

Ces assertions contradictoires prouvent qu'on ne sait pas à quelle 
époque les corporations de métiers commencèrent à se distinguer 
l'une de l'autre en arborant chacune une bannière. Nous sommes 
fort disposés à croire que cet usage s'introduisit aussitôt après que 
les artisans se furent réunis en société; dans les combats, le drapeau 
était le signe de ralliement de chaque corps d'armée ; or, nous 
avons vu qu'au siège de Bouillon plusieurs métiers formaient déjà 
des compagnies spéciales. 

Quoiqu'il en soit, aux temps historiques, chaque métier avait 
sa bannière ou pennonccau (paingnichcal) ; suivant Jean d'Outre- 

{ • ) Aux archives de ^I^lat, à Liège. 

(2) « Descripta est in dnodecim artificum sodalilales ; ac lu7n quidcm 
sine signis cl vexillis. k (t'iscn, Ilisl. Lcod. ad annum 1297, vol. II, 
p. 55) 

43 



— 198 — 

meuse, elles étaienl toutes primitivement d'une étoffe rouge char- 
gées d'insignes brodes en or. Ces insignes représentaient des 
instruments de travail ; ils furent adoptés dans la suite comme 
armoiries. Jusqu'au XIV<= siècle, les bannières ont, dans les minia- 
tures des manuscrits, une forme obiongue; plus tard, elles sont 
représentées sous la forme d'un carré. 

Chaque métier avait plusieurs bannières, témoin ce passage du 
règlement des drapiers : « Avons accordé et ordonné que soit fait 
» un cscren pour eus mettre et conserver les joweaus d'argent que 
» a nostie dit bon mestier sont appartenants, et avecque ce les 
» bannières et pincbeals de nostre dit bon mestier, hors mis et 
» excepté un pincheal qui doit demeurer en nostre halle pour 
» plutost et légèrement avoir si besongne et nécessité en estoit. » 

D'anciennes peintures existant à Gand (•) montrent chaque 
compagnon porteur d'une bannière; mais nous ne croyons pas 
que ce fût l'usage à Liège. Il n'en était certainement pas ainsi en 
temps de guerre, puisque la lettre de 1464, dit expressément que 
« toutes personnes de nostre dit boin mestier, soit à numbre ou 
» sans numbre, en allant et venant hors, sub nostre dite bannière 
» ou paingnecheal, soyent tenus délie y estre obeyssant à cely ou 
» cheaux qui pourteront la bannière et aux députés de la part de dit 
» boin mestier. » Ce texte nous apprend en même temps que celui 
ou ceux qui portaient la bannière exerçaient sur les autres un cer- 
tain commandement; c'étaient peut-être les gouverneurs, car le 
même document dit un peu plus haut : <■ Il est ordonné que chacun 
» doit prendre siège là enseigniet sierat par les gouverneurs ou 
» députés de part nostre sovent dit boin mestier. » 

Le compagnon qui portait la bannière dans les processions et 
dans les cortèges s'appelait, par figure, banneresse ; un autre s'ap- 
pelait pengnecheal : « Item aura chascun an pour son sallaire la 

( ' ) Recherches historiques sur les costumes civils cl militaires des 
gildes, etc., par M. F. De Vigne, avec une introduction historique, par 
J. Stecher. Gand, 



— 199 — 

s> banneresse 2 griffons et le pengnecheal 1 griffon pour faire 
> chaperon délivrée. » 

Les bannières des métiers étaient pour les artisans le symbole 
de leur union, la marque publique de leur indépendance et de leur 
pouvoir. On conçoit le prix qu'ils y attachaient et l'empressement 
que mettaient les princes, ennemis du peuple, à les faire disparaître. 
En 1212 et en 1408, elles furent, au dire des chroniqueurs, livrées 
aux flammes avec les chartes et franchises des corporations. 

ÏII 

LES SCEAUX ('). 

La corporation des tanneurs portait sur ses sceaux l'aigle de leur 
blason. D'après les neuf débris qui nous sont parvenus appendant 
encore aux ciiartes, nous avons pu constater qu'elle en avait quatre 
différents. Il a été possible , en rapprochant divers morceaux, 
de les compléter à peu près et de les reproduire par la gravure 
(Voir planche III). 

Le n" 1 est, sans aucun doute , le plus ancien, et s'appelait le 
grand seeldn métier; on le trouve déjà mentionné dans les statuts 
et ordonnances de l'an 1418 , mais il doit être postérieur à l'an 
1333, puisque dans le diplôme d'Adolphe de la Marck, il est dit : 
et yartunt que nous n'avons pas de seel commun. On s'en servait 
pour sceller toutes les pièces importantes émanées du métier tout 
entier, les règlements, par exemple, « en signe et corroboration de 
vérileit. » Il en subsiste quatre fragments attachés aux languettes 

(1 ) Le corps des 32 métiers de Liège, n'avait pas, comme celui de Gand 
par exemple, un seul gr,;nd sceau pour représenter toutes les corporations 
réunies ; témoin cet énoncé d'une cliarte : « Lettre passée et saieléc des 
52 bons mesliers le 25 mai 1558 ; contenant le maintien des anciennes paix 
faites et privilèges, et de non avoir rahas des aucuns sans l'adveu des 32 
mestiers... En Icsmoignage de quoy nous l)urgmcslrcs , etc., avons fait 
appendre à ces présentes le scel de la dite cité, cl nous 52 bons mestiers 
d'un chascun le nostrc. » 



— 200 — 

de parchemin de 4 chartes des années 1427, 1433 (deux), 1439. 
Mais ils sont malheureusement si ébrèchés et si frustes qu'un mot 
de la légende est resté illisible. 

Ce sceau, de forme ovale, est deux fois accompagne d'un contre 
scel rond appelé signette (n" 2), dont les caractères accusent égale- 
ment une époque assez reculée ('). Il servait aussi quelquefois 
seul pour attester des copies de chartes délivrées par le métier 
(Document de 1586). 

Le sceau ordinaire du métier (n» 3) était ovale , de la même 
grandeur que le premier ; il était accompagné d'une exergue en 
lettres gothiques; mais les deux fragments qui en restent ont été 
insuffisants pour la rétablir ; ils pendent à deux documents d*s 
années 1478 et 1503. 

Nous trouvons enfin le quatrième à une pièce de l'année 1503 , 
où il est appelé le petit scel de nostr^', dit bon mestier. 

Les deux derniers paraissent avoir été employés indistinctement 
pour sceller les pièces non administratives de la corporation , les 
ventes de terres, par exemple, les baux, et en général toutes espèces 
de transactions. 

(1 ) « Avons rais et appendu... à ces présentes lettres, le grand sceaul 
de noslre dit meslier et le petite sceaul ou signette desus aile encontre 
{Doctimcnls inédits, n" "Vli). 




S( KArX nu RON IV1ÉTIEH DES TANNEURS IJE LIEGE. 

1. Grand sceau, (>«tre 1333 e\ 1418. ^ Contre-sceau untene.ir A 14-25, 
3. Pelit sceau, aMltiriour à 1503. 4. Sceau ordinaire .antérieur à 14-78. 



Lithcir l'J.Kirsch 



S }^OHMA.\s.Mairxur les Ta 



CHAPITRE VII. 

DES ARCHIVES. 

Les corporations liégeoises avaient trois catégories d'archives : 
1" les documents sur parchemin, comprenant d'un côté les chartes 
et diplômes des princes, les privilèges, les règlements, les statuts, 
d'un autre les titres de propriété ; 2» les registres. Il y avait plu- 
sieurs espèces de registres ; ceux aux chartes et privilèges ; ceux 
aux sieultes, aux récès; ceux aux admissions , acquéies et reliefs ; 
ceux aux comptes , paies, recettes , cens et rentes. Quelques-uns 
avaient en outre des registres stock, d'autres aux rois de procé- 
dures ; 3" des documents sur papiers détachés , consistant le plus 
souvent en suppliques et en procès. Il ne reste de ces derniers, 
pour le métier des tanneurs , qu'une douzaine de pièces dans les 
liasses du conseil privé, aux archives de l'État à Liège. 

I 

LES CHARTES. 

Quelques historiens assurent que les archives des métiers furent 
brûlées avec leurs bannières et les chartes de la ville en 1408, par 
le duc de Bourgogne ; d'autres pensent avec plus de raison qu'elles 
furent simplement enlevées et transportées à Mons ; le 12 août 
1409, le duc rendit à la cité quelques-unes de ses chartes, mais 
conserva toutes celles des méliers leur ordonnant d'en demander de 
nouvelles à Jean de Bavière ( ' ). On prétend qu'elles furent resti- 

( ' ) « Retenons devers nous les lettres des raeslicrs tant de la dite cité 
de Liège, comme des bonnes villes... et avons ordonné et ordonnons que 
ehascun des dis mesliers devera requérir de notre frère de Liège, leur 



— 202 — 

tuées plus lard, notamment en 1417 ('). Mais le passage suivant 
d'un lettre du métier des porteurs, de l'an 1467, renverse cette 
opinion sans laisser subsister aucun doute : ce métier, dépourvu 
de règlement écrit, s'adressa au Conseil de la cité et aux 31 autres 
corporations, déclarant que « deiz aile inchoatlon des confrairies et 
» mesliers ordineis en la dilte Cité... il fut de prime face intitulé 
» avec les autres, et pour fait spécial a icelluy donné et concédé 
» banniers, pinceal, seelz, règle, franchises, prérogatives, droi- 
» lures, gouverne et ordinances... desquels... apparoit suffisam- 
» ment asseiz par lettres et chartes sus ce anciennement faites et 
» ordinées, que ledit bon meslier très grand temps avoit gardé et 
» par especial jusques à la piteuse confiiction d'Oihée, auquel temps 
» toutes icelles lettres et chartes,, avec généralement touttes les 
» autres lettres et chartes appartenantes aux autres bons mes- 
» tiers de la ditte Cité , furent violentement prinses , démaniées 
» et ooslées, en telle manière que oncques depuis ils ne les porent 
ï) ravoir ne recovrer («)... » 

Cependant, il est très certain qu'une grande partie au moins de 
ces archives fut restituée avant l'année 1684, puisqu'à cette époque, 
Maximilien-Henri de Bavière ordonna à tous les greffiers de mé- 
tiers de déposer leurs chartes à son Conseil privé. On possède le 
détail des remises qui furent faites alors, et on remarque dans cette 
liste un grand nombre de documents sur parchemin ( s ). En 1730, 
les métiers devaient de nouveau avoir été rerais en possession de 



seigneur, d'avoir ordonnances nouvelles sur le gouvernement desdis mes- 
tiers ; lequel notre frère lui sur ce requis leur devera bailler icelles ordon- 
nances bonnes et raisonnablss par i'advis de son conseil et autres qui en 
ce se cognisseront » (Sentence du duc de Bourgogne). 

[ 1 ) INous avons aussi émis celte opinion, sur la foi d'autres écrivains, 
dans un Rapport sur les archives de la cité, 186'2. 

(2 ) Livres des Charles el privilèges, vol. I, p. 183. 

(3) V. le Rapport fait au collège des bourgmestre et échevins, par la 
commission spéciale chargée de rechercher les documents historiques dans 
les archives communales, 1862 ; appendice a" III. 



- 203 — 

leurs archives puisque, cette année, le Conseil de la cité leur en 
demanda communication pour composer le recueil des Chartes et 
privilèges . 

Nous ne savons si les chartes des tanneurs furent envoyées à 
Mons en -1408. Il est possible que le métier , pour avoir l'air de se 
conformer aux ordres du duc de Bourgogne, lui en remit une 
partie et que c'est à celles qui ne lui furent point restituées que fait 
allusion ce passage d'un récès de l'an 1479 : « les anchines lettres 
et chartes demorant tousjours en leur forche et vierlut, se retro- 
vées astoient. » 

En! 1684, les tanneurs déposèrent au Conseil privé du prince 
quelques registres qu'ils retirèrent peu de mois après ; mais ils ne 
se dessaisirent pas des parchemins qui leur restaient ou qui leur 
avaient été rendus. 

Bes parchemins sont encore aujourd'hui presqu'au grand com- 
plet. Toutes les chartes importantes, à l'exception de trois ou 
quatre ( ' ) , qui sont mentionnées dans le répertoire de greffier 
Jean Hogge fait en 1698 , existent encore. Ce sont les seules 
archives des 32 corporations de métiers de Liège que l'on ait 
découvert jusqu'à ce jour. Elles méritent donc à tous égards une 
attention spéciale. 

Avant l'institution des seize chambres, c'était le rentier qui 
avait la garde des archives du métier. Les anciens documents 
étaient conservés dans une armoire placée dans la chambre des 
séances ; les registres et les papiers reposaient chez le rentier 
dans un coffre fermé de trois clefs contraires ; un gouverneur , un 
maître tanneur et le rentier en avaient chacun une. 

Lettres et registres furent ainsi conservés jusqu'à la révolution 
française : « Alors , dit un document , les archives du ci-devant 



( 1 ) Nous citerons la charte originale de l'an 1288, le règlement du 9 
juillet 1560, et la donation de la halle des tanneurs en 1547. Les deux 
premières, dit le greffier, « étaient tournées dans une garde de peau pour 
leur conservation » en 1G98. 



— 204 — 

métier des tanneurs ayant été déposées dans une chambre da 
moulin à tan , lors de la retraite des Autrichiens qui l'ont occupé 
deux mois, elles y furent spoliées, lacérées , et en partie brûlées. » 
La plupart des procès, des suppliques, des transports, des registres 
furent détruits. Heureusement les chartes , parla même qu'elles 
étaient en parchemin et sans aucune utilité , furent sauvées à peu 
d'exceptions près. 

Lorsque la nouvelle société des tanneurs se constitua en 4808, 
ces précieuses épaves du naufrage social qui submergea la princi- 
pauté de Liège, furent recueillies par le nouveau rentier Monsieur J. 
C, D. Malherbe qui les conserva avec soin et les transmit à son fils 
Blonsieur Gilles Malherbe , rentier actuel ; celui-ci, avec une obli- 
geance à laquelle nous nous plaisons à rendre un témoignage 
public de reconnaissance , nous a permis de les examiner 
et même d'en copier quelques-unes , que nous ferons suivre en 
appendice parce qu'elles ne se trouvent pas dans le livre des 
Chartes et privilèges et que leur importance est incontestable. 

Les autres pièces intéressantes de ce dépôt seront mentionnées 
à la fin de ce chapitre dans un inventaire chronologiqne et anala- 
lytique, qui contient aussi l'indication des documents imprimés 
dans le livre des Chartes ou renseignés par le greffier Hogge qui 
nous ont principalement servi dans nos recherches. De cette façon, 
on connaîtra exactement les sources où nous avons puisé. 



II 



LES REGISTRES. 

Les registres aux comptes étaient tenus par le rentier ; ceux 
aux sieultes ou procès-verbaux des séances, par le grelfier ; ceux 
aux acquêtes et reliefs en double, par tous deux. Au XVI» siècle, le 
métier ordonna à son greffier de tenir un registre particulier pour 
y transcrire ses chartes. Cet ordre ne fut mis à exécution 



— 205 — 

qu'en 1627 par le greffier Wathieu Hocht qui copia quelques-unes 
des pièces les plus importantes ; en 1698, le greffier Jean 
Hogge, son successeur , continua son œuvre et inséra au même 
volume, mais dans un désordre chronologique complet , un inven- 
taire de toutes les pièces qui composaient alors les archives de la 
corporation. Il divisa son travail en cinq parties : 1" les procès ; 
2« les suppliques et les apostilles; 8° les transports et les obliga- 
tions ; 4° les documents sur parchemin ; 5" les lettrages , docu- 
ments et règlements sur papier. 

Ce registre a été sauvé de la destruction avec un autre cahier 
contenant les reliefs des années 1497 à 1644. Tous les autres ont 
péri , probablement au moulin à tan pendant l'occupation autri- 
chienne. Nous regrettons particulièrement les registres aux récès : 
c'était là la source la plus féconde en renseignements sur la vie 
active , tant intime que politique , du métier. Us devaient en effet 
contenir les procès-verbaux des séances de la corporation. On 
conçoit combien de détails intéressants on aurait pu y puiser sur 
les usages, les coutumes, la fabrication des produits , les relations 
avec le Conseil de la cité, etc. 

Le métier des tanneurs devait aussi posséder des registres où 
était indiqué le rang des compagnons pour aller au moulin cher- 
cher leurs écorces. Ils ont également disparu. 



INVENTAIRE DES ANCIENNES ARCHIVES 



DES 



TANNEURS DE LIEGE. 



1288, 4 mai. Rendage du moulin de Pilchoule; fait par les enfants 

de Jean de Dachues en faveur des tanneurs de Liège. 
Document inédit, n" I. 

i30l , l*"^ avril. Record de la cour de Jupille louchant la possession 
de ce moulin. 

Document inédit, n» II. 

1324, IS septembre. Relief du moulin de Pilchoule, fait par Colons 
de Lilées et Johan de Sumangne stipulant au nom du mé- 
tier des tanneurs , par devant la cour des tenants d'Er- 
nekins de Bois d'Awans, aux conditions prescrites par le 
rendage de l'an 1288 et moyennant le trescens de mouture 

et d'épeaulre y stipulé. 

Copie authentique sur papier, signée du notaire de Housse. 

1331, 5 septembre. Charte constitutive du métier des tanneurs, 
donnée par Adolphe de la Marck; dispositions touchant 
l'élection des chefs, la police de la lialle, etc. 

Imprimée dans le Recueil des Chartes et privilèges des 
o^méliers, vol. II. p. 217. 

1333, 21 mai. Donation des deux places de Gravioule au métier des 
tanneurs par Adolphe de la Marck et le Conseil de la cité, 



— 207 — 

moyennant 20 sous liégeois à payer par moitié à chacun 

de ceux-ci. 

Document inédit, n" III. 

4347, 16 novembre. Donation de la halle des tanneurs en forme 

d'acquète. 

Document sur parchemin . perdu. 

1363, 5 juin. Acte passé par devant les échevins de Liège, concer- 
nant le moulin bannal de Longdoz , appelé depuis le 
moulin Grégoire, représentant Ursins, et desservant les 
brasseries du Pont d'Amercœur, de Longdoz, de Péville 

et de Robermont. 

Document sur papier. 

1373, 50 janvier. Lettre par laquelle les échevins de Liège, à la de- 
mande du métier des tanneurs, confirment un rendage 
proclamaloire du 30 sept. ]ô7ô , à la suite duquel ledit 
métier a acquis, comme plus haut offrant, le moulin appelé 

Folereclie, joignant le moulin des tanneurs à Liège. 
Document inédit, n" IV. 

1588, 9 novembre Transport de 4 marcs 12 deniers et 4 chapons 

de cens, sur le moulia de la FoUerie, eu faveur du métier 

des tanneurs. 

Original sur parchemin. 

1405, l*^"" juillet. Jugement contre Lambert Bottin, moulnier, en 
faveur du métier. 

Imprime {Recueil des Charles) vol II, p. 218. 

140G, 27 novembre. Visitation des voir-jurés du cordeau, tou- 
chant les boutiques des bouchers qui se trouvent sous la 

halle des tanneurs. 

Original sur parchemin. 

1410. Thicry Fichon, umis juralorum sive gubernatoriim ministerii 

(des tanneurs) etLaurent le Follon, alias le Tenneur, font 

un compromis et nomment des arbitres pour décider 

certains différends survenus entre eux et le métier. 
Orig. sur parchemin. 

1418, 29 décembre. Statuts et ordonnances en forme de règle- 
ment. 

Imprimé {Recueil des Charles), vol. Il, p. 220. 



208 



142! , 19 janvier. Ordonnance du métier des tanneurs louchant 
l'élection des officiers de la cité et de la corporation. 
Document inédit, n» V. 

1421, 30 mai. Acquisition faite par le métier des tanneurs du 
moulin del Pilchoule{i\(ivem\ depuis le grand moulin) sous 
forme de donation faite par devant la cour allodiale , par 
Amèle Baré de Streel , chevalier, à la condition de ne 
pouvoir le vendre, engager, échanger, ni donner sans le 
consentement de tout le métier. 

Document sur parchemin, perdu. 

4422, 13 mars. Relief de la halle des tanneurs, située sur le Mar- 
ché, à Liège, par dcseiir et deleis — le numgenne du métier 
des mangons , et joignant vers N.D.aux-Fonts à la 
Violette; pour 4 marcs de cens annuel , devant Joh. Mi- 
chelot et ses tenants. Même relief, fait le 21 mars 1462 
à Alex. Borlé, héritier de Joh. Michelot, jadis maître de 
la cilé. 

Deux lettres sur parchemin annexées. 

1425, 20 juin. Ordonnance du métier touchant la reconstruction 

de la halle qui tombait en ruine. 
Document inédit, n° VI. 

1426, 7 avril. Rendage d'une place sous la halle des tanneurs, fait 

parle métier en faveur de Gilet Chabot, raangon. 
Orig. sur parchemin. 

1426, 7 avril. Le métier des tanneurs de Dinant, à la demande de 

celui de Liège , défend à tout tanneur étranger de faire 
moudre des écorces à Dinant, comme cela s'était pratiqué 
jusque-là. 

Orig. sur parchemin. 

1427, 25 juillet. Lettre des oflices. 

Document inédit, n" Vil. 

1428, 1*' avril. Deuxième lettre des offices. 

Document inédit, n° VII. 



— 209 — 

1431, 29 janvier. Ordonnance du métier touchant les reliefs des 
fils et des filles de maîtres, leur mariage, etc. 
Document inédit, no VIII. 

1433, 27 mars. Lettre ou récès du métier, contre les bâtards. 
Imprimé (Recueil des Chartes, vol. II, p. 225.) 

1433, 27 mars. Ordonnance du métier au sujet du prix des cuirs 

appelés ardeneuses. 

Document inédit, n» IX. 

1434, 16 mars. Sieulle du métier, louchant la quantité d'écorces 

que chaque compagnon peut moudre par an. 
Document inédit, n° X. 

1436, 21 mai. Relief fait par le métier des tanneurs, devant la 
cour jurée du couvent des bons enfants, pour le moulin 
Folereche, situé dans la paroisse de St.-Remacle, au pont 
d'Amercœur, aux conditions suivantes : 1° de payer aux 
cours et aux seigneurs tréfonciers dont le moulin mcAit, 
tous les treffons, deptes, droitures et redevabilités qui leur 
appartiennent ; 2° de le restaurer quand il sera endom- 
magé; 3° de payer 7 marcs, 15 sous et 7 deniers de rente. 
Présents: H. delChachie, maître de la cité, Jean Halbadea, 
G. Copdroie, Colair le Bidart rentier du métier, etc. 
Orig. sur parchemin. 

1439, 10 avril. Complément de la lettre des offices. 

Document inédit, n" XI. 

1440, 28 janvier. Récès du métier des tanneurs qui frappe d'une 

condamnation Piron Stevenet J. Voskin, dont les femmes 
ont trahi et révélé les secrets du métier. Les femmes se- 
ront privées du droit de vendre et de fréquenter la 
halle pendant un an, avec faculté de racheter la peine par 
une amende d'un marc de fin argent; leurs maris paie- 
ront 10 livres consacrées à l'achat d'une affiche que le 
valet du métier portera aux processions et aux autres 
solcmnités ; ils seront privés dumélier jusqu'au paiement 
de l'amende. 

Orig. sur parchemin. 



— 2t0 — 

1440, 31 janvier. Relief du moulin dil des tanneurs ù Longdoz , 
fait par le métier à Jean Olivier, dit de Prayon , comme 
nouveau seigneur, aux conditions énoncées dans l'acte de 
1436, excepté pour la rente, fixée à 7 muids d'épeaulre 
(2 deniers par muid). Témoins : Pierre Andrikas , Istas 

de Villers, G. d'Oborne. 
Orig. sur parcliernin. 

1443 , 23 juillet. Rendage d'une maison située en Gravioule, fait 
par le métier en faveur de Jean Valye , pour 5 marcs de 
cens ; le 31 mars 1430 , il avait déjà été fait un relief de 
cette rente, et le 31 mars 1449 , le métier fit un purge- 
ment de saisine de la maison. 
Orig. sur parchemin. 

1447,10 avril. Rendage de deux maisons situées en Pierreuse, 

au lieu dit Volière , paroisse St-Servais , joignant aux 

maisons de Poix-le-Vache desBalanches, fait par le métier 

à Ernou Hubert pour 9 marcs de cens. 
Orig. sur parchemin. 

1450, 4 juillet. Condamnation semblable à celle du 31 janvier 

1440, pour révélation des secrets du métier. 

Orig. sur parchemin, mais en si mauvais état , qu'il est 
impossible de le déchiffrer. 

1430, 22 décembre. Rendage d'une maison , située en la Volière, 
et appelée la maison des Houlgreis (Holgrees), aile poyet 
de fyer , en faveur d'Ern. Mosson dit Dierseur. 
Orig. sur parchemin avec 4 sceaux. 

1453, 17 janvier. Jugement rendu par les échevins de Liège contre 
la compagnie des Archers de Sl-Sébastien qui élevait des 
prétentions sur le desoubtraine pièce de terre sise en 
Gravioule : les tanneurs cxbilent la lettre de donation 
leur délivrée par Adolphe de la Marck le 21 mai 1333. 
Orig. sur parchemin. 

1455, 5 juin. Jugement et enseignement des voir-jurés des eaux, 
extrait du registre des échevins de Liège , louchant les 



— 211 — 

balles de Fonrchufossé et les redevances dues par les 
moulîiiers tanneurs et le seigneur de Kickempois pour 
l'entretien des dites baltes. 
Orig. en parchemin, perdu, 

4455 , 30 juillet. Visitation des voir-jurés du cordeau à propos 
d'un dilférend suscité entre le métier des tanneurs et deux 
mangons qui occupaient des staz ou boutiques sous la 
balle du métier. Ils déterminent l'emplacement d'un mur 
à élever par le métier à la dite halle et stipulent que quand 
il sera fait , les dits mangons pourront y attacher leurs 
grailhcs et prendre leurs aisemences. 
Orig. sur parchemin. 

1457, 8 décembre. Obligation donnée à Jean-le-Broin pottier de 
sten, pour livrance de 57 cuirs à 33 bod la pièce (10 sous, 
6 deniers le bod). 

Orig. en parchemin. 

i-459, 14 octobre. Marie , veuve de Math, de Hornes , tanneur , 
étant privée du métier par la mort de son mari , obtient 
la permission de vendre les peaux non tannées qui lui 
restent; elle promet de ne plus en vendre d'autres 
à moins qu'elle se remarie avec un bourgeois tanneur ou 
paie la rate du métier (100 il. d'or de la marche du 
Rhin) , auquel cas elle peut continuer à user le métier. 
Lettre çhirographaire sur parchemin ; débris d'un sceau. 

4460, 19 novembre. Commission du lonlieu du cuir, donnée pour 
un sluil de 6 ans, aux gouverneurs du métier des tanneurs 
par Collard Sonck , céarier de l'évêque, à raison de 7 
griflbns (10 livres 10 sous pour le griffon) de rente an- 
nuelle. 

Orig. en parchemin. 

1462, 21 mai. Relief de la halle des tanneurs. 
Document en parchemin, perdu. 

1464, l»"" février. Sicultc de la corporation des tanneurs par la- 
quelle elle déclare vouloir se conformer aux 31 autres 



— 212 — 

métiers , pour observer les coutumes du pays. îl y est 
stipulé comment ou doit agir en cas d'alarme , de 
siège, etc., que tous les compagnons doivent suivre 
leur bannière, etc. 

Imprimé [Recueil des Chartes, vol. II, p. 228.) 

H64, 5 mars. Record des voir-jurés du cordeau, donné au métier 
des tanneurs à la requête des commis et députés par les 
XXXII de la cité aile inquisition de belcoïste , touchant le 
spiez et stauble de mangons , situé sous la halle des tan- 
neurs. Les voir-jurés leur délivrent une Visitation faite 

le 27 novembre 1406. (Voyez cette date). 
Orig. sur parcliemin. 

1464, 26 mars. Lettre du métier des tanneurs, par laquelle il déclare 
que Jacquemin de Housse, ayant repris de la cité un stau 
de mcingon, situé sous la halle des tanneurs, n'a pas voulu 
payera ceux-ci le droit qu'ils réclamaient pour les relonge 
et usse (ou usserie) pris fours délie paroisse (la porte qui 
se trouve dans la paroi ) délie halle de nostre mestier, 
sur le marché, venant sur les greis délie montée de la dite 
halle ; qu'en conséquence ils lui ont ordonné de ne point 
appuyer son établi contre leur mur ; mais que Guill. de 
Champt, au nom de la Cité, dont il était jadis maître , 
avait pris en rcndage perpétuel la location du mur et de 

la sortie, à raison de 4 marcs de rente. 
Orig. sur parchemin. 

1478, 30 mai. Cri proclamé au perron de Liège, ordonnant que 

tous ceux qui connaissent, tiennent et manient des biens 
ayant appartenus à Wathieu Dathin, ont à le déclarer. 
Document sur papier, perdu. 

1479, 9 février. Récès du métier en forme dérèglement, défendant 

de vendre à crédit et de livrer des marchandises aux cor- 
donniers à domicile. 

Document inédit, n" XII. 

1479, 22 juillet. Récès permettant aux corbesiers et aux cordon- 



— 213 — 

niers d'acheter des cuirs et de les tanner pour en faire 
des souliers, mais non pour les revendre. 
Document sur papier, perdu. 

4480, 4 mars. Charte de la cité touchant la reconstruction de la 
Violette. 

Document inédit, no XIII. 

1480, 18 juillet. Transport de 20 muids d'épeautre à prendre sur 
les revenus de l'avouerie de Grâce, fait par le métier des 
tanneurs à Renier Peronne pour la somme de 20 1/2 fis. 
le muid, afin de pouvoir faire face aux dépenses de la 
réédification de la halle et à d'autres frais. 
Orig. sur parchemin. 

1480, 10 août. Accord fait entre les corbesiers , les cordonniers et 

les tanneurs dans le but de terminer quelques différends 
qui avaient surgi entre eux au sujet de l'achat et de la 
vente des cuirs. 

Imprimé [Recueil des Charles, vol. II, p. 227). 

1481, 19 janvier. Rendage d'une maison située en la rue condit de- 

soub maingriô (la rue des bouchers) , fait par le métier en 
faveur de Gertrude, femme de J. Renchon, mangon, pour 
11 marcs de cens. 

Orig. sur parchemin avec le sceau de Ger. de Sclassins. 

1481, 31 janvier. Copie d'une lettre authentique faite par chiro- 
graphe, touchant les boutiques ou établis qui se trouvent 
sous la halle des tanneurs , du consentement du rentier 
de la cité. 

Document sur papier, perdu. 

1481, 24 mai. Visitation des voir-jurés du cordeau à une boutique 
ou estau, sur les degrés de la halle des tanneurs. 
Document sur papier, 

1485, 6 juin. Jugement des voir-jurés des eaux touchant la part 
que l'abbé de St-Laurent doit payer au nom du métier 

des tanneurs, pour l'entretien des baltes de Fourchufossé. 
Document sur papier, perdu. 

14 



• - 214 — 

1488, 22 janvier. Transport de 10 fls. de cens fait à Walhier de 
Longdoz par le métier des tanneurs , qui lui continue le 
stuit de sa pêcherie pour le terme de 7 ans. 
Orig. sur parchemin. 

1488, 23 janvier. Lettres par lesquelles le métier des tanneurs 
avance à la cité 100 fl, du Rhin pour le maintien de la 
neutralité du pays avec la France. 
Orig. sur parchemin. 

1493. Règlement du métier des tanneurs qui expose la façon 
dont le métier doit être gouverné, comment il faut en 
user; détails sur l'observance au fait de pratique; en- 
trée , relief , etc. Renouvelé et coniirmé par les échevins 
de Liège le 7 juillet 1560, avec quelques modifications. 
Imprimé {Recueil des Charles, vol. II, p. 231). 

1493, 25 juillet. Ordonnance du métier en forme de règlement 
touchant le gouvernement et les usances du métier. 
Imprimé {Recueil des Charles, p. 238). 

1497, 19 août. Rendage avec relief d'un îlot en Gravioule fait par le 
métier en faveur de Jean de Housse. 
Orig. sur parchemin. 

1500, 9 août. Lettre des voir-jurés des eaux touchant les coiirsîères 
et le bassin du moulin des tanneurs. 
Copie sur parchemin. 

150j , 11 août. Relief fait par le métier des tanneurs devant le 
maire et les lenans de la cour jurée de Jean de Horne à 
Liège : 1° d'un pré gisant au lieu dit preis de Graveroule, 
joignant aux Ecoliers, à la Meuse, vers le Pont des Arches 
au cortil des tanneurs où Us vendent en la fore; 2° d'une 
pièce de terre nommée le Sauchy joignant aux Ecoliers, à 
ta rivière de la Thour du riche homme, etc., moyennant 
10 sous liégeois à payer au céarier de S. A. et 10 deniers 
de relief. 

Orig. sur parchemin. 



~ 218 — 

io03, 4 octobre. Lettres contenant les limites et l'étendue des prés 

et des îles formant les appendices du moulin des tanneurs 

à Longcloz. 

Document sur parchemin, perdu. 

4^)04, 8 octobre. Rechargement des échevins de Liège, d'une sen-» 
tence portée par les voir-j tirés des eaux, qui, à la requête 
du métier des tanneurs, avaient constaté le dommage leur 
fait par Wathieu de Preit, pêcheur , en établissant une 
vanne au lieu dit Golca , ce qui empêchait les poissons 
de monter à leur pêcherie. Le dit Wathieu prétendait 
la maintenir parce qu'elle se trouvait plantée dans ses 
eaux et non dans celles des tanneurs. Les échevins 
déclarent qu'ayant été mise sans permission, la vanne 
doit être enlevée. 

Orig. sur parchemin. 

1504, 12 décembre. Rédemption et transport de 9 muidsd'épeautre, 

faits par le métier des tanneurs en faveur de Lamb, 

Bottin sur les isleaux du moulin aux écorces. 
Orig. sur parchemin. 

1505, 24 mai. Purgement de saisinne sur un îlot en Gravioule , 
fait par J. de Housse , mangon , puis , le 12 juin 4515 
par Frère Thiry, supérieur des Écoliers, hors des mains 
du métier des tanneurs. 
Orig. sur parchemin. 

iS09 , 13 janvier. Deminement fait par J. Woulte , rentier du 
métier des tanneurs , contre Cornelis Dans, rentier de la 
cité , pour faute de paiement de 4 marcs de cens que le 
métier prétendait lui être dûs pour avoir cédé du terrain 
à la Violette, lors de sa reconstruction. Cornelis répond 
qu'il y a eu compensation en ce que la cité a permis au 
métier de reculer d'autant l'emplacement de sa halle. 
Orig. sur parchemin. 

IBIO Octroi d'une foire franche de 8 jours sur la batte , où 

un chacun, hormis les malfaiteurs et ennemis du Prince, 



— 216 — 

peut venir sans empêchement , sans payer maltole ny 
loullieu quelconque. 

Document sur papier, perdu. 

1ol2, 11 février. Sentence du Conseil 'de la cité pour les cordon- 
niers et les tanneurs au sujet de l'achat des cuirs. 
Document inédit, n» VX. 

1512, 2o juin. Octroi des voir-jurés des eaux donné à J. de 
Bcrminolin de pouvoir asseoir ung soid eaweresse sur un 
coup d'eau à Wez , pour y établir un marteal ou autre 
ouchynne (usine), à la condition de réparer les dommages 
qu'il pourraient de ce chef occasionner au moulin des 

tanneurs. 

Orig. sur parchemin. 

4S13, 22 juin. Approbation par Érard de la Marck d'un purge- 
ment rendu en faveur du métier des tanneurs contre 
ceux des corbesiers et des cordonniers. 

Imprimé (Recueil des Chartes, vol. II, p. 243.) 

1514, 3 juillet. Lettre concernant l'obligation qui incombe au 
métier des pécheurs de fournir tous les matériaux pour 
réparer la batte de Fourchufossé. 
Document sur papier, perdu. 

iSH, 20 octobre. Jugement porté par le métier des tanneurs contre 
Agnès Follon, accusée d'avoir commis un larcin à la halle; 
elle est privée pendant 4 ans de la fréquentation de la 
halle et condamnée à un marc de fin argent pour racheter 
le métier. 

Orig. sur parchemin. 

151o, 27 novembre. Renom fait par Guill. Dathin en faveur du 
métier des tanneurs de tous les biens, cens et rentes que 
lui avaient laissés son père et sa mère. 
Document inédit, ù° XVI. 

1516, 19 juin. Sentence prononcée par des arbitres sur un différend 
survenu entre les tanneurs elles cordonniers. 
Document inédit, n" XVII. 



— 217 — 

1516, 7 juillet. Accord entre les métiers des corbesiers , des cor- 

donniers et des tanneurs relativement à l'ordonnance 
d'Érard de la Marck. 
Orig. sur parchemin. 

1517, 17 avril. Sentence en faveur des tanneurs contre les cordon- 

niers et les corbesiers. 

Imprimé (Recueil des Chartes, vol. II, p. 243.) 

1520, 9.8 septembre. Accord fait entre les pécheurs de la Hamaide 
el le métier des tanneurs. Les pécheurs ayant voulu 
fermer leur stau des pêcheries , appelées les hameades , 
pour les mettre sous la pêcherie des tanneurs, appelée la 
galette et située au-dessus du moulin à écorces sur 
rOurte, ces derniers rendent aux premiers pour un sluit 
de 101 ans , leur dite pêcherie à raison de 8 fl. de cens 
par an. 

Copie sur parchemin (voyez 1553, 10 août). 

1526, 19 mars. Transport fait par le métier des tanneurs au profit 
de Ger. de Sclassins , tanneur , de la maison appelée la 
halle des tanneurs, sur le Marché , par dessus la halle des 
mangons, joignant d'amont à la Violette, d'aval à la cham- 
bre des dits mangons , comme hypothèque de 20 fl. de 
rente (20 aidans pour chaque florin , 24 sous pour cha- 
que aidan) que le métier lui vend à raison de 400 fl. 
Orig. sur parchemin. 

1532, 22 juin. Transport de 10 fl.de rente rédimibles, hypothéqués 

sur tous les biens (halle, moulin, cens, rentes, etc.) du 
métier , fait par les tanneurs à Rob. Woet , moyennant 
une somme de 200 fis. qui sera employée au plus grand 
profit du métier. 

Orig. sur parchemin. 

1533, 10 août. Depuis le marché conclu le 28 septembre 1520, 

les pêcheurs, ayant, sans enseignement de justice séparé 
les deux pêcheries dont il y est fait mention, les tanneurs 
élevèrent [une batte devant la Colette (à eux appar- 



— 218 — 

tenante) et devant Marthea (pêcherie des pêcheurs). 
Il s'ensuivit des discussions qui se terminèrent par 
l'accord suivant : 1° le stuil susmentionné est main- 
tenu ; 2o les pêcheurs devront chaque année avant 
quarmea (carême) faire une batte pour estoper la pêcherie 
joindante a koit del neiche del pêcherie de golea ; 5° la 
dite batte devra être fechie de 2 </- pieds de hauteur, 
au cas qu'ils n'ayent empeschement de jallée ou de trop 
grande eawe\ 4° cette batte devra être maintenue jusqu'à 
la fête de S^-Giiles et jusqu'à ce que l'eau soit assez haute 
pour prendre et peschier anckerawes. 
Orig. sur parchemin. 

1537. Commission donnée à Collard de Blarlhea pour rechercher 

et saisir tous les biens de Wathieu Dathin. 
Orig. sur parchemin. 

4537, 18 octobre. Record du maire et des tenants de la cour jurée 
délie halle (de absentis) touchant les biens des Coiivegney 
(de Wathieu Dathin), donné à la requête du métier des 
tanneurs qui voulait connaître sa part dans la distribution 
de ces biens entre les 82 métiers et la compagnie des ar- 
balétriers. Suit le détail des biens et des rentes qui lui 
reviennent. 

Orig, sur parchemin. 

4539, 13 mars. Rénovation de diverses lettres et documents con- 
cernant la longueur et la largeur de Gravioule apparte- 
nant au métier des tanneurs, à propos d'un différend surgi 
entrelui et la compagnie des archers au sujet d'une terre. 
Orig. sur parchemin. 

4539, 6 mai. Jugement du Conseil de Corneille de Berg, dans lequel 
on voit que la part du métier des tanneurs dans les biens 
de Wathieu Dathin était de 20 muids d'épeautre de rente, 
placés sur la moitié de la vouerie de Grâce ; que, après 
avoir perçu cette rente pendant un certain temps, ledit 
métier l'avait transportée à Collard Peronne ; qu'ayant 



— 219 — 

ensuite voulu en ravoir vestUure, il avait eu des difficultés 
parce qu'il n'en avait pas fait relief aux tenants de la 
cour de absentis seuls juges compétents pour les affaires 
concernant ces biens. 
Orig. sur parchemin. 

1542, 22 mai. Transport de 4 flor. de cens, fait par Martin de Fan- 
chon, boucher, en faveur du métier des tanneurs, à rai- 
son d'une paroi lui accordée contre la halle dudit métier. 
Orig. sur parchemin. 

1542, 10 juillet. Rendage du jardin dit des arquebusiers (plus tard 
François de Prez) silué en Gravioule, fait par le métier des- 
tanneurs, en faveur des dits arquebusiers autrement dits 
coleviiniers. 

Orig. sur parchemin. 

1547, 5 septembre. Constitution des gouverneurs du métier des 

tanneurs, pour vaquer à ce que l'on ne construise pas un 

moulin à marleau près de Fourchufossé. 
Doc. sur parchemin, perdu. 

1550. Acte concernant une maison extante derrière mangine, joi- 
gnant par derrière à la maison communément appelée le 
chastea. 

Doc. sur papier. 

1559, 7 août. Sentence touchant l'acquéle du métier, la vente des 

cuirs, etc. 

Imprimé {Recueil des Chartes, vol. II. p. 253.) 

1560, 9 juillet. Articles tirés du règlement de 1493. Reproduction 

des art. 12, 26, 28, 30, 53, 54, 57, 42. 
Imprimé (Ibid. , p. 284.) 

1560, li novembre. Sentence du Conseil de la cité pour les corbe- 
siers et corduaniers contre le métier des tanneurs. 
Doc. sur parchemin, perdu. 

1565, 14 avril. Louis Favereau, corroyeur, après avoir acquis la 
rate du métier, a été frappé de plusieurs amendes pour 
en avoir enfreint les statuts eu achetant des cuirs poilus, 
en les revendant à des marchands de Maestricht et hors 



— 220 — . 

des limites prescrites, elc, mais ayant obtenu des man- 
dements inhibitoires de juges ecclésiastiques, au grand 
détriment du métier des tanneurs, les deux parties 
nomment des arbitres pour terminer le procès, à savoir : 
Jean de Streel et Pierre Bex, bourgmestres; Jacques de 
Cbokier, écbevin et Guillaume Gerardin dit Chapeaville 
notaire de la cour spirituelle de Liège. Se conformant à 
leur sentence, Louis Favereau renonce au métier pour 

lui et pour ses hoirs et paie 250 fl. d'amende. 
Orig. sur parchemin. 

d569, 18 janvier. Supplique des métiers des corbesiers et des cor- 
donniers au Conseil de la ville pour se plaindre des 
tanneurs , qui , prétextant un nouvel impôt sur les 
écorces , ne travaillent presque plus et les oblige de 
s'approvisionner à grands frais à Maestricht et dans le 
Brabant; ils se plaignent aussi de ce que les tanneurs 
n'apportent à leur halle certains jours que des doz, cer- 
tains autres jours que des cuirs d'empeigne, 
Récèsde la cité, à l'Université. 

d569, 48 janvier. Sentence rendue par les bourgmestres de la cité, 
en faveur du métier contre quelques tanneurs qui ne s'é- 
taient pas conformés aux règlements. 

Imprimé (Recueil des Charles, vol. II, p. 254.) 

1S74, 26 juillet. Rechargement d'une sentence portée par les voir- 
jurés du cordeau qui défendait à Claes le Parmenlier d'éta- 
blir unecheminée contre les parois de la halle des tanneurs 
et d'y percer une fenêtre. 
Orig. sur parcliemin. 

4S79, 19 février. Ordonnance du Conseil de la cité pour apaiser les 

corduaniers et les corbesiers qui se plaignaient de la 

cherté des cuirs tannés. 

Imprimé [Recueil des Chartes , vol. II, p. 256.) 

1S80, 2 mars. Rendage des isleaz de xhorsal {fmersâs^)molins appar- 
tenant au métier des tanneurs ; savoir : le grand 2s/ea,qui 



— 221 - 

est par de là le pont situé entre les deux moulins; plus un 

petit islea ajoettes {légumes^) au-dessus du grand, avec 

les sonppes dessus de l'Ile de Wath. Daveroit, plus une 

houbbière qui est le long de Golleaz ; pour un stuit de 

6 ans, à Math. Michon à raison de 180 florins liégeois. 
Document sur papier. 

1580, 8 mars. Edit prorogeant l'ordonnance de Gérard de Groes- 
beck du 14 mai 1579 (ordonnance perdue) qui accorde aux 
compagnons du métier de pouvoir, pendant G mois, mou- 
dre où bon leur semblera sans encourir d'amende. 
Conseil-privé {Dépêches, 1579-1580, fo233.) 

4585 el 1586. Sentences rendues par le Conseil de la cité ordonnant 
de moudre au moulin banal, sauf en cas de nécessité. 

Mentionnées dans le document du 19 juillet 1596, perdues. 

1586, 3 septembre. Récès du métier touchant un pécule demandé 
par S. A. et repris par les gouverneurs du métier, comme 
plus haut offrants. Il est statué que les deniers seront le- 
vés sur les meunées d'écorces, haussées à cet effet de 
6 fis. chacune , ce qui fait H fl. 5 aidans la meunée au 
moulin des tanneurs et 13 florins à tout autre moulin. 
Orig. sur parchemin. 

1589, l"août. Récès du métier défendant de distribuer les écorces 

sans la mesure et le mesureur du métier ; ordonnant 
aussi de reporter la mesure dans la maison du rentier 
sans la retenir chez soi el sans la donner à autrui. 
Imprimé [Recueil des Chartes , vol. II, p. 259.) 

1590, 16 juillet. Rendage fait par le métier des tanneurs à Jean 

Curtius d'un terrain long de 360 pieds et large de 80, 
situé à côté de sa maison en Gravioule (sans y compren- 
dre le passage privé pour lui et ses voisins, qu'il devra 
pour la première fois faire accomoder et livrer au magis- 
trat de la cité quand il en sera requis) moyennant 80 fis. 
de cens de rente, pour contrepant de laquelle ledit Cur- 
tius engage une maison, moulin, by, usine qu'il a récem- 



— 222 — 

ment fait construire près de là. Ce contrat fut approuvé 
par le nriétier, réuni en sieulle dans son jardin, lieu ac- 
coutumé, le 19 juillet suivant. 
Orig. sur papier. 

1592 , 12 mai. Sieulte du métier confirmant l'art. 12 des Chartes 
par lequel il est défendu aux compagnons du métier usayit 
de Vart et pratique d'icellid, de mettre en œuvre aucun 
serviteur ou compagnon qui ne soit de la rate, sous peine 
de 10 fl. d'or d'amende. Approuvé par le Conseil de la cité 
le 27 juin. 

Orig. sur parchemin. 

1592, 27 juin. Sentence confirmée par S. A. le 20 septembre 
1700, contre l'emploi de ceux qui ne sont pas de la rate 
du métier, ce qui cause préjudice, dommage et ruine des 
pauvres compagjions travaillant actuellement pour les 
maîtres, et par telles contraventions sont privés de l'ou- 
vrage et salaire si nécessaires à l'entretien de leur 
pauvre vie. 

Orig. sur parchemin. 

1592, 11 septembre. Rendage fait par le métier des tanneurs, des 
deux tiers de son jardin , en faveur de Jean Aymond, 
charpentier ( ' ). 

Doc. sur parchemin, perdu. 

1596, 9 juillet. Ordonnance qui défend aux compagnons du mé- 
tier de moudre plus de 12 meunées d'écorces par an; mise 
en garde de loi, le 11 février 1597. 

Imprimé {Recueil des Chartes, vol. II, p. 259.) 

1596, 49 juillet. Circonduction de l'ordonnance du Conseil de la 
cité, en date de 1585, défendant, à moins de nécessité 

(i) L'original de cette pièce était déjà perdu en 1G33; mais il en exis- 
tait une copie dans un registre du métier. Les échevins de Licge en 
donnèrent une nouvelle confirmation le 12 avril de cette année, en repra- 
duisant la mise en garde de loi. 



— 223 — 

urgente, de moudre ailleurs qu'au moulin du métier et 
plus de 12 meunées par an. 
Document inédit, no XIX. 

4597, 24 et 29 juillet. Rendage de places de Gravioule, fait par le 
métier des tanneurs, en faveur de Jean Curtius , pour 
20 fis. de rente. 

Orig. sur parchemin. 

1598, 13 août. Sieulte touchant les recoupeurs ; mise en garde de 
loi le 29. 

Imprimé {Recueil des Chartes, v. II, p. 261.) 

1598, 24 novembre. Règlement par lequel il est défendu aux meu- 
niers de tirer les ventaz de leurs moulins quand ils n'ont 
point à moudre, afin de ne pas perdre l'eau. 
Doc. sur papier, perdu. 
1602, 6 septembre. Ordonnance de porter la mesure dans la 
maison du rentier, sous peine de 3 fis, d'or d'amende ; 
mise en garde de loi le 10. 

Imprimé {Recueil des Chartes, vol. II, p. 262.) 

1613, 8 octobre. Diplôme de l'empereur aiathias pour l'élection 

magistrale. 

Louvrex. T. 1, p. 49. 

1618, 17 septembre. Réccs du métier des tanneurs , établissant 
30 patars sur chaque meunée d'ccorces pour subvenir 
aux nécessités du métier. 
Doc. sur papier, perdu, 

1620, 22 juin. Visitation , enseignement et estimation des voir- 
jurée des eaux, touchant les ouvrages et réparations à 
faire au moulin des écorces. 
Doc. sur papier, perdu. 

1620, 2 décembre. Défense d'exposer en vente sur les ponts et en 
d'autres lieux publics, des peaux de moutons ou autres, 
sous peine de confiscation. 

Récès de la cité, à l'Université, 



— 224 — 

1624, 2 mai. Règlement du Conseil de la cité pour la capilation ou 
taxe personnelle des membres du métier des tanneurs. 
Document sur papier, perdu. 

1624, U mai. Récès du Conseil de la cité touchant l«s feux de garde. 
Document sur papier, perdu. 

1624, 15 juin. Taxe accordée par le métier en raison de la suppres- 
sion de l'impôt du double pécule. 
Document sur papier, perdu. 

1629, 26 mai. Jugement rendu par le Conseil de la cité en faveur 
du métier des tanneurs contre Denis Cheratte , pour 
contravention aux statuts et aux usages du mélier. 
Imprimé [Recueil des Chartes, t. Il, p. 264 ) 

1629, 29 mai. Jugement en faveur du mélier contre H. Manigar. 
Imprimé [Recueil des Charles, t. II, p. 262.) 

1637, 17 septembre. Supplique à S. A. pour obtenir l'autorisation 
de s'assembler pour traiter des affaires du métier. 
Perdu. 

1651, 31 mars. Requête du syndic de la cité aux bourgmestres, 
réclamant son droit de connaître des faits des métiers, 
contre le mayeur Germeau qui, à l'instigation des officiers 
des tanneurs, s'était emparé de ce pouvoir. 
Supplique sur papier. 

1654, 5 septembre. Assemblées du métier accordées par S. A. 
les 19 avril 1655, 14 août 1692, 30 août 1660, etc. 

1654, 7 septembre. Récès fait au Conseil de la cité par le mélier des 
tanneurs y assemblé, ordonnant que chaque compagnon 
doit déclarer le nombre de meunées qu'il prétend moudre, 
pour payer 6 fl. brabant sur chacune. 
Document sur papier, perdu. 

1655 23 janvier. Supplique des marchands d'écorces en creppe 
pour avoir un mesureur nommé par eux et pour faire 
sceller la mesure. 

Document sur papier, perdu. 



22Î 



1655, !«' avril. Ordonnance du Conseil du métier qui déclare vou- 
loir établir lui-même les serviteurs du moulin. 
Document sur papier. 

1655, 16 avril. Ordonnance du Conseil de la cité déclarant que le 

métier des tanneurs a le droit d'établir et de changer tous 
les serviteurs de son moulin, et désavouant les commis- 
sions données à P. Halet, etc., qui prétendent se main- 
tenir dans le bateau malgré le métier. 
Document sur papier. 

1656, 4 mars. Ordonnance des trois États de refournir au métier 

des tanneurs les sommes avancées par lui à Sparck. 
Document sur papier, perdu. 

1658, 12 août. Le métier nomme des députés pour exposer à pro- 
clamation devant les échevins de Liège un jardin gisant 
en Gravioule , appartenant au métier; ces députés pour- 
ront, comme indemnité, moudre une meunée tous les 
quatre mois sans attendre leur tour. 
Récès de la cité, à l'Université. 

1663, 18 janvier. Supplique pour obtenir la confirmation des points 
suivants : 1" que le métier pourra élire les trinay quand 
il y aura des places vacantes; 2° que les mesureurs du 
trinay seront obligés de prêter serment devant les offi- 
ciers du métier , tous les ans, de l'acquit de leur charge; 
3° que tout compagnon tanneur et sa femme seront obli- 
gés de prêter serment quand ils en seront requis, sur 
l'application de leurs écorces. Confirmé le 16 avril. 

1663, 30 mai. Lettre de la cité , ordonnant aux officiers du métier 

des tanneurs, d'apporter en son Conseil, tous les papiers 

concernant ses privilèges. 
Document sur papier. 

1664, 4 avril. Fournissement à une ordonnance de S. A., par la- 

quelle est suffisamment prouvée la réelle et immémoriale 
possession de la place Gravioule par les tanneurs. 
Document sur papier, perdu. 



— 2^6 — 

!664, 24 juillet. Défense faite par Gérard de Groesbeck aux cor^ 
royeurs, aux tanneurs et SlUX accoustreurs de cuir, d'ache- 
ter des peaux de cerfs, biches, chevreaux ou autre rouse 
venaison à des gens suspects et qu'ils ne connaissent pas 
sous peine de six florins d'amende. 

Conseil privé. Dépêches, 1G60-1G67, f" 62. 

i664, 23 octobre. Mandement du prince défendant aux cordonniers 

de vendre leurs cuirs autre part que sur le vieux Marché. 
{Ibid.) 

4664,6 novembre. Supplique des marchands d'écorces et des ba- 
teliers à S. A., prétendant que la mesure dont on se ser- 
vait alors était plus grande qu'antérieurement. 

1665. Différentes pièces concernant une discussion survenue entre 
les tanneurs et les bateliers au sujet d'une houx que les 
premiers voulaient asseoir à la nouvelle voie de laHamaide; 
les autres prétendaient qu'elle gênait la navigation. 

1667, 19 décembre. Trois articles additionnels au règlement des 

tanneurs (confirmés par le Conseil de la cité le 6 janvier 
1668) : 1° qu'il ne faut pas retenir la mesure quand on a 
chargé les écorces sous peine de 21 Ils. d'or d'amende; 
2° qu'on ne peut dépasser 52 mesures, sous la même peine; 
3° qu'il ne faut pas rehacher des écorces étrangères déjà 
hachées sous peine de 9 fis. d'or. 

Imprimé {Recueil des Chartes, t. II, p. 267). 

1668, 13 décembre. Supplique et éclaircissement à S. A. par le syn- 

dic de la cité, touchant l'oflice de Trinay, conféré par le 
Conseil du métier à Jean Dispa. 

1669, 8 janvier. Ordonnance de S. A. au sujet de la collation des 

offices . 

Document perdu. 

1670, 24 mai. Touchant le pouvoir d'élire un remplaçant pour 

l'office de Trinay. 

Document perdu. 



— 227 — 

1676, 28 septembre. Règlement du prince Maximilien Henri par 

laquelle il défend à tout compagnon d'acheter des cuirs 
aux recoupeurs. Mis en garde de loi le 3 octobre et ap- 
prouvé par le Conseil de la cité le 13 janvier 1677. 
Imprimé [Recueil des Chartes, t. Il, p. 267). 

1677, 6 juillet, Députation de quelques personnes du métier des 

tanneurs, avec pouvoir d'emprunter la somme de 3,000 
fis. bbt, à Lambert Scronx au denier 30. 
Doc. sur papier, perdu. 

1678, 7 septembre. Ordonnance publiée à la demande des cordon- 

niers. Elle défend à tout recoupeur d'acheter des peaux 
dans la cité , banlieue et franchise de Liège , pour les y 
revendre, sous peine de 10 fis. d'or d'amende. 
Imprimé {Recueil des Charles, t. II, p. 270). 

4679, 10 juillet. Nouvelle supplique des corbusiers et des cordon- 
niers à S. A. touchant les recoupeurs. Ils demandent que 
ceux-ci puissent vendre et non acheter dans la cité. 
Imprimé (Recueil des Charles, t. II, p. 271). 

1679, 23 novembre. Réponse des tanneurs, favorable à la sup- 

plique qui précède, et ordonnance de S. A. mise en garde 
de loi le 28. 

Imprimé [Recueil des Charles, t. Il, p. 272). 

1685, 13 janvier. Supplique pour obtenir des députés du métier 
des tanneurs, afin de défendre la décharge des écorces 
par les compagnons, si ce n'est dans leur demeure fixe 
et respective. Suit l'apostille favorable. 

Ordonnance citée dans une pièce du 21 août 1690 [Re- 
cueil des Chartes, t. II, p. 288). 

1685, 16 février. Contenu de la mesure aux écorces moulues. 
Registre du métier. 

1685, 28 juin. Supplique à S. A. pour pouvoir reprendre quelques 

registres du métier, emportés à la chancellerie par ordre 
S.A. 

1686, 15 janvier. Règlement additionnel défendant de tanner 



228 



pour autrui , de remettre les cuirs dans d'autres 
cuves, etc. 

Imprimé [Recueil des Charles^ t. II, p. 273). 

1686, 19 septembre. Ordonnance approuvant la création d'une 
confraternité de secours entre les artisans du métier des 
tanneurs. 

(Recueil des ordonnanees de la principauté de Liège, 
3« série, l^^ vol., p. 77). 

1686, 26 septembre. Édit qui défend à tout compagnon du métier 

des tanneurs, d'acheter les écorces en creppes venant des 
pays étrangers au delà de leurs besoins, et d'acheter des 
écorces en creppes de la cité et banlieue pour recouper en 
icelle. 

Ibidem, p. 79. 

1687. Rendage de l'impôt des écorces fait par la cité au métier des 

tanneurs, pour 5,000 fis. bbt, et à certaines conditions. 
Doc. sur papier, perdu. 

1687, 19 juin. Requête au commissaire Goune, autorisé à lever 
les renies des 32 métiers. 
Document sur papier. 

1687, 25 août. Supplique pour obliger chaque compagnon d'avan- 
cer les droits des meunées mentionnées, pour pouvoir 
réparer le moulin aux écorces. 

1687, 3 août. Ordonnance de S. A. de remettre tous les papiers 
concernant les rentes du métier , en main des bourg- 
mestres. 

Document sur papier, perdu. 

1687 , 25 septembre. Sentence du Conseil de S. A. supprimant 

l'impôt accordé par les Chambres pour 3 ans, en payant 

12,000 n. brabant au profit de la cité. 
Document sur papier. 

1690, 9 août. Confirmation du récès du 16 fév. 1685, par S. A. 

1690, 21 août. Permission donnée par S. A. au métier des tanneurs 



- 229 — 

de pouvoir s'assembler pour faire une proposition clans 

l'inlcrél du métier. 

Imprimé {Recueil des Chartes, t. II, p. 288). 

1690, 9 septembre. Ordonnance de Jean Louis d'Elderen réglant la 

largeur des écorces et fixant la mesure de ces écorces 
à charger ou à hacher en creppe à la longueur de 3 join- 
tures du doigt, etc., et autres points. 

Imprimé [Recueil des Charles, t. II, p. 275, 288). 

iC91, 31 mai. Nomination de Ghinolte comme receveur des rentes 
des 32 métiers par S. A. 

Document sur papier, perdu. 

1691, 15 octobre. Ordonnance du Conseil de la cité au rentier da 

métier des tanneurs, de remettre tous les documents con- 
cernant les rentes à Ghinolte. 
Document sur papier, perdu. 

4691, 26 octobre. Supplique à MM. les bourgmestres et Conseil de 
la cité à la fin d'obtenir une place pour débiter les mar- 
chandises fabriquées du métier. 
Document sur papier, perdu. 

1691, 7 décembre. Ordonnance au commissaire de Troz d'évacuer 

la chambre de la grande halle pour les tanneurs. 
Document sur papier, perdu. 

1691, 1692. Suppliques pour obtenir une chambre sur la grande 

halle pour y débiter les cuirs tannés ; opposition des 

réfraclaires du métier. 
1694, 4 mai. Remontrance pour le métier aux griefs présentés au 

chapitre de Liège, touchant les 25 fis. 66 bbt., mis sur la 

meunée d'écorces. 

1697, 14 février. Supplique à S. A. pour obtenir la suppression de 
l'impôt de 25 fl. sur la meunée d'écorces. Apostille favo- 
rable, avec pouvoir de faire une collecte ou petit impôt 
jusqu'au remboursement de la somme à prendre pour 
subvenir aux frais. 

15 



— 230 — 

1707, 29 septembre. Règlement louchantles écorces etautres pbinis 

du métier ; approuvé par le Conseil impérial pour la prin- 
cipauté de Liège, le l*"" décembre 1707 et entériné par les 
échevins de Liège. 

Imprimé {Recueil des Chartes, t. II, p. 276). 

1708, iS janvier. Récès du métier des tanneurs demandant qu'on 

assigne une part des amendes aux officiers , afin de les 
engager à mieux remplir leur devoir. 

Imprimé {Recueil des Charles, t. II, p. 282]. 

1708, 22 janvier. Recès du métier demandant l'augmentation de 
l'amende fixée par l'art. 19 du règlement de 1707. 
Imprimé [Recueil des Chartes, t. II, p. 282). 

1710, 8 mars. Ordonnance du Conseil impérial qui modère l'art. 19 
du règlement du l^' décembre 1707. 

Imprimé {Recueil des Chartes, t. II, p. 290). 

1710, 10 mars. Ordonnance du Conseil impérial déclarant que 
l'ordonnance du 8 mars ne concerne pas le serment géné- 
ral, mais seulement le serment particulier compris dans 
l'art. 19 du règlement du métier. 

Imprimé (^Recueil des Chartes, t. II, p. 290). 

1710, 17 juillet. Ordonnance de S. E. le chancelier et du Conseil 

impérial touchant l'art. 19 du règlement du métier, dé- 
fendant à tout compagnon d'acheter des cuirs tannés pour 
les revendre ensuite dans la ville de Liège, les faubourgs 
et la banlieue. 

Imprimé [Recueil des Chartes, t. II, p. 290). 

1711, 22 novembre. Lettre au Conseil impérial touchant l'inter- 

prétation de l'art. 19 du règlement. 

Imprimé [Recueil des Chartes, t. II, p. 291). 

1712, 15 octobre. Lettre sur le même objet, et touchant la nécessité 

d'observer le règlement. 

Imprimé {Recueil des Chartes, t. II, p, 295). 

1713, 14 mars. Réponse des arbitres sur la question de savoir si 

l'on est obligé d'observer un serment. 

Imprimé {Recueil des Charles , t. II, pp. 295, 296). 



— 231 — 

4729, 30 juin. Requête des tanneurs pour obtenir la permission 
de moudre ailleurs qu'à leur moulin, devenu insuffisant. 
Imprimé {Recueil des Charles , t. II, p. 297). 

1732, 5 juillet. Ordonnance qui renouvelle et "amplifie les disposi- 
tions des anciennes chartes du métier , relativement à la 
vente de certains cuirs. 

Imprimé (Recueil des Chartes, T II , p. 298). Rcimpr. et 
réaffictié le 9 juin 1753 , le 17 mars 1769. Recueil des 
édils cl ordon. , 3° série, 1" vol. p 645. 

1736, 3 août. Edit de Georges-Louis , permettant aux tanneurs de 
jeter leurs écorces dans la rivière passant sous le pont de 
St-Nicolas, mais seulement quand les eaux seront hautes, 
pour faciliter l'exercice du métier; à condition que, pour 
ne porter aucun préjudice aux moulins situés sur le cours 
de cette rivière, ils en nettoient le lit 2 ou 3 fois par an, 
quand les eaux seront basses, et enlèvent les écorces qui 
pourraient y être restées depuis la !'■« tannerie jusqu'au 
dernier moulin inclusivement. 

Recueil des édils et ordonnances, 5e série, t. I, p. 692. 

4739, 20 avril. Supplique du métier des tanneurs au prince pour 
ordonner aux marchands étrangers de faire rewarder leurs 
cuirs à Liège. 

Conseil-privé; liasses, 

4773, 23 décembre. Règlement de François Charles, concernant le 

métier, en S5 articles. 

Imprimé chez Bassompierre, 1774, in-4° de 24 pp. 

4774, Conditions du rendage à sluit local et mobile faits par le mé- 

tier pour le repreneur du moulin de Longdoz. 

Imprimé, in-4'' de 8 pp. (chez M. Wauters-Cloes). 

4792, 29 mars. Ordonnance du métier des tanneurs de présenter au 
Conseil leurs observations pour les changements et amé- 
liorations à apporter au règlement de 1773. 
Archives du Conseil-privé. Dépêches. 



mmmu des mots tecumuues v^âllo^îs 



MÉTIER DES TANNEURS DE LIÈGE ('). 



Dans les pièces officielles du métier, tant imprimées que manus- 
crites, qui nous sont parvenues, on rencontre fort peu de mots 
techniques autrefois en usage dans la tannerie. Nous en avons dit 
le motif ailleurs ; ces pièces concernent presque toujours l'organi- 
sation ou l'administration de la société; la fabrication même des 
produits n'était pas réglementée. Les quelques termes remarquables 
éparpillés dans le livre des Chartes et privilèges et dans les Docu- 
ments ijieV/î7s joints à ce mémoire, ne diflerent guère des expres- 

{ » ] L'orthographe wallonne n'est pas 'encore fixée ; tous les systèmes 
présentes jusqu'aujourd'hui ont leurs inconvénients el chaque auteur écrit 
encore le wallon d'après ses propres idées. Nous avons lâché de nous 
rapprocher autant que possible de l'étymologie romane, tout en conservant 
aux mots la prononciation qu'on leur donne dans la langue parlée. La 
plupart des détails qu'on va lire nous ont été fournis avec la plus grande 
obligeance par MM. F. Hock, membre de l'Institut archéologique liégeois ; 
Fick-Simon , conseiller communal ; J. Rasquin , propriétaire de la plus 
grande tannerie de Liège. Nous devons aussi nombre de renseigne- 
ments à M. Alph. Le Roy, professeur à l'Université, qui a eu la bonté de 
relire , la plume à la main, tout ce mémoire. Nous les remercions ici de 
l'intérêt qu'ils on montré pour notre travail et delà part qu'ils y ont 
prise. 



233 



sions modernes; nous les avons néanmoins recueillis et insérés 
dans un glossaire où l'on trouvera, en regard, leurs correspondants 
wallons ou français. 

Les termes spéciaux encore en vogue aujourd'hui chez les tan- 
neurs de Liège, sont réunis, autant qu'il a été possible, dans la note 
qu'on va lire; c'est un court aperçu des procédés suivis dans notre 
ville, pour le tannage des cuirs. 

Les tanneurs, en wallon les tenneus, appellent cuir, oncûr, la dé- 
pouille des animaux propre àélre tannée, à l'exception des dépouilles 
de veaux et de moutons qu'ils nomment peau : ine paid'vai. 

Ces peaux peuvent se présenter sous trois différentes formes : 

i" Elles soni fraîches (en français vertes) quand elles sont i-écem- 
ment enlevées des chairs. 

2° Elles sont salées dans le but de les conserver ; c'est ainsi 
qu'elles nous arrivent de l'étranger. Dans le pays, on ne sale les 
peaux que lorsqu'on veut faire passer du cuir d'empeigne pour du 
cuir de semelle. Elles s'appellent en wallon des cûrs salés ou sim- 
plement des salés. 

3" Elles sont sèches lorsque , au lieu de les saler, mais aussi dans 
«n but de conservation, on les a fait sécher dans un grenier ou 
sous des hangards. Sous cette forme, la peau se nomme en liégeois 
ine sèchenne ( ' ). 

Une quatrième espèce de peau est celle des veaux mort-nés quo 
l'on tanne avec les poils dans une préparation d'alun, ce qui se dit 
à Liège passer es blanc (^ ). Ce cuir, étant très souple, sert à faire 



( ^ ) En Amérique, les peaux qui viennent fies villes sont généralement 
séchécs, et s'appellent maladeios; elles sont sonvenl gâtées à cause du peu 
de soin que les bouchers mellent à les enlever îles animaux. I.es peaux des 
campagnes s'appellent xalladeros ; beaucoup d'entre elles sont brûlées 
parce qu'on y manque de hangars pour les sécher convenablement. 

(^) Toute peau à laquelle on veut conserver les poils, de quelqu'animal 
qu'elle soit, est préparée à l'alun ; les sacs militaires, par exemple, sont 
faits en peaux de veau ou de chiivre passcicn è blancMien n'empêche cepen- 
dant de tanner un cuir de la façon ordinaire tout en lui conservant les 
poils. 



234 



des gilets à l'usage des tanneurs ; avant comme après le tannage, 

il s'appelle on motrtné. 

La peau d'une bote morte de maladie ou abattue pour un motif 
quelconque, autre que la consommation, s'appelle ine moreie. 

On acliète les peaux à la main, par pièce : acheter tixhe et taxhe; 
ou au poids, par tas; le tas ou paquet s'appelle on clieté. 

Les peaux se tannent au moyen des écorces de chêne moulues. 

Les écorces soit en fagots, soit réduites en poudre ou moulues, 
soit converties à l'état de tan par leur emploi dans les fosses, s'ap- 
pellent des hoices ; dans les vieux documents xhoi&es et xlioiirclies 
(escorches). Pour désigner le tan ou écorces qui ont servi, on dit 
aussi desveijès hoices (de vieilles écorces). Elles ne portent un nom 
particulier que lorsqu'elles sont coupées en petits morceaux , 
prêtes à être moulues; dans cet étal, elles se nomment des creppets 
{xhorches en creppe dans les documents) ; on les mesure dans une 
espèce de panier en bois cerclé de fer, nommé aune et on les remue 
avec ine hawe, une houe. On appelle des hoices es creppes, les écorces 
non moulues que l'on tient en magasin dans les greniers. Avant 
d'être moulues, les écorces doivent être séchées; pour cela on les 
étend sur de grands fours appelés iourailles {terreilleSy tarlhije dans 
le livre des Chartes, p. 240, n» 8, et dans un document de l'an 
1434) ; sécher les écorces se dit terreler. On sèche unemounée à la 
fois, c'est-à-dire 3,000 kilogrammes. 

Un fagot ou botte d'écorces se dit on fah (xhorches a faix, 
document de l'an 1423 dans le livre des Chartes et privilèges, 
p. 241, n" 24). Il y a de petits fagots de 25 livres, qui se font sur 
les bords de l'Ourlhe et de la Vesdre, pour la facilité du transport ; 
les autres sont de 2o kilogrammes; ceux-ci, généralement employés 
à Liège, viennent des pays étrangers. 

Dans le livre des Chartes et privilèges, p. 267, n" 3 , on trouve 
le mot harhée qui signifie aussi probablement un fagot, lié avec des 
hars ou branches de coudrier. Les paysans emploient encore 
celte expression hars pour indiquer une bande ; à Liège on dit 
ine loieure. 



— ^35 — 

Les tanneurs ne peuvent faire moudre leurs écorces quand ils 
veulent ; chacun a un rang fixé et il doit attendre son tour ou 
ou/ne. Quand on atteint son tour, qu'on a le droit de moudre et que 
le rentier a reconnu ce droit, on est saille (Voyez le Glossaire]. 

On dislingue deux espèces de tanneurs ; ceux qui travaillent les 
cuirs de semelle ou cuirs forts ; ce sont les gros tenneus, les gros 
tanneurs ; ceux qui préparent les cuirs d'empeigne et en général 
les cuirs indigènes, sont les côrreus , corroyeurs (dans les vieux 
documents coureurs, 1433). 

Il est une troisième branche, encore inconnue à Liège il y a 30 
ans, et aujourd'hui la plus importante. C'est la fabrication des 
cuirs pour cardes, pour laquelle notre ville possède une réputation 
européenne. C'est à John Gockerill que l'on en doit l'introduction. 
On en faisait une telle consommation que plusieurs tanneries ne 
travaillaient plus que cet article. Les pièces de cuir pour cardes 
étaient distribuées à une quantité de femmes d'Outremeuse, de la 
rue Sur la Fontaine, de Pierreuse, des faubourgs, etc., et garnies 
par elles de petites pointes en fer. Ces femmes qui, pour y mieux 
voir, faisaient ce travail dans la rue comme autrefois les faiseuses 
de dentelles, s'appelaient boiiteiises. Aujourd'hui cela se fait à la 
mécanique d'une façon merveilleuse. On dit d'un tanneur pour 
cardes : il oveure des cûrs po gâdes. 

TANNERIE. 



Il peut y avoir dans une tannerie douze espèces d'ouvriers 
ayant chacun sa besogne spéciale. 

4» Li maiste ovri, le maître ouvrier, qui règle tout le travail d'une 
tannerie, distribue les tâches, et dirige les ouvriers ; il doit con- 
naître le métier dans tous ses détails, c'est-à-dire, savoir commen- 
cer et finir un cuir. Autrefois comme aujourd'hui c'était ordinaire- 
ment le maistre da l'hostcl, le propriétaire, qui remplissait ces fonc- 
tions; souvent aussi c'était l'apprenti qui avait fait chef-d'œuvre 



— 236 — 

et qui, par reconnaissance pour son ancien maître, consentait à 
diriger son établissement pendant une année. 

2" Li droussineu, qui l'ait les travaux préparatoires et en général 
tout ce qui concerne le lavage, 

3" Li pèleu, qui enlève les poils. 

4° Li hûrneu, qui écharne, c'est-à-dire enlève les chairs avec un 
couteau ; ce travail est particulier aux cuirs de semelle. 

^»Li bouteu, qui enlève à la force du bras avec un oulil non tran- 
chant, les ongles, les oreilles et les bords des cuirs d'empeigne; 
cette opération correspond dans la corroyerie à celle de l'écharnage 
dans la tannerie. 

6" Li ripareu, qui en raclant la peau du côté de la fleur ou du 
poil, en fait sortir la chaux. 

8" Li riboutm, qui assouplit la peau. 

Ordinairement le même ouvrier est à la fois droussineu, peleu^ 
boiiteUj ripareu, et ribouleu. 

8" Li ravaleu , qui dans certains cas rend la peau d'égale épaisseur. 
Souvent c'est le hârneu qui est chargé de ravaler. 

9° Li rimetteu couche les cuirs dans les fosses ; cet ouvrier n'est 
ordinairement pas attaché à un établissement; il se prend à la jour- 
née ; le même rimetteu dessert ordinairement plusieurs tanneries. 

10° Li monteu prépare le cuir quand il est tanné , le frotte 
d'huile et le finit de façon à pouvoir être vendu quand il sort de 
ses mains. Cet ouvrier travaille ordinairement à la pièce. 

11° Li marapou ou manœuvre, qui porte les écorces, enlève le 
tan, etc. 

12° Enfin li sierveu aile coiwe; autre manœuvre qui porte les 
écorces au bord des fosses. 

Le détail des travaux auxquels se livre chacun de ces ouvriers 
se retrouve dans les différentes opérations que subit une peau 
pour être tannée, et dont voici l'énumération. 

Il faut casser les coines et cabossi, c'est-à-dire enlever les cornes, 
la queue et les grosses parties de chairs qui sont restées attachées 
à la peau (en français, enlever les émouchets). Ces parties de chairs 



— 237 — 

sont : les cowrîs, viande qui reste à la queue; les chiffes, les joues et 
les aurios, intérieur des oreilles. Tout cela est détaché avec un cou- 
teau nommé cabosse.u et devient la propriété des ouvriers qui le 
mangent ou le vendent (' ). 

2° On frappe ensuite chaque peau avec un marteau qui porte les 
initiales du maître et qui s'appelle ine marque. 

3° Cela fait, on mône les cûrs à Uaïwe ou on les mette dissaiwer, 
c'est-à-dire qu'ayant enfdé les peaux par les yeux au nombre de 
quatre ou cinq dans un loien d'anke (corde de deux mètres de long 
que l'on attache à une pierre d'ancre) , on les jette dans le fleuve ; 
l'eau, en passant sur celte bouleie (voyez plus loin), en enlève le 
sang et les saletés ; cette opération s'appelle en français le dessaignage. 
Pour aider au nettoiement, on spâme les cûrs à Vaiiue, c'est-à-dire 
qu'on les lave en les remuant dans l'eau avec la main; les peaux 
de mouton sont battues sur une planche avec un morceau de bois; 
l'ouvrier doit veiller à ne pas les laisser trop longtemps dans l'eau, 
^arcequ'eWes ploumerît, s'échaufferaient, ce qui occasionnerait la 
chute de l'épidermeou woie. 

La peau de veau séchée (la sèchenne) subit ici un autre traitement 
que la peau fraîche; on la met tremper dans une cuve d'eau ordi- 
naire pour laramoUir; après quelque temps, le liquide se charge de 
matières fétides et s'appelle on seûr (sûr, aigre), à cause de l'odeur 
acide qii'il répand et de ses émanations corrosives. La peau que l'on 
en a retirée est étendue sur un chevalet pour être briheie, assouplie. 

Pour tous ces travaux qui obligent les ouvriers à entrer dans 
l'eau, ils mettent de hautes bottes qui leur couvrent les jambes 
et les cuisses et s'appellent housses. Pour les travaux qui suivent, ils 
se servent dehozetles, pièces de cuir ou de toile qui s'attachent par 
derrière au-dessous du genou et au-dessous de la cheville et s'ap- 
pliquent sur les sabots. 

( 1 ) De cet usage vient le sobriquet de coivris donne parles habitants de 
la rive gauche à ceux d'Oulromeuse. Ceux du quartier delà Madeleine 
disent par exemple , aux l'êtes de St.-Pholien ; c'est l'ficss des coivris. 



- 238 — 

4** Les peaux relirées du fleuve sont jetées dans des fosses conte- 
nant de la chaux; celle-ci a pour effet de les faire gonfler et de dé- 
tacher le poil; elles y restent quinze jours ou un mois et on les 
remue (voyez plus loin rilanci) tous les deux ou trois jours. Ces 
fosses s'appellent plains en français; en Avallon, châssins. 

5" Après cela, on pèle les cnrs fou d'châx, on enlève les poils ou 
on dépile. Ce travail se fait avec un vieux hârneu (v, plus loin) 
émoussé, sur un chevalet appelé on chivâ foû ; le mot foil indique 
que c'est ordinairement hors de l'atelier qu'on dépile les peaux; ce 
même chevalet sert aussi pour hârner, pour bouter et pour ribouter. 
(v. plus loin n°s 6, 7 et 8). 

Ce procédé est particulier aux peaux indigènes. Pour épiler les 
cuirs forts ou de semelle, on les pend dans une cave chaude; au 
bout d'un certain temps, il se produit une fermentation qui fait 
tomber les poils. Celte méthode, qui en français s'appelle procédé 
à l'échauffé, est désignée en wallon par les mots mette moutri; la 
cave s'appelle on moiitriheu. 

Vient ensuite une série d'opérations que l'on nomme le travail 
de rivière; voici pourquoi : il y a vingt ans et moins, l'industrie 
du tannage était beaucoup moins importante à Liège qu'aujourd'hui. 
Aussi ne travaillait-on guère en hiver. Dès que l'on avait dégarni 
la peau de ses poils, on plaçait les convias au bord de l'eau, et là se 
faisaient, pendant toute la bonne saison, toutes les opérations qu'on 
va lire. Aujourd'hui que l'industrie a pris une grande extension à 
cause des cuirs à cardes , les tanneries sont plus spacieuses et ce 
travail se fait à l'intérieur : on oûveiire es blanc divins oûves. Cela 
s'appelle ovrer es blanc, parce que la peau, ayant perdu son poil, 
est blanche du côté de la fleur. Ceci s'applique surtout à la cor- 
royerie. 

6° Lorsque la peau est dépilée, on la lave de nouveau dans le 
fleuve, puis on l'écharne ou on coupe le reste des chairs, en wallon 
/idrwer; cela se fait au moyen d'un lidnieu, espèce de couteau demi- 
circulaire, dont la lame, large de 2 1/-2 pouces, porte son tranchant 
à l'intérieur et est armée d'une poignée à chaque bout. (Pour Téti- 
mologie comparez Burguy, Gloss. sous le mol Hamas). 



-^ 239 — 

7" Celle opération achevée, on boute H cûr, on racle les filaments 
putrescibles avec un boutcu {butoir en français) ou couteau rond , 
qui a la même forme que le liàrncu, mais n'est guère aussi tranchant. 

8° A|)rès avoir boulé, on riboute la peau avec le même instru- 
ment, mais du côlé du poil, pour exprimer la chaux qui a pénétré 
dans les pores; cela s'appelle en français dégorger. La substance 
composée de chaux et de graisse qui découle dans cette opération 
et qui en français se nomme bomre ou gélatine , sert à faire de la 
colle. 

9° La peau est ensuite soumise à l'opération du plumage quj 
consiste à lui donner partout la même épaisseur; on la ravale au 
moyen d'un contai, en français drayoire ou couteau à revers. C'est 
une lame plaie de trois pouces et demi de large sur douze à quinze 
de long, tranchante des deux côtés, armée de deux poignées, dont 
l'une est dans le sens de la lame et dont l'autre y est perpendicu- 
laire. Le chevalet dont on se sert pour ravaler s'appelle ine 
planche havresse. Il est plat tandis que le chivâ-fou est bombé. 

10» Enfin, on racle ou ponce la peau une dernière fois avec 
une pierre à aiguiser du côlé de la chair, pour enlever les der- 
nières fibres qui peuvent encore y adhérer; cela s'appelle en wallon 
riparer et en français passer du côlé de la fleur ou roucouler. 

Tous ces travaux préparatoires se font à Vbouldïe , expression 
difficile à traduire; ine bouléie est une certaine partie ou plutôt 
progression du travail , une tâche représentée par un certain 
nombre de peaux auxquelles on fait successivement subir (ouïes les 
opérations qu'on vient de lire avant d'enlamer une autre bouléie ; 
ce terme indique ordinairement l'ouvrage qu'on peut achever dans 
une semaine de temps. 

11" Ainsi préparéos, les peaux sont jetées dans une cuve en bois 
appelée couvlâen \\é2^G0\s e[ coudrement en français, élevée de trois 
pieds et demi et ayant un diamètre de six pieds. Aujourd'hui le 
couvlâ est presque généralement abandonné et remplacé par une 
fosse de petite dimension appelée ^flss(?m/n^ Cette cuve est remplie 
d'eau d'écorces, jusêie (jus), préparée tout exprès ou puisée dans 



— 240 — 

les fosses ('). La jusée donne au cuir une couleur fauve et le fait 
gonfler de façon à le rendre plus propre à s'imprégner de tannin. 
Cela s'aj)pelle tîde (teindre) H cûr ou mette es convia. 

On doit avoir soin préalablement de remuer le brassin, qui se 
nomme aussi coiivlâ, avec un instrument nommé niaxhe en wallon 
et boutoir' en français; c'est une petite perche qui porte une rou- 
lette en chêne à une de ses extrémités. Lorsque les cuirs ont 
séjourné un certain temps dans la cuve et sont imbibés de jusée, 
un ouvrier les amène un à un , avec le havetai ou gaffe, à la surface 
du liquide ; un second ouvrier les saisit et les dispose en un tas sur 
des horons ou pièces de bois placées en travers sur la cuve ; après 
qu'ils ont égoutté, il les ritape dans la cuve, et le premier ouvrier, 
au moyen d'une perche que les Wallons appellent richôkeu ou 
bois po f bouter, les pousse au fond. Cette opération se dit rilanci et 
ritaper Vcouvlâ, en français abattre les peaux dans le plain. Elle se 
fait également pour le chdssinei pour le tassemint dont nous avons 
parlé; mais] dans ce dernier, on renouvelle trois fois l'écorce. Les 
filles mêmes des maîtres tanneurs, aujourd'hui grandes dames, ne 
dédaignaient pas autrefois de mettre la main à l'ouvrage. Souvent, 
en guise de passe-temps, elles rilancît L'couvlâ, avec leurs amies, 
en visite chez elles. 

Ce qui précède ne s'applique qu'aux cuirs de semelle. Les peaux 
de veaux sont jetées divins on côpé ou cuve de tonneau coupé en 
deux. Ce côpé s'appellait autrefois spandoiix (Règlement de 1773, 
art. 38). On les y bat à V batteroûle, sorte de pilon en bois dont le 
manche est armé à l'un des bouts d'un cône tronqué, long de huit 
à neuf pouces. 

11« Au sortir du couvld, on replie les bords des peaux que l'on 
amène près des fosses. Au moyen d'un trnlai ou bourse en filet , 
attachée à un cercle de fer aplati sur un des côtés de sa circonfé- 



( 1 ) « Cette mélhoflc de préparer le cuir à la jusée est, dit Julia de Fon- 
teneile (Eacyclopécîie), conniie en France sous le nom de façon de Liège. » 
Elle est aussi employée à Stavelot et à Malmedy . V. p. 169. * 



- 241 — 

rence, on retire les écorces de la cuve et on les jette clans une banse 
purresse, ou panier d'osier placée sur les horons. 

42° Amenées au bord des fosses, les peaux se trouvent convena- 
blement préparées pour être tannées, c'est-à-dire qu'elles sont aptes 
à s'imbiberdu tannin ou essence d'écorces qui doitenlrer dans tous 
les pores et donner au cuir la force, la ténacité et l'imperméabilité. 
Dans ce but on les étend alternativement avec une couche d'écorces 
moulues dans des fosses nommées couves (en français cuves), et qui 
à Liège ont la forme d'un quadrilatère, profond de dix à treize 
pieds, long de sept et large de cinq et demi ; les parois sont en 
briques et la fosse est citernée. 

L'ouvrier rimetteu doit avoir soin de ne pas placer toutes les 
peaux dans le même sens et de mettre à l'occasion ine raclresse, 
poignée de vieux tan, entre deux couches d'écorces fraîches, afin de 
conserver un niveau égal. 

13° Après les avoir laissées un an dans la première fosse, on re- 
tire les peaux pour les replacer dans une seconde avec de nouvelles 
écorces; ce changement se fait quatre fois pour les cuirs de se- 
melle ( i ). Les cuirs d'empeigne sont retirés au bout de six mois et 
ne reçoivent que deux écorces. Pour désigner cette opération appelée 
recouchagz, les wallons disent rimetle ou ricofiki èsprumîi'e, es deu- 
zènie, es treuzème, es quatrème [couve ou hoice). C'est presque tou- 
jours la nuit qu'on rimette les cuirs dans la quatrième fosse; cette 
opération se dit aussi rimette ax sèches hoices , dans les écorces 
sèches, parce que, pour recoucher dans les trois premières, on 
humecte d'abord les écorces. 

14° Quand les peaux sortent de la quatrième cuve, on les hovetêie 
pour en enlever le tan ; puis on les pend à l'air, on les mette âx 
ptces pour qu'elles puissent sécher; on les plie, on en fait des bottes 
de cinq à sept cuirs chacune et on les vend ('^j. 

( ') De là l'expression cûr di qwale hoices. On travaille aussi en trois 
écorces; cur di Ireus hoices, moins souvent à Liège, toutefois, qu'à 
Stavelot et à Malmedy. 

( s ) Âiilrefois on ne pouvait vendre au mênoe marchand plus de 10 bottes 
ou boddes) à la fois, pour empêcher l'accaparement. 



242 



COREOYERIB. 



Jusqu'ici le travail du tannage a été presque partout le même 
pour toute espèce do peaux, de bœufs, de génisses, de chevaux, de 
moutons, de veaux, etc. 

Ces dernières, qui servent à faire des empeignes, après avoir 
reçu deux écorces dans les cuves, sont encore soumises à plusieurs 
opérations. 

1° D'abord on les boute fou (Tflatte, on enlève l'écorce qui s'est 
attachée à l'intérieur et on racle les chairs gonflées par le tannin. 

2" On les amierdeie, c'est-à-dire qu'on les foule aux pieds pour 
les assouplir après lesavoir trempées dans l'eau tiède, contenue dans 
ine machine; la machine est une cuve en bois, munie à l'intérieur 
d'un foyer en cuivre qui reçoit l'air par le fond et chaufîe l'eau 
ambiante. En été on les plongeait autrefois simplement dans le 
fleuve, 

5" On les ristriche, on les étend, on en ôfeles plis en les pressant; 
en même temps s'écoule l'eau dont elles sont imbibées. 

4° Les cuirs sont ensuite plies et portés au grenier transformé 
en hangar; là ils sont étendus sur une table et ètrânés ou frottés 
(Tôle di tî'âne et chamoiseure ; ce qui se fait avec une étoffe de laine 
appelée stochct. 

5" Puis on les met âx pîces , on les étend sur des perches pour 
les laisser sécher. 

6° Ils sont de nouveau ritrimpés ou plongés dans l'eau tiède. 

7° On leur donne une seconde couche d'huile, on les mette es 
deiixème 61 e. 

8" Lorsque les cuirs sont de nouveau séchés, on les kiboie à l' 
rudalle, ce qui se dit en français travailler à la pommelle. La. rudalle 
« est faite d'un bois dur; sa forme est rectangulaire ; elle a un pied 
de long sur cinq pouces de large ; elle est plate par dessus et arquée 
ou bombée par dessous. Cette dernière surface est toute sillonnée 
en travers , c'est-à-dire qu'elle est couverte de cannelures droites 
et parallèles. Ces sillons sont aigus et forment des triangles isocèles 



— 243 — 

qui tiennent à la pommelle par leur base. Le dessus ou la surface 
plane est garnie d'une bande de cuir qu'on nomme manicle et sous 
laquelle Touvrier passe la main ('). » Pour les cuirs très forts, on 
se sert d'un instrument semblable, mais beaucoup plus grand, que 
les Liégeois appellent margarite. Le frottement de ces outils sur le 
cuir le rend souple et doux. 

9° Puis on enlève l'huile du tissu en le havant so V planche ha- 
vresse; cela se fait avec le couteau à blanchir , ainsi nommé parce 
que l'enduit gras ôlé, la peau devient plus blanche. 

10" Le cuir est ensuite liavé à V lunette so on ripareu ; cette 
opération, qui a pour but de nettoj'er complètement le cuir, de le 
débarrasser des dernières petites veines, de l'amincir, se fait avec 
un outil nommé lunette; c'est un disque en acier de trente centi- 
mètres de large , percé au centre d'une ouverture assez large pour 
y passer les deux mains ; il est tranchant sur toute sa circonférence; 
l'ouvrier le passe sur le cuir pendu à un ripareu ; le rïpareu est 
une troisième espèce de chevalet formé de deux tringles de bois 
dans lesquelles le cuir peut glisser ou être fixé au moyen d'une 
tenaille à boucle appelée ine picette; l'autre extrémité du cuir est 
attachée à une corde, que l'ouvrier passe derrière lui, de façon à 
former devant lui une espèce de voile ou de giron. Cette opération 
est, de toutes celles qu'on a vues, la plus difficile : un coup mal 
porté fait une entaille dans le cuir. Aussi n'y a-t-il que les artistes 
du métier qui en soient chargés ; leurs journées se paient très cher. 

H» Enfin, on frotte le cuir avec une pierre à aiguiser taillée en 
forme de brique et munie d'un manche ; elle s'appelle queurse en 
français et flain en wallon ; à Liège , on en distingue quatre es- 
pèces : il flain cl' pire , H flain d" veille , li flain d'acîr ; ce dernier 
est dentelé et strie le cuir ; il s'appelle aussi peigne {dinner on côp 
d' peigne); enfin li flain d' coine. 

Après avoir subi celte opération, le cuir d'empeigne est conve- 
nablement préparé pour être vendu. 

[ ' ) Lenormani) et Millet. Encyclopédie. 



^ 244 — 

Dans un cuir d'empeigne ou cuir à cardes, on distingue trois 
parties : H dos, le dos, mesurant quatre pieds carrés à partir de 
la queue; H faxiw , en français les gorges , partie restante depuis 
le dos jusqu'aux narines; les haines, en français les flancs, côtés ou 
bandes. 

Le cuir de semelle se divise autrement : li dos, le dos ; H liesse^ 
la tête; enfin li qwatrêmn, c'est-à-dire une bande large de trente- 
cinq centimètres environ, coupée transversalement entre le dos et 
la tête. Certains tanneurs le vendent ainsi divisé ; d'autres laissent 
le cuir entier : ce dernier usage est celui de Stavelot et de Mal- 
medy. 

Ajoutons pour finir qu'on appelle côper so hour, couper le cuir 
en deux de la tête à la queue. 



GLOSSAIRE. 



Aiwer; v. a. Lill. mouiller; aiwer ine couve, mettre de l'eau dans 
une cuve, 

Aletle; s. f. Les meuniers appellent alettes (ailettes) les planches 
clouées à distances égales à l'extérieur des roues de leur moulin. Les 
tanneurs donnent aussi ce nom à la planche sur laquelle on étend 
les cuirs pour les fouler aux pieds (amierder); elle les préserve 
des souillures. 

Allencliier; v. a. Vieux terme fautivement écrit alleyer dans le 
livre des Chartes et privilèges, t. II, p. 227, où il semble signifier 
acheter, se procurer. Un document de l'an 1739 le traduit cependant 
par mettre en œuvre. 

Amierder; v. a. Fouler le cuir pour l'assouplir (Voir l'exposé 
qui précède le glossaire, p. 242). 

Anke; s. f. Ancre. Pire d'anke, grosse pierre carrée portant les 
initiales du nom du tanneur, et à laquelle est scellé un anneau dans 
lequel on passe un loye^id'anke; celui-ci est une corde tissée exprès 
pour cet usage , de deux mètres de long et servant à retenir les 
peaux jetées dans le fleuve. La pierre placée au fond de l'eau fait 
l'office d'une ancre (V. l'exposé, j). 237). 

Anieneuse; s. f. Vieux terme mal lu appartenances dans le livre 
des Chartes, t. II, p. 240, n" 12. Dépouille d'un animal âgé de 
moins d'un nn{anteannum?). Six ou sept semaines suffisaient pour 
la tanner. Au XV^ siècle, les compagnons du métier en ayant vendu 

16 



— 246 — 

de fortes quantités pour du cuir fort , le métier , soigneux de sa 
réputation et craignant d'estre diffameis et ablameis, publia l'or- 
donnance de 1433, fixant non seulement le prix de ces cuirs, mais 
encore la quantité qu'on pouvait en vendre en une fois (V. Docu- 
ments inédits, n" IX). L'élymologie donnée demande cmUnneuse . . 

Appointiei", v. a. Vieux terme dans le livre des Chartes; cuir 
mal appointié, mal préparé, mal tanné. 

Arôiji; v. a. Les cuirs sauvages secs viennent de l'étranger plies 
en deux dans leur longueur, A leur arrivée, on les met tremper 
dans Teau pour pouvoir les ouvrir. Les tirer de l'eau, puis les y 
remettre après les avoir dépliés, s'appelle arôyi. 

Aurios; s. m. [L^i.auris.) Parties de ciiairs qui avoisinent les 
oreilles et restent attachées à la dépouille de l'animal (V. l'exposé , 
p. 237). 

Baînes; s. f. Bandes ; les flancs ou côtés d'un cuir. Thiois^«Md, 
lien ; bindcn, lier (V. l'exposé, p. 244). On foijou d' baînes, un des 
côtés ou flancs, un feuillet. 

Banse piirresse ; s. f. Manne ou panier d'osier dans lequel on 
laisse égoutter les écorces qu'on retire des bassemints ou des couvlâs 
(V. l'exposé, p. 241). 

Bassemint; s. m. Petite fosse qui remplace le coiivlâ (V. l'exposé, 
p. 239). 

Batteroûle ; s. f. Outil en bois avec lequel on hat les peaux dans 
les cuves. V. Grandgagnage, Dict. wallon (V. l'exposé, p. 240). 

Beûre ; v. a. Boire. On dit qu'ine couve beût, lorsqu'elle absorbe 
l'eau. 

Blanc {passer a); v. a. Préparer les peaux à l'alun, sans employer 
les écorces qui donnent au cuir une couleur jaune. Avec l'alun, le 
cuir reste blanc. Ovrer es blanc, travailler la peau quand elle a perdu 
son poil (V, l'exposé, p. 233). 

Bodde; s. f. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II, p. 240, 
et dans les documents (1433). Paquet ou botte de sept cuirs. 

BoU po f bouter; s. m. V. Richôkeu. 



-^ i247 — 

Bouc et gatte; s. m. Les tanneurs disent qu' on cûr est bouc et 
gatte, lorsqu'ils ne peuvent distinguer s'il est d'une vache ou d'un 
bœuf. V, Grandgagnage, Dict. wallon, au mot Bike et bouk. 

Boiihier le mailhet ; v. a. Vieux terme, écrit huissier dans une 
copie; frapper {boiihî) avec le marteau sur un cuir pour y laisser 
l'empreinte de la marque (V. le livre des Chartes, t. II, p. 241). 
Aujourd'hui on dit : mette H marque. 

Boulêie; s. f. Partie, division du travail. Fer ine saquoi à V bou^ 
lêie, faire quelque chose par section. Le nombre de peaux que repré- 
sente une boulêie varie de 20 à 80 suivant l'importance d'une 
tannerie , le nombre d'ouvriers , la grandeur des fosses , etc. 
(V. l'exposé, p. 239). Les enfants disent jouer à V boulêie, lorsqu'ils 
mettent comme enjeu un tas de billes (de mâyes, à Liège). 

Bouter; v. a. Pousser; bouter H cûr, racler le cuir (V. l'exposé, 
p. 239). Bouter fou cV flatte (pour bouter V flatte fou de cîlr), enlever 
la poussière de tan (V. l'exposé, p. 242). Bouter V moûnêie, aider les 
meuniers à charger sur leur dos les sacs d'écorces moulues. Bouter 
cuir de costé, vieille expression dans le livre des Chartes , t. II , 
p. 241, n° 28; vendre, se débarrasser de (V. Rejeter). 

Bouteu ; s. m. Ouvrier qui boute (V. l'exposé, p. 236), et instru- 
ment avec lequel on boute (V. l'exposé, p. 239), Bouteu et ribouteu, 
celui qui fait étal de remettre des membres disloqués (Dictionnaire 
de Remacle). 

Brihi ; v. a. Brihî dcV châ , réduire de la chaux en jetant de 
l'eau dessus ; en terme de tannerie, il signifie assouplir, briser les 
nerfs de la peau (V. l'exposé, p. ^dl). Brihî, jeter sa gourme (Dict. 
de Remacle). Du thiois brekenl 

Brusiiiànes ; s. m. Peaux sauvages qui viennent souvent du 
Brésil ; il oveure des brusiiiànes ciste annêie, il ne travaille que du 
cuir fort cette année. 

Bulle; s. m. Peau de taureau châtré. (Thiois et angl. teauraii). 

Cabosseu; s. m. Couteau avec lequel on enlève les émouchets 
(V. l'exposé, p. 236). 



— 248 - 

Cabossi; v. a. Enlever les émouchets, c'est-à-dire la queue et les 
chairs qui sont restées attachées à la peau et qui senties cowris, 
les chiffes ai les (iurios{\. l'exposé, p. 237). Ce mol est encore usité 
dans le quartier des tanneurs dans un mauvais sens. 

Casser les cornes; y. a. Enlever les cornes de la peau (V. l'ex- 
posé, p. 236). 

Clià ou châsse; s. f. Chaux, plamée. Fêler les cfirs [oti d'châ , 
enlever le poil, détaché par l'action de la chaux. La traduction 
littérale de celte expression me paraît être peler les cuirs hors de 
chaux, ce qui sera bien une ellipse pour : peler les peaux retirées 
de la chaux ; les cùrs fou (hors) de châ tient donc étroitement en- 
semble {chaulés).(V. l'exposé, p. 238 et le mol Craixhe). 

Chamoiseure {ôle di) ;s. f. Huile extraite de la peau de chamois : 
on la mêlait autrefois avec de l'huile de baleine et du suif pour 
en enduire les cuirs d'empeigne; mais aujourd'hui on lui substitue 
de la graisse parce que cette huiie coûte fort cher. 

Châssin; s. m. En français plain ; fosse remplie d'eau de chaux 
(le contenant pour le contenu), ce qui donne l'étymologie du mot. 
V. Grandgagnage, Dict. wallon (V. l'exposé, p. 238). 

Cheewe; s. f. Vieux terme écrit chevue dans le livre des Chartes, 
t. H, p. 240, n° 13, où il est dit que personne ne peut acheter che- 
vue sous peine de 40 livres. Nous ignorons complètement la signi- 
fication de ce mot. Peut-être signifie-t-il béte fauve, gibier. 

Chergî ; v. a., charger. Le tanneur dont le tour de moudre est 
arrivé dit : c'est mi qui chège oûie (sous entendu des hoices) ; c'est 
mon tour de moudre aujourd'hui. 

Cheïue ou termine; s. f. Vieux termes dans le livre des Chartes, 
t. II, p. 281. Ils doivent être synonymes et signifier, terme, époque 
fixe, échéance. Il était défendu à un tanneur d'acheter aucunne 
cheine ou terminyie iwix bouchers, c'est-à-dire de faireavecun boucher 
un accord par lequel celui-ci se serait engagé à lui livrer les peaux 
de toutes les bêles qu'il aurait tuées , dans un mois, par exemple; 
il ne pouvait se les procurer qu'à mesure qu'il en avait besoin. 

Cheté ; s. m. On cheté, un tas de cuirs (V. l'exposé, p. 234). 



— 249 — 

Chiffe; s. f. Joue {jive^ jiwé) (V. l'exposé, p. 237). 

CliivA foû; s. m. Chevalet ou grosse planche bombée sur laquelle 
on écharue les peaux. Racine clievâ, cheval. V. Grandgagnage, 
Dict. wallon, Chife (V. l'exposé p. 238). 

Clawirs; s. f. Limites. Vieux Icrme dans le livre des Chartes, 
t. II, p. 236, n" 26 et dans le Règlement de 1773, n" 22. 

Côpé; s. m. Cuve formée d'un demi tonneau [coupé en deux], et 
dans laquelle on lave les peaux de veaux (V. l'exposé, p. 240). 

Corbdlie ; s. f. et corbelicr; s. m. Vieux termes dans le livre des 
Chartes t. H, p. 240, n" 10. Corbeille servant à porter les écorces 
et d'une capacité aujourd'hui inconnue. 

Correu ; s. m. Corroyeur {coureur, dans les vieux documents); 
tanneurs qui travaillent le cuir d'empeigne (V. l'exposé, p. 235). 

Coûtai ; s. m. Drayoire ou couteau à revers , avec lequel on ra- 
valle, pour donner à tout le cuir une égale épaisseur (V. l'exposé , 
p. 239}.. 

Coiive; s. f. Cuve ou fosse dans laquelle on étend les cuirs entre 
deux couches d'écorces , pour les laisser s'imbiber de tannin 
{V. l'exposé, p. 241).*Ce mot se trouve écrit de même dans un do- 
cument de Tan 1493, livre des Chartes, t. Il, p. 242, n° 36 et 
p. 276. 

Couvlâ; s. m. Cuve en bois (diminutif de couve); on la rem- 
plissait d'eau d'écorce pour y laisser gonfler les peaux ; le couvlâ est 
aujourd'hui généralement remplacé par le bassemint (V. l'exposé, 
p. 239). 

Coveteure; s. f. Lorsqu'une fosse est remplie de cuirs on la couvre 
d'une couche de tannée, puis on pireie H coilve (on y jette deux ou 
trois lits de pierres), afin que les cuirs ne remontent pas avec l'eau 
qu'on y jette ; cela s'appelle fé coveteure, mettre une couverture à 
la fosse. 

Cowri 1') ; s. m. Chair qui entoure la queue des animaux et qui 

( » ) Nous écrivons cowri et non quowri parce que le mot qxicuc lui-même 
vient du lalin cauda. 



— 250 — 

resie attachée à la peau (V. l'exposé, p. 237). Cowris se dit non-seu- 
lement des queues de veaux (Dictionnaire des proverbes wallons, 
au moi Sornos), mais aussi de celles de vaches, de bœufs, de mou- 
tons, etc. 

Craixhe : s. f. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II, p. 227, 
où il est mal écrit chaux, et dans un document de l'an 1316. II 
était défendu d'acheter des peaux qui avaient déjà été mises en 
craixhe (dans la plamée? ) par un autre tanneur; celui-ci ne pou- 
vant vouloir se défaire d'un cuir inachevé , il élait évident que les 
cuirs en craixhe, mis en vente, provenaient de vol. 

Creppets on crêpais; s. m. Ecorces coupées en petits morceaux 
dont la longueur était autrefois fixée par les statuts à 2 1/2 pouces : 
ainsi réduites, elles sont plus faciles à moudre. Dans les docu- 
ments, on trouve xhorches encreppe (V. l'exposé, p. 234) {'). 

Cûr; s. m. (cuir, corium). Les tanneurs de Liège appellent aussi 
cuir, la peau non tannée des bœufs et d'autres gros animaux. Dans 
ce cas les vieux documents disent cuir poilhu ou cuir à poil. Il y eu 
a de plusieurs espèces (V. l'exposé, p. 233). 

Denrées ; s. f. Vieux terme dans le livre aux Chartes, t. II, 
p. 217, dans le diplôme de 1331, etc. Marchandises, peaux, cuirs. 
Denrées loyales et marchandes, justifiées et rewardées par les t> 
rewards (Livre des Chartes, t. H, p. 227). 

Devantraine-, s. f. Mot qui se trouve dans les documents et 
dans le règlement de 1775, n" 39. Les cordonniers appellent rfmw- 
traine la première semelle intérieure de la chaussure. 

Dissaiwer; v. a. Tremper, faire passer l'eau sur les cuirs pour 
les laver (proprement disaiiuer, rac. aiwe, eau , aqua). Sai^ver 
signifie séc/u;r. On dit qu'une peau est dissaiwée quand elle est 
suffisamment trempée pour être travaillée (V. l'exposé, p. 237). 

(') Kr a ppe ou creppe, en thiois, signifie tout copeau ou morceau d'é- 
corce, de bois, de viande, etc. Kiliaen donne aussi le verbe Krappen : decer- 
pere, abscindere. V, aussi Grandgagnage, Dict. wallon au mot Crêpai. 



— <m\ — 

Dos; s. m. Le dos; c'est la meilleure partie du cuir (V. l'ex- 
posé, p. 244). 

Droîissineu ; s. m. Ouvrier qui fait souvent dans une tannerie 
tous les travaux préparatoires qui incomberaient au peleu, au bou- 
teu, au ripareu et au ribouteu (V. l'exposé, p. 236). 

Empoignez {cuii^s) ; s. m. Dans le livre des Chartes^ t. II, p. 274; 
cuirs d'empeignes ou indigènes. 

Enseigner ; v. a. Vieux terme du livre des Chartes, t. II, p. 240, 
n° 17. Il était défendu d'acheter des peaux enseignées, c'est-à-dire 
portant déjà la marque d'un autre tanneur. 

Estamper (les cuirs); v. a. Les marquer aux initiales du pro- 
priétaire; estampe, marque. Vieux mots dans le livre des Chai^tes, 
t. II, p. 274. 

Etessenx; s. m. Ouvriers employés au moulin pour tenir les 
sacs ouverts tandis qu'on les remplit d'écorces et pour tasser celles- 
ci ; on les appelle aussi téteux. 

Etrâner] v. a. Enduire d'huile. Rac. trône, huile (V. l'exposé, 
p. 242). 

Ewaler; v. a. (égaliser?). Rentrer dans les greniers les bottes 
d'écorces et les arranger de façon à en mettre le plus possible. 
Ewaleu, ouvrier chargé de ce soin. 

Fa; s. m. Fagot ou botte d'écorces (V. l'exposé, p. 234). Dans 
les documents on trouve xhorches à faix. 

Façonnaire ; s. m. Autrefois les gros tanneurs remettaient sou- 
vent les travaux préparatoires des cuirs à un ouvrier étranger qui 
se payait à la pièce, â façon, et s'appelait façonnaire. 

Faflotte et gadrôie; s. f. Termes familiers usités pour désigner 
une peau de mauvaise qualité, peu propre à faire de bon cuir. 
Faflottes signifie aussi les grumeaux qui se trouvent quelquefois 
dans la bierre. 

Flatte; s. f. Poussière (V. Bouler). 

Flin ; s. m. En français queurse; instrument ordinairement en 



— 252 — 

pierre, avec lequel on frotte le cuir d'empeigne quand il est tanné;, 
il y en a quatre espèces (V. l'exposé, p. 243). 

Fleur; s. f. «Aucun compagnon ne peut se défaire de ses escorces 
moulues, ni de tan qui est en la fleur. » Règlement de 1773, n" i7. 
En français on appelle la fleur le côté du cuir où a été le poil; cela 
explique-t-il le passage cité du Règlement? 

Foillart; s. m. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II , 
p. 222, où on lit que les compagnons ne peuvent tanner du cuir 
pour les revendeurs, foillards, recoupeiirs. Les foillards sont des 
marchands qui ne vendent que par feuille ou peau. 

Foler jus; v. a. Tasser (litt. fouler bas) les cuirs couchés dans h 
fosse en frappant des pieds comme font les botresses quand elles 
tripelet de moirtî pour faire des hochets. Ce travail particulier 
aux cuirs mis en quatrième écorce, se faisait toujours la nuit au 
grand désagrément des voisins. Les ouvriers chargés de cette be 
sogne mettaient, à cet effet, des souliers avec triples ou quadruples 
semelles. 

Gadrôie; s. f. Peau déchirée , avariée ou de mauvaise qualité. 
1 rCoveure que des gadrôies, il ne travaille que des peaux de rebut.. 
On dit aussi d'une femme malpropre et négligente dans son mé- 
nage : c'est ine gadrôie (V. Fa flotte). 

Ciste; s. m. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II, p. 257. 
Séjour? Le temps que les cuirs doivent rester dans les fosses? 

Hâiener; v. a. Vieux mot dans un document de l'an 1512. Ame- 
né^ et étaler les cuirs ; aujourd'hui on dit hâgnî. 

Harhée; s. f. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II, p. 267, 
n» 3. Fagot lié avec ine hare (un hart) ou loicure. Aujourd'hui les 
Liégeois disent on fa (V. l'exposé, p. 234). 

Hârner', v. a. Écharner(V. l'exposé, p. 238. Scamer dans le livre 
des Chartes, t. II, p. 243, n° 36. Enlever les chairs de la peau ; les 
wallons disent del' char et probablement d'abord aussi chârner; 



— 253 — 

mais l'aspiration qui domine dans le wallon a remplacé le ch (V. 
Horon). La forme scarner [scharner] devrait donner xharner. 

Hârneu; s. m. Ouvrier qui écharne et instrument avec lequel 
on écharne (V. l'exposé, pp. 236 et 238). 

Haver; v. a. Racler ; haver^ al lunette (V. l'exposé, p. 243). La 
racine thioise schaven demanderait xhaver. 

Havetai ; s. m. Gaffe qui sert à retirer les peaux des cuves 
(V. l'exposé, p. 240). Rac. thiois fieffen, lever ? Les bateliers se 
servent du même instrument, mais l'appellent on hé. 

Haveu; s. m. Ouvrier qui hâve. 

Hawe; s. f. Houe dont on se sert pour remuer les écorces 
(V. l'exposé, p. 234). 

Hoices; s. f. Ecorces , de hoirsi ^ écorcher , peler. En teuto- 
nique écorce se dit schors , scheurs , et dans les dialectes schots. 
Dans la vielle langue, on écrivait xhoises, xhourches, eschorches, etc. 
(Voyez l'exposé, p. 234, et le chapitre des écorces). 

Hoies di hoices ; s. f. Dans quelques endroits, à Stavelot, par 
exemple , on fait des espèces de gâteaux (hochets plats) avec la 
tannée devenue inutile, et on s'en sert pour faire du feu ; ces gâ- 
teaux s'appellent des houilles d'écorces. 

Horon; s. m. Grosse pièce de bois; bords inégaux d'un arbre 
qu'on scie en planches, d'où j'ai entendu dériver /mrner, tracer 
sur un tronc d'arbre les lignes droites qui indiquent les planches 
à scier (V. l'exposé, p. 240). 

Hossavlx et housaux',s. m. Vieux termes dans le livre des Chartes, 
t. II, pp. 227 et 257. Le premier est mal écrit gossanx;: guêtres ; 
en teutoniquo hosen ou hozen signifie haut de chausses. Aujour- 
d'hui on dit housses (V. ce mot). 

Hostel ; s. m. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. II, pp. 
242, n» 36, et 243, n» 35. Établissement , demeure. Maistre ou 
chief d'hostel , maitre tanneur possédant une tannerie et une bou- 
tique. 

Hoiir ; s. m. Dos (d'un couteau, d'un cuir , etc). Cùper so hour , 



— 254 — 

couper un cuir en deux de la lé le à la queue. Hour se dit aussi de 
la fosse carrée dans laquelle se mellenl les scieurs de long. 

Housses; s. f. Espèce de boites en cuir que mettent les tanneurs 
pour faire les travaux de lavage (V, l'exposé, p. 237). 

Hoveter ; v. a. Nettoyer ou enlever en frottant ; fréquentatif du 
mot hover, balayer (V. l'exposé, p. 241). 

Ilozettes; s. f. Espèce de guêtres en cuir ou en toile écrue en 
usage chez les tanneurs pour les travaux de rivière (V'. l'exposé , 
p. 237). 

Hmjatis; part. prés. Ce mot se trouve ainsi écrit à la page 221 
du livre des Chartes. Voici ce texte : sUront demorans residenment 
et [doient) être hantans et huyans ou minens notre dit mestier, etc. 
Dans l'original , au lieu de hantans et limjans , on lit vechans et 
levans ; dans une autre copie keichans (Ces variantes prouvent 
l'embarras des copistes. Huyans doit être possédant, comme Jme~ 
taige, dans le même statut, signifie possession (al. heritaige). 

Jiiseie; s. f. Jusée ou eau d'écorces, dont on remplit les cofivlâs- 
(V. l'exposé, p. 239). 

Kiboiiyi; v. a. Cahoter, remuer violemment en tirant de côté et 
d'autre ; on chapai libouyi, un chapeau plein de bosses (V. l'ex- 
posé, p. 242). 

Labourer \\. a. et n. Vieux terme dans le livre des Chartes, t. Il, 
pp. 237, 253. Travailler, mettre en œuvre [laborare). 

Loyen; s. m. onloyeure; s. f. Lien. Ine loyeure se dit d'une façon 
absolue, loyen a besoin d'un régime : 07i loyen d'anke. Ces mots ne 
sont pas particuliers au métier des tanneurs (V. l'exposé, pp. 234 et 
237). 

Lunette ; s. f. Outil dont on trouve la description dans l'ex- 
posé, p. 243 ; il emprunte son nom (petite lune) à sa forme. 

Machinne; s. f. Cuve en fer, oii l'on fait boullir l'eau et qui porte 
un nom générique à défaut d'autre (V. l'exposé, p. 242). 



— 2o5 — 

Marapou ; s. m. Manœuvre. On dit d'un ouvrier inintelligent r 
ci ri est qiCon marapou (V. l'exposé, p. 236). 

Margarite; s. f. Instrument décrit dans l'exposé, p. 367. On ap- 
pelle aussi en wallon ine mâle Magrite une femme méchante et que- 
relleuse. A-t-on donné ce nom propre à l'outil des tanneurs parce 
qu'il est armé d'espèces de griffes ? 

Marque; s. f. Marteau portant les initiales du maître tanneur, et 
avec lequel on marque les peaux avant de les soumettre à aucune 
opération. Cette marque ne disparait pas par le tannage (V. l'ex- 
posé, p. 237). On lit dans les vieux documents bouhier le mailheit. 

Maxhe ; s. f. En français boutoir; perche avec laquelle on remue 
]ecouvlâ (V. l'exposé, p. 240). 

M c sur eu ; s. m. Le mcsureu est celui qui est chargé de détermi- 
ner la quantité d'écorces qui entre dans une oûne. 11 doit prêter 
serment entre les mains du greffier. 

Mette ; V. a. Mettre; mette dissaiiver, mettre les cuirs dans l'eau 
pour tremper (V. l'exposé, p. 237). Mette es convia, ou tîde H cûr, 
mettre le cuir dans le coudrement pour qu'il se teigne en brun 
(V. l'exposé, p. 240). Mette as pkes, mettre aux perches, au vent, 
pour sécher [V. l'exposé, p. 241). Mette es deuzème ôle, mot à mot 
mettre en deuxième huile, non pas qu'on trempe le cuir dans le 
liquide, on l'enduit d'une seconde couche d'huile ; c'est comme 
on dit mettre en couleur (y . l'exposé, p. 242). 

Miner à l'aiwe; v. a. Mener des cuirs à l'eau, expression syno- 
nyme, chez les tanneurs, de mette dissaiwer (V. l'exposé, p, 237). 

Moîe ; s. f. Epiderme. A-t-on voulu exprimer l'espèce de tissu 
en forme de mailles que représente la peau ? (F. l'exposé, p. 237.) 

Monteu; s. m. Ouvrier qui achève la préparation du cuir quand 
il est tanné ; il le monte comme on monte un meuble, une machine 
(V. l'exposé, p. 236). 

Moreie; s. f. Peau d'un animal mort de maladie. Ce mot paraît 

avoir signifié d'abord mort naturelle : beste morte de la mourie 

(Livre des Chartes, p. 256, ii" 29). Personne ne peut mettre la main 

à beste morte, c'est à savoir mourye (Ibid. p. 241, n° 19). Autrefois 

1 était défendu d'employer cette peau (V. l'exposé, p. 234). 



— 256 - 

Môrtné ; s. m. Peau d'un veau morl-né, quand elle est fraîche et 
aussi quand elle est préparée (V. l'exposé, p. 233). 

Mounêie ; s. f. Meunée [înoulnée], quantité de farine ou d'écorces 
que l'on fait moudre en une fois. Pour les tanneurs cette quanlfté 
était fixe et devait peser 6,000 livres, ou 52 oulnes. On ne pouvait 
aulrefois faire moudre plus de douze meunées par an. 

Moulant; adj. Terme du régi, de 1773, n» 39 ; les seuls compa- 
gnons et réputés moulants, ou inscrits au registre courant des 
oulnes du rentier; ceux qui moulaient, ou se servaient du moulin 
à tan. 

Moure ; v. a. Vieux terme, signifie moudre. 

Moutri ou moudrî ; v. a. Meurtrir, commettre un meurtre, assas- 
siner. En tannerie mette moutrt, signifie faire fermenter une peau 
jusqu'à ce que le poil se détache (V. l'exposé, p. 238). 

Moulriheu; s. m. Cave chaude dans laquelle on pend les peaux 
pour en faire tomber le poil (V. l'exposé, p. 238). 

Nessalle ; s. f. Dans un document de 1629 (Livre des Chartes, 
p. 265) ; nacelle. 

Ole ; s. f. Huile ; ôle di trune, huile d'huile de baleine, espèce de 
pléonasme (V. l'exposé, p. 242). 

Oulne ; s. f. Cuve cylindrique en bois, cerclée de fer, dans^ 
laquelle on mesure les écorces. Elle peut en contenir soixante 
kilogrammes (V. l'exposé, p. 234). Ce mot signifie aussi le tour ou 
rang que doit tenir chaque tanneur pour faire moudre ses écorces 
(V. l'exposé , p. 235). Primitivement , il semble avoir signifié la 
quantité d'écorces contenue dans une séchée (Livre aux Chartes^ 
pp. 240, n« 8, 276, 277). 

Ouhine; s. f. Vieux terme dans un document de 1493 ; une copie 
porte ouvroise ; atelier d'un cordonnier ou d'un tanneur. On dit 
encore aujourd'hui roiihenne di mon on té (de la maison, mofwnne, 
mohon , d'un tel). 

Ouves [divins), à l'intérieur, dans la maison (V. l'exposé, p. 238), 

Ouvrer de la main ; v. n. Vieux terme j tanneur ouvrant de la 



— m — 

main {Livre des Chartes, p. 234), travaillant comme tanneur, 
gagnant sa vie au métier. Ouvrer en la couve (Livre des Chartes, 
p. 242, n° 36). 

Ovrer ; v. a. et n. Travailler; ovrer es hlanc (V. l'exposé, p. 238). 
Ovrer des brusilianes. 

Pat ; s. f. Peau de veau ou de mouton ; la peau d'autres petits 
animaux qu'on ne tue pas à la Louclieric, s'appelle aussi pal : ine 
paî (Tchet, une peau de chat, que certaines bourgeoises de Liège 
font i)asser à l'alun et s'appliquent dans le dos pour se guérir de 
la névralgie (V. l'exposé, p. 233). Pealx, dans la charte de 1331. 

Pasieppe; s. f. Dans le livre des Chartes, p. 265. Ce doit être un 
petit bateau pour passer l'eau. 

Passer es hlanc ; v. a. Préparer avec le poil (Voyez Blanc), 
Faire passer ou passer à venclaige; v. a. Vieux terme dans le 
livre des Chartes , p. 240 , n" 12 , et dans un document de 1433 ; 
cela signifiait faire passer le cuir sous les yeux des rewards pour 
que ceux-ci y appliquassent la marque sans laquelle il ne pouvait 
être mis en vente. 

Peigni'. ou {lin tVacîr; s. m. Outil en acier à rainures pour 
strier le cuir (V. l'exposé, p. 243). 

Peler ; v. a. Oter les poils. (Voyez CJiâ). On trouve ce mot dans 
un document de 1493 (livre des Charles, p. 242, n" 36). 

Pèleu ; s. m. Ouvrier qui enlève les ])oils (V. l'exposé , p. 236). 

Pîces ; s. f. Littéralement, perches ; s'emploie chez les tanneurs 
dans l'expression mette as pîces , pendre en plein air ou dans un 
grenier sur des perches. 

Picette; s. f. Tenailles, pince à boucle avec laquelle le haveu al 
lunette peut fixer au ripareu le cuir qu'il travaille (V. l'exposé , 
p. 243). 

Pirer ; v. a. Empierrer : on piraie li couve, on couvre la fosse de 
pierres (V. le mot Coveteure). 

Planche havresse; s. f. Grosse planche de bois, plate, appuyée 
d'un côté sur deux pattes, ce qui en fait une espèce de chevalet ; ou 



— 258 — 

s'en sert pour haver le cuir et pour le ravaller (V. l'exposé, pp. 239 
et 243). 

Ploumi; v. n. S'échaufler , fennenler; ine plume, une plume; 
perdre ses plumes ou ses poils, se plumer {V. l'exposé, p. 239^ 

Ponton; s. m. Dans le livre des Chartes, p. 237, n° 37 ; bateau 
dans lequel on amène les écorces ; aujourd'hui toute espèce de ba- 
teau qui a un pont. 

Prindrejus ; v. a. Vieux terme dans le livre des Chartes, p. 237, 
n° 32, ôter. Prindre la peal jus de la teste, écorcher un animal. 

Pureche; s. f. Le liquide contenu dans le bassement (V. Rilancî.) 

Purresse', adj. rac. purer , passer; onpureu, une passoire pour 
laisser égoulter le café, etc. (V. l'exposé, p. 241). Comparez le mot 
français purée. 

Racler; v. a. La mesure d'écorces moulues étant remplie, passer 
un bois dessus au niveau des bords, afin qu'il n'y ait ni trop ni 
trop peu (Règlement de 1773). 

Radresse ; s. f. Poignée de vieux tan que l'on place entre deux 
couches d'écorces neuves pour garder un niveau égal dans la fosse 
où on étend les cuirs; ûeradressi, redresser (V. l'exposé, p. 241), 

Rate; s. f. V. le chapitre Ili, n» 1. 

Ravaller; v. a. Donner au cuir une même épaisseur dans toutes 
ses parties ; mot à mot pousser de côté en frottant ce qui est de 
trop (V. l'exposé , p. 239). Ravaller se trouve aussi dans le livre 
des Chartes, p. 240, n» 8, comme verbe neutre, dans le sens de 
descendre ou reculer en rang pour moudre. 

Ravalleu ; s. m. Ouvrier qui ravalle ou fait l'opération du pla- 
mage(V. l'exposé, p. 236). 

Recoupeur; s. m., et recopresse; s. f. Vieux termes (V. le chap. 
IV, n° 4). On disait aussi dans le même sens mossineresse. 

Rejetter; v. a. Vieux terme, se défaire de. Selon les anciens sta- 
tuts, quand un marchand tanneur mourait , sa veuve avait un an 
pour écouler les marchandises qui lui restaient : pour rejetter ses 
denrées de tannerie (Doc. de 1418, livre aux Chartes, p. 221). 



- 259 — 

helancher; v. a. Vieux terme dans le livre des Chartes, p. 243 
n» 36 (Voyez Rilanci). 

Retailher; v. a. Vieux terme dans le livre des Chartes , p. 243, 
îi" 36, où il est dit que les gens qui ne sont pas du métier ne peu- 
vent retailher cuirs ; détailler? vendre? Dans le Règlement de 1773, 
n» 53, ce mot est écrit relâcher. Cuir mal tannez à tailher (Doc. de 
1331; livre aux Charles, p. 217), cuir trop mal tanné pour être 
Tendu. 

Rewarder; v. a. Vieux terme : examiner, vérifier (Voyez le cha- 
-pitre des rewards). 

Ribouter; v. a. Router une seconde fois, recommencer l'opéra, 
tion (V. l'exposé, p. 239). Ribouter veut aussi dire rejetter les 
peaux dans le convia (V. l'exposé, p. 240). 

Ribouteu; s. m. Ouvrier qui n/^oî(Ze (V. l'exposé, p. 236). 

Richôkeu;s. m. Perche avec laquelle on rejette les cuirs au fond 
du couvlâ ; de choiikî, pousser; les tanneurs l'appellent aussi bois 
j)o rabouter (V. l'exposé, p. 240). 

Ricoirner ; v. n. Se dit d'un cuir durci, tourné à corne, par 
suite d'un mauvais tannage. Lorsque lecuir n'est pas tanné d'oulre 
en outre, que le tannin n'a pas pénétré au cœur , on dit qu'il y a 
nsaqnoi inte cûr et char, entre la fleur et la chair. 

Ricoukî; v. a. Recoucher ; coukî, coucher. Ce mot garde son ac- 
ception ordinaire dans le métier des tanneurs : ricouki es deuzeme, 
recoucher, étendre (les cuirs) dans une seconde fosse ou dans une 
seconde écorce. Les tanneurs emploient aussi le mot rimeite pour 
la même opération et dans le même sens (V. l'exposé, p. 241). 

Rilancî; v. a. littéral, relancer. Cependant , ce qu'en terme de 
tannerie à Liège on entend par rilancî est tout à fait le contraire : 
c'est retirer les peaux de la cuve au moyen du havetai (V, l'exposé, 
p. 240). Ce mot était déjà en usage chez les tanneurs liégeois du XV* 
siècle sous la forme relancher. Rilancî fou purèche; ôter les peaux 
des bassemenls, les laisser égoutler et puis les y rejetter. 

Rimette: v. a. Remettre (Voyez Ricoukî). Dans le Règlement de 
1773, n° 27, on lit remettre en première ou deuxième écorce. 



- 2G0 - 

Rimetteu ; s. m. Ouvrier qui remet ou recouche les cuirs dans 
les fosses (V. l'exposé, p. 236). 

Rinârder; v. n. Ou dit qu'une cuve riiiâde lorsque en tom])s de 
pluie, l'eau qui se trouvait sous les peaux vient à la surface. Celte 
expression vient sans doute du mol renard , animal qui a l'habi- 
tude de vomir souvent. 

Riparer ; v. a. Passer du côlé de la fleur, nettoyer complète- 
ment ; c'est la dernière opération préliminaire que subit la peau 
ayant d'être tannée (V. l'exposé, p. 239). 

Ripareu ; s. m. Ouvrier qui fait le travail ci-dessus (V. l'exposé, 
p. 236). Ce mot signifie aussi en terme de tannerie un instrument 
formé de deux lattes de bois dans lesquelles on passe un cuir pour 
le haver al limette (V. l'exposé, p. 243). 

Ristrichi ; v. a. Presser la peau avec un outil pour en ôter les 
plis et en faire sortir l'eau (V. l'exposé, p. 242). Ce mot signifie 
aussi repasser le linge avec un fer chaud, en thiois strijken. 

Rîtaper ; v. a. Rejetter les cuirs dans le couvlâ ; taper, frapper, 
jeter. Celte opération suit immédiatement celle que Ton trouve au 
mot rilancîÇV. l'exposé, p. 240). 

Ritrimper ; v. a. De trimper, tremper , plonger les cuirs dans 
l'eau tiède (V. l'exposé, p. 242). 

Rudalle ; s. f. Outil décrit à la page 242 de l'exposé. En français 
pommelle ou paumelle. 

Saicliée; s. f. Vieux terme dans le livre des Chartes , p. 237 , 
n° 40 et 41 ; on dit encore à Liège une sachée pour exprimer une 
quantité qui pourrait être contenue dans un petit sac. Dans le Rè- 
glement de 4561, on indique par là la quantité d'écorces contenue 
dans une oulne ; les tanneurs ne pouvaient emprunter plus de 
quatre saichées à la fois. Les wallons disent secheie. 

Saille; part, passif; se dit de celui qui, tel jour, a reçu du rentier 
la permission de moudre ; vos estez saille. On dit aussi salllez pour 
sceller, vérifier les poids, les mesures (Voyez p. 235). 

Saiiué ; part. Vieux terme dans le livre des Chartes, p. 236, 



— 261 — 

ii°30. Il était défendu iV acheter peau ou cuir saiwez ou soin, danâ 
un document de 1510, ou qui aijt été mis en eaive ou en chaulx, sauve 
en (estes et foires marchandes; cuirs déjà mis en œuvre et qu'il était 
défendu de vendre (Voyez le mot Craixhe). Ou plutôt il signifie des 
cuirs séchés après avoir été mis dans l'eau (V. sous le mot Dissai- 
wer).\[ était permis de vendre des peaux que l'on avait commencé à 
travailler, les jours de foire parce qu'alors elles venaient de l'é- 
tranger. 

Salés ; part, des cùrs salés ou des salés, peaux préservées de la 
corruption au moyen du sel (V. l'exposé, p. !233). 

Scarner ; v. a. Vieux terme dans le livre des Chartes , p. 243, 
n° 36; échamer ; ce mot s'est transformé dans le wallon moderne 
en lidrner{\. sous celui-ci). 

Sèchenne; s. f. Peau séchée pour la conserver un certain temps 
de la pourriture (V, l'exposé, p. 233). Sechi, sécher et tirer. 

Serrer •,\\ di. Vieux terme dans le livre des Chartes, p. 241, 
n" 26 , presser, vouloir obliger quelqu'un à faire quelque chose. 
Faire serre parait employé dans le même sens dans un document de 
1516. 

Seur ; s. m. Eau dans laquelle ont été détrempées des sècliennes. 
On lui a donné le nom de seur , sûr , aigre, à cause de son odeur 
tellement violente qu'il est impossible de la supporter. Lorsqu'un 
tanneur laisse couler on seur devant sa maison, tous les objets en 
cuivre de ses places, les lambris, les chandeliers, etc., se couvrent 
de vert de gris (Voir l'exposé, p. 237). 

Sierveu à V couve ; s. m. Ouvrier qui apporte les écorces au bord 
des fosses (V. l'exposé, p. 236). 

Sîzer; v. n. Travailler dans la soirée, à la lumière , ce qui était 
autrefois défendu; li sîze, la soirée. 

Soirs; part. Vieux terme dans un document de 1516. Les cor- 
donniers peuvent acheter partout cuirs soirs et tanneis pour les 
mettre en œuvre (Voyez Saiwés). 

Souenne ; s. f. (de souer, sécher), endroit où l'on pend les cuirs 
pour sécher. 

17 



— 262 — 

Spâmer; v. a. Laver, rincer (V. l'exposé, p. 237). On trouve ce 
mot dans un document de i493 (Livre des Chartes, p. 243, n" 36), 
Aller sipâmer li boiilêie, aller à la rivière rinser les peaux que l'on 
veut mettre en œuvre. Spâmer ou rispâmer, égayer ou aigayer le 
linge. 

Spandoiix; s. m. Vieux terme dans le Règlement de 1773, n° 38. 
Cuirs sortants des coupés ou en termes de l'art spandoiix; aujourd'hui 
on dit côpé (V, l'exposé, p. 240). 

Stâ ; s. m. Vieux terme dans le des Chartes, p. 241, n° 28, qui 
signifie établi , comptoir ; on trouve aussi stau , stauble et même 
spiez. Faire stable (Livre des Chartes, p. 227), faire étalage ; tenir 
staple (Document de 1516), tenir boutique. Cprz. le thiois stapel , 
stapelplaets, etc. 

Stivauz ; s. m. Vieux terme dans le livre des Chartes, p. 227, 
bottes ; teutonique, stievel. 

Stochet ; s. m. Poignée d'étoffe de laine avec laquelle on enduit le 
cuir de graisse ; signifie aussi chaussettes, ou seconde chaussure 
en laine que les gens de la campagne portent au dessus des bas 
pour préserver ceux-ci (V. l'exposé, p. 242). 

Taper ; v. a. Frapper, jeter ; s'emploie en tannerie dans l'ex- 
pression taper les hoices fou poussîre ; retourner pour la première 
fois des écorces moulues, sur lesquelles on a versé de l'eau, afin 
qu'elles s'imprègnent convenablement et uniformément. 

Tarlye ; s. f. Vieux terme dans un document de 1434 et dans le 
livre des Chartes, p. 240, n« 8. C'était une certaine quantité d'é- 
corces; mais on ne sait laquelle; peut-être celle que pouvait 
contenir un four à sécher, appelé terreille (touraille). Aujourd'hui 
on sèche une meunée à la fois, c'est-à-dire 3,000 kilogrammes 
d'écorces. 

Terreler ; v. a. Faire sécher les écorces sur les tourailles (V. l'ex- 
posé p. 234). 

Tenneu ; s. m. Tanneur ; il y en a deux espèces à Liège (V. l'ex- 
posé, pp. 233 et 23S). Frisch dérive le mot tan de l'allemand tanne. 



263 



sapin, parce qu'autrefois on préparait les peaux avec l'écorce de cet 
arbre. Dieffenbach au contraire du celtique tann, chêne, arbre dont 
l'écorce sert communément à tanner le cuir. 

Termine ; s. f. Vieux terme dans le recueil des Edits et ordon- 
nances, p. 716, n" 4t, et dans le livre des Chartes, p. 281 . Voyez le 
mot Cheiiie. Ce mot signifiait aussi le jour d'échéance du loyer d'une 
maison. 

Terreille ; s. f, Touraille, four sur lequel on fait sécher les 
écorces avant de les moudre IV. l'exposé, p. 234). Dans les brasse- 
ries on sèche aussi le grain sur de grandes ardoises percées de trous 
qui s'appellent des haillcs diterreie. 

Teteux; s. m. Ouvriers qui tiennent les sacs ouverts quand on 
y jette les creppels; il sont deux: on dit aussi ctesseMa;{entasseurs). 

Tîdc ; V. a. Teindre , donner au cuir une couleur fauve (V. l'ex- 
posé, p. 240) ; on dit aussi mette es couvlâ. 

Tixhe et taxhe; locution adverbiale. Au hasard, à l'œil ; cette 
expression ne s'emploie qu'avec le verbe acheter ; on achète surtout 
des animaux de boucherie de cette façon, au lieu de les prendre au 
poids; l'acquéreur peut gagner ou perdre : on dit aussi acheter à 
V main, chez les tanneurs pour exprimer la même chose ; l'expres- 
sion ]nd fou pid d'vin se rapproche de ce sens (pied dehors, pied 
dedans , c'csl-à-dire un peu plus, un peu moins) ; taxhexQuX dire 
une de ces anciennes poches que les femmes liaient à leur ceinture 
(allemand et thiois tasche). Au pied de l'ancien pont des Arches 
existe une maison enseignée ou renseignée aile taxhe et la véritable 
poche ancienne s'y voit taillée dans la pierre. Il serait difficile de 
trouver là l'élymologie ou l'origine de l'expression acheter tixhe et 
taxhe, même en ajoutant queles enfants appellent tixhe et taxhe un 
jeu de hasard qui consiste à faire deviner le nombre de pièces d'ar- 
gent que l'on lient dans la main. Les Limbourgeois disent îiit de 
vuist Kopen. Je crois qu'il faudrait écrire tixhe es taxhe ; cprz. nu 
chat dans un sac. Aujourd'hui l'habitude d'acheter à la main se 
perd ; presque tous les tanneurs achètent au poids. 



— 264 — 

Tozai ; s. m. Peau d'un mouton qui a été tondu et dont la laine 
n'est pas repoussée. 

Trinay ; s. m. Terme aujourd'hui i)erdu : on appelait autrefois 
serviteurs du trinay, les mesureurs d'écorces (Voyez le chap. I , 
n<>8). 

Trâne; s. f. Littéral, huile de baleine; du flamand traen, dia- 
lecte troon, huile de poisson ; eau, liquide en général dans la 
vieille langue. 

Trulay ; s. m. Bourse en filet dont se servent aussi les pécheurs 
(V. l'exposé, p. 240). Les enfants appellent faire ine trulêie, se 
renverser les uns les autres, jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un 
tas, tout comme les poissons dans le trulay. 



APPENDICES. 

DOCUMENTS INÉDITS. 



HENDAGE DU MOULIN AUX EGORGES. 



4 MAI 1288. 



A tous ceaux qui ces présentes lettres veront et oront, nous, 
Gilles de Kemexhe, doyens délie engiies sains Poul en Liège , 
Lowys Surles et Henrys Polarde , esquevins de Liège, foement 
délie testament Johan dit de Dachues, filx jadit monsigneur 
Rabul de Curtius, citain de Liège, salut, cognissance de veriteit. 
Nous faisons a savoir a cascun et a tous, que nous, pour le profit 
et lutiliteit de Ysabeal , Magui , Marei et Katerine , filhes le 
devant dit Johan, des quelles nous sommes mambours, par consel 
de délibération meure eut entre nous, avons donneit a trecens 
hiretablement au mestier des tanneurs de Liège , et a toutes les 
personnes et a cascune délies doudit mestier et de leur compagnie, 
qui or en droit sont, et qui a venir sont, le molin con appelle de 
Pillechocle , qui siet a Londos et tout ce qui a dit molin appar- 
tient, en vennes, en illies et en toutes aultres chouses, pour douze 
deniers liégeois, que ledit molin doit de treffons ; et outre ce 
pour syes muys de mouture de payement et pour quatorze muys 
de spelte à la mesure et de marcliiet de Liège, a doiz deniers près 



— 266 — 

délie milheure, de cliens par an, et pour syes deniers liégeois de 
réquisition doit a aultre, sauf le droit délie semé et délie folerie, 
liqucis est donneit a aultres gens a trescens, lequel cens deseurdit, 
les devant dis tanneurs ou ois a qui ce cens déduis seront de 
parte eaus mis pour ce faire, doyent payer aux devant dittes 
sereurs et a leurs oirs, perpetuelement, cascun an, le bief et le 
moulture aile sains Andrier, a leurs costes, dedens Liège, sour 
leurs greniers, et les douze deniers liégeois à Noiel après ensi- 
want. Liquel molin lesdits tanneurs doient entretenir en ediffice 
et en toute office qui appartienent a li et dont il doit estre aidies, 
tout en teil estail et en teil point qu^il est ajourd^huy, et a doiz 
tours et avecque ce, il doie mettre en tour ( * ) ledit molin pour 
amendeir queil heure qu'ils voront, trente mars liégeois, en teil 
monoie qui ajourd'huy court, c'est a scavoir en gros tournois le 
Eoy, le gros tournois conteit pour owyt deniers liégeois ; lesqueils 
trente mars devandis, lesdits tanneurs puellent mettre en tour 
ledit molin, en tour les lilles (2) del dit molin et de ses appen- 
dices, ou bon et meilheure leur semblera, soit en maison faire 
sour lileal, soit en venues ou en queilconque aultre chouse quils 
voiront; par teil condicion, que, sil avient que les devant dis 
tanneurs rendent sus ledit molin, ou que par default de payement 
del cens il en soient ostées délie possession et del tenure doudit 
molin et des appendices, si par demenier [') et forjugier ledit 
liiretaige, il, ledit molin, doient livreir en ledilîce de li, altretant 
vailliant comme il est ajourdhuy; et pour plus a certifier délie 
valeur de celui même molin, li edifyemens de li est estimeis 
ajourd'huy par consens et le volenteit de nous, d'une parte, et de 
devant dits tanneurs, d' aultre, a sisante et sept mars de liégeois, 
une gros tournoys le Roy conteit pour owyt deniers liégeois, 
et avecque ce, ils renderoient et payeroient aux devant dittes 
sereurs ou a leurs oirs qui ledit molin tenroient, les trente 
mars dessus dits, lesqueils, comme chi devant est dit, ils doient 

( i ) Autour, au. 
(M lies. 
( ^ ) Saisir. 



— 267 — 

mettre a dit molin amandier, sensi dont n'astoit quil les eussissent 
mis, si comme poroit veioir et considereir apparenment par en 
vertu de proidomes qui ad ce se cognoisseroient, a la montant de 
ce que ledit molin est estimé ajourd^huy ; car, oultre ledit esti- 
mance, ils d oient ledit molin et les appendances de li, amendeir 
des devant dits trente mars, en teil manire comme chy devant est 
deviseit; le devant dit molin et les appendances de li, nous 
avons donneit aux devant dit tanneurs, et don et vesture en ont 
pris pour tous les compagnons doudit mestier des tanneurs, 
"VVilheame de Meffe et Lambert de Niswans, par teil condicion 
que, cils ou il desquels les dits tanneurs tenront ledit molin et les 
appendances de li, doient warandir et wardeir les devant dits 
tanneurs encontre tous hommes qui force les en feront , soit 
dabattre, dardoir ( *), de brissier, de défendre ou dautre force 
quele quil fuist con les feroit al ocquison et al instance de ces ( * ) 
desquels ils tenroient le molin sovent dit, ou de leur linaiges, et 
aussi délie duck de Lembourg, qui quionques le sierat pour le 
temps ; li quels sil avenoit quil, par li ou par ses justiclies ou par 
son commandement, abattoit, briesoit ou destruisoit ledit molin, 
pour aulcune droiture quil poroit ou voroit ens elle dit lieu par 
avowerie ou par aultre singnorie, cil ou chils des quels lesdits 
tanneurs tenroient a temps de dont celi molin, sieroient tenus 
refaire ledit molin en teil estail et a teil valeur quil sieroit le jour 
que abattu, briesiés ou destruit sieroit, et tantoist et dedens 
lutaine après ce, faire commenchier a ovreir, et sains délayer par 
souivret ( ' ) l'oevre, sens malengien et sans fraude, et se ce ne 
faisoient et ne comenchoient dedens le ut jours devant dis a faire 
ledit ovraige, ou quand ils aroient comcnclie a ovreir, ils ces- 
sassent dovreir, lesdits tanneurs poroient sils voloicnt leur dit 
molin faire refaire, et cilx de cuy ils tenroient ledit molin, 
sieroient tenus et sont tenus de rendre a eaux tantoist le cost 
quils y aroient mis al avenant délie valeur que li molin valoit a 

( 1 ) Brûler, d'où arsin. 

(') Ceux. 

('') Sans délai poursuivre. 



— 2()8 — 

jour quil fut abatu, briesés ou destruit, et sorlonc ce quils y 
aroient mis a refaire , par eriwart et lestimance dovriers cherpen- 
tiers qui ad ce soy cognoisseroient, et se cilx de cuy lesdits tan- 
neurs tenroient ledit molin, ne payeroient le cost mis adit molin 
refaire, tantost quant estimeis sieroit, lesdits tanneurs ne paye- 
roient le cens quil doient de li jusques a tant que on les aroit 
paiez le coust que mis aroient a dit molin refaire et destrendre, 
on ne les polroit se payer devant dont ne par demeneir , ne en 
aultre manière et soin pour ce demenroit tôt ledit liirtaige, les 
demenneurs nairot ne force ne viertu, ne ni eskeroit paiue ( ' ). 
Nous promettons aussi aux devant dits tanneurs, que les sereurs 
desseur escriptes, tantost que elles et cascune délies seront venu- 
wes a leur droit eaige, sourlonc le loy de Liège, si quelles soy 
polissent desireteir et a cuy aliireteir, et aussi si avant que droit 
de sainte engliese requiert, ferons gréer le marcliiet et les conve- 
nances doudit molin et des appendances, et ferons et teiles nous 
les arons, quant cascune délies sera venue a eage, aile somonse de 
ceaux qui siéront mis et deputeis par lesdis tanneurs; sera doudit 
molin, az devant dits tanneurs, ou a aulcun ceaux mis de part 
eaux pour ce faire, don et vesture, pour le cens et réquisitions 
dessus escripts, et tantost sens délayer , et se ce ne faisiens faire, 
ou qui qui ce sieroit des dittes sereurs , encontre ce que desseur 
est dit venist ou volsist venir, nous avons faite et faisons notre 
debt envers les devant dits tanneurs , en nom de paine ( - ) , de 
sisante mars de liégeois, de teil monoie que deseur est devisée des 
aultres sommes de deniers , lesquels sisante mars ils, en nom de 
paine , aroient atains et wanguies, a ( ^ ) nous a payer tantost a 
leur somonse ou aile somonse de ceux qui de part eaux seroient 
pour ce establis sens délayer, toutes exceptions de droit et de fait 
et ocquisons fors mise, az queles des maintenant nous renonchons 

( t ] Cette phrase est obscure et doit avoir été mal transcrite. 

( 2) Comme amende. 

(3) Par, ou bien il faut mettre la virgule après nous et construire, 
■wangniéa à nom, gagné à nous, sur nous, c'est-à-dire que nous leur 
devrions. 



- 200 — 

expressément par cet escript, a tout ce aussy que nous pouriens 
objeter et proposer encontre leditte paine et le solition de li. 
Pour ces convenances desseurdittes tenir et a emplir en touttes 
leurs clauses desseur escriptes, avons nous mis pièges ( ^ ) et 
Tendeurs pour nous envers les devant dits tanneurs , et cascun 
deaux pour le tout, a scavoir est : Johan de Berglies, Radut 
Surlet, Gielon Polarde, CoUon filz seingneur Maclion, Pieron 
filz a nous Lowy Surlet devant dit , et Eausin filz a nous Henry 
Polarde devant nommeis ; et aussi les devant dis tanneurs ont 
mis envers nous pour les devant dittes sereurs et a ce donnez pour 
le convenance que promise ont, ensi comme il est contenut 
desseur, pièges et rendeurs et cascun deaux pour le tout, a savoir 
est : Bauduin de Sumaingne, Wilheame de Meffe, Lambert de 
Niswans, Lambeclion Archilhon , Henry Plaieal , Ernou de 
Hodeige , Gillon de Palln , Baulduinet Oneal , Renir de Su- 
maingne, CoUon de Lilees , Johan son frère, Godien de sour le 
pont, Hanus le Jonnot et Arbetoie le Siècle ; par teil coudicion 
que, se il avient que nous, li devant dits foement, venons ou 
allons encontre ce que promis avons ensi que escript est deseur, 
en tôt ou en partie, li devant dits pleiges et rendeurs mis de part 
nous envers les devant dits tanneurs, déduit ( 2 ) en avant, aile 
semonse des devant dits tanneurs, ou de leur certain messaige, 
nous gésir ( ^ ) , sens atendre lune deaux lautre, dedens Liège en 
un liostel suffisant assenneit ( * ) a eaux de part les devant dits 
tanneurs ou de part leur certains messaige, sens départir por 
mangier et por boire le jour, a leurs coste, jusques a tant que 
nous ariens restoreis et aenplis ce de quen nous seriens troveis en 
default; et se ledit pleige etrendeur, a jour qu'il siéront sommés 
pour ces convenances, gisoient pour aultre cas que pour cest, ou 
eussent songne ( ^) teile pour quoy inné poussent gésir ne 

(1 ) Des répondants. 

( 2 ) De dont, des aujourd'hui» 

( ' ) Demeurer , rester. 

( < ) Assigné. 

( '•" ) Besogne. 



— 270 — 

covent ( 1 ) tenir, cils de eaux qui en teil estait sieroit, metteroit 
pour li gésir un homme aussy suffisant de ( ^ ) li, tant qu'il sieroit 
ensongies des songnes chi devant déclarées, et tout en tel fourme 
et en teil manire, que notre devant nommez pleige et reudcur 
doient gisir et covet tenir ; et chidevant est convenut de leur 
costes, li devant nommez pleiges et rendeurs, mis envers nous de 
part les devant dits tanneurs, doient gisir et covet tenir, aile 
semonse de nous ou de notre certain messaige, se ledis taneurs 
venoient encontre les convenances deseur escriptes que promises 
ont en tout ou en partie ; et sil avient que qui qui ce soit des 
pleiges et rendeurs deseurdits, soit des notre ou de leurs, tres- 
passe clii dedens de cest siècle, se cis estoit de nostres, nous 
remetteriens pour celi un aultre ausi suffisant de li tantost ; et se 
cis qui mort sieroit astoit des pleiges des devant dits taneurs , Ij 
dis taneurs remetteroient un aultre ausi suffisant envers nous ; et 
tous en teil manière devons faire, et lydis taneurs ausi, de cascun 
dédits pleiges et rendeurs sil trépassent de cest siècle chi dedens. 
Oultre est a savoir que, ja soit ce que les devant dits taneurs 
soient aussi que multitudene et plusieures personnes, non por- 
quant est le entencions de nous et volons que ce soit estable 
chouse que la vesture que faite avons a Wilheame de Meil'e et a 
Lambert de Niswaus pour le mestier et le compagnie des taneurs 
deseur dis, soit vesture fait a une main et ensy comme dune 
oire ( ^ ) et dune singneur a une personne, et a teil condicion 
comme ne puissent en nuls temps a venir qui qui soit sur dédit 
hiretaige demander que le cens et ly requestion deseurdis, ne 
prendre que une amende toutes les fies que amende eskairat, a 
prendre et a leveir et adjourner solonc le loy de Liège; et toutes 
les fyes que necessiteit et besoingue scrat de relever ledit hire- 
taige, ly une des devant dis taneurs porat ledit hyretaige releveir 
pour tous les compagnons de mestier devant dit, et pour prendre 



[* ] Tenir conseil, convenir. 

("1 Que. 

(3 ) Héritier ou successeur. 



— 271 — 

vesture et cens om escondire, et cliis en payerat teile droiture 
corn on doit, a savoir est : doiz deniers liégeois a singneur pour 
ses bans et a releveir pour le relief syes deniers liégeois, et aux 
tenans a cascun une denier liégeois et nient plus ; et doient tous 
les compagnons dédit mestier et cascun de eaux qui or en droit 
sont et chi après veuront, payer leur parte aux frais et costenges 
dédit molin et de ses appendices en cens a paier et en toutes 
aultres chouses ; et se aulcuns deaux en estoit rebelle, cilx qui 
rebelles sieroit de payer, ne soy aideroit dédit molin jusques a 
tant quil aroit paie. En après il est a scavoir que les devant dits 
taneurs et toute leur compaignie et cascun deaux, se sont ad ce 
accordeis par notre volenteit , que nuls qui soit deaux soient chi 
deseur dit, qui vesture ont pris dédit hyretaige ou aultre, puet 
ledit hyretaige en tout ou en partie, lu droiture quil y ait, ne 
vendre, ne decangier, donner, enwagier, ne obligier a cuy que ce 
soit se ce nest par le grey de tous les compagnons de mestier 
entirement. Il est ausi a scavoir que oir que li devant dit taneur 
laissent après son deces, soient mailes ou femelles, ne puelent, 
par raison de proïmeteit ou par aultre droit, rins qui soit deman- 
deir ne reclameir a dit hiretaige, si navient dont que cils oirs 
soient ovrant et manant ledit mestier de tannerie ; et cilx meisme 
ni puelent rien reclameir, jusques a tant quil y siéront recheyus 
por les soverains et les compagnons de mestier. Et nous ly pleiges 
et rendeurs devant nommeis, avons promis et promettons par foid 
plaine, que nous tous, en teil fourme que deseur est deviseit, 
yrons gisir et covet tenir , sains atendre lune de nous laultre et 
sens venir encontre, par nous ne par aultruy, par raisons ou 
exceptions que nous porons aligier ou mettre encontre, ce que 
promis avons et que deseur est escript. Et en témoignage de cette 
chouse, nous, li foement deseur nommeis, avons pendiit notre 
seal a ccste lettre pour nous ; et nous, li devant dis pleige et ron- 
deur, usons a cette lettre de seal singneur Lowy Surlet, foement 
devant dit, lequeils nous avons requist et pryet a mettre a ceste 
lettre pour nous. Et jeu, Lowy sovcnt nomeit , recognoist mon 
seal y estre pendut a ccste lettre ausi bien pour les pleiges et 



27ï? — 

Tendeurs deseur nomeis , que pour moy et a leur requeste en 
temoingnage de cliovises deseur escriptes. Ce fut fait et donneit en 
Fan de nostre singneur Jliesu Crist mille deux cents quatre vingt 
et huit, le lundy aprea le dymengne quon chante jubilate. 

Par|copie conforme a loriginel ; quod tester (signé) N. De Housse: 
nets pubs, in lid. 



II 



RECORD DU BAILLI ET DES ECHE\T:NS DE LA COUR DE JUPILLE 
TOUCHANT LA POSSESSION DU MOULIN ( AUX ÉCORCES ) DE 
PILCHOULE PAR LE MÉTIER DES TANNEURS. 



1er AVRIL 1301. 



A tous clieaus ki ces presens lettres verront et oront , Lam- 
buches (1), fis mon sangnor Thiri del Preit le jovene, chevalier, 
jadit balhiers délie curt de Juppilhe ke on dist del pont damer- 
cur deleis Liège, salut et connissanche de veriteit. Conutte chose 
soit a chascon et a tous ke, com illi soit ensi a tens dors (^), ke 
par le volenteit et cornant de nostre soverain mon saugnor 
Adulph, par le Dieu et le curt de Eome grasce, eveske de Liège, 
por aqueile raison mestiers (^) soit del savoir et denquere en 
queil point et cornent , li mestiers des tanoirs délie citeit de 
Liège tinent et ont tenut juskes a ors (*), le molien ke un dist 
de Pillechule et ses appendisses , seians en nostre justiche délie 
ditte cur de Juppilhe , et se ilh le tinent et lont tenut jukes a 



( ' ) Lambuche de Prez dit de Weis. 
( ^ ) Au temps présent. 
( ^ ) Nécessité. 
(* ) Aujourd'hui. 



— 273 — 

ors si ke vies acqueste ou novel, et de oui ilh le tinent et por 
combin ; et nous , si ke por nostre soverain desour dit , aiens 
especialraent nous eskevins délie dite cur de Juppilhe par chu 
mis ensemble et ajorneit, a savoir est lan de grasce milh trois 
cens et un, le promier jur del mois davrilli, et lur aiens char- 
giet sor lurs feiateis ke ilh, si kom chilh ki de chu ont a jugier^ 
nos en raportassent la veriteit ; nous vos faisons a savoir ke nous 
dis eskeviens en délibération et conselh deligens sor chu eut et 
por droite veriteit, si kom chilh ki de lontens lont apris et enquis 
de lur devantrains, nos ont raporteit aie ditte journée por plaine 
siete (*), ke li dis molins de Pillechule, li ileaus sor queu li ter- 
ralhe ( ^ ) siet ( ' ), li pons qui pardevant sta, li petis moliens aie 
scorche ( * ), li ileaus ki stat devant, les venues et tous li appen- 
disses, ensi ke li dis mestiers le tien a jour dui et la tenut juskes 
a ors , est lurs buns hiretages et loiaus, deskendans del eveske 
de Liège, si ke vies acquest, fais del venerauble chapitle de Liège 
de Ion tens cha en arier a notre sangnor leveske de Verdont, ki 
adont por le tens astoit ( ' ) ; et ke bin le tinent des mambors 
damoiselle Maghin, beghine, filhe a jadis Johan de Dachuez, 
por doze doniers de cens por an ; le queil raportement ( ® ) nos, 
si com chis ki a chascon volons faire raison , et aie pryere del 
dit mestier des tanoirs, nous mesimes eus en le warde et cns 
en le retenanche de nous, eskeviens délie ditte cur de Juppilhe , 
ki a chu faire suient ( ' ) présent, et ki bin en oient lurs drois, 
et nos asi si ke maires , les nous a savoir sunt : Thiris de Eim- 
mest , Andrier de Rausier , Ernars de Robiermont , Henrars 
Dewalhe, Jahans de Weis et Johans li Paneires. Et par chu 



( 1 ) Assemblée. V. le moi sieuUe dans le paragraphe des Assemblées, 
( 2 ) Terreiile ou louraille, endroit où on met sceller les écorces. 
( ' ) Siel et sta, est située. 
( * ) Ecorces. 

( B ) Ce fut en 1266 que l'évcquc de Verdun échangea le village de Ju- 
pille avec le chapitre de St-Lambert contre le bourg d'Amay. 
( 6 ) Ce raotja ici lo sens de record. 
( 7 ) Sommes. 



— 274 — 

ke ( 1 ) clie soit ferme chose et estable, nos, Lambuche, balhiers 
délie curt de Guppilhe desoir dis, aie pryere del mestier des 
tanoirs de Liège desoir dit, et a raportement de nos eskevins 
desoir nomeis , et por eaus et a lur requestes , avons pendut 
ou fait pendre nostre propre saiel a ches presens lettres, del 
queil saiel de nostre maiour desoir dit, nos, lis eskevins délie 
ditte curt Juppillie desoir nommeit , ki ches choses tesmognons 
estre vraies , si kom chilh ki bin en awimes nos drois et nos 
dis maires les siens asi, usons a cheste fois et prions tuit 
ensemble nos, li balhiers et li eskevins desoir dis, a veneraubles 
sengnors le chapitle délie grant église et lofficial délie cur de 
Liège, ke ilh, por plus grant corroboration des choses desoir 
dittes, velhent j)endre lour saieaus a cases (-) a ches presens 
lettres aveikes le saiel del balhir desoir nomeit. Et nos li cha- 
pitle délie grant église, et nos maistre Arnus, officiaux délie cur 
de Liège, aie prière et le requeste del balhier et des eskevins 
délie cur de Guppilhe desoir nomeis, et a raportement de nos 
feiables notares. Colin le Moir et Wilhemotte cl elle Vilhe, por 
chu especialment a oir deputeis, pardevant les quels ceis raporte- 
mens et ceis jugemens furent recordeit, lan de grasce desoir dit, le 
le mardit après le jour desoir nomeit, ki chu nos ont raporteit; 
cui fais nos approvons et cui nos créions en ches oivres , avons 
pendut nos, li chapitle desoir dis, le saiel de nostre cur a cases ; 
Et nos, maistre Arnus Dawans, ofîiciaus desoir nomeis, le saiel 
del nouble siège délie cur de Liège a ches meimes lettres , en 
tesmognage de veriteit. Chu fut fait et doneit et li jugemens 
fais et recordeis lan et les jours desoir dis. (Signé) Eloris not. 
capli leod. 



Copié et collalionné sur roriginal en parchemin. 



(' ) Afin qne. 
(2) Aux causes. 



— 275 



III 



CHARTE DE LA CITE QUI, DU C0NSE1S"TEMENT D ADOLPHE DE LA 
MARCK, DONNE EN RENDAGE PERPETUEL AU MÉTIER DES TAN- 
NEURS LES DEUX PLACES DE GRAVIOULE. 



21 MAI 1333. 



A tous ceaux qui ces présentes lettrez veront et oront, li 
maistrez, li esclievins, li jureis , li consseilz et toutte li univer- 
sitet délie cité de Liège, et Piron, dit des Ballanclies, clieal- 
rier ( ^ ) de Liège , salut en Dieu parmanable et cognissance de 
veriteit. Cognute chose soit a chacun et a tous , que nous , il 
maistres, li eschevins, jureis , consseil et universitet desseurdit, 
pour nous, notre dite cité et successeurs, et je Piron , chealrier 
devant dit, en nom et en lieu de notre révérend père en Dieu, 
chier et amé seigneur monseigneur Adulphe ( ^ ) , par le grâce 
de Dieu , Evesque de Liège et de ses successeurs , evesques de 
Liège après li ; advons donnet et ottroyet , donnons et par ces 
présentes lettres ottroyons pour le profElt évident de révérend 
père et cité desseurdis, a hommes honnestes, Collin dit aux Nales 
et Jacquemien dit de Lysleaul , tanneurs , citains de Liège , 
prendans et acceptans a nous, pour eaux et pour tout le mestier 
des tanneurs de notre dite cité presens et avenirs en liiretaige 
perpetueement , une pièce de terre gissante en lieu condist en 
preit de Gravcroule, aax tanneurs, entre les murrcz délie maison 
condist des Escolliers et le rivire de Mouse, a prendre et acomen- 
chier celle pièce de terre, de costet devers les murrez devant 



(') Céarier, receveur des renies et impAls en nature. 
C^) Adolphe de la Marck. 



— 276 — 

dis, droit aile lingne al enwaul ( • ) et a front délie soye ( 2 ) oU 
enclosure délie tenure Collet que on dist Cragheneal le tanneur^ 
et au defineir ( ') vers leawe ensi que celle enclosure se porte vers 
Mouse, jusquez aile lingne de deforain posteaul qui stat sur 
Mouse délie passeve (*) Gileneal , fil jadis Gilis de Treit le 
tanneur, et a parsuyre de celle fin et de comenchement desseur- 
dis en aval jusques aile lingne de desseurtrain posteal ou pileir 
de postice qui est ens endit murres des Escollievs, ensi que celle 
pièce de terre sextent selon ces quantités. Et une aultre pièce de 
terre gissante de dessonr lautre pièce deseurdite, endit lieu de 
Graveroule, a prendre et a comencliier , de costet damont, de- 
vers lesdis murres a syex pies près de ces mures aile lingne de 
tilhoul ( " ), en aval, vers Mouse, aile lingne jusques dessous le 
mellee ( « ) qui siet contre ledit tilhoul, et a defineir ceste dite 
pièce de terre, en parsuyant en aval en sa lingne et en sa qaan- 
titet de costet damont et devers'les mures, jusques aile soie ou 
enclosure délie tenure que on dist Bodechon Oneaul le tanneur, 
et jusques aile tenure de sasiche Huwechon délie Cange de costet 
vers Mouse en aval, parmy vingt soulx liegoix de bonne monnoie 
de cens annueit et perpetuet, que li deux wardains, jureis dudit 
mestier qui seront pour le temps , en renderont et payeront en 
nom dudit et pour ly, chacun an d^an en an perpetueement, pour 
le moitiet a notre révérend père desseurdit et ses successeurs, 
evesques de Liège, et a nous, ceaux de la citet pour lautre moi- 
tié, assavoir a chacun le moitié de sa moitié, en le feste délie 
nativitet notre seigneur Jliesu Crist prochainement vennant, et 
lautre moitié tout ensi de sa moitié, en le feste délie nativitet 



(1 ) En aval. 

(2) Haie ? 

{^) k cesser. 

(^) Propriété? Passage? 

( " ) Ce tilleul bornait la propriété du val des Ecoliers à l'endroit où 
est maintenant l'angle N. E. du manège ; il était si gros que 300 hommes 
pouvaient s'abriter dessous. 

(«) Pommier. 



— 277 — 

saint Jehan Baptiste tantost après ensuyant , et ensi de la en 
avant d'an en an en parsiiyant perpetueement, et a vingt deniers 
de ladite monnoie de relif ou de requestion dlioir en aultre ; et 
est assavoir que quant li uns de Colin et de Jaquemien des- 
seurdis deuierat le mestier devant dit^ en lieu de denieit, reme- 
terat ung autre qui le vesture porterat , et qui payerat pour 
ledit mestier le moitié de relif desseurdit a nous, ceaux de la 
citet, et a notre dit révérend père, a chacun la moitié de celle 
moitié, et ensi en userat on dors en avant perpetueement ; adjos- 
tet que entre lesdis mures et les deux pièces de terre desseur- 
dites, doit avoir et arat voye contenante syez pies de largeche 
a messureir aile messure quon diet du piet Saint Lambert; et 
lidis tanneurs... des deux pièces de terre desseurdites puelent 
et polront faire leur lige vollentet. Et tout li sorplus du dit preit 
de Graveroule est et estre deverat et doit a tous jours maix 
commons asemences (') sens enclore et sens greine (^), terre 
ne wasson prendre , et sens beistez ne pasturagez ens faires , 
qui damage^puist porter ; et par ensi que li sire ne le citet nelle 
polront vendre , donneir, accensèir ne alyener, ne chose faire 
que il ne demeurt commons aisemencez a touttes manières de 
gens , parmy ce que ledit mestier lat pour estre commons aise- 
mences acquis a nom de la citeit et notre dit seigneur , parmy 
quarante libres de tournoix petit, comon payement, que il en at 
payet, convertis ens el prolïit évident de seigneur et cité devant 
dis, lequeil ( ' ) remannant , on ne polrat empeschier qui ne 
demeurt aisemencez si que desseur est dit , saulf ce que dessouz 
ladite melee vers Mouse , ledit Huwechon doit avoir sa voye dal- 
leir en son sasiche desseurdit ; et de celle melee en aval jusquez 
audit sasiche de costet vers Mouse , si avant que li gravier sex- 
tenderat, nus ni porat par couvent fait curreir ( * ) ne aultre 

( t) Terrain vague. 

(2) Limite, en ail, grenze. 

(5) Terrain. 

{*) Mettre au vert comme on le voit plus loin ; il y avait là tout à côte 
un verger bannal où tous les tanneurs pouvaient étendre leur linge, usage 
auquel il sert encore aujourd'hui. 

18 



— 278 — 

chose faire que ce ne soit le comon aisemences de faire le neces- 
siteit de corps humaine {i) ; et parmy teilx cens, teil relif, telles 
conditions et choses qui desseur sont dites, nous délie citet, avons 
pour Jehan dit de Lardier , mayeur , et pour CoUin de Sauson, 
Jehan de Braibant, Jehan Gilman, Jehan Hanoton le huilleur, 
tennans hiretablez de notre court condist délie Yyolette ; et je, 
Piron , chealrier desseurdit , pour notre dit révérend père et en 
nom, ayt pour ces miesmes tennans , qui aussi sont tennans 
hiretablez , a li donnet don et vesture à CoUin et Jacquemien 
desseur escrips, des hiretages devant dis, en nom, aoez ( ^ ) et en 
lieu dudit mestier ; et eus les avons comandés en paix si avant 
que drois et loys portent et uz et coustummes sont en teiles 
chosez a faire, tout a lensengnement des dis tennans ; par ensi 
que se li deux wardans jureis dudit mestier qui seront pour le 
temps , estoient trouvés en deffaulte de payer pour quelconque 
termine que ce fuist, ou se ledit mestier estoit deffallans de livreir 
on vestit en lieu de déniant dedens lan , ensi que desseur est dit, 
se li faulte de payement dudit cens duroit tant pour queile ter- 
mine que ce fuist que li moix tantost après ensuyant fuist passé, 
li sire et nous, de la cité, poroit et polriens lesdis hiretages faire 
demineir sur ledit mestier par troix quinzaines , selon le loy et 
lusage délie citeit de Liège ; et tout ensi poroit il et polriens 
demineir pour le faulte de vestit a cel usaige miesmez ; et est 
en ces chosez adjostet pour toutte matere de discort et (^) eski- 
weir, que sil est aucuns qui oiste toille ne chose que ons aultre ayt 
mis pour cureir sur le common aisemences desseurdit sens le 
volentet de celi qui mis ly arat ou cuy ce serat, il serat a troix 
soulx de tournoix petis touttes foix que ce ferat damende, a payer, 
pour le tirée part a notre révérend père devant dit, pour lautre 

(') Cette singulière clause a été observée pendant des siècles ; et il y a 
peu d'années l'endroit de Gravioule ;spécifié ici servait encore au même 
usage ; aujourd'hui mêrae il y a peu de maisons dans la rue des tanneurs 
qui soient pourvues de latrines. 

( -) Au profit. 

(^) à? 



— 279 — 

tirce part a nous de la citet, et pour lautre tircc part aux deux 
wardaius dédit mestier qui seront tenus de ces amendes raporter 
sur leurs fealtes^ touttes foix quelles seront commises, sauf ades 
que en le pièce et en le partie qui est dessous le melee, vers 
Mouse jusques audit sasiche , si avant que ledit gravier sextende- 
rat, la nus ne porrat curreir ne aultre cliose faire que ce ne soit 
ades le comon aisemences pour levacuation sus faire tant seule- 
ment de corps humaine si que desseur est contenu. Et partant 
que ce soit ferme chose et estable, nous, de la cité, avons a ces 
présentes lettres faittes, par chirographes (l), fait apprendre, 
pour nous et nos successeurs , le seel aux causez de notre dite 
cité ; et je, Piron , chealrier desseurdit, en nom de révérend 
père desseur escript, et pour ly jay appendu le mien propre seel 
en tesmonguage de veritet. Che fut fait et donne t lan de grâce 
mille troix cens et trengte troix, le vingt ungeme jour de moix 
de may. 

Copié et collationné sur une copie authentique en parchemin 
donnée par les échevins de Liège le 15 avril, 1452. Sceaux en- 
levés. 



( > ) Double que l'on faisait sur la même feuille de parchemin et qu'en- 
suite on coupait en deux, afin de pouvoir, en rapprochant les deux pièces, 
constater l'authenticité. 



— 280 — 



IV 



BENDAGE PROCLAMATOIUE DU MOULIN DE FOLERECHE SITUE PRES 
DU MOULIN DES TANNEURS. 



30 JANVIER 1373. 



Officialis curie Leodiensis , presbytère parocliialis ecclesie 
Sancti Remaculi , trans poutem Amari cordis , prope Leodium , 
salutem in Domino. Ex parte honorabilium virorum dominorum 
scabinorum Leodiensium nobis est significatam , qnod dominus 
Johannes dictus Sapins , presbyter , et Andréas de Hammeteal, 
clericus, rectores altaris Sancti Adalberti siti in ecclesia Bonorum 
puerorum Leodiensium , pro quo quidem Andréa nunc a patria 
absente , Hunnibertus Marsilii de Trelouz , civis leodiensis , 
ejus procurator , stipulabat^ dare seu conferre intendunt in liere- 
ditatem seu emphiteosim perpetuam , utililate dicti altaris pre- 
pensata et ad opus ejusdem , de consensu et consilio domini 
Henrici de Lembor , prioris ecclesie Bonorum puerorum pre- 
dicte (' ) , molendinum unum cum suis appendiciis universis , 
nuncupatum le molien folerecJie , contiguum molendino tanatorum 
Leodiensium, in vestra parochia scituatum , quod dudam per 
defectu census fondi fecerat deminatum , et per Joannem dictum 
Colhetal ultimum ipsius molendini possessorem reassecutum , et 
legis Leodiensibus docmnento melioratum ex summa ducentarum 
triginta trium librarum et sedecim solidorum communis paga- 
menti Leodiensis tune ciirrentis , videlicet uno floreno ad mu- 
tonem auri cudis Brabaucie pro tribus libris et sex solidis dicti 



( ' ) Le couvent des Bons Enfants était encore propriétaire foncier du 
moulin en 142G. (V. le relief fait à cette date.) 



— 281 — 

pagamentis computato , quam summam prefatus Johannes Colhe- 
teaz ad prelibatum molendinum principaliter reassequi tenetur , 
vigore sentencie judicialiter late per dominos scabinos Leodienses 
prescriptos. Ex quo quidem molendino cum suis appendiciis 
memorato Henricus le Coutelirs , commorans in Insula Leodiensi 
ante ecclesiam beatiPauli etEgidius, filius magistri Joliannis de 
Tileuîj fabri , obtulerunt ad invicem se daturos undecim marchas 
bone monete census hereditarii , pro média parte in festo nativi- 
tatis beati Joliannis Baptiste et pro reliqua média, in festo nati- 
vitatis Domini , singulis annis perpetuo exsolvendas , et unum 
denarium superexcrescentem relivii seu requestionis , prêter et 
ultra principale relivium in quo dictum molendinum erga curias 
a quibus movetur et descendit existit obligatum , necnon quinque 
duplices mutones auri pro restitutione expensarum factarum et 
appositarum in recuperatione dicti molendini , erga dominos 
scabinos Leodienses predictos , curias fondi et juratos wlgariter 
nuncupatos les pireis des parcJions {'), coram quibus ex eodem 
fuit, per quam plurimas dictas et quindenas litigatum ; condicioue 
tali premissis interposita quod prelibati Henricus et Egidius , 
emptores, tantam prefati census summam redimere tenebuntur , 
quod dictus Johannes Colheteaz ex prefata summa sibi débita sic 
plenarie satisfactus et persolutus , pro quoquidem censu taliter 
redimendo, dicti emptores exsolvere promiserunt, pro rata cujus- 
libet marche novem duplices mutones auri et dimidio , semel , 
presentibus immédiate finitis proclamationibus , dicto Johanni 
Colheteal deliberandis, omnibus dolo et fraude remotis penitus et 
exclusis. Sed quia dicti molendini donatio hereditaria , débite 
fieri non potest sccundum legem patrie prescntis , nisi prius factis 
super hoc proclamationibus dcbitis et in talibus fieri consuetis. 
Huic est quod nobis precipiendo mandamus quatinus proclametis 
in facie ecclesie vestre predicte , publiée et in generali , per très 

( ■■) C'est la seule mention que nous ayons rencontré de la cour des jures 
des parchons : parchon, so dit d'une part d;uis une propriélo quelconque 
ç,\.\>archonkr ou cutnparckiniicr celui qui (in.-si'do colle [larl. 



— 282 — 

dies dominicas, de quindena ad quiiidenam, sese continue subsé- 
quentes , intra missarum sollempnia , dum ibidem major affuerit 
populi multitude , prefatum molendinum fore in hereditatem 
pro utilitate dicti altarisconferendum^cumintimacionetali, quod, 
si quis ex eodem plus obtulerit se daturum, illud obtinebit. Et 
quid inde fuerit et factum fuerit cum nomine plus offerentis si 
quis affuerit, nobis sub sigillo vestro fideliter rescribatis. Datum 
anno dominice nativitatis miUesimo 000™° LXXIIJ», mensis 
decembris die penultima. 

Item par copie : Venerabili viro et discreto domino suo 
domino officiali Leodiensi Henricus de Daules, investitus ecclesie 
parocliialis sanci Eemaculi , pontis Amecurtis, obedientiam in 
mandatum cum sainte. Noveritis quod ego mandatum vestrum, 
(lacune) directum , cui hec mea presens rescriptio est annexa , 
diligenter et attente per très dies dominicas sese immédiate 
sequentes , in facie ecclesie predicte , sum executus , et in ipsa 
executione comparuit coram me et pluribus personis fide dignis , 
Closkinus dictus délie Ohivre; et ibidem protestatus fuit, quod et 
supra molendinum in ipso vestro mandate expressum , liabebat et 
habere debebat unum modium spelte liereditarium , et ob hoc 
nolebat quod proclamationes de dicto molendino facte seu vendi- 
tiones de eodem faciende , sibi quomodolibet imposterum 
possent prejudicium generare ; quibus sic actis ut prescribitur , 
comparuerunt coram me quamplures persone qui ofPerebant se 
daturos omnis summas florenorum et census in ipso vestro man- 
date declaratas et expressas et ultra ; sed finaliter, Gerardus dictus 
Sordeilhe, gubernator ministerii, ut dicebat, tanatorum Leodien- 
sium , nomine et ad opus dicti ministerii , pro dicto molendino 
babendo , obtulit se et dictes tanatores daturos omnis summas 
pretactas et, unacum hoc, quinque marchas cum dimidia monete 
censualis Leodiensis hereditarii , et duos florenos duplices ad 
signum mutonis , semel exsolvendos pro bevragio seu merchi- 
poto ('); et hac oblatione per ipsum Gerardum ut prescribitur 

^1 ) Le vin du marché et le gage de Tachai. 



— 283 — 

facta , non sunt quis qui plus offerret se daturum pro "^dicto 
molendino. Quod vobis , et omnibus quorum interest, per meam 
presentem rescriptiouem , siguifico, Datum^ factum et oblatum 
anno dominice nativitatis millesimo CQQ'^^ septuagesimo tercio , 
dominica die post couversionem beati Pauli apostoli , videlicet 
mensis januarii die penultima. 

Copie sur parchemin , donnée par les échevins de Liège le 16 
mars 1575. 



lY bis 



KECOED DES VOIRS-JURÉS DU CORDEAU TOUCHANT LES BOUTIQUES 
OU STAZ QUI SE TROUVENT SOUS LA HALLE DES TANNEURS. 



27 NOVEMBRE 1406. 



Chest ly visentacions des staus des manglion, faite lan Xiijj° 
syes, vinte sept jour de novembre, et les aisemenclie (l ) qui sont 
trowees ausdis staus appartenant, prieze aile halle des tanneurs ; 
premiers le stauble Johan Presse acosteis versli Violette at unck 
mcsplas ( 2 ) quartier, aqueil ly uxlierye ( '" ) pent, et sour le 
queil quartier at une pirchelet ( * ) de bois clawees, sour laqueil 
ilhe at deuxreillie ( "*) ail (trou dans le parchemin), le staus 



(< ) Ustensiles, meubles ; signifie aussi terrain vague. (V. n" III). 

( ^) Pièce de bois sciée d'un côté. 

( ^ ] Porte en wallon ouxhe. 

( * ) Piechelet ? petit pièce. 

( ^) En wallon qrcyon, mol qui n'a pas son correspondant en français ; 
grande cheville placée dans une pièce de bois de façon à pouvoir y passer 
le croc auquel pend la viande. 



— 284 — 

de chi a une autre posteaul extant a coir ( i ) dédit staul ; et des- 
seure ycelle dite ^reilhe at encor une greilhe qui est clawee sour 
une baiclie(^ )laqueil bai clic est clawee aile halle et a desseure 
stat le toiteaul ( ^ ) de owyt planche qui est aclaweis aile halle et 
pent vers le Marchiet, oiiltre le ban, et ly quels toiteaul est asis 
sour trois weirs (*) clawee aile halle et a trois corbeal (s) 
dont ly emettrain corbeal est claweis aile halle et les deux autres 
aus deux posteaul ( «); et a posteal versleMarchiet pent ly autre 
feniestre ; ly quels posteaul vers le Marchiet est encrenneis ( ' ) 
pour le ban entreir ens unk pochin dois parson (*) bien messu- 
reit, et desous le queiî toiteaul at, a deux costés de ban, trois 
greilhe abeiche et achewilhe (») sour haieneir {'"). Item ly 
soûls desous le ban, est entrant dedans le mure a costeis vers le 
Violette, et le vianne ( n ) desseur est ausy entrant endit mure ; 
et dedens le spier ( 12 ) at une greilhe qui est clawee a trois pos- 
teles pendans aile halle, et lequeis spier est bachiet (i3) desseure 
et claweis les baiche aile halle. Item en cely spier at une 

( 1 ) A. coron, au bout. 

(2) En wallon bâch, bachir, saillie en bois s'étendant autour des 
appartements et servant à supporter la vaisselle, etc. 

( 3 ) En wallon leulai. 

( •* ) Pièces de bois qui soutiennent le toit, en wallon wères. 

( 5] Espèce de charpente en forme de triangle composée de o pièces; à& 
bois. 

( 6 ) En wallon postai, montant. 

( 7 ) Échancré. 

( 8 ) Parsons, espèce de mesure ; ou bien deux parties parchons ? 

{ » ) Abetchi, taillé en pointe ; chevillé ? 

( 10 ) L'un au dessus de l'autre, comme des échelons ; en wallon hdle^ 
ou pour étaler (hàgni). 

(n ) En wallon vienne, verne, dernière pièce de bois qui joint la toiture. 

(12) Spiez, petite chambre pour mettre les provisions ou conserver les 
marchandises. 

(13) En wallon bâchi, établi, assujetti, placé ; ce mot se rencontre très 
souvent dans les ventes aux rcndagcs proclamatoires , et signifie, 
croyons-nous, lambrissé, ou garni de panneaux en bois. Bauche, signifie 
esseau, bois pour couvrir les maisons. 



— 285 — 

uxherye de deux piet de large, allant sour les greis délie VioIette>, 
et est le spiet vesty de planche aile pionne (^) de greis. Et a chely 
costeis meismes at encor une greillie clawee aile parois des greis, 
et est cely spier tous bacliies de stcliermas ( 2 ) haweis dedens les 
posteaus et liotteis ( ^ ) en posteal délie halle desseure, et est ly 
sommier ( * ) deseure cely scermas creneis a derier délie feniestre 
pour ens a ovrier le feniestre, et en queil scermas at deux plan- 
chet assieze et chewilhye emmy al posteal desseur luxhe de spier ; 
et a posteaul délie uxherye de spier at claweit unk crock. Et en 
quiel spier at une colombe (3) corbelhyes a la queil colombe at 
claweit unck scermas de baiche trailhies desseure et claweis a 
corbeaul et a terraist ( ^ )j le queil terraist ne vat point sour piet 
et demy près de longeclie de chy aile parois exstant a coron dédis 
staus. Et acoirs de queil stauls at une uxherye allant four vers 
manghenye ( '') qui peut a deux posteal aclaweis aile halle. 

Copié et coUationné sur l'original en parchemin d'une écriture 
très difficile à lire. 

( 1 ) Âplom, à hauteur. 

(*) Ce mot signifie probablement armoire; on le trouve aussi dans 
une charte de métier des charliers. 

( 2 ) Hâve et hoUc, mots wallon ; faire une mortèse. 

(*) Soumi, poutre. 

( 5 ) Poteau, jambage d'une porte. 

( 6 ) En wallon (errasse, solive. 

( 7 ) La rue des Mansons. 



— 286 — 



ORDONNANCE DU METIER CONTRE LES BRIGUES ELECTORALES. 



19 JANVIER 1421, 



In nomine Domini amen. Nous ly governeurs , ly jureis et 
toutes les personnes et aniversiteis generalment de boin mestier 
des tannours délie citeit de Liège , savoir faisons a cescuns et a 
tous qui elles présentes lettres voiront et oront , que , comme 
aile cause , instanclie et ocquison des maistryes et des ofïisclies 
délie citeit de Liège et ausy par especiale des offisclies appar- 
tenantes a notre dite mestier, discours, (') liaymes, (^) debas, 
ranckeurs et entredois, ( ^ ) fuisent esmeus et susceteis entre nous 
les personnes de notre dite mestier , ce dont pour ychu nous fuis- 
siens dois partyes enlevées (*) dedens notre dite mestier, con- 
traire ly unnes aile autre , la queille cliouse astoit maie covenable 
et mult devoit desplaire a nos tous , qui lonour , le bien common, 
le profit et lutiliteis de nous tous et aussy de notre dite mestier 
devons et astons tenus délie ayedier ^ deffendre , wardeir et tous 
jours mentenire a nos loyaux poioir ; veyut et considereit que la 
plus grande partye dentre nous summes proismes ( * ) et amis et 
conjoins ly unk aile aultre , et aussy considereit que nous prédé- 
cesseurs, a cuy Dieu faiche vrayc pardon , ont tous jours esteit 
de temps passeit bien daccourd et mult honorablement illi ont 
governeit notre dite mestier, comme cescuns seit ; sy que pour bin 

(* ) Discordes. 

(^) Haines. 

(^) Disputes. 

{*) Élevés; il se forma deux partis. 

(S) Parents, proches. 



— 287 — 

de pais et pour bonne amonr , unyon, gouvernanche et régiment 
a avoir, nourire et a tous jours mais perpetueilment mentenire 
entre nous , nos hoires et successeurs , et aussy pour esldweir tous 
tlebas, liaymes , ranckeurs et inconvenienclies qui des chouses 
desus dites posissent naistre , susciteir et mouteplyer entre nous, 
ensy que ja grandement astoient commencliiez , se ponrveyut ny 
awist esteit de remcide par le boin moyen, traityet, conseilhe et 
accourd des alcuns dentre nous bien voilhans et convoitans le pais, 
lonour, le profit et le boin régiment de nous tous et aussy de 
notre dite mestier et de nous hoires et successeurs ; et afien que de 
cely jour en avant nous ne soyens , ne estre ne puissiens dyvideis 
ne separeis en dois partyes , anchois ( ^ ) soyens tout dunne accourd, 
dunne oppinion , dunne partye et dunne bonne volonteit , sens 
jamais a departire ne separeir , nous tous ensembles de common 
accourd, syete et volonteit et ausy sens nulle débat, nous sour 
chu oyut mayeure (j) conseilhe, avis et deliberacion entre nous 
tous , en notre plain mestier,, en lieu a chu connus et acoustum- 
meit, et appelleis tous cheauz dentre nous qui y durent ou porent 
estre , avons ordineit et accourdeit et par le tenure de ces présentes 
lettres nous ordinnons et accourdons , tant pour nous comme pour 
tous nos hoires , rcmanans et successeurs , les poins , devises , 
accours et ordinanches chi après cscrips etdeclareis, lesqueis nous 
volons a tous jours mais et sans rien tenire (^), wardeir, deffendre, 
avoir et mentenire a nos loyaux poioir, sens de rin a embrisier ne 
encontre alleir, par nous , ne par aultruy , ne par nous hoires ne 
successeurs en secreit, en obscurre ne en appert , en nulle mauire 
queilconques qui soit, ne qui advenir puist le temps futture ne a 
avenir, en bonne foi et sens nulle fraude ne malengin en chu que- 
rire par chouse qui advenir puist en cestuy pais ne en aultre. 

Et tout premièrement , nous avons ordineit et accourdeit que 
boin pais, amour et union soit et demourc a tousjours mais per- 



(') Ce mol il plusieurs significations ; ici au co7itraire. 

{-) Mùr, en wallon maweur. 

(5) Pour à retenir , c'csl-à-dirc sans reserve. 



— 288 — 

petueilement entre nous, nous hoires et successeurs de notre dite 
mestier, et que touttes haymes, ranckeurs et incovenienches qui 
sont en notre dite mestier , soyent quitteez et bonnement pardon- 
nees a tous jours, sens malengin. 

En après, nous avons ordineit et accourdeit, a faite des oiïis- 
ches grosses ou menuwes a notre dite mestier partenantes, que 
cely jour en avant, cely ou ceaulz qui les portent ou qui les aront 
ou pourteront le temps a advenir , que dedens quatre ans tan- 
toist après en parsiwans après chu quillis les aront mis jus ou 
quillis en siéront liousteis (l), ne poront ne deveront avoire ne 
porteir nulles offische queilconcques a notre dite mestir parte- 
nantes, grosse ne petites, en nulle manière queilconcques ; mains 
les quatres ans passeis , adont poront ilhs bin avoir et pourteir 
ojBische se illis sont enluis de pourteir pour ( " ) le plus grande 
syetc dentre nous tous qui de présent summes ou advenir porous, 
sens malengin. 

Item nous avons ordineit et accourdeit pour bin de pais que, 
a jour délie feiste Saint Jakerae et Saint Christofre venant pro- 
chainement, Jacquemiens Oulry et liubien de Malmedeye, nos 
confrères, siéront enluis governeurs pour toute lannee de notre 
dite mestier. Item Colaurt de Hodeige et Henrys de Steis , ausy 
nos confrères , siéront pareilhement enlius jureis pour tout lan- 
nee de notre dite mestir. Item que Colaurt de Tournay, notre 
confrère, sierat enluis s_yes délie foure, le premier qui en notre 
dite mestir eskeirat. Et Johans li Berwier, ausy notre confrère, 
sierat enlus et avérât le premier quatreme délie Vyolette qui en 
notre dit mestir eskeirat , en bonne foid ; et de dont ( ^ ) en 
avant, touttes offisches de notre dite mestier queils qailh soient, 
soient gros ou petites, soye doient ( * ) et deveront faire par nous 

et par nous successeurs bellement, secreitement et ord et aUe 

plus grande siute, en lieus a chu connus et acoustumeis et as 

{ ' ) Qu'ils auront quitté leur charge ou qu'ils en seront privés. 
( ^) S'ils sont élus par. 

( 3 ) De dont ou dour en avant, c'est-à-dire depuis ce jour. 
(*) Se doivent. 



— 289 — 

propres jours quilhs soy venront affaire, sens faire ne ordineir 
devant le temps en nulle manière, et que a queilconcques of- 
fisches qui soy venront affaire en notre dite mestir de cely jour 
en avant, soyent des maistryes del citeit de Liège, des vinte dois 
de pays ou daultres offisches queilconques estre puissent, les go- 
verneurs de notre dite mestir qui de présent sont et ceauls qui 
après eauls siéront ou venront , poront et deveront prendre, 
cliiusir et enlyere a leurs bonne volenteit et plaisir alcunnes per- 
sonnes de notre dite mestier ydoines et sufïissantes , pour seyre 
aile croie (* ); les queilles personnes deveront faire seriment pu- 
blement et tout haulte en notre plain mestir, quilh warderont, 
raporteront et feront loyaultement le plus grande suite que faite 
et passée sierat pardevant eaulz a la dite croye, et quilhs tenront 
en secreit sens diere ni reveleir tou clie et de quant que faite et 
enluit sierat pardevant eauls, reserveit le plus grande suite que 
diere , rappourteir et pronunchir deveront bonnement et loyaul- 
ment de queillconcques offisches grosses ou petites que chu 
soyent ne estre puissent, sens nulle fraude. 

Item pour eskyweir tous petis haymes, maies amours, debas et 
inconvenienches qui, aile cause des pourchaiches et élections, 
tant des maistryes délie citeit de Liège , d'aultres offisches délie 
citeit de Liège comme ausy mayement des offisches entirement 
•a notre dite mestir appartenantes , que de cely jour en avant 
soye venront affaire ne a enlyere en notre dite mestier pour 
ychu aresisteir et a faire bonnement, justement et secreiement 
as jours et termes que elles soye venront a faire et a ordineir , 
nous avons ordineit et accourdeit que , de cely jour en avant, 
nulz ne nulles de notre dite mestir , qui de présent summes 
ne qui advenir siéront ou poront, soyent hommes ne femmes , 
enfans , varies ne dammehelles , ne aultres personnes queil- 
concques estre puissent , en notre dite mestier ne defour , en 
notre noin ne en noin de alcuns de nous, ne de nulluy, ne porons 
ne ne deverons par nous, par eaulz, par elles ne par aultruy, 

( ' ) Aller aux assemblées pour voler. (V. lart. des assemblées). 



— 290 - 

en secreit^ en coviert, en obscurre ne en appert pourcurrcir, pour-» 
cliacliier ne faire partye , proyere, donneir ne promettre oir, 
argens^ bienfais, viens, viandes, doins , juweaulz, beveraiges, 
escos ne bienfais queilconques, ne faire partye, procureir, poiir- 
chacliir, proyere, donneir ne promettre par nulles des ofïisohes 
devant dictes queilconques qui affaire soye venront en notre dite 
mestier le temps futture ne advenir. Ne ausy alleir, venire, pro- 
curreir ne faire alleir, venir et procurreir aile encontre délie 
tenure de clies présentes lettres en tout ne en partye, ne pour 
yceUe lettre abrisier, casseir ne admicliilleir jamais en nulle 
temps a advenir. 

Et quis quioncques dentre nous , fuissent hommes ou femmes, 
ou de nous successeurs en feroit ou faite aroit ou feroit faire le 
contraire , et proveis fust sufïisament par devant nous par dois 
boins tesmoins ydoynes dignes de foid et sens suspicion, fuissent 
de notre dite mestir ou de defours , cely ou celles dentre nous 
qui chu aroit ou aroient faite ou faite faire, sieroit ou sieroient 
tenus et redevables de payer tout tanfcoist que chu sieroit proveit , 
a notre dite mestier le somme de chinque griffons , unne fois , 
voire dyes libres et dyes soûls common payement de Liège compteit 
pour cescun griffon , et chu tant de fois quante fois que chu feroit 
ou feroient et que proveit sieroit ; et que nous governeurs , qui 
adont sieroient, ne posissent jamais plus avant mettre ne faire 
mettre notre dite mestier ensembles ne de chu faire mete en nuUe 
manière. Et se cely qui ensy proveis sieroit astoit hommes, borgois 
de notre dite mestier, encours aveucques chu sieroit ilh priveit 
et hosteis quilh ne poroit avoir ne pourteir nulles offisches quel- 
conques , a notre dite mestir partenantes , dedens le terme de 
owyt ans entiers tantoist après chu emparsiwans ; et silh advenoit 
ensy, fuiste par hayme ou aultrement , que ly unk dentre nous vo- 
sist admettre on encoulpeir alcuns ou plnsseurs d^ entre nous, 
fuissent hommes ou femmes, qui deveroient ou voroient avoir 
procurreit, donneit ou proyet ou faite partye, ou donneir, ou pro- 
mettre del avoir ou donneir alcunes des offisches devant dittes , ou 
pour alleir ou briesier aile encontre délie tenure de ches présentes 



— 291 — 

lettres , fuist de tout ou de aulcune partye, et cely qui chu aroit 
admis ou encoulpeit nelle poioit proveir a seriment par unk boin 
tesmoin aveucques ly teile que deviseit est pardevant cely qui ensy 
sieroit admis ou encoulpeis , fuist unk ou plusseurs , sen poroit 
ou poroient passeir et excuseir par leurs serimens affaire sour 
notre dite mestir, voir que les governenrs de notre dite mestir 
poroient et deveroient anchois et devant que ilh fesist ou fe- 
sissent le seriment , demandeir althour a toutes les personnes de 
notre dite mestir soiir les serimens dufealteis, se nully dentre 
nous avoit esteit proyes ou requis délie reqaeste devant ditte ; 
et se nuUny ne demorewe a seriment deleis cely qui aroit encoul- 
peit lautre, fuist par hayme ou aultrement^ cely qui ensy encoulpeis 
sieroit sens cause , en sieroit quittes pour son seriment affaire , et 
cely qui laroit encoulpeit a tourte , {^) sieroit pareilhement corre- 
gies comme il aroit volut faire corregier aultruy , ceste a entendre 
qu^ilh sieroit tenus de payer les cliinque griffons devant dis tout 
tantoist et se sieroit ilh priveis le dit terme des owyt ans après quilh 
ne poroit pourteir nulles des offisches de notre dite mestir aile 
manière devant ordinee ; et pareilhement sieroient et deveroient 
estre corregies cheaus qui sieroient commis et deputeis de part 
nous governeurs pour seyre aile croye, se ilhs revelewent ses secreis 
que ilhs aroient oyus pardevant eauls en faisante les élections de 
queilconques offiches que chu soyent ne estre pouissent, sens chu 
que nulluy dentre nous qui summes ne qui advenir porons , ne 
puist ou ne puissent de chu faire plaintes en nulle lieu qui soit ou 
estre puist, en bonne foid et sans nulle fraude. Et ausy se alcuns 
de nous donnewent ou enlisoient en leurs élections faisantes al- 
cunnes offisches queilles qu'ilhs fuissent, a queille oncques per- 
sonnes dentre nous qui aroient meffaite ou qui corregies sieroient 
des amendes devant dites , et chu fuist desdens le terme des owyt 
ans quilhs ne puelcnt pourteir offische, que dont ceals qui sieroient 
al croye ne deveroient point escriere , rayer ne ensengneir teiles 
royesne élections , anchois les doicntilhs jettcir a louche (i) toute 

(MA tort. 
(^) A la porte. 



— ^9'i — 

le dit terme des owyt ans durans en bonne foid, sans fraude ne 
malengin en chu quérir. 

Touttes les queilles ordinanches devant escriptes et déclarées, 
nous, ly govcrneurs , jureis et touttes les personnes de devant dit 
boin mestier des tannours délie citeit de Liège , tant pour nous 
comme pour tous nous lioires et successeurs, promettons et avons 
encovent loyaulment en bonne foid, ly unk de nous envers lautre, 
et sous les serimens et fealteis que nous avons fais al releveir et 
aile entreir en notre dit mestir , a tenire, wardeir, faire, mente- 
nire et a tous jours mais perpetueilment observeir en le manire 
devant escripte, sens de rins a embrisier, casseir , vyoleir ne aile 
encontre alleir , par nous ne nous successeurs , ne par aultruy, en 
secreit ne en appert , en nulle manire. Et par tant que chu soit 
ferme chouse et estable , nous , tant pour nous comme pour tous 
nous boires et successeurs, avons appendus ou faite appendre a 
ches présentes lettres , le grand seaul de notre dite mestir , dont 
nous devantrains et nous avons useit et usons et teilz et semblantes 
chouses en signe et confirmacion de veriteit. Chu fut faite ordineit 
et accourdeit lan délie nativiteit notre saingnor Jhesu Crist milhe 
quatre cens et vinte unk, dyesnuef jours en moys de jenvier. 

Copié et collatiouné sur l'orig. en parch. ; sceaux enlevés. 
VI 



IMPOT OIT ASSISE SUR LES CUIRS POUR SUBVENIR AUX FRAIS DE 
RÉPARATION DE LA HALLE DES TANNEURS. 



20 JUIN 1425. 

In nomine Doraini amen. Nous ly gouverneurs , ly jureis et 
toulez les personnes et universiteis generalment de boin mestier 
des tanneurs délie citeit , franchieses et banliwe de Liège, savoir 
faisons a cescuns et a tous, prcsens et futtures, qui ches présentes 



- 293 — 

lettres veiront et oront , que comme illi soit ensy que nostre 
halle et assieses que nous avoÈs seiante et gisante sour le Marchiet 
deseurs le manglieme (0 a Liège , que nous devantrains prédé- 
cesseurs, qui ont esteit de notre dite mestir de temps passeit et 
a cuy Dieu ly tous puissans faiche vraye mierchis et miséricorde a 
leurs armes et ausy vuiellie faire as nôtres et a nos successeurs, 
soit veillie ( "^ ) et anchiene , et de quen ( ^ ) ilh le nous faulte 
detenire et mettre nous y covinre de jour en jour en plusseurs 
manières et a grans frais, costenges et despens et qui pou ( * ) "nous 
tourneir a profit , par le raison de cliu que notre dite halle est sy 
veilhe et sy anchiene , que , par droite necessiteit, mestier sieroit 
dy celle tout jus a jetteir et puis après tout tantoist yceUe tout 
nuwe ( 5 ) refaire , chierpenteir , remansonneir et recoverire al 
mielz que ons poroit ou saroit , et par boin conseilhe que nous 
poriens sour chu prendre et avoire a bonnes gens overiers chier- 
pentiers , mâchons et covereurs a che soye cognissans ; et pour 
chu C|Ue notre dite halle est ly lieus la nous devantrains et nous 
ont vendus , et la nos et nous successeurs devons vendre et ven- 
deront nous cuers, corduwans, pealz, antenneus et les denrées a 
notre dit mestier appartenantes , ensy que otis at faite de temps 
passeit , et partant que nous ne volons point avoire les faiz ne 
ausy les noms que nous laissons pierdre ne alleir arrière ne ausy 
thumeir a ruwines ( "^ ) ne a perdition notre dite halle que nous 
devantrains ont acquiese , qui est unk des bealz hiretaiges 
et juweaulz qui soit a nos ne a notre dite mestier appartenans, sy 
que pour ycelle a detenire, refaire et remettre en boin point et en 
bonne estât et afien quilh soit bin detenuwe, et que nous et nous 
successeurs y puissiens et puissent, le temps advenire, habiteir et 
converseir et ens vendre et regetteir les denreez a notre dite mestier 

(•) Mangonruc, rue des boucliers. 

(2) Vieille. 

( 3 ) El que pourtant. 

(1) Peut. 

( ^ ) Tout à neuf. 

(o ) Tuaiucr en ruines. 

19 



— 294 — 

de tanneryez appartenantes, nons tous ensemblez pour ycliu 
assembleis et aunys en notre lieus a che acoustumieis, et appcllcis 
et ausy acljourneis suffissanient par notre varlet serimenteit tous 
cheaulz dentre nous qui y duront et poront estrez , la meismez 
sour chu entre nous cliut ( ' ) par plusseurs fois boin, mayeure ( ^ ) 
conseillie , avis et délibération et pourtant pour le plus grande 
syete et accourd dentre nous tous , nous avons ordineit , passeit , 
conclut et accourdeit , ec par le tenure de clies présentes lettres 
nous ordinons , passons , concludons et accourdons les deviesez , 
poins, accourd et ordinancliez teilez et si faites comme cliidesous 
escriptes et declareez siéront , les queillez nous volons quillis 
duront et quilhs soyent faites, mentenuwes , useez , Avardeez, et 
délie tout entirement accomplyez et persevereez en toutes leurs 
partyes , sens de rins a defallir , briesier , effraindre , cassier , 
vyoleir, ne aile encontre alleir en nullez manierez queilconcquez 
qui soyent ne qui advenir puissent ( ' ) le terme et espause de 
unne année entier continueilment ensiwant entrante et commen- 
chante a jour délie daulte de ches présentez letfcpez desous 
escripte. 

Et tout promierment que de tous cuers anteneuz et peaulz 
tant de corduwain comme de veaulz , queils quilhs soyent , que 
nous, ne les alcuns de nous, soient hommes ou femmes, reven- 
deurs ou recoupeurs, revendresses on recopresses, que nous acha- 
terons ou que nous porons achateir pour tanneir et coureir et 
pour revendre, rejetteir ourecopeir, de cely jour en avant dedens 
la citeit, franchiesez et banliwe de Liège, ne a queilles oncques 
personnez que chu puissent estrez , ne de queillez esta quilhs 
soyent , cescuns ou cescunes dentre nous payerat et se sierat 
tenus et redevablez de payer cescunnez sammoinez délie an, a 
nos governeurs et a notre compteur et a dois bonnes personnes 
de notre dite mestir que nous cometterons et enlirons deleis et 



(')Eut. 
( 2 ) Mùr. 
(S ) Pendant, sous entendu. 



— 295 — 

aveucques eaulzj ou a lim tlentre eaulz qui sierat pour eaulz enlius 
ou deputeis pour ycliu à leveir, assavoir : pour cescuns cuers 
une bonne liaie, mannoie de Hennawe, voire compteit onze soûls 
et trois deniers common payement de Liège pour cescunne haie ; 
et pour cescunne peaulz de corduwain, dois soûls dédit common 
payement de Liège ; et pour cescunne peauls de veaulz, douze 
deniers dédit common payement ; voire que unne anteneuze 
achatée délie valleur desous quatre hayes, ne doit estrez comptée 
que pour unne peaulz de corduwain, mains délie valleur de qua- 
trez hayez, et de la en mont , elle doit estre comptée pour unk 
cuers, et se doit entretant payer comme ly dis cuers doit faire , 
assavoir unne bonne baye, teile que devisée est pardevant. Tous 
les queis cuers auteneuz , peauls de corduwain et de veaulz que 
nous acbaterons ou que nous porons achateir ou faire acliateir de 
cely jour en avant dedens ladite citeit, francbiesez et banliwe de 
Liège, tout yceUe année devant dite durante entirement, doyent 
estre et seront stampeiz etensengnies, ou stampee et ensengniez, 
cescuns ou cescunnez dentre nous, de sa stampe ou ensengne, 
tellement et sy parfaitement que ons lez puist recognoistre, et 
amincis au amineez et deskergiez ou deskergyez en unk lieus 
et mainson ou dois dedens Tanneuruwe ou délie ruwe des Esco- 
liers, qui pour ycliu siéront ordineez pour les chinque personnes 
desourditcs, par trois, quatre, chinque ou syes enfans de notre 
dite mestir qui a chu siéront commis et deputeis de part eaulz et 
qui de chu deveront avoire leurs sallaire a leur ordinanche ; et 
sens chu que nous ne les alcunnes personnes dentre nous lez 
puissiens ne puissent mineir, hirchier , pourteir ne faire enmi- 
neir ens nous mainsons ne aultrcpart fours que ens mainsons en 
lieus qui pour ycliu siéront ordineez ou ordineis ; et que al plus 
taurd, cescunne sammainc délie an , le dymengne , cescuns ou 
cescunnes dentre nous sierons et serioient tenus et redevables 
de alleir reprendre et requérir nous cuers ou les leurs auteneuz, 
peauls de corduwain ou de veaulz, et payer adont la meismcz et 
tantoist largent délie assiesez et délie taixhe entirment devant 
ordinéc, teile et sy faire comme pardevant est contenuwe, escripte 



-- 296 — 

et déclarée ; et qui contrairez, rebellez, ncgligeiis ou defallans 
en sieroit on sieroient, voire se dont illis navoit ou navoient sy 
très loyauz songnes, besoingnes ou sy bonne excusanclie raisona- 
blez quilbs sen posist ou posissent bin alligier ou excuseir a 
looz (') et plaisir des chinque personnes devant nommeiz ou 
délie plus grande partye dentre eaulz, quilh perdist ou perdissent 
de la en avant tous leurs cuers anteneuze, peauls de corduwain 
ou de veaulz qui laens ens liens deputeis adont sieroient et quillis 
venissent en profit et aile utiliteit de nous et de notre dite mes- 
tir, voire pour refaire et redefyer notre halle et nient mettre ne 
convertire altrepart, par manière et condition teile que de tous 
chez argens et assieses, meffais et amendes qui parvenront dez 
cuers, anteneuze, peaulz de corduwain et de veaulz que les 
chinque personnes devant dites ou lunnez déliez lèveront ou re- 
chivront a nos durant ledit stuit et terme de unne année en- 
tière, ilhs les chinquez personnez devant ditez en doyent et deve- 
ront, tous les moys délie an, rendre a nos boin compte par 
escripte et en notre plain mestir, personne par personne , et a 
cuy, ne combien illi aront leveit, ne par queille sammaine ; et 
quant ilhs aront a nos ensy rendu boin compte et faite somme 
féale et donneit a noz les copiez, seilh les plaisoit de nous a 
avoir, ilhs doyent et deveront tous chez dis argens mettre ensem- 
blez en unk salve lieu , la ilhs scaichent bin, et la ilh lez 
puissent relivreir et rendre a nos ou a cheaulz a cuy nous lez 
assennerons, quilhs lez rendent, payent et délivrent, voir que 
ches devant dis argens ensy leveis par les assiesez susdites, ne 
doyent ne ausy ilhs ne puissent de cely jour en avant estre mis^ 
payer, delivreis, dissipeis, convertis ne alaweis ( " } fours que pour 
le réfection, réparation et detenage de notre halle devant nom- 
mée, en nuls liens, manirez, besongnez, necessiteis ne aultrepart 
queilconques, par suitez, par accours ne par nules ordinanches 
queilconques que ons posist ne puiste faire de cely jour en avant 



(') Approbation, [laus). 
i -,) Alloues ? 



— 297 — 

en notre mestir ne altrepart al contraire. Et que les cliinque 
personnes devant escriptes jureront sollempnement sour sains, 
pardevant nous en plain mestir, que de tout che et de quant que 
ilhs lèveront et recliiveront dez argens des assiesez susdites et de 
tous les proiis et aventures quen ysseront, quillis en renderont a 
nos boin compte et payement et quilhs feront cely offisclie bin 
debtement et loyaulment al miez quilhs saront et poront sens 
nuUuy adeporteir, par amour, par bienfais, par faveur, par hayme 
ne par nullez aultrez manirez queilconcquez qui soient ne quy 
adveuire puissent ; care tout cliu et de quant quilhs feront en bin 
aile cause, instanche et ocquison des chousez deseure touchyez , 
chu est et sierat notrez greis , plaisirez , consens, volenteis et K 
fais et ly trais ( i ) de tout notre dite mestir entirmeut, et se 
lavowons de présent pour le temps a advenire, et se les volons 
tenire et wardeir en notrez salve garde et protexion, et deauls 
awardeir et défendre aile encontre de toutez personnes queilconc- 
ques qui pour y chu les voroient molesteir, traveilhier (2) ou 
endamaigier en queille oncques manières que chu poroient estrez 
ou advenire. Et se eus leurs offisches faisant, ons les faisoit ou 
disoit ou ons lez vosist faire feire ou diere alcunnez vilaniez, in- 
jurez, despis, violenchez, fauches ou desplaisanchez en queilcon- 
quez manierez que chu fuissent, nous les promettons et avons 
encovent bonnement et loyaulment, de tellement faire amendeir 
par lez faitielez ou cupablcs qui chu feroient ou diroient, quilh 
deverat bin suff'yer a eaulz et a leurs amis par raison et tellement 
que uns aulcunz y prenderoit pic ( ' ) on sovenançlie unk grant 
longe temps chi après venant. Et quisconcques dentre nous les 
personnes de notre dite mestier queillez quilhs soyent ou fuissent, 
qui de cely jour en avant ne payeroit ou ne payeroient son assie- 
siez dez cucrs, anteneuze ou peaulz devant nommées aile manire 
devant ordinée, ou qui cancelleroit ou cancelleroicnt ( * ) ou qui 

( 4 ) Comme fail cl Irailc (lar. 

(2) Nuire. 

(3) Rancune ? 

(* ) Aruiuler on ci)U()iuit ou cri biiïaiil ; cacher. 



-^ 298 — 

empourteroit ou empourteroient ou feroit ou feroient empour- 
teir on enmineir alcuns cuers, anteneuze ou peaulz , fuist nute- 
nalment, secreitement, laicliineuzement ou aultrement, ou qui 
yroit ou yroient, venroit ou venroient, procurroit ou procurroient 
aile encontre des ordinanches et dellc tcnure de ceste présente 
lettre pour y allez acasseir , embriesier , défaire , destruire ou 
adniclieleir, fuist en tout ou en partye, en secreit ou en appert, 
et seyut troveit un appercliiut, fuist aviertet ou bin proveit par 
nous ou les alcuns de nous sens pourteir hayme ou suspicion, ou 
par le seriment de cely ou de clieaulz dentre nous sour cuy 
ou sour les queis ly famnie ( i ) yroit ou couriroit, que escon- 
dire (2) ne poroit ou ne poroient quant requis en sieroit ou 
sieroient , cescuns ou cescunijes dentre nous qui cliu feroit ou 
feroient ou aroit ou aroient faite, pierderoit ou pierderoient tous 
yceilz cuers, anteneuze, peaulz de cordewain ou de veaulz que 
ensy ilh cancelleroit ou cancelleroient et sieroit ou sieroient pri- 
veis et hausteir unne année tout entirment de ses lioynes a moulre 
a notre dit molin et assy de notre compangnie et de toutes nous 
franckieses, borgesyes, droitures , liberteis , et ordinanches de 
notre dite mestir entirment, et que al chief délie année accom- 
plie ilh fuist ou fuissent tenus del pouteire ( '" ) droite ens mains 
de nous gouverneurs et en notre plain mestier, et quilh amen- 
doist ou amendoissent encours avant a nos , sourlonc chu qui ly 
plus grande syete de notre dite mestir diroit, passer oit et accour- 
deroit, que amendeit deveroit et deveroient anchois et devan* 
quilh posist ou posissent moulre a notre dite molin ne quilh 
fust ou fuissent rechups notre confrère borgois ne parchoniers a 
nos ne a nos franckieses, droitures ou liberteis de nous ne de 
notre dite mestier, ne moulre a notre dite molin; et sens chu 
que teiles personnes dentre nous, qui chu feroit ou feroient, soyo 
posist ou posissent altrepart alleir demonstreir, nonchier, lais- 



( ^ ) Répulalion, bruit. 
( 2 ) S'excuser, éviter. 
(^) Pourteire ? 



— 299 — 

sier savoir ne faire complaintes sur nous ne sour dite mestier, 
ne devant les maistres , ne les conseillie, ne nullez mestir délie 
citeit de Liège, ne altrepart pardevant nullez sangnors, jugez ne 
justiches spiritueilez ne temporeilez queilconcquez, sy liauls que 
sour nous serimens que nous avons fais aile entreit en notre dite 
mestier, et ausy sy hault que pour pierdre délie toute entirment 
a tous jours mais notre mestir, notre molin, notre halle , nous 
hiretaiges, et toutes nostrez droiturez, compaingniez et liberteis 
entirment, et ausy sy liaulte que pour estre mis fours de notre 
papir et registre dez borgesyez de notre dite mestir a tous jours 
liiretablement. Et partant que chu soit ferme chouse et estable et 
que les ordinanches devant ditez soyent miesez, tenuwez, war- 
deez et accomplyez toute ycelle dite année entirment durante 
sens embrisier ne alleir aile encontre, nous touttez les personnes 
et universiteis generalment de devant dit boin mestir des tan- 
neurs délie citeit de Liège , avons mis et appendut ou faite 
mettre et appendre a chez présentez lettres, le grant seiaul de 
notre dite mestir et le petite seiaul ou signette desous aile en- 
contre (1), des queis nous devantrains et nous avons useit et 
usons en teilez et semblantes chousez , en signe et tesmongage 
de veriteit. Chu fut faite, passeit, ordineit, et accourdeit en notre 
plain mestir, lan délie nativiteit notre singnor Jhesu Crist milhe 
quatre cens et vinte chinque, vinte jours en moys de junne, con- 
dist resailhemoys. 

Copie et collalionnc sur l'original en parchemin. 
Sceaux enlevés. 

(') Contrc-scel. 



— 300 



VII 



LETTRE DES OFFICES. 



25 JUILLET, 1427. 



In nomine Domini amen. A tous cheaus qui clies présentes 
lettres veiront et oront , nous li governeurs , jureis et touttes les 
personnes et universiteit de boin mestiers des taneurs délie citeit 
de Liège , faisons cognoistre veriteit ; que , comme ensi fuistes 
que pour les offisches de noustre dit mestyer entredeus et discors 
fuissent pour ce entre nous esmeuttes , et dont se, par le divine 
esperit ne fuistes plus grands mauls et dissencons powissent eistre 
mouteplyer et advenus ; avons adont, pour lesdis maus a esquiweir 
et pour bonne paix et dilection entre nous mettre , aile edificacion, 
ayouwe ( ^ ) et conseillie de freires Pire de Canne , vestis paro- 
chiaule délie englieses Saint Pliolhin, faites les ordinanches chi 
après escriptes. 

Geste assavoir : promirs , le nom de Dieux a touttes couses ap- 
pelleit que pais , amour, concorde et dilection soit a tous jours 
mais a perpetuiteit sains division nulle entre nous et que tous 

creians alloianches ne compromis faite entre nuls 

de nous, quilli soyent quittes, adnichileez , cassez et de nuUe 
valleur. 

Item, après avons accordeit de tenire et tenrons pour bin de 
pais , a poi^t des offisches grandes et pettites , assavoir : de syeseime 
délie fore, de fermeteur, de quatre del Violette, de governaige, de 
juraige, que de clii jour en avant li mestyer seerat comandeit en 
îieu acoustumeit ; et la nous tous li mestyer generalment assem.- 

{'■) Aoes , au profit. 



- 301 — 

bleiz, ly compteur arat aparelliiet aultretant de petits briveles (l) 
rolleis et duime grandeiclies et q.uantiteit, sains fraudes en ce 
quiere , que nous seerons de personnes. Entre lesquels briveles ilh 
arat chinque briveles dedens escrips : in noniine Dotiiini amen ; et 
sjeront ces briveles bin quemassiet ( ^ ) et donneit par ung proi- 
domme en ordre a cescunne des dites personnes de noustre dit 
mestyer ung des dis briveles , excepteit et salveit tous bains et 
albains, escomengnies et entredit, lesqueis naverontnuls briveles, 
ne ne poront porteir offiches. Et seerons nous en ordre assis , lune 
de coiste lautre , ensi comme usaige est de faire venire aile 
syete (^) aile croie. Et la ( * ) les chinque briveles qui seeront es- 
cripts , teils personnes averont le puissance de esliere les officliins 
appertenans audit mestyer pour la journée ( " ) , eaus reserveit et 
aussi reserveit ceaus qui pour leur ( ® ) de dont naveront point 
esteit endit mestyer comme les autres , et aussi quilh ne puissent 
eslire dois freires ensembles a officliins pour la journée, salveit 
une trente-deux le jour délie Saint Jaqueme , liqueis puet bin 
eistre esluis. Et seirons tenus nous touttes les personnes dédit mes- 
tyer de pasieblement et lioniestement seior ( ' ) tant et si longue- 
ment que li eleccion deseurditte des af&ches pour le journée siéront 
faites ; et seerons tenus diestre au dit lieux pour recliivoir lesdis 
briveles dedens le terme délie lioire del colp de prime sonnée, sour 
le poine et amende duncli marck de bonne monoie et estres priveis 
quatre ans de toutes offiches, se dont navoit ou navoient les dis 
deffâllans les excussanches chi desous déclarées ; et affait ( * ) que 
les dis breveles seeront donneis, ilh syeront visenteit par le comp- 
teur ; et quand les dis briveles escrips attomeront, que, tantoiste 

(i) Billets; en ail. trie/", lettre. 

(2) Mêlés. 

(") Ou, variante. 

(i) Où. 

( ^) Pour l'année : on n'élisait qu'un jour par an. 

{ "^ ) Pour l'iicure ou pour lors , c'est-à-dire les absents. 

(') Rester assis. 

(8) A mesure que. 



— 302 — 

aile promicr personne qui avérât ung escrips briveles , sains pins 
avant alleir, yceils personnes jurerat sour Sains solempnement , 
aile requeste des dois governeurs, presens tout le dis mestyer, 
quilh enlierat bonne gens, saige et discreis et ydoines pour pourteir 
lesdittes offiches dont li mestir en aiet lioneur; et jurerat quilli 
nabauchisserat personnes par dons ne par promesses ne par nuls 
quelconcques binfais a avoir devant ne après, ne aussi quilli en ayet 
parleit ou faire parleir, ne requis , ne proyet ou fait proyer en se- 
creit ou en appert, dont illi ayet sovenanclies, pour le temps pre- 
sens; et après ledit seriment fait, syeront tentoiste emmineit en ung 
lieux secreis , la nuls nelle puiste infourmeir et ainsi les autres 
quate personnes qui attomeront aus autres ( * ) briveles , jurre- 
ront pareilliemeut et siéront tantoiste Tune après l'autre en dit 
lieux mineit , et la assembleis , ces dittes chinque personnes enli- 
ront les offichins pour le journée, lesqueilles personnes, qui syeront 
eslus officins à queilconque officlie que chu soit, soient tenus délie 
accepteir et pourteir aile honour dédit mestier, et qu'illi fâchent 
avuecques les serimens accoustumeis, les serimens chi dedens 
contenus , sous le poine et amende de ung marck dargent unne 
fois a payer, et avuecques ce, quilh ne puissent pourteir offiches 
nulle dedens quatres ans après ; salveit en ce se dont li personne 
esluis aus oiïiches nestoit si anchins quilh awiste sissante ans pas- 
seit et plus , ly quels sieroit excuseis en tant qu'ilh ne vovviste 
jamais pourteir offiches ; et qui quionques ayet elecion de nulle 
des dittes offiches que dedens quatre ans après nelle puisse avoir 
ne pourteir plus offiches, excepteit se par hoire de jours, ung 
bourgois de nostre dit mestyr fuiste enlies maistre de Liège on ung 
quatre délie Violette de par ledit mestyr , liqueils poroient estre 
jureis l'année après ensi que ons at useit del temps passeit. 

Item quilh soit ordineit pareilhement par briveles des Vinte 
deux de pays, ceste assavoir que queilconques personnes qui ave- 
rat loffiche délie Vinte doiseime par le citeit, que nostre dit 



(' ) Quallres, dans une copie. 



303 



mestyr ne puisse clieaus dedens quatres ans après renlire aile 
ditte officlie délie Vinte doiseime. 

Item quant li governeurs de ledit mestyer ensi esluis seerons 
mis en fealteit, se jurreront ancors avuecques le seriment accous- 
tumeit que jamais ne seeront en lieux la ( ^ ) ceste présente orde- 
nances soit embrisyes ne adninchilees ne ne seiront en lieux la 
syete sefaiclie del contraire. 

Item ancors jurreront sour Sains, que de touttes aventures ( ^ ) 
que a eaus soloient parvenire en manière nulles, soit de plan- 
chaiges, de defallans en pallais ( 3 ) en dit mestyr, aus pources- 
sions, a mort (*), a mariaige et a touttes autres couses, que rins 
nen revenrat en leurs profïis, anchois venront ens proffis et utili- 
teit dédit mestyer, excepteit les relevans dont ils poront avoir 
leur bin silh vuelent ; et renderont boin compte de trois mois a 
autres, salveit en ce que les dis defallans en dit mestyer aux pour- 
cessions et ocquisons deseurdittes, quilh puissent dédit pain (^) 
eistres quittes pour jureir {^) sour Sains que ilh ont oyut causes 
di estre four délie vilhe ou songne tochantes a leur lioneur, a 
leur hiretaige ou alleciteit ou pays, ou de mort ou mariaige, et 
que point noint deffallit dobbeyr pour defaudeir ledit mestyr sains 
malengien ; et se li dis governeurs astoient deffallans de faire 
excerseir enqualement leur ditte officlies et quilli vowissent pour- 
teir faveur plus al unne personne que aile aultre et proveit fuiste 
deuttement , que li dis governeurs, pour cel ditte negligenches, 
soient attens et tenus de payer et tantoiste le doble délie amende 
que teis forfaisant averoient desiervis, et partant ne seirat point 
quitte le fourfaisant. 

Item ancors avons passeit et accordcit que le quatres offichins 



(M Que jamais ils ne seront là où l'on violerait ce décret et qu'ils ne 
siégeront dans une assemblée où on ne le respecterait pas. 
(2) Profit accidentels. 
('') Aux assemblées, palatium. 
( * ) Aux services. 
( ^ ) Paine, amende. 
(') En jurant 



— 304 - 

qui al jour délie saint Jaqueme ysseront (*) de leurs oflfiches, 
quilh jurent sour Sains, quilli feront lesnoveaus officliins accom- 
plire ceste présente ordenanches, et que par tout ils les troveront 
deffallans ou négligeas de faire, nous voilons que ilh ayent le 
puissances eaus faire payer le double amende comme dezeure 
est dit de tout ce que proveit serroit deuttement quilh averoient 
negligiet ou defallifc dautruy corregier leur année durant, et la 
ilh feront dautement leurs dites offices si averont pour leur poine 
et sallaire ans frais dédit mestyer cescuns desdis governeurs owyt 

olue de draps a ung florins reiualdus loue ou le valleur, de- 

dens le saint E.emy, pour tantoiste afaire une hupplandre et ung 
cappiron pour pourteir leur année pour faire honour audit 
mestyer. 

Item pareilhement avons passeit et accordeit que nulle per- 
sonne de nostre dit mestyer ne puisse de chi jour en avant rele- 
veir ledit mestyer, silh nat leaige de quiense ans deuttement 
approveis pardevant nous singneurs les esquevins de Liège, se 
dont nastoyent maryeis. 

Item qui qnionques seirat enlis jureis on quattres délie Violette, 
ayet de pairt ledit mestyer dois olne de pareilhe draps dédit 
governeur, pour faire cascuns un» cappirons, et faichent cescuns 
une hupplandre pareilhe aus governeurs a leur courses, frais et 
despens, pour faire honour audit mestyer; et parmy chu ne 
soyent rins tenus nuls desdis ofïichins de rins afPaire grausccs (-) 
ne donneir quant enlis seeront aus dittes offiches. 

X Item affin que ces présentes syetes et ordenanches soyent a?, 
tous jours mais tenues ferme etestaubles, sains embrisier, si les 
avons nous, touttes les personnes et universiteit de noustre dit 
mestyr. jurées et creantees et cascunne personne par li, tieste par 
tieste, a tenire, wairdeir, observeir et maintenire a perpetuiteit 
sains jamais alleir allencontre. -\- Et volons que tous les relevans 
etehtrans le jurent a leur réceptions avuecquesle seriment acous- 

(«) Sortiront. 

{ - ) Donner le halbier, faire lies largesses. 



— 305 — 

tumeit, délie tenire a perpetuiteit ; li queis relevans qui point ne 
seeront marieis ne poront useir de nostre dit mestier se illi nont 
par eaus mainsons et tannerie et que li peire et li meire de 
li jurent encors que le clieteit ( ' ) que illi at entre ses mains 
que ceste sien propres et quilli le puet boire, manguier, aloweir, 
donneir et despenseir sains loffensce ne contradiction de soin 
peire et meire et que point ne li ont donneit peire ou meire pour 
no astre dit mestier a defraudeir ; et silli advenoit, que jà na- 
vengne , que alcuns de nous ou nous successeurs après nous , ung 
ou pluisseurs, vowiste ou vosissent alleir, venire ne procedeir 
allencontre de ceste présente noustre ordenanches , si est nostre 
intencion et voilons que yteis rebellians et nient entretenant ceste 
présente ordenanches , soyent tenus et attins de ung mark dargent 
et avuecque ce quilli ne pourtent offiches de pairt nostre dit mes- 
tyer dedens quatre ans après le rébellion faite ; le queille miese et 
amende nous, toiittes les personnes et universiteit deseur dite, 
silh advenoit, que ja Dieux ne plaiste , a consentire que nous 
faissins tous rebelles et que vowissius par foirches ou par le plus 
grande syete de nous entrebrisir tout ou en partye ceste présente 
ordenanches , si poroit unne soile personne qui ceste ordenances 
tenroit , nous tous ensembles ou lune après l'autre pardevant 
queilconques haulteurs ou justices spiritueille ou temporeille que 
miex li plairoit , demandeir cascun si que de bonne debte , vraies 
et loyaus et de miese, attente et forfaite , cascuns de nous anck 
marck dargent et avuecque ce faire tenire et accomplire les orde- 
nances deseurdittes, et ne nous porins ou porons adont excuseir, 
alligier , deffendre ne warandirc, nous ne nous boires ou succes- 
seurs après nous , par queilcouque frankise spirituelle ne tempo- 
relle, fuiste par fyes, homaiges, bourgesie , clergie, liberteit ne 
franchieses, auxqueils touttes et singuleir présentement, pour 
nous et nous successeurs après nous, nous renonçons expressément 
et avuecque ce a tout ce et de quant qui aidicr nous poroit contre 
ceste présente lettre et ordenanches ; et partant que ce soit a tous 

( O Calleil et dans une copie cheplez. 



- 306 — 

jours ferme couse et estauble , si avons ceste présentes lettres et 
ordcnauces sayelee del grant seaul de noustre dit mestyer , des 
queils nous touttesles personnes et universitcit deseurdittes usons 
et avuecque ce avons ancors proyet et requis a saiges, discreites ( < ) 
et lionoraubles personnes >ï< Sire Pire de Canne devant dit, Lam- 
bert de Ilodeige, Wilhaime de Elemalle, maistre Gielle Oborne , 
Sandronle jovene, Johan de Carme, Jolian Babbeit, Hubin de 
Malmedie, Jolian de Momaule, Colaur de Hodeige li vies, Johan 
délie Scloite, Colaur Sourdeilhe, Henri Sourdeillie son freire , 
Jacquemien Oalry, Colaur Bidair, Piron de Tive, Colaur de 
Namure, Gielet de Namure soin freire, Henry Malcliair, Andrier 
Malchair soin freire, Gielet Petit ku, le grant Colaur , Johan de 
Hour , Johan de HufPaliese, Wilhaime Baudewin , Henri Dester, 
Gerair de Slachin, Gilis Gilair, Johan le Bechut, Colaur de 
Hodeige le jovene, Johan de Yiseit, Johan de Pooz, Johan Dawans, 
Johan de Tongres, Henry Damryer, Piron de Lyeriwe et Henry 
Steine, comme nous aisneis, que ilh tous et cascuns par ly, 
avecques le grant seaul denostre dit mestier deseurdit, vuelhent 
ceste présente lettre de leurs propres seaus sayler. Et nous , touttes 
les personnes devant dittes , aile proyere et reqvieste des personnes 
generalment et universiteit de nostre dit mestier , avons pendu 
ou fait appendre, cescun par ly, a cestes présentes lettres , nous 
propres seauls en tesmongnaige, corroboracion et confirmacion 
de veriteit. Paites et données lan délie nativiteit nostre Singneur 
Jesucriste milhe quautre cens et vinte sept, le jour délie feste 
Saint Jaqueme, a hoire de prime ou la entour. 

Copié et collationiïé sur l'orig. en pareil-, muni de 17 sceaux ou frag- 
ments de sceaux ; ii y en avait primitivement 57. A ces lettres sont 
annexées celles de 1459, 10 avril. 

Ces statuts ont été renouvelés le 1^"^ avril 1428 en changeant 
les noms des témoins et en ajoutant les articles suivants aux 
signes indiqués. 

( ♦ ) Non pas discrète dans le sens français , mais prudente (de discernere)^ 



— 307 - 

X Item, pareilliement advons passeit et accourdeit, que ly 
compteur de nostre dit mestier , quant ilh vakerat, soit cslus par 
les briveles , pareilliement comme les autres officliins devant dis , 
et quilhe faiclie le seriment accoiistumeit et ayet pour son sallair , 
az frais dedict mestier , owyet semblants olne de draps et dellc pa- 
reille valeur comme les governeurs devant dits , et quilli demeurt 
en ladite officlie tant quilli plarat a ly et a nostre dit mestier, 
voir quilhe neUe puistc renuncliier jusques a la fin de son année 
et en tant quilli sierat compteur quilli ne puist pourteir autres 
officlies de part nostre dit mestier. 

-|- Item advons passeit et accourdeit, a faite délie livrée dudit 
mestier, afiin que on saice que ceste le livrée de nostre dit mestier, 
que des jours en avant, on furat icele livrée de royet ou partye de 
deux colleurs de draps et pourteir tout lannee de leur office du- 
rante et lannee après, a tout les porcessions et sacrament. 

Item accourdons a faite délie vinte deuseme maistryedes povres 
maistrye de Corneilhon, que ce soy faice par brivelles aussi que 
dit est, et cely qui arat celle office ou lune délie, que quattre ans 
après il ne puist pourteir office sur nostre dit mestier ; et siéront 
tenus délie faire Livrée a leur frais et costenge teille et semblable 
que les governeurs dudit mestier , et ce dedens trois moys après 
leurs elexcion et les pourteir pareilliement lannee de leur officlie 
et lannee après anssy que par desseur est escripte et sur teille 
amende et privacion que clii dedens se contint. 

>ï< Sire Jolian de Orsmalle, vesty de Saint PlioUin, Eencon 
Goddin, Jolian de Hodaige ly aisneit, Jolian de Merse, Henrair 
de Gré, Jacquemin deïïodaige ly aisneit, Lambert de Ilollengnoul, 
Gielet de Verviers, Henry Couste, Gielet Dorcy, Piron HaUeit, 
Jolian de Beavaux, Ernult de Rétines, Henry de Cane, Jolian 
Gringnet, Johannes Rebeir , Jolian de Sart , Jolian de Hodaige 
le jovcne, Lambert Kouste, Jolian Colin, Jolian de Buxliemont, 
CollairdeSalcliy, Johan de Vervier, Scrvalx Rouse, Jolian Goret, 
Anthoine Paulus, Jacquemien de Hodaige le jovene. 



m — 



IX 



SIEULTE DE METIER. — - COMMENT LES FILS ET FILLES DE MAITRES 
PEU^^ENT JOUIR DU MÉTIER ; DE LEUR MARIAGE EN PREMIERES 
ET DIVERSES NOCES AVEC DES BOURGEOIS OU DES ÉTRANGERS. 



LE 29 JANVIER 1431. 



Nous ly governeiirs, jureis, touttes les personnes et universteit 
generalment de boin mestir des taneurs délie citeit de Liège , 
faisons savoir a cescnns et a tous , que pour bin de pais et pour 
amour et transquiliteit a nourire entre nous , et ainsi pour le 
governe de notre dit mestir demoreir , avons faite , ordineit , et 
par ches présentes faisons et oirdinons les devises et ordinanches 
qui sensiwent, tochant la borgesye de nostre dit mestir. Et toutte 
premirs , avons ordineit et acordeit que dors en avant, que quant 
unk filz de maistre et borgois de nostre dit mestir soie marierat 
et prenderat femme estraingire, que sa femme et ainssy tous leurs 
enfans soyent et demeurent borgois de notre dit mestir ; et sensy 
advenoit que ly femme estraingire de cely premir mariaige tres- 
pasast , et ly iilz de maistre soie remariast et presist , comme de 
premirs, femme estraingire, que dedens le premirs année de leurs 
dit mariaige , se illi vuet sa ditte femme avaucliire a clie que 
leie ( ^) et uns aultre maris que après reprendre porat , de notre 
dit mestir soyent , que ilh soiet tenus de payer a nous et a nostre 
dit mestir la somme de vinte soûls de parisis ; et sensy advenoit 
que dedens la ditte premirs année ilh fuissent rebellez ou defallans 
de payer la ditte somme, que tantoist après le trespas de son dit 
marit , elle ne puist de dont en avant reprendre marit qui puist y 

{ ' ) Elle. 



— 309 — 

estre de notre dit mestir , et se pierderat tout tantoist notre dit 
mestir ; mains tant et sy longement que elle serat vefve et sens leie 
a remarieir, elle soie porat useir de notre dit mestir. Et tout ensy 
et pareilhement , sens muweir ne cangir , entendons et volons 
quilh soiet ùseit des filhes de maistres. Mains sensy astoit 
que ladite fille de maistre soie remariast et presist unk second 
marit estraingire , que celi soiet tenus dedens le premirs 
année de payer a noire dit mestir la ditte somme des vinte 
soûls de parisis ; et eu cas ou clie ne faisait, que dont après 
le deches de sa ditte femme , illi ne puist faire nulle femme 
estraingire de notre dit mestir ; mains les enffans de ly légitime, 
doyent y estre de noire dit mestir , voire parmy cescun de aulz a 
notre dit mestir a payer la somme de syssante soulz de parisis. 

Item, avons oirdiueit que silh advineit que ly dis filz de borgois 
alaist de vie a trespassement dedens son dit premirs mariage , 
que sa ditte premirs femme, après son trespas , soie volsist 
remarieir et prendre homme estraingire qui volsist y estre et 
useir de notre dit mestir , que faire le puist, voire que devant et 
anchois que ilh soiet rccheus ne fâche le seriment de notre dit 
mesticr , que ilh soiet tenus de a nous a payer la ditte somme 
des syssante soulz de parisis , ensy quilh est taixeit en nostre prin- 
cipaule lettre ; et silh advenoit que ly femme qui aroiet oinc filz 
de borgois de nostre dit mestir, et elle soie remariast secondement 
a unk second homme estraingire, adont en cas ou che advenroit , 
celi femme perdist nostre dit mestir tout adelonge ( ' ) , franchies 
et liberteis de celi ; et pareilhement se une homme estraingire 
de nostre dit mestir qui awist oinc filhe de borgois de maistre de 
nostre dit mestir , soie remariast secondement a une seconde 
femme estraingire , que dont, en cas ou che advenroit, teile 
homme estraingire soiet ( ^ ) puet meleir de notre dit mestier, par 
le seryment cpiilh at faite , toutte sa vicarie ; et après son deches, 
ly femme de teilc liomme estraingire doiet y estre priveez et 



(') C'csl-à-dirc, tout entier. 
(2 ) Soi, so. 

20 



— 310 — 

oisteez tout tantoist de notre dit mestir et de touttes les fran- 
chieses et liberteis de celi; mains tous les enffans légitime de teile 
homme estraingire doyent y estre de notre dit mestir, pour ( ' ) 
cescun deaulz a payer a notre dit mestier la ditte somme des 
syssante soulz de parisis teils comme deseurs ; voire que par iche, 
se dont ne raquiroient notre dit mestir dedens la terme contenut 
en notre ditte principaule lettre, quilh perdissent notre dit mestir 
tout ensey et en teile manire comme ilh soie contint et faite plus 
overtement mention dedens notre ditte lettre principaule , sens 
ychelle de rins a embrisir ( ^ ). 

Item, avons ordineit que quand ly enffans de ceK second 
mariaige procreiés et que, sy comme dit est, aroit acquis notre 
dit mestir, soie volroit marieir fours de notre dit mestir, soyent 
fllz ou filhes, que faire le puisset, voire une fois tant seulement ; 
et seront li enffans, de clieli premirs mariaige engenreis , bor- 
gois de notre dit mestir; mains sensy advenoit que leurs femmes 
ou maris trespasassent, et après che soie remariassent fours de 
notre dit mestir, que sy toist que che seroit advenut , fuist 
homme ou femme, que tantoist, dedont eu avant , ilh fuissent 
priveis et oisteis de notre dit mestir et ne sen posissent dedont 
en avant plus- avant useir, altrement que ly homme, par le seri- 
ment quilh at faite, soy doiet useir de notre dit mestir toutte sa 
vicarie durant ; mains ly femme ne enffans de teile second ma- 
riage ne soie puelent melleir de notre dit mestir, anchois le pier- 
dent entirement en bonne foid et sens malengin ; et sensy as- 
toit ou advenoit que, en alcun temps advenir, ilh fuist de par 
nos ou par alcun de nous troveit ens chouses poins et articles 
chi devant nommeis , escrips et declareis , alcune parolle ou 
clause obscure de doble entendement, qui fuist contraire ou pour- 
tant prcjudiche a nous ou a nous honeurs , ou qui fuist allen- 
contre des franchieses et liberteis de nostre dit mestir, en cas ou 
che advenroit, nous, touttes les personnes de devant dit boiu 



(J ) En payant. 

(2) Altérer ; sans en rien enfreindre. 



— 311 — 

ïnestir generalment, tant pour nous comme pour nous succes- 
seurs, détenons en nous la puissanclie et auctoriteit de yceils 
poins de doble entendement a mettre a clerteit, a corrigir et a 
bonne entendement, tout fois quant fois que troveis serat ; et 
elle par le plus grande partye et syete ( l ) de nous tous général- 
ment et nint altrement, en bonne foid et sens fraude. 

Touttes les queilles chouses, poins, articles, modérations et 
conditions chi devant denommeis, escrips et declareis, nous, 
touttes les personnes et universiteit generalment de devant dit 
boin mestir, cognissons y estres borniez, vraiez, fermez et es- 
taubles, et ainssy faites, fermeez et ordinees de notre greit, plai- 
sir et bonne volenteit, sens nuls debatans ; et partant nous les 
ratefions et avons encovent ( '^ ) loialement délie tenir, fermement 
et bonnement accomplir de tout en tout, sour teiles obliga- 
tions, fourme, manière, devises et oirdinanches comme illi appert 
et faite plainement et overtement mention dedens notre ditte 
principaule lettres faites et par nous jurées et sayellees, sens 
ychelles obligations , serymens , feallteis et mise ( ^ ), dedens 
notre ditte principaule lettre contenuwes, a embrisir , muweir, 
cangir ne jamais allencoutre alleir, en manière nulle, en bonne 
foid et sens nulle fraude ne malengin en clie quérir, excusanclie 
ne alliganclie nulle , par cliouse qui advenir puist , en cestuy 
pays ne en aultre ; et partant que clie soit et ferme cliouse et 
estauble, nous , touttes les personnes et universiteit generalment 
de boin mestir devant dit, avons appendut ou faite appendre a 
cesti présente lettre le grant seiaul de notre dit mestir, dont 
nous dervaintrains et nous avons useit et usons en teils et sem- 
blans cas ; et encor aveucques che, avons pryet et requis a hon- 
norables et honiestes personnes , nous cliiers et bin ameis, assa- 
voir, nous dois gouverneurs, jureis pour le temps et nous 
confreirs et borgois de notre dit mestir teilz qui sensiwent, 
cheste assavoir : prcmirs, Johans de Iloure, le grant Colaurt de 

( 1 ) Par la majorité du raélicr réunie en séance. 

(^ ) El sommes convenus. 
( 5 ) Amende. 



— 312 — 

Touruay, governeurs; Colaurt de Hodaige ly jovene et Arnulz 
de Tirle , jureis ; Willieames de Plemoile le jovene , Sandron , 
Jolians Babeit, Colaurt Sordeillie, Jaqiiemîns Oulris, Colaurt de 
Hodeige ly aisncis , Colaurt Bidair, Gilez de Namur, Johans de 
FooZj Pirons de Tivles, Andrier Malcliair, Henrys Stevenne, 
Henrys Dester, Colaurt Busin, Jaquemin de Hodeige, Eenclion 
Godin, Giles Libiert, Hubin de Malmedie, Willieames Baldewin, 
Jolians le Beclius et Geraird de Sclacliins, que illis vuilhent 
cescuns par ly, comme nous boins confrères et borgois, deleis le 
grant seiaulz de notre dit mestir, les leurs propres seiaulz a cesti 
présente lettre sayelleir ou faire sayelleir. Et nous, touttes les 
personnes , confrères et coiiborgois devant nommeis, aile pryere 
et requeste de tous nous aultres confreires et conborgois de de- 
vant dit boin mestir generalment, avons, sy que leur confrères et 
borgois, tant pour nous comme pour nous successeurs de notre 
dit mestir, deleis le dit grant seiaul, nous propres seiaulz a cesti 
présente lettre sayelleit ou faire sayeller en singne, tesmognaige 
et confirmation de veriteit. Clie fut faite, passeit et par nous 
acourdeit en notre lieu acoustumeis , lan délie nativiteit nostre 
sangneur Jliesn Crist milite quatre cens et trente unk, vinte 
iiucf jour en mois de jenvir. 

Copié et coUationné sur l'original en parchemin. 

H reste neuf sceaux des 28 qui y pendaient primitivement. 



— 313 — 



X 



ORDONNANCE DU IVLETIER AU SUJET DU PllIX DES CUIRS APPELES 

Â>iteneii,ses . 



27 MARS, 1433. 

Nous ly governeurs, jureis, toutes les personnes et universiteit 
generalment de boin mestier des teneurs de la citeit de Liège , 
faisons savoir a tous presens et advenir, que, comme nous ou li al- 
cun (!) de notre dit mestier awissins entrepris de faire passeir cures 
appeleis anteneuse , les queis nous rejettins dedens syes on sept 
samaines après cliu que par nous illi astoyent achateis, dont 
pour chu nos et notre dit mestier astoit grandement ou poioit 
encours plus y estre diffameis et ablameis, partant que ycheaus 
cures ensi passeis nastoient point de loy ne ovreis ensi quilhe dé- 
voient; et partant, nous, qui volons toute cliouse mal faite et maie 
interpetrée mettre a boin point et a boin coron ( ^ ) a notre loyal 
pooir, veyut que les autres bonnes villie et pays marchissans de 
Liège ne de Louz ne font point teis ovraiges, nous, de comonne 
syet et accourd , avons accordeit et par le tenure de ches présentes 
lettres accourdons, que dors en avant, ilh ne soit nuls ne nulle de 
notre dit mestier qui faiche, par li ne par altruy, en secreit ne en 
appeirt , passeir cures appelleis anteneuse, pour vendre ne rejet- 
teirparle manière devant dit, se dont (^)teis cureis ne anteneuse 
ensi passeis et coureis, abaiclic ( * ) ne sont si menre ( •* ) et de si 

({) Quelques-uns. 
(•2) A bonne Hn. 
("' ) A moins que. 
( i) Abaissés ne soient. 
(s) Moindre. 



— 314 — 

poure (1) et si petite valleiir, que a revendre sour le halle tous teneis? 
et coureis ( ^), ilh ne passent le pris et valleur de dyes borld., voir 
dyes soûls et syes deniers pour cescun bodd. comptant; car cest 
notre intension et volons que tous cures appelleis anteneuse qui 
seiront de plus grant valleur que des dis dyes bodd. quant il seiront 
coureis et passcis, que ons ne les puist ensi revendre , ains volons 
et accordons quilhe soyent par nous et nous successeurs teneis ensi 
comme il appartint^ afBn que nous ne soyons point diffameis de 
faire nuls mavais ovraiges ; et s^il astoit nuls ne nulle de notre dit 
mestier, qui fesisse ou fesissent le contraire, ors ou en temps fu- 
tures, nous avons accourdeit et par clies présentes lettres accour- 
dons que, celi ou clieaus ensi faisant le contraire, pierde ou pier- 
dent toutes ycelles denrées et avoicque chu encours quilhe soit ou 
soyent atten (') envers notre dit mestier en une amende don (*) 
pesant florin doir de rins , toutes fois quilhe le forferoient, tout 
chu en bonne foid et sans fraude. Et partant que che soit ferme 
chouse et estaubles , nous avons fait appendre a ches présentes 
lettres le propre seyaul de notre dit mestier de queil nous usons 
tuit ( '^ ) ensemble en teis et semblant cas. Et avons encours pryet 
et requis a nos chiers et bin ameis confrères, Jacquemin Oury , 
Lambiert délie PreaUe, governeurs ; Johan de Eouz , Johan de 
Stebert, jureis pour le temps de notre dit mestier; Colaur de 
Hodeige li viez, Colaur Sordeilhe, Johan de Hour, Colaur dit le 
grand Colaur, Wilheame Badewin, Henry Stevene, Jacquemin de 
Hodeige, Colaur Bidaur, Johan li Becliut, Piron Stevene, Ernult de 
Thive, Colaur Busin, Henry Damerier, Johan Dawans, Geraur de 
Houtten dit de Sclaichin, Thiry délie Eoiche, Johan de Hodeige, 
Lambotte Parochins, Simon Colaur, Eenechon Godin, Henry de 
Greit, Gieles de Yervier, Ernult de Tougre , Libiert Gilman^ 



(») Pauvre. 

(-) Tannes et corroyés. 

(^) A Hein. 

( ' ) D'un (ïorin d'or du Rhin. 

( 5 ] Tous. 



— 315 — 

Henry Babeit, Mathier de Bliese, Johan de Mers, Wynans Bar- 
bcaul et Colaur Bruwiers, que ilhs , tant pour nous com pour 
eaus , veuillent a clies présentes lettres sayeleir , ensi com ilh ont 
fait, avoicque le seyaul de notre dit mestier , en singne et corbo- 
ration de veriteit. Chu fut fait et doneit sour lan de grausce délie 
nativiteit notre saingnor Jbesu Crist millie quatre cens et trente 
trois, le xxvij^ jour de mois de marche. 

Copié et collationné sur l'original en parchemin, auquel pen- 
dent encore vingt sceaux. 



XI 



SIEULTE DU METIER TOUCHANT LA QUANTITE D ECOECES QUE 
CHAQUE COMPAGNON PEUT MOUDEE PAR AN. 



16 MARS 1434. 



A tous cheaas qui ches présentes lettres. vieront et oront, nous, 
li governeurs, jureis, toutes les personnes et universiteit general- 
ment du boin mestier des tanneurs de la bonne citeit de Liège , 
faisons savoir a cescun et a tous , que nous , de common syet et 
accord , sens nuls debatant ne contredisant , par boin conseilhe , 
avis et délibération, nostre mestier generalment pour chu aunis et 
assemblcis en nostre lieu acoustumeit , avons ordineit , passeit et 
accordcit et par le tenure de ceste, ordinons et accordons, pour 
bin de pais et pour amour et transquiliteit a nurir et maintenir 
entre nos successeurs , affin ainssi que li pctis soy puissent 
chevir ( ^ ) et governeir delcis les grans et lune deleis lautrc, que, 
dors en avant , li plus gi-ans , li moyen ne li plus petis de nostre 

( ') Se tirer d'embarras, vivre. 



^ 3!6 — 

dit mestier ne puist , par li ne par altruy, moulrc a nostre moliit 
ne altrepart, plus liault ne plus grant somme que (lyes tarlhye 
lanée, et puet ou pulent comencliier a moire al comeucliement de 
resailhemois en parsevrant (l) oultre lanée jusques aile autre 
mois de resailhe après ensiwant, et les avitres, en parsiwant de 
greit en greit ( 2 ) sourlonc leurs ornez , toute enneilement sens 
plus avant à moire que dyes tarlliyc tant seulement cescim an , 
sens en cliu queire fraude ne malengin par nulle manière queil- 
conque. Et la quelle ordinanclie ensi faite et passée, nous, tous 
li mestier generalment , promettons et avons encoveut , loyale- 
ment , en bonne foid et sour la fideliteit de nostre dit mestier , a 
tenir, observeir et maintenir a tous jours mais, sens venir, alleir, 
procedeir , parcoureir ne faire syet ( ^ ) al contraire. Et partant 
que elle soit ferme cliouse et estaubles, nous avons fait appendre 
a elles présentes lettres le grant seyaul de notre dit mestier , de 
queil nous tuit ensemble avons useit et usons en teis et semblant 
cas , en singne de veriteit. Chu fut fait et ordineit sour lan de 
grausce délie nativiteit nostre saingneur Jhesu Crist millie quatre 
cens et trente quatre, le xvje jour de mois de marche. 

Copié et collalioiiné sur l'original en parchemin. 
Sceau enlevé. 

XII 

COMPLEMENT DE LA LETTRE DES OFFICES (vOIR N^ Vil) AU SUJET' 
DU REMPLACEMENT DES OFFICIERS MORTS DANS l' ANNEE DE 
LEURS FONCTIONS. 

10 AVRIL U39. 

Nous, li governeurs, jureis, toutes les personnes et universiteit 
généralement de boin mestier de la citeit , franchiese et banliwc 

{^) Poursuivant, persévérant. 

(■2) De degré en degré, tour à tour, selon le rang. 

( ^ ) Rien décider dans ks assemblées. 



— 317 — 

de Liège, faisons savoir a cescun et a tous , que , com ensy soit , 
que en notre dit mestier nous ayons ordineit et accourdeit que 
qui oucque eu sierat officyer , que , dedens quatre ans après, ilh 
ne puist avoir ne porteir nulle officlie queilconque a notre dit 
mestier partenant. , et sour chu nous ayons fait lettre sayelée de 
nostre seyaul, aus queilles ches présent est infichies (l) et annexée, 
par laqueile appert que li governeur de notre dit mestier, doient 
avoir certain draps pour faire une liupelanclre et porteir lionneur 
a nostre dit mestier ; et li jureis, qui qui le soyent pour le temps, 
doyent faire à leur frais le pareilhe liupelandre ; et a cescun des 
jureis ons doit donneir cescun an unk cliapiron; et aussi pareilhe- 
ment li quatres délie Yiolet, li compteur et li varies de nostre dit 
mestier , comme tout chu et autre chouse apparent , puet plus 
plainement par la dite lettre apparoir et en laqueile lettre nest 
point declareit se , li alcuns de nous officyers aloit de vie a tres- 
passement dedens son année pendant , comment nos en devons 
useir ; nintmoins, pour chu que dit est a remedyer et mettre a 
bonne entendement, nous avons ordineit et par plain syet accour- 
deit, silhe advenoit dours en avant que li alcuns de nous gover- 
neurs alaissent de vie a trespassement dedens leur année pendant, 
avant et anchois que ilh awisse ou awissent leur hupelandre délie 
lievree de dit mestier muchie ( ^ ) et pourtee , nous volons que 
unk noveaul governeur soit resleyus par cheaus qui a chu siéront 
ordineis et deputeis, ensi que ons fait le jour le sains Jakc; le 
queis noveaul governeurs , en celi cas , deverat avoir le livrée de 
dit mestier et ossi ilh ne porat nulle offisse, dedens quatre ans 
après, avoir ne porteir ; mair.s sensi astoit que li aulcuns de nous 
governeurs awissent leur lievree mochie et pourtee , ons ne deve- 
roit faire nuUc novelle élection , altrcment que li autres officyers 



('} Attachée par une bande de parchemin qui , traversant les chartes 
par le bas, les attache l'nric h l'antre ; un sceau pendant aus deux bonis 
rapprochés et ainsi fixés de la bande , garantissait l'authenticité du docu- 
ment. 

(^) Mol wallon, moussi, habiller, mettre. 



-- 318 — 

remanans en vie poroient enlyre unk lieu tenant, pour l'offisse de- 
g'oveniaige lannee durant exerceir, qui deverat avoir unk chapiron 
pour ses paines as frais de mestier, de teile valleur que les autres; 
li queis lieu tenant ne sieroit pour ycelle élection point pierdans 
les offisse de notre dit mestier a pourteir silhe y astoit après 
esleus; et pareilhement par élection de lieu tenant volons avoir 
useit de toutes autres offisse a nostre dit mestier partenant , tant 
de juraige, de quattreme délie Violet, de syes délie fore , de fer- 
meteur , de compteur et varlet , comme de tous autres offissens, 
les queiles se alcuns moroient en leur année pendant, nous volons 
que nous officyes demorains en vie puissent des lieu tenant resta- 
blir pour loffisse exerceir lannee pendant. Item a point des huppe- 
landre et vestemens as offissiens de notre dit mestier appartenant, 
nous volons et accordons pour notre dit mestier pourteir honeur 
et affien que ons saiclie pour quoy illi leur vinent, que dours en 
avant ilh fâchent des huppelandre royes ( l ) ensi que ons soloit 
useir anchinement, ou almoins quilhe soyent de dois maniers de 
draps partie ( ^ ), teilement que ons puist parchivoir et dire de la, 
les huppelandre de mestier des taneur. Et par ensi ilh nous semble- 
que li mestier et aussi li officyer en arat et arons plus grande 
honeur, car ensi que ons en use présentement, ons ne seit parchi- 
voir ne dire que che soit li livrée de mestier , partant que cescun 
prendoit drape a sa volenteit. Item, après nous avons ordineit que 
li officyes de notre dit mestier soient tenus de mochier leur hup- 
pelandre quant li pays sierat ensemble ou que ilh covenrat por 
alcun cas tochant le mestier , ou les borgois dicclli alleir sour le 
conseilhe ; et ossy li offissiens de mestier , vies et noveaul doient 
a toutes pourcessions mochier leurlievree, affien todis que toutes 
gens les puissent veyoir et parchivoir. Et partant que chu soit 
ferme chouse et estaubles, nous, ly mestiers des taneurs générale- 
ment deseur nomeis , avons a ches présente lettre appendut ou 
fait appendrele propre seyaul de nostre dit mestier de queile nous 

( 1 ) Rayées. 
( 2 ) Partagée. 



— 519 — 

et nous devatitrains avons useit et usons en nous affaire en teis et 
semblan cas en singne de veriteit. Chu fut fait et donneit sour lan 
de gi-ausce délie nativiteit notre saingiiors Jliesu Criste millie 
quatre cens et trente nuef, le dyeseme jour de moix davrillie. 

Copié et coUationnc sur l'original en parchemin, scellé comme 
annexe à une copie de la lettre des offices de 1427. 



xni 



RÉCES DU METIER EN FORME DE REGLEMENT, DÉFENDANT DE 
VENDRE DES MARCHANDISES A CRÉDIT ET DE LES FOURNIR 
AUX CORDONNIERS OU AUTRES, A LEURS DOMICILES, SANS ÊTRE 
VENDUES. 

9 FÉVRIER 1479. 



In nomine Domini amen. A tous clieaux qui ches présentes 
lettres vieront et or ont, nos, les governeurs, jureis et tout luny- 
vcrsiteit generalraent de bon.mestier des tanneurs délie bonne 
citeit de Liège , sallut ; savore faisons que por bien de paix et 
por amour et dilexsion entre lesdis borgoiz les uns aux aultre 
entretenir , et ensuant ( i ) les anchines lettres et chartes demo- 
rant tous jours en leurs forche et viertue, se retrovcez astoient, 
advons convokcit notre dit boim mestire ensemble en lieux 
acoustemeit ; la, avons, après meure délibération et por bien de 
paix, statueit, passait et acordeit che que sensyet : prcmire, le 
nom de Dieux appcUeit. Item , en après advons ordineit , passcit 
et acordeit , ordinons , statuons , passons et accordons par plaine 
syct de nos tous , en siwant les auchins usage , que dors en avant 

( ' ) En suivant. 



— 320 — 

ons ne doit ne ne pulton plus croire ( i ) de denrey de tannerye 
dedens citeit , franchize ne banlieux , ne presteer ore ne argent 
por celle denrey a acliateer, sens fraude, et que il ne soit nus ne 
nulle de notre dit boins mcstire qui lasse allere le denrey quant 
vendut laront , se il nont promirement largent ou le wage 
doure(') ou dargent manoeit (') estans ossy walhable ou plus 
que ladite denrey qui adont sierat venduwe, sour le paisne et 
amende de une marke de fine argent a aplichier audit boim 
mestire des tanneurs, tout foix quant foix que che advenroit et 
que troveit sieroit ou sieroient, fusse une ou pluseurs; et quant 
ce advenroit et que troveit sieroit , que aulcuns borgoix ou 
borgoise de notre dit boin mestire fusse troveis , veus ou 
aperclius , et on nelle polsise proveir sufïissament , que adont sont 
et siéront tenus lesdis borgois ou borgoise sudis , quant que 
offissien le requirat , délie verifyer et jureer solenpnement sour 
Sains la veriteit de fait, sour le paisne et amende sudit ; teille 
condision en clie reservey que , se il advenoit que aulcuns borgoix 
ou borgoise de notre dit mestire allasse ou allassent vendre ou 
envoire queque denrey de tannerye fours délie citeit , franchize et 
banlieux , fusse a St. Hubert ou aultrepart, faire en pullent leurs 
boim plaiseire , soit de vendre a créance ou aultrement, mains 
que icelle soit vendus fours délie banlieux , se dont ( * ) lesdis 
marclians navoiet veut ne marchandeit ladite denrey dedens 
ladite citeit et banlieux ; adont quant veut laront ensy soit que 
on soit dacors de marchiet ou nom, nelle pulton lassier alleir ne 
envoier sens argent ou sens wage sufiissant comme deseur, sour 
le paisne et amende sudit, tout foix quante foix que ce advenroit. 
Item semblament ordinons , statuons , passons et acordons que il 
ne soit nus ne nulle de notre dit boim mestire , de queque estât 
que il soit , soit borgoix, borgoise ou femme de borgoix , varies , 

( ' ) On peut plus confier (credere), donner à crédit. 
( 2 ] Gage d'or. 

(^) Monnaie; cette somme est appellée gage, parce que l'espèce de 
monnaie était toujours spéciOéc. 
( * ) Pourvu que. 



— 351 — 

damlicllc ne cnfans de notre dit mestirc , qui emporte ne fâche 
emporteir qneque denrey de tannerye en les masons des cordewe- 
nirs , corbesirs , patinirs ( i ) , sellirs ne gohellire ( " ) quant ladite 
denrey ne sierat pont venduwe , sour le paisne et amende sudit 
et encors myraes se ensy astoit , que il awissent vendut queque 
denrey de tannerye sudit , se nelle pullent emportere, envoiere ne 
faire enporteir lesdis tanneurs par leurs familhez ne maisuycs, 
sour le paisne et amende de quatre livres , tout foix quante foix 
que ce advenroit; et chelis qui fait laroit se il le veult neire, sierat 
tenus délie veurifier par seriment et nen polrat estre refusant ; et 
se il advenoit, que ja Dieux ne plaise a consentire , que ons fusse 
tous rebelles et que voississimes par forclie ou par plus grande 
syet de nos enbrisyer tout ou en partye clies présentes ordi- 
nanclies^ sy polroit une seulx persone de notre dit mestire qui 
ceste présente ordinanche . tenroit , tous ensemble ou lune après 
lautre pardevant queque haulteur ou justiclie spiritueille ou tem- 
poreille la que mieux ly plasoit, demandere sy que de boime 
debte, vraye et laialx et de mise, attente et forfaite, chacun de nos 
une semblan marke de fine argent comme deseur , et aveucke ce 
faire , tenire et acomplire les ordinanche deseurdit; et ne nos po- 
luus ou polrons adon escuseire, alligire, deffendrc ne wardeer nos ne 
nos hors ou successeurs après nos, por queque frankye spiritueille 
ne temporeille, fusse par fyest ( ^ ), homage, borgosye, clergerye, 
libertcit ne franchise , aqueille tous et singuliers présentement , 
por nos et nos successeurs après nos , renonchons expressément et 
aveucke ce a tout ce et de quant que adier nos polroit contre ceste 
présent lettres et ordinanche. Et partant que che soit tous jours 
ferme chouse et cstable , sy advons a ceste présent lettres et 
ordinanche prescript , saieleit de grant sealz de notre dit mestire 
de qacez nos , tous les pcrsones et univcrsiteit gencramcnt 
deseurdit , usons et aveuck che, advons encor pryet et requis a 



( '] Faiseurs de patins, sorlc de chaussure. 

( 2) Gorlier ; bourreher, celui qui l'ail des harnais. 

( ■' ) Foi (lidesj. 



-- 322 



honorables persones , assavoir : Renclion Godién , Henry Coeste, 
governeurs de l'an présent ; Jakem de Hodege ly asneit , Loren 
de Givejj jareis dudit an présent; Jolian de Hodege ly asneit, 
Johan de Maers , Ernulx Durtine , Henri de Cliaisne , Jolian 
Gunet, Henrare de Greet, Johannes Eembier et Lambert de 
HoUengnouUe que il tous et chacun par ly, aveucke le grant sealx 
de notre dit mestire deseurdit , veuillent a cest présent lettres 
leurs propres seals saieleer; et nos tous, les persones devant dit, 
aile amyable pryes et requeste des persones et nniversiteit genera- 
ment de notre dit mestire , advons pendut ou fait appendre a cest 
présent lettres notre propres sealz , en tesmongne et certificasion 
de veriteit ; fait, doneit et renoveleit , passait et acordeit lan délie 
saint natyviteit notre singneur Jhesu Crist millie quatre cens 
Ixxix, eus moix de feverire le ix^ jour. 

Copié et collationné sur l'original en parchemin muni priraiti- 
vemenl de 15 sceaux pendant à double queue. 



XIV 



CHARTE DE LA CITÉ TOUCHANT I,A RECONSTRUCTION DE l'hÔTEL-DE- 
VILLE DIT LA VIOLETTE , APRES LE SAC DE LIÈGE PAR CHARLES 
DE BOURGOGNE. 

4 MARS 1480. 



Nous , les maistres , j urez et conseil de la cité , franchise et 
banlieue de Liège a tous ceulx qui ces présentes lettres verront ou 
oront , salut. Comme, ensuyant la conclusion par nous prinse de 
par lassistence de nous amis et bienvueillans et al honneur de 
la dite cité , de nous faire refaire et rediffyer la maison de ladite 
cité, nomée la Vyolet, qui , a la ruwinne et destruction de ladite 
cité a esté totalement ruwiuée et brûlée , et la faire construire et 



— 323 — 

cdiffyer plus grande , plus belle et plus honorable quelle ne souloit 
estre de paravaut, pour nous y reparier ( * ) pour les besoingnes 
de Jadite cité et aussi pour en icelle recueillir et recepvoir plus 
honoralment et lionnestement les seigneurs et amis de ladite cité, 
aux jours que Ton a accoustumeit y tenir les fiestes et solempniteis, 
et aussi les ambassiades qui , le temps advenir , pourront estre 
députez et envoyez pardevers ceste dicte cité ; an moyen dequoy 
les officiers et personnes du bon mestier des tanneurs de ladicte 
cité , condeschendans au notre pryer et requeste, ayent esté contens 
et nous aient accordeit de reculler leur maissonnaige et édifice en 
allant vers le mangheme { ^ ) environ quinze piets et demy au front 
devant et autant derier, a telles conditions et moyennant les clioeses 
que sensuyent, cest assavoir : que, de ce que, en recuUant leurdict 
ovraige, leur covenrat avoir de place sur ladicte mangheme, qui 
monterat {') , comme dit est , quinze piets et demy devant et quinze 
piets et demy derier, que les en feriens joyr aussi ligement quilz 
faisoient délie place par eulx accordée a la dicte cité ; savoir faisons 
que nous, pour les causes dictes, et en rémunération de ce que 
dit est, avons promis et promectons ausdits dudit bon mestier des 
tanneurs, que nous leur ferons joyr de ladite place que leur avons 
accordeit prendre vers ladite mangheme , quictement et ligement 
et aussi franchement quilz faisoient de ladite plache par eulx 
accordée à ladite cité, et que se aucuns les en vouloient moleisteir 
«uparturbeir, que nous serons tenus et promectons de eulx en 
respondre et deffendre a nous propre despens , envers et contre 
tous, sans quelque faultc, par le tesmoing de ceste dictes présentes 
auxquelles avons fait appendre le grant seel de ladicte cité , sur 
lan quatuors cens et quattre vingts, le quattrieme jour du mois de 
mars. 

Copié et colialioniié sur l'original en parch.; sceau enlevé. 



( ' ) Voir souvent quelqu'un, vivre familièrement avec lui (Ducange), 
(') Mangonnerie, halle des bouchers. 
[ 3) Qui montera à. 



354 — 



XV 



SENTENCE PORTEE PAU LE CONSEIL DE LA CITE SUR LE DIFFE- 
REND SUSCITÉ ENTRE LES MÉTIERS DES CORDONNIERS ET DES 
TANNEURS AU SUJET DE l' ACHAT DES CUIRS. 



11 FEVRIER 1512. 



Sur les differens de pieca ( ^ ) meuz et suscitez pardevant nous, 
inaistres, jurez et conseil de la cité, par et entre les officiers et 
personnes du bon mestier des tanneurs de ladite cité , franchise 
et banlieue de Liège, demandeurs, d\me part ; Jehan de Melen 
et Pieron Henrelet, aveucques lesquelz faisoient partie les offi- 
ciers et personnes des bons mestiers des cordewaniers et corbe- 
siers de ladite cité, franchise et banlieue, deffendeurs, d'autre ; 
pour et a cause de la rate dudit bon mestier des tanneurs quilz 
calengoient ( ^ ) et demandoient audis J ehan et Pieron, comme a 
ceulx quilz disoient en estre tenus et redevables a leur dit bon 
mestier pour ce quilz se estoient ingères et avanchis et journelle- 
ment ne cessoient de tanner et vendre cuyrs tanneis, les haie- 
neis ( ^ ), tenu staples et les vendus en gros et a la quetaille, comme 
silz fussent dudit bon mestier des tanneurs , en contendant ( ^ ) 
par lesdis tanneurs que , ou cas que ce pourroient faire apparoir 
et prouver, que lesdis Jehan et Pieron deveroient estre constrains 
et condampnez a acquérir et payer la rate dicelui bon mestier. 
Et pour ce que lesdis Jehan et Pieron furent , ausdis ( * ) dudit 

( ' ) Depuis longtemps. 

( 2 ) Demandaient en justice. 

['^) Hdgni , étaler. Cuirs étrangers amenés à Liège pour être vendus. 

[i] Prétendant (contendere). 

[o) Au dire, à l'accusation. 



— 325 — 

bon mestier des tanneurs leur intention noyant ( ' ), et mainte- 
noient non avoir fait et quils ne faisoient en ce que dit est, chose 
que bien faire ne povoient ou dévoient , tant en vertu des sieultes 
et sequeles pardevant faites et passées par la généralité de ladite 
cité en palaiz episcopal a Liège et par maistres et conseil en 
refectoir des escoliers , que aussi du maniment, possession et 
anchiens usaiges que ou disoient avoir euz, eulx et leurs predices- 
seurs de toute antiquité et de sy long temps que nestoit memore 
du contraire ; sur lesquelz difPerens plaseurs prouvances , mons- 
trances, alligances, contremoustrances, replicques et duplicques, 
aveuc exhibicions de lettres , copies et autres explois , en ont 
dung costé et dautre par devant nous esté faiz, et aussi sur ce 
pluseurs et grant nombre de tesmoings par lune partie et par 
lautre esté produis et deuement examinez et les dépositions 
diceulx diligeutement rédigez et mis en escript ; après lesquelles 
exhibitions et productions ainsi faites, et que la matere estoit en 
estât de jugier , aucuns personnaiges se soient entremis et aient 
priet et requis ausdites parties que leur plaisisse leurs dis differens 
laissier traictier par amis et amiableté , mesmement quilz aient 
esté de ce requis par notre très redoubté seigneur et prince, dont 
après pluseurs continuations et delays pour ce faites et priuses , 
tousiours sur espoir que lesdites parties laisseroient leurs dits 
differens traictier en amiableté et que notre dit très redoubté 
seigneur avoit pour ceste cause et autre fait assembler notre dit 
conseil aux frères meneurs, aveuc grant nombre de bons person- 
nages , assavoir , mess, les eschevins de Liège , les commissaires 
et autres pluseurs bourgois , pour cuidier ( ') induire les dites 
parties a amiableté et éviter righeur de procès, lesquels, après 
aiant oy bien et au long le vouloir et intention de notre dit très 
redoupté seigneur , firent raport endit conseil le treizième du 
mois subescript , présent la grâce de notre dit très redoubté 
seigneur , que pour mettre fin en ceste matere , que icelle se 

(M Niant. 
( 2 ) Penser 

21 



- 356 — 

deveroit faire et widier par nous maistres et conseil , selon lestât 
enquel trouveriens lesdis procès estre disposez. Et fut par notre 
dit très redoublé seigneur, pour ce faire, limité jour et terme au 
sixième jour dudit mois, auquel comparurent en la Violette, lieu 
accoustumé , notre dit très redoubté seigneur en sa propre per- 
sonne aveuc son cancellier et autres seigneurs de son conseil , en 
la présence de nous les maistres et jurés, de la pluspart des 
trengte deux bons mestiers , en présence desquels furent bien et 
au long lytes et publiées tous lesdis explois, prouvances , mons- 
trances, debas , alligances , contremonstrances , replicques et 
duplicques , par lesdites parties et cliascune dicelles avant mis et 
exliibueis , comme dit est , aussi oy et au long entendu ce quil 
avoit la meismes lune et lautre plaisut par leurs parliers ( ^ ) fait 
dire et remonstrer de bouche , finablement le tout bien et au long 
oy et entendu , et considéré ce que faisoit a considérer, mouvoir, 
povoit et devoit , notre dit très redoubté seigneur et nous 
avons dit et hors porté ( '^ ) , disons et hors portons , que 
ceulx des bons mestieis des cordewaniers et corbesiers de la 
cité franchise et banlieue de Liège , usans lesdis mestiers 
ou lung diceulx de la main en gaignant leur vivre et substance , 
et non autres , porront dores en avant achater toutes sortes 
de cuyrs poilhus , et non autres, soit hors du pays, aux 
festes en la cité et audit pays , et iceulx cuyrs tanner de bonne 
sorte et mouhon telle quil appartient , et que les tanneurs sont 
tenus et doient faire les leurs par dit des ewardins et voir jurez a 
ce commis; et après que tanneis seront, les vendre à ceulx desdis 
bons mestiers des cordewaniers et corbesiers usans de ladite 
main en leurs maisons, point a stable sur le marchiet , en autres 
lieux ne a quelconcques estraingiers , sur paine de faire acqueste 
dudit bon mestier des tanneurs et de user leur mestier en la 
manière qu'ilz font ; et au semblant, suyant loffre et presentacion 
faites par lesdis deux bons mestiers ausdis tanneurs touchant 



( ' ) Avocats. 

( 2 ) Porter une décision . 



— 327 — 

louvrage partenant a iceulx dis bons mestiers, ilz, les dis tan- 
neurs , en porront user sievant ladite presentacion a eulx faite , 
assavoir , faire stivaulx et soleis , les vendre en leurs maisons , 
sans en faire staple ne les vendre en publicque. Les choses dittes 
entendu a la bonne foid. Et pour certaines considérations mou- 
vantes a ce, les deux parties porteront leurs fraiz fait. Et finable- 
ment conclut li onzeme jour du mois de février , lan quinze cens 
€t douze. 

Copié et coUationné sur une copie authentique en parchemin , 
primitivement munie du sceau de la cité. 



XVI 



DENONCIATION DE BIENS EAITE PAR GUILLAUME DATHIN EN FAVEUR 
DU MÉTIER DES TANNEURS. 



27 NOVEMBRE, 1515. 



A tous ceulx qui ces présentes lettres veront et oront le maire 
et les tenans jurez délie court jurée délie halle des diex hommes 
des biens parvenansdelaseditionWauthierDaltin et ses complices 
notoires, salut et cognissance de vérité. Sachent tuis que pardevant 
nous comme pardevant court jurée susdite, comparurent en leurs 
propres personnes pour faire ce que chi après scnsyet, Wilheme 
Daltin, dune part, et honeste homme Henry délie Roche avant 
parlier sy que renthicr, partie faisant et ces présentes œvres accep- 
tant pour, ou nom, aoez et au prolïit du bon mesticr des tanneurs 
de la cité de Liège , d'aultre part. La meismes remonstrat ledit 
Henry ou nom que dit est, comment, a la rcqucstc et supplication 
dudit Wilheme, ledit bon mestier, pour luy subvenir en ses affaires 
et de grâce speciaule, a moien de certain traitict fait, luy avoit con- 



— 328 - 

cedeit certains deniers, lesquelz il confessoit dndit HenrV; en tel 
nom que dit est , estre paiet et satisfait; dont et pur vertu de ce 
que dit est, iceluy Wilheme fut si conselhiet et adviseit de sa pure 
et lige vollenteit sains quelcque distrention, qu'il renunchat abso- 
luement a tout tel droit, clain et action qu'il avoit ne avoir poioit 
a tous tels biens cens, rentes et biens liiretables que a ly poroient 
estre succedeit de ses père, mère et predicesseurs et que ledit bon 
mestier, suyant les parclions faites par les aultres trengte ung bons 
mestiers, leurs confrères , poroit avoir , teiiir et posséder et qu'ils 
ont tenu du temps passeit, parvenans de ladite sedicion et les re- 
portât sus en le main de Jaspar de Beautieu, maire pour le temps 
de notre dite court jurée ; sy les werpit, quittât et y renunchat au 
proffit dudit bon mestier, pour lequel ledit Henry en fut requérant 
et auquel notre dit mayeur, a notre raport et ensengnement, en 
fist sy avant que iceulx sont de notre jugable, don et vesture, pour 
ledit bon mestier en joyr et faire a tous jours sa pure et lige volenteit 
sy comme de leurs bons lieritaiges, cens, rentes, biens hiretables et 
vraye requeste, parmy telles ridvablités que iceulx sont tenus aux 
courts et signeurs treffonssiers dont ils sont movans, sains fraude et 
tout en telle manier le comandat ens notre dit maieur ban et paix, 
adroit et aloy; lesquelles œvres et tout ce que preescript est, notre 
dit mayeur mist en le warde de nous, les tenans jurez subescrips 
la presens, qui bien nous drois en awiemes et notre dit mayeur 
ausy les siens, assavoir sumraes : Jacob Malierbe, Anthone Hennec- 
kin, Jolian de Trois dis, JoJian dePreres, Collart Cleynne, Johan 
de Bernymollin et Cloes de Ereres. Et partant que ce soit ferme 
choese etestable,sy avons nous, ledit maire et tuis les tenans jurez 
desseur nommez, pour nous et chacun por ly, pendut ou fait ap- 
pendre ad ces présentes lettres nous propre seelz, en signe de 
vérité. Sur lau de grâce mille chincque cens et quinze, du mois de 
novembre le vingte septième jour. Ledit Anthone Henckin uze 
de seel Piron de Retinne, notre clerc. 

Copié et collationné sur l'original en parchemin; reste un sceau 
iVustc des 7 qui y pendaient piimitivomcnt. 



359 — 



XVII 



SENTENCE PRONONCEE PAR GER. DE POUSSEUR, CHEVALIER, J. BOUR- 
LET, AVANT PARLIER, ARBITRES ÉLUS PAR LE MÉTIER DES COR- 
DONNIERS ET DES CORBESIERS , J, LE BIERLIER ET J. DE BOIX , 
ARBITRES ÉLUS PAR CELUI DES TANNEURS, POUR TERMINER LEURS 
DIFFÉRENDS AU SUJET DE PRIVILÈGES, USANCES, ETC. 

19 JUIN 1516, 



Premier, poront lesdis deux boins mestiers , corduaniers et 
corbesiers, achapteir cuirs poullius partout la boin leur semblera, 
et iceulx tanneir en boine sorte ensy quil appartiendrai par dict 
de rewars; semblament , debveront ceuls dudit boin mestier des 
tanneurs, tanneir leur cuers par dict de rewars comme il at par 
cidevant esteit accoustummeit faire ; lesquels rewars seront de 
part notre dit très doubté sengneur et burgimaistres de la cité 
chusis et esluyts ensdis trois boins mestiers ; cest asscavoir, deux 
dung chacun desdis trois mestiers, affin que les rewars cliusis en 
ung chacun desdis mestiers ayent regarde sur lautre. Tiercement 
pouseit lusance que puet avoer esteit parcidevant, etc., lesdis deux 
boins mestiers , corduanniers et corbesiers , ne debveront dor- 
sennavant tenir staple des cuers que par eulx seront tanneis , que 
vendre solloient a ung chacun , ains sen debveront deporteir; 
mais bin pouront iceulz vendre les ung oz aultres, chacun en sa 
maison et non ailleurs ; car quant aultrement se feroit par lesdis 
des deux boins mestiers corduaniers et corbesiers, tel délinquant 
et mesusant sieroit ou seroient tenus acquérir la raete desdis 
tanneurs. Quartemcnt az staples tenues parcidevant par lesdis 
des boins mestiers corduanniers et corbesiers, de cuer soir ( ^ et 



( ' ) Soir probablement pour saiivé. V. le glossaire. 



— 330 - 

tanneis, par eulx achapteis hors cité, francliiese et banlieu, qui 
vendre soloient a ung chacun pnblicquement sur le marchiet sie- 
vantles suytes et usaiges quilz disoit avoir heu, etc., iceulz deux 
boins mestiers dors ennavant sen debveront deporteir et de non 
plus avant achapteir telz couers soirs et tanneis hors de ladite 
cité, franchiese et banlieu, pour en tenir staple ne les vendre 
a personne quelconque ens ne hors de leurs boins mestiers ; se 
donc nestoit que aulcun coureur usant desdis deux boins mes- 
tiers euyse achapteit aucun cner pour coureir, et ensy fuist que 
en iceulz cuers il y euyst aucuns deux qui facilliment Ion ne puet 
coureir a craixhe ( ^ ), pour quant adont tel coureur povoir icealz 
dos vendre a aucun desdis trois boins mestiers ( ^ ) et non aultre 
part, sens pour ce lors aucunne choese four fair. 

Quintement ou que les tanneurs prétendent lesdis corduaniers 
et corbesiers non povoir ou debvoir , pour leur personne parti culeir 
achapteir cuer hors de la cité , franchiese et banlieue , sy non 
seulement a eulx, dont il seroit a veoir non estre le bien publicque, 
lesdis et chacune personne desdis deux boins mestiers corduaniers 
et corbesiers pour leur proufEit et utilité , aussy pour l'augmen- 
tation du bien publicque qui doit toute choese precedeir , pouront 
sil leur plaist toutes et quantes fois que boin leur semblerat achap- 
teir, tant en Anwierps, Diest, Treicli, Haske, que aultrepart , 
cuers soirs et tanneis, pour par chacun des achapteurs les povoir 
distribueir et mectre en œuvre en sa maison ou boutticquc et point 
aultrement , et sens que tels achapteur ou achapteurs puissent tels 
cuers revendre a personne quelconcque , soit de son mestier ou 
daultre dedens ladite cité, franchiese et banlieu; entendu que quant 
tels cuers seront achapteis et aminneis en ladite cité , franchiese 
et banlieu, quelesrewars debveront fair toute diligence et scavoir 
se iceulz cuers (^), affin de non folleir ledit boin mestier des tan- 



( 1 ) Craixhe. V. le glossaire. 

( 2) Doit pouvoir le vendre à un membre de ces trois métiers. 
(3) Ce passage est tronque, le greffier doit avoir oublie un membre 
de phrase. 



— 331 — 

neurs plus avant que raison , ne pouroit porteir sont de leurs ar- 
gent, mailles et deniers et quilhs ne les distribueront ne venderout 
lune a lautre, ains seulement les avoir achapteit et pour en avoir 
autretant que besongue leur sierat , mettre en œvre et distribuer 
sans fraude et déception , sur peine d'acquérir la raete dudit boin 
mestier des tanneurs par ceulx qui feront au contrair. 

Sextement, que les personnes qui voront useir ettanneir desdis 
deux boins mestiers, corduaniers et corbesiers , ne poulront ne 
debveront alleir acliapteir ne quérir cuer pour mectre en œvre ne 
distribueir, comme pouront fair les aultres de leur boin mestier , 
qui useir ne vouront de ladite tannerie , mais se tenir content des 
cuers quils tanneront, en les mectant en œvre et distribuant a leur 
meilheur et plus grand prouffit , comme dessus est déclaré ; et 
quaud ils voroientlaisseir la tannierie et point plus tanneir , que 
adoncque ils puissent et poulront alleir quérir et achapteir cuers 
comme les aultres de leurs boins mestiers , ensy quil est dict 
pareilhement cy devant. 

Au Surplus, septement, pouront lesdis de boin mestier des tan- 
neurs useir desdis boins mestiers des corduaniers et corbesiers 
en faisant faire solleir , suyant leur usance, et aultrement nyent, 
comme ils ont fait par cy devant sains fraude ou déception , affin 
dorseunavant entre eulx useir de bonne foid et demoureir en 
paix. 

Item et touchant lesdis rewars esluyts et cliusis comme dessus , 
siéront tenus fair seriment aux esclieviens de Liège de diligenment, 
bien et leallement fair et exercer leurdit office, tant des cuers 
ianneis en la cité banlieu , esdis trois boins mestiers comme daultres 
acliapteis hors cité et banlieu ; et la fault y aura , la denrée sera 
confisque et avec ce, trois florins damcnde, mis et convertis, tant de 
ladite denrée ainsy confisquée comme aussy de ladite amende, au 
prouffit des trois membres, asscavoir la tierce part a notre dit sei- 
gneur et prince, lautre a la cité et lautre tierce part ausdis rewais. 
Et ycelle luyt et public, ordonnons aussy par ccste présente sen- 
tence que les parties susdites debveront, des différons et aultres 
susdites, demoureir et dcmourront les ung envers les aultres en 



— 332 — 

bonne paix union et concorde, sans fair serre ( ' ) , manupolle ou^ 
aultre en manire aulcunne préjudiciels a quelconcque desdis trois 
boins mestiers. Et ce ainsy faict, lesdictes parties nous remer- 
ciant des sollicitudes, peines et labeurs par nous sur ce faictes , 
ont iceUe notre sentence et ordonnance laudeit , ratiffieit , appro- 
veit et tenu pour bonne, ferme et estable. 

Lettres approuvées par Erard de la Marck, dans sa maison de 
Serrée sur Moese, lan 1516 le 7 juillet; suivent l'attestation et le 
monogramme du notaire Jean Anthoiue de Lembourgh. 

Copié et coUationné sur l'orig. très-difficile à lire, en parch., au- 
quel pendent 5 sceaux dont un, celui de l'évêque, est renfermé 
dans une boite en bois; les autres sont enveloppés dans des 
pièces de cuir cousues. 

XVIIX 

RECÈS DE LA CITÉ TOUCHANT LA HALLE DES TANNEURS; 
ET l'hÔTEL-DE- VILLE. 

3 JANVIER 1576. 

Proposition faite audit Conseil touchant la maison et halle aux 
grains encommenchie sur la Batte à la Goffe j a esté ordonné et 
apointié que messrs les burguemaistres de la dicte cité deveront 
communiquer avec les officiers et compangnons de bon mestier 
des tanneurs de ceste dicte cité pour entendre deulx sils voroient 
faire quelque, marchie ou eschange de leur maison et halle quilz 
ont sur le Marchie de ladicte cité près et joiudante à la maison di- 
celle condist la Violette, allencontre du desseur de ladicte maison 
et halle aux grains, affin ci après, en temps convenable et oportun, 
annexer ladicte maison et halle desdits tanneurs avec celle de 
ladicte cité. 

(Registre aux recès du Conseil de la cité, 1575-1577, p. 56- 

(') Coalition? 



— 333 



XIX 



ORDONNANCE DU CONSEIL DE LA CITE, DE MOUDEE LES ECORCES 
AU MOULIN B ANNAL DU MÉTIER DES TANNEURS ET NON AIL- 
LEURS , SI CE n'est en cas de BESOIN. 

19 JUILLET 1596. 



Nous les bourgmestre , jurez et conseille de la cité de Liège , a 
tous ceulx qui ces présentes verront et ouiront , salut ; scavoir 
faisons que ce jourd'huy, daulte en fin subescripte, sont pardevant 
nous comparus CoUart de Cheratte et Jehan Gelette , ambedeux 
gouverneurs, Joannes Bomerchome et Jehan d'Othée, jurez, avec 
plusieurs compagnons et renthier du bon mestier des tanneurs de 
ceste cité , et en ces te endroit partye faisans pour la généralité 
d'icelui, remontrans comment ens ans quinze cens octante cincque 
et octante siex, aroit, pardevant les bourgmestre, Jurez et conseil 
de lors , heu querelle et difficulté entre les bon mestiers des cor- 
duaniers et corbesiers de ceste dict cité, joinct avec eulx les repre- 
sentans feu Servais de Grez , Paulus de Grez et aultres leurs 
consors , compagnons et membre dudit mestiers des tanneurs , 
dunne , et les officiers avec lenthier rest diceluy dit mestiers , 
d'autre, a faict de lexecution par lesdit corduaniers, corbesiers et 
adjoinct , prétendue dunne sentence , paravant par ledit conseil 
rendue, portante que, en deroguant a ung particulier status dudit 
mestiers , estoit permis et se donnoit liberté a tous et a chacun 
membres dicelui, daller mouldre leurs cscorches, ausi en acliepter 
partout ou bon les sembleroit , puis les employer et mettre en 
œuvres selon ses pouvoirs et moyens ; a quoy les officiers des tan- 
neurs avec la rest dudit mestiers s'aurroient opposé, en regard 
point seulement que en tous mestiers debvoit avoir reigle et or- 
donnance ausquclles ung chacun diceulx debvoit obeyr , mais 



— 334 — 

aussi qu'a celui mestiers estoit partenant ung mollin entre bau- 
nal auquel chacun estoit obligé de mouldre , parmy quelques 
honneste recognoissances pour son entretenance et satisfaire a 
quelques particuliers charges dudit mestiers, et pour aultres rai- 
sons, particulièrement par les acts sur ce agitée; qui auroient causé 
pluseurs incident de liaulte disputte et loingtaine cognoissances, 
de sorte que, en parfin, iceluy dict conseil, pour le tout retran- 
cher , aussi reunir lesdits partyes , mesmement aboUir touttes 
hajnes, rancunes et discords quil avoint a l'occasion dictes lung 
contre laultre, auroit pour bien de pais provisionelement et pour 
durer tant que aultrement en serat ordonné , esté apoincté et 
ordonné que tous et chacun tanneurs pouroit et pourroint a son 
tour et oulne mouldre audit mollin douse moulnée, en payant 
a effects avant dis, la deubte anchienement acostumé ou telle 
que par bonne discrétion seroit trouvé nécessaire, avec condi- 
tion, s'il astoit au future trouvé ledit mollin nestre bestant et 
suffisant pour mouldre les enthieres moulnees desusdit, en sorte 
que lesdit tanneurs fussent a ceste occasion astargiés en lexercice 
de leurs praticque au préjudice de bien commun et publicque, 
que , en prennans de ce attestation , pouldront aller mouldre 
ailheurs. Or, comme en ceste ordonnance provisioneUe et de telle 
reconsiliation que dessus, ne soit adjoustéeaulcunne peine contre 
les contraventeurs, et que difficilement loix, status et ordonnance 
se pourront maintenir sans menasses et limitation daulcunnes, 
lesdit remonstrans ont a nous lesdit bourgmestre, jurez et con- 
seille de ladicte cité humblement requis de vouloir, comme chef 
des affaires politique, y adjouster aulcunne peine à nostre discré- 
tion et tel quil nous semblerat convenir ; dont sachant ceste 
requeste nostre de raison esloignee et désirant le bien, prou- 
flt et utilité de publicques, a ce que le pouvre puisse vivre 
aussi bien que le riche , après avoir sur le premis prins 
bonadvis et délibération, avons ordonne et par ceste ordonnons, 
voir pour durer seulement tant que aultrement en serat ordonné , 
que le transgrcsscurs des susdits ordonnances provisioneUe serat 
pour le premier fois attaint dune amende de cincqs florins dor ; 



— 335 — 

item pour le deuziesnie fois le double et pour le troisiesme que sa 
marcliandise tomberat en confiscation , repartissable le tout , 
ascavoir : une tiers a lofficicr de lalteze serenissime de monsei- 
gneur illustrissime et revendissime de Liège nostre prince : une 
deuzieme a la fortification de la cité et la troisiesme audit mestier 
et acusateur ; bien entendu toutte fois que par ce ne voulions et 
nentendons en rien toucher a la jurisdiction et haultenité de 
nostre dict reverendissime prince et seigneur , aussi de rien 
altérer les droits et privilèges des aultres mestiers, mais retenons 
par exprès le pouvoir et authorité , ou de cela appareroit, aussi 
quil fusse prejudicyable a bien et prouffit et repos publicqs, de le 
pouvoir corriger, modérer ou de le tous aboUir selon quen droict 
et raison serat trouvé convenir ; et auffi.n que au premis soit foy 
adjoustée , nous avons ausditte présentes faict appendre le seel 
aus légations de ceste dicte cité , le diex neufieme jour de mois de 
jullet, mille cincqs cent et nouante siex. 

Copié et collationnc sur une copie authentique, insérée dans un 
registre du métier des tanneurs. 



TAUTES A COREIGER 
DANS LES DOCUMENTS DU BON MÉTIER DES TANNEURS 



PUBLIES DANS LE LIVRE DES CHARTES ET PRIVILEGES 
DES 32 BONS MÉTIERS DE LA CITÉ DE LIÈGE. 

T. lî, p. 217. 

Les documents inédits qui précèdent prouvent la négligence avec 
laquelle le recueil des Cliurtes et privilèges a été formé. De même 
que des pièces très importantes n'y trouvent pas leur place, de 
même le te.xle de celles qui y sont insérées a été mutilé à tel point 
qu'en maints endroits le sens est insaisissable; des centaines de 
mots sont tronqués ou complètement transformés ; des phrases 
entières sont omises, soit parce qu'on n'a pas su lire le parchemin, 
soit parce que la copie n'a pas été collationnée. 

Ce livre, qui n'a pas de titre, fut imprimé en 1730 par ordre du 
Conseil de la cilé. Pour le composer, on exigea des gouverneurs et 
des greffiers des métiers la communication de leurs chartes. Il pa- 
rait que les officiers ne mirent pas d'empressement à exécuter ce 
décret, car le 24 juillet, le Conseil publia un rccès qui le rappellait 
€t ordonnait de s'y conformer dans la huitaine « à peine que les 
» Chartes et privilèges de tous tels défaillants , dont ils voudront se 
» servir en jugement par devant ledit Conseil, seront réputés 
» apocriphes et indignes de foy , aussi bien que tout ce qui se 
» trouvera avoir été recédé desdites Chartes et privilèges^ et que 
» les greffiers et gouverneurs seront réputés réfraclaircs aux 
» ordonnances du magistrat, etc. » 



— 338 — 

Voici les principales fautes que nous avons notées dans les docu- 
ments relatifs aux tanneurs, en collationnant l'imprimé avec les 
originaux. Nous renonçons à signaler les dilïerences d'orlographe 
et de style; le copiste n'y a pas eu le moindre égard. 



STATUTS ET ORDONNANCES ET RÈGLEMENT, ETC., 
DU 29 DÉCEMBRE 1418. 



P. 220,lig. 6. 


Au lieu de honorablement, 


lisez 


héritablement. 


8. 


» 


le bien, profit, 


» 


le évident profil. 


13. 


» 


assembleis el advys, 


, » 


assembleis et aunys 
(réunis). 


18. 


)) 


[chia)prèspréor- 
dinées. 


» 


(chi a) près escrites , 
ordinées. 


Id. 


» 


plainement conte- 
nues. 


» 


plainement et overle- 
ment. 


32. 


» 


neaussy allencontre,)) 


ne aussy aller allen- 










contre. 


33. 


» 


hiietaige. 


» 


hirelaige (héritage). 


M. 


» 


souhaitons, 


» 


cauborons (corrobo- 
rons). 


U. 


)) 


et aussi. 


» 


et ainssi. 


Id. 


» 


concluons. 


» 


convoicons. 


P.221,lig. 2. 


» 


Parlant, 


» 


premièrement. 


7. 


n 


mcstier, puelent, 


» 


meslier, ont, puelent. 


8. 


» 


monnoye. 


ji 


cungne (coin). 


Id. 


» 


aux. 


)) 


à notre. 


16. 


)) 


forvikaist, 


» 


sorviskast. 


20. 


» 


avantment. 


» 


avant nient (pas). 


26. 


» 


dont un, 


» 


dois vies (deux vieux). 


U. 


)) 


de nous, 


» 


de nos. 


.38. 


» 


ou être. 


» 


ne être. 


39. 


» 


hantans el huyans 


>» 


vechans et levans (ori- 
ginal) kcichans et lo~ 
t>ans(c.duXVI« siècle). 



339 



P.221,lig.39. 


Au lieu de otilre, 


lisez 


entre. 


U. 


» 


qui est. 




» 


qui fust. 


43. 


n 


absous, 




» 


absentes. 


46. 


» 


pour revenir, 




» 


sans revenir. 


55. 


» 


aussi, 




» 


esquevin. 


54. 


» 


lejeaune, 




» 


le jovene (le jeune). 


P.222,lig.l2. 


» 


ny prendre les 
fiches, 


af- 


» 


ny porteront les offices. 


21. 


» 


forche. 




» 


fous (hors). 


22. 


n 


forfeist. 




» 


forfesisl. 


24. 


M 


feroienl. 




)) 


ferions. 


27. 


» 


en particulier avec 


)) 


en palais ou en le ves- 






ceux qui sont, 






quecourouen loust. 


28. 


» 


espossages. 




» 


esposaiges. 


52. 




Il y a dans le 


pli 


du pi 


irchemin une liane illi- 



sible étant toul-à-fail efj'acée, Visez : quy ont relevé 
nostre dyt meslyer ou quy relever poront de- 
dcns le premier jours de moys de maye, devant 
poront bin relever nostre dyt meslyer dedens le 
terme que auront vint ans, parmy les soissante 
soiils de parysis et les sys vyez gros payerai. 



35. 


» 


vinle sens, 


lisez 


vint ans sans. 


Id. 


» 


de lez en avant. 


» 


de la en avant. 


56. 


» 


puissienl. 


» 


puissiens. 


37. 


» 


que si alcun, 


» 


qui si li alcuns. 


41. 


» 


et exercer. 


)) 


cl miner (mener). 


46. 


» 


que doncquc tout. 


n 


que donc teil. 


47. 


1) 


vuront. 


» 


voroit. 


48. 


') 


meslir et faire, 


» 


meslyer en loust et al 
t repart, et faire. 


P.225,lig.5. 


» 


meut, 


» 


nient. 


22. 


» 


et si avlcun, 


» 


et se ons nelle. 


Id. 


» 


dalcuns allast diffa-)) 


dont ons aivist le seri- 






mer. 




menl. 


25. 


» 


cecy ou cela. 


» 


cely ou celle. 


Id. 


» 


entendu. 


» 


escouverir. 


26. 


» 


injustement, 


M 


et justement. 







— 340 — 






P.225,lig.28. Au lieu 


de fours chy, lisez 


fours mis. 


58. 


» 


tandis, 





toudis. 


45. 


» 


par argent. 


» 


pour argent, 


46. 


» 


lavées. 


» 


lannées. 


52. 


» 


fl. (florins), 


» 


livres. 


ïd. 


» 


de corduivain, 


V) 


de corduwain ou d'une 
anleneuse. 


P.224,lig.l. 


» 


huilages, 


» 


hiretaiges. 


2. 


» 


et pour. 


» 


de nous. 


4.-7. 


» 


nos parlenanccs des 


» 


noustres xhourches 
(écorces). 


7. 


» 


pour ne aucun, 


» 


pou ne oncques (peu ni 
personne). 


45. 


» 


d'aîcuns besoins de 
nous. 


» 


d'alcunes besoignes de 
moirs (morts). 


19. 


)) 


espossages, ma- 
riaiges. 


» 


sposaiges, az moirs. 


24. 


)■ 


se ce n'est noslre con- 
sent. 


» 


que chu soit,estrepuist. 


55. 


» 


ne porons... procu- 

reir. 


» 


ne parcurrons... par- 
cureir. 


42. 


» 


en chu que ny excii- 
sanche, 


- » 


en chu quérir excu' 
sanche. 


45. 


» 


procureir. 


)) 


parcureir. 


47. 


» 


ainsi, qui. 


» 


ainsijchis de nous qui. 


48. 


)) 


autrement, 


» 


enliremenl. 


51. 


)) 


tourneit el rcputeit, 


)) 


Icnriens el reputeriens 


1(1. 


» 


faulf, 


1) 


fauls. 


52. 


» 


renonchant, 


» 


renonchons. 


55. 


» 


mouvantes, 


» 


mondauls (séculières). 


54. 


» 


sy entes... bones 


)) 


fyes ({oi)... boige,cler' 






charges, 


» 


. ges. 


P.225,lig.9. 


» 


sawerens, 


» 


salberens. 


10. 


» 


Bodechouk... Sor- 


» 


Bodechoule... Sor- 




» 


dalhe, 


» 


deilhe. 


12. 


)) 


Kabot Gobard délie 


» 


Babeit, Colaurd délie 






Pleidc, 


» 


Scloile. 



— 341 — 



P,225,lig.l2. Aulioudc Pleide, lisez 

\Z. » Hu bicl de Molinierd , » 



Id. » GiUea Defays, » 

14. » Slas, » 

Id. )) Gilles Petit, Gilles b 

Colinus Bidaii% 

lo. » Stebcrl tous, » 

Colialionné sur l'original en parchemin, fort difficile à lire ; tous 
les sceaux sont enlevés. 



Scloite, 

Hubien de Malmen,'- 

die. 
Gilchons. de Fous. 
Scors. 

Gilles Petit Cul, Co- 
laurs Bidair. 
Slebert son seroge, tous 



LETTRE DE BASTARDISE, DU 27 MARS 1433. 



ï>.226,lig.2 



;.4.A 


u lieu 


de auicun prendrait 


lisez 


alcûn soy marioit et 










prendoil. 


7. 


> 


entant qu'a âmes 
loyales appartient; 


» 


nous qui a nostre 
loyal poioir. 


14. 


« 


apperlement, 


» 


a perpetuitet. 


15. 


» 


sains que, 


» 


sains chu que. 


16. 


» 


ainsi que s'en syet, 


» 


teille qui s'ensiet. 


17. 


» 


eussent... ains dit. 


» 


ensy... nostre dit. 


19. 


)) 


tenir... auront, 


» 


teneir (tanner)... au- 
raient. 


[.2. 


)) 


assièges délie awe, 


» 


assiese délie année. 


5. 


» 


ou nos. 


» 


com nos. 


4. 


n 


eussent. 


» 


ensy. 


Id. 


)) 


baslard, avaient , 


)) 


baslard ou a bastarde 
avaient. 


5. 


)) 


awe... qui pou, 


)) 


année... qui pont 
(point). 


6. 


» 


apprêtes. 


» 


a pris. 


8. 


» 


asscurez, 


» 


asservis. 


12. 


» 


bon. 


» 


dois (deux). 


14. 


» 


Rhin a payer, 


» 


Rhin des queis a 
paicr. 



342 



P.226,lig.l4. Au lieu de celuy, 



lisez 



15. 
16. 
18. 
19. 

25. 
30. 
31. 
37. 
39. 
40. 
41. 
Id. 
Id. 
U. 

46. 

Id. 



conste, 

pour, 

vint a marit, 

hommes, 

7in... cely, 

avoit , 

d'eaws , 

et avons sur chu, 

de Four, 

Roland... 

Slenevy.. 

de Berhu 

Detinne, 

Difreit... 



Urdeyle, » 
Bidor, » 
. Stevenel, » 



Pockus, 



Vaveit... Bliest, 



Mero, 



cescun. 

touisl {?). 

par. 

soie marie. 

heures (hoirs , héri- 
tiers). 

dois.,, cescun. 

asloit. 

d'caus. 

et avoicque chu avons. 

de Fous. 

Colaur... Sordeilhe. 

Slevenne... Bidair. 

le Bechu... Slevenne, 

de Tilve. 

de Frères... Paro- 

ckins. 
Babeit... de Bliése 
(Bilsen). 

Mers. 



Collationné sur l'original en parchemin, auquel pendent encore 
cinq sceaux de maîtres tanneurs, plus un fragment de celui du 
métier. 

ACCORD POUR DIFFÉRENTS.D'ENTRE LES MESTIERS DES CORBESIERS 
ET CORDUANIERS ET LE MESTIERS DES TANNEURS. 



.5.A 


Il lieu ( 


le émeus, list 


;z et meus. 


6. 


« 


cet effect convenu, > 


ce esteit et commu- 
nicqueit. 


11. 


m 


segurteit, * 


sequele. 


12. 


» 


BrouUet, 


» Broncliet. 


13. 


s 


Henry Dewandre 


t Henrelet de Wandre 






Comment, 


• coureur (corroyeur) 


14. 


» 


Ransier, 


» Rausicr ^Rahier). 


23. 


■ 


cesles fins pour ce vleu < 


't ce estes et. 



343 



P.227,lig.31. Au lieu dearreslé, 



35. 
37. 

38. 

Id. 

42. 

U. 

45. 

46. 

P. 228, lig.4. 



soient, 

ne faire peller gos- 
seauXf 

dehors, ne tanner, 

cuirs en chaux, 

alleyer, 

Rewars, si, 

stable, 

entre les mains, 

voudront, ils, 



17. • Brouliet, » 

20. » dix septième, » 

Collationné sur l'original en parchemin ; sceaux enlevés. 



lisez fermeit. 
» ser oient. 

ne faire faire solleis 
(souliers); hosseaulx 
(gUettres). 
dehors pour revendre 
necoureir (corroyer) 
» cuirs en craixhe. 
» allenchier. 
» Rewars sans fraude si. 
lisez staple. 
■ entre leurs mains. 

»■ voudront user de 

meslier, ils. 
» Broncliet. 
» dixième. 



ORDONNANCE DU MÉTIER DES TANNEURS , POUR SE CONFORMER 
AUX AUTRES MÉTIERS, DE L'AN 1464, LE 20 OCTOBRE. 



P. 228, lig.4. A 


ulieu 


de failles, li 


isez 


saielées (scellées). 


14. 


• 


bien posteit, 


» 


bien stoffeit (fournie). 


19. 


» 


provocheir, 


» 


convokeir. 


22. 


» 


soy. 


» 


s'en. 


28. 


1 


pour que soient, 


I 


pourquoi peulent y 
estre. 


P.229,lig.l. 


• 


ont iccux ordinez, ac- 
cordez et statuez, 


- • 


ou ailhouse a dcdcns 
de la cité, statuons. 


3. 


)i 


iccux. 


t 


illeuque. 


4. 


• 


sujets, 


» 


servants. 


5. 


> 


voir entendu, 


u 


voir en ce entendu. 


10. 


» 


et, 


> 


se. 


18. 


» 


generallement, 


• 


generalileit. 


21. 


M 


cascun de nous, 


» 


cascun trovcit. 



— 344 



P.229,lig.22.Au lieu de mandemcns, 



lisez 



28,29. » 

29. » 

50. . 
P.250,1.9,25,o9,. 

55. » 
49. 
52. 

P.251,lis.6. 
9. 

17.-21.» 

17. 

18. » 

25. 

28. » 

50. 

52. 

55. » 

54. » 



membre, » 

arrivcis, » 

soycnl, » 

membre, » 

•par syelc, » 

ne abuser, » 

ordinanches, alleir, ^ 

vingt, » 
avoir satisfaclion de » 

cheaux, 

mandement, » 
"permet ; et, lisez 
encore, '» 

toute.,, polroit, . 

Stiennon, » 

Estienne, » 

Johan de, » 

Coc/c, . 

Defour... Gérard, >* 



55. » Vervier, « 

Collalionné sur l'original en i)archemin, très 
reste plus que des débris des 35 sceaux dont il 



mamres. 
numbre. 
arrinmes.. 
seroyent. 
numbre. 

parsuys{pom'sm\ï). 
ne embrisier. 
ordinanches anni- 
cellcr (annihiler). 
ung. 
n'avoir satisfait 

cheaux. 
manire. 
promettons et. 
encovent (convenu).. 

contre... polrons. 

Stevenne. 

Olivier. 

Johan Willcme de 

Hochcporle. 

de Hour... Hen- 
rard. 

Vingnes. 
difficile à lire; il ue 
était muni. 



ORDONNANCE DU BON MÉTIER DES TANNEURS, U93. 



Dans le recueil des Chartes et privilèges, ce document porte deux 
dates ; 1493 en tète, 1561 à la (in. Le règlement a été fait à la i'^ 
date, renouvelé et modiflé par les échevins en 1560 et en 1561. 
C'est ce que fait connaître le préambule suivant à la fois indispen- 
sable et curieux, et qui a été omis dans le recueil imprimé. 

Copye faict par nous les esclievins de Liège exstraictc hors de 
nostrc registre autencticque. 



- 345 — 

Alousceulx ausquelles ces présente noz lettre parviendront, les 
mayeurs et eschevins de Liège, scavoir taisons que comme les gou- 
A'^erneurs, renthiers, officiers et plusieurs autres personne demes- 
tiers des tanneurs de ceste cité, nous eussent cy devant présenté en 
escript pluseurs et grand nombre darticle concernant, premier: le 
faict de lentrée relief et acqucste de leurdit mestier et après le ré- 
gime, usance et gouverne et praticque dicelui pour selon ce chacun 
deulx se debvoir maintenir et user, reigler et gouverner pour le 
bon police, paix, et accorde tant de leurdit mestier que du bien 
publicque; et fusme requis de par ledit mestiers de viseter et exa- 
miner lesdit article pour, en conformité dautre reigle et ordonnance 
demesme mestiers par les anchiens cy devant laudablement uzées 
et praticquées, mesmement de pluseurs bons status et ordonnance 
que avoint les autre XXXI mestiers de la cité de Liège, iceulx 
aggreer, accorder et passer selon que justice et raisons porteroint; 
dont ayant par nous pluseurs et diverse jours vacqué et besogné 
sur lexamen et Visitation desdit affaires, poinct et article et iceulx 
en partye modereis, restraind et y addé et reformé selon que de 
prime face nous sembloit équité et raison porter et que la saison 
du temps requeroit, avons finalement les poinct, reigles et ordon- 
nances cy en bas descriptes passé, consentu et acordé estre enre- 
gistré en noz registre auctenticque et mis en warde de loy pour 
selon ce lesdit desdils mestiers et aultres ausquels peut et pourat 
competer, dors en avant uzer, soy conduire, reigler et gouverner et 
si en estions requis, dire, juger, condampner, sentencliyer selon 
justice et équité et raison, voir sur protestation et réservation 
expresse, a telles reigles, statuts et ordonnances estoint cy en après 
en aucuniie partye ou en tout deroguanle ou prejudicyante a la 
haulteurs et juridiction de nostre R"'« et Illx'"« seigneur et prince 
monsieur de Liège ou ans loix, franchiese, paix faicte, status, régi- 
ment et liberté de ladit cité et pays de Liège, mesmement au bien pu- 
blicque, de les pouvoir modérer, adoucir, interpréter, corriger ou de 
tout casser et annicheler selon équité et justice et raison, comme il 
soy trouverat a cas apartcnir; suyvant quoy et az condition dictes 



— 346 — 

furent lesdit ordonances reigles et status par noslre dit mayeurs, a 
instances et reqiieste desdits officiers et pluseurs dudit mestiers des 
tanneurs, mis en warde de loy,sur l'an de grâce de la saincte nativité 
nostre seigneur Jesucrist mille cinqcent et soisante de mois de 
juUet le neufvieme jour. Le contenu et tenneurs desdits ordon- 
nances poinct et status dont devant est faict mention, sensuivent et 
sont tel. 



P.231,lig, 2. Au lieu de bourgeois de, 
9. » soisanfe-deux, 

P. 232. Les articles 3 et 4 n'en font qu'un, 
lig. l\ et 12, effacez leur vie durante. 

15. Au lieu de 5-.. connoitre, 

16. » qui soit. 



lisez 



bourgeois natif de. 
soisante-diex. 



4... reconnoitre. 
qu'ils sont. 



19. Effacez 6 ; ce paragraphe fait partie de Tarticle 4. 



Id. 


Au lieu de 


i s'abusassent, 


ad- 








mettans, 




24. 


» 




7, 




31. 


t) 




Item. 




34. 


» 


8.. 


. relevant de notre, 



35. 



lisez abusassent en ce en 
admettans. 
5. 
» 6. Item. 

» 1... relevant fils de maî- 
tre de notre, 
» aux officiers. 



» à l'officier, » 

57. Effacez 9; ce paragraphe fait partie de l'art. 7. 
Id. Au lieu de tous jours, lisez toutes fois. 

38. » le terme, » l'âge. 

39. Et qui soit natif de ce pays, comme dit est doit être transporté 

à la fin du paragraphe, après conversation. 



40. 


Au lieu de excède. 




lisez 


et excède. 


42. 


» 




10, 




» 


8. 


34-. 


» 




duemcnt, 




» 


tenu. 


48. 






n'ayant ossy. 




- 


et ayant ainssy. 


P. 233,lig.5. 


» 


H. 


. ayant, 




. 9. 


. avoir. 


4. 


» 




état scrat, 




. 


état de viduité serat. 


6. 


» 




seconde foys ou 
sième, 


troi- 


» 


second, troisième 
ou quatrième. 


12, 


» 




double, 




» 


avec double. 



— 347 — 



P.233,lig.i3. Ce paragraphe, omis dans le réglemenl de 1560, a été ajouté 
dans celui de I06I ; il fait partie de l'art. 9 , et il faut 
effacer 12. 



16. 
17, 

18. 

19. 

20- 



23. 
31. 
35. 
40. 
43. 
45. 
Id. 
47. 
48. 
49. 
50. 
52. 
54. 
55. 
P.234,lig.6, 
13. 

14. 

18. 
20. 
22. 

23. 

24 



Au lieu de 13, 

sHls, 



cl soira, 
de même.. 

banlieu. 



14, 



lisez 



voir et, » 



11. 

si elles. 
et sera. 
du membre... voir 

que. 
banlieu un florin 
d'or, et s'il est du 
dehors et surcéans 
du pays. 
10. 



Effacez 15 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 10. 
Au lieu de 16, » 12. 

» 17, » 13. 

» et, y> y. 

Effacez 18 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 13. 



quelconque, 
et conséquemment. 
ou faisant lecture, 
pour après, 
est et donner, 
téméraire et point, 
as dis officiers. 



Au lieu de quelqu'un, lisez 

» conséquemment, » 

» ou lecture, » 

» ou après, » 

» est, donner, » 

» téméraire, point, » 

» a dit officier, » 

Effacez 19; ce paragraphe fait partie de l'art. 13. 
. Au lieu de 20... attire, lisez iS... entre. 

» exécution de justice, » exécution par loy 

et justice. 
Effacez 21 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 15. 
Au lieu de 22, lisez 16. 

» daulte... Ixxxviij, » daulléc... Ixxviij. 

Effacez 23 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 16. 
. Au lieu de y seront, lisez seront. 

» d'un officier, » d'officiers, en lieu 

et chambre ou on est accoustumé tenir conyregations à heure 

de prime, à peine pour chascnn défaillant de trois 2>(illars 



348 



ûe brabant , au profit dudil mesiicr cl d'estre privé trou 
ans enthicrs de porter offices ny pouvoir avoir brivelette 
pour faire élection d'autres officiers. 
P. 254, lig. 25. Au lieu de cas légitime ou licence, lisez cause légitime de son 

absence ou licence. 
26. Effacez 24 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 16. 
Id. Au lieu de userai, lisez viverat. 



28. 


» 


ny pourat, 




» iceluy ne pourat. 


Id. 


» 


voix sur. 




» voix , sieulte ne 
croge sur. 


29. 


» 


porter office et élection, » porter les offices 










électifs par les 










autres mestier s. 


33. 


Effacez 25 


; ce paragraphe 


fait 


partie de l'art. 16. 


35. 


Au lieu de 


î sols, 




lisez florins. 


42.47.51.» 


26. 27. 28, 




» 17. 18. 19. 


55. 


Effacez 29 


; ce paragraphe 


fait 


partie de l'art. 19. 


P. 255, lig. 6. 


Au lieu de del receupt à luy 


àf 


aire, lisez des receptes par 










luy faites. 


Id. 


» 


expositions, 




» exposita. 


11.22.34» 


50.51. 52. 




» 20.21.22. 


14. 


» 


pour faire, 




» pouvoir faire. 


20. 


» 


pareille, 




» livrée. 


24. 


. 


citeit, ou pour, 




> citeit ou pays. 


Id. 


1) 


qui en. 




» qui. 


27. 


» 


mestier, le, 




» varlet ou le. 


28. 


» 


en cas, 




» et en cas. 


38.46.55)) 


35. 54. 55. 




» 25, 24, 25. 


48. 


» 


debteurs. 




» debtes. 


Id. 


» 


quiconque, 




» que quiconque. 


50. 


» 


l'autre, 




» autrui. 


51. 


» 


dit passer. 




» dit est passer. 


P. 256, lig. 3. 


» 


que bienfait, 




» que don, bienfait. 


8. 


Effacez 3G 


1 ; ce paragraphe 


fait 


partie de l'art. 25. 


10. 


Au lieu de lire, 




lisez faire lire. 


13. 


Effacez 57 


; ce paragraphe 


fait 


partie de l'art. 25. 









- 349 - 






p. 236,lig.l4. 


Au lieu 


de ie publicque^ 


lisez la chose publique. 


15. 




» 


a eux statuer, 


» 


à statuer. 


17. 




» 


faire en, 


» 


faire sa mar- 
chandise. 


19. 




» 


monier, 


» 


en mouldre. 


Id. 




. 


a dit. 


» 


au. 


20. 




> 


luy vouloir aslrendre, 


T» 


le vouloir cons- 
traindre. 


21. 




' » 


telle amende, 


J) 


tel monopolya- 
teur. 


25. 




» 


38, 


)> 


26. 


Id. 




» 


extants, 


)) 


estans en. 


2i. 




» 


bonne ville, 


» 


borne. 


26. 




» 


pide-cbaulds. 


• 


pieds chauds. 


24. 




» 


condist, 


» 


sur le. 


28. 




D 


mollln, 


» 


mollin aux es- 
corches. 


29. 




» 


couslede l'acte de dcffevice, » 


pourront estre 












ceux de Visleau 












des febvres. 


31.39.42.53. 




> 


J9. 40.41.42.43, 


» 


27.28.29.50.31. 


33. 




» 


cuirs, peauls. 


» 


cuirs pouilluz 
(poilus). 


36. 




• 


marchiet. 


» 


marchiet comuns 


37. 




» 


40 livres, 


» 


un florin d'or. 


40. 




» 


mourie, 


» 


morie. 


43. 




» 


veals, chevals. 


» 


vieulx chevals. 


Id. 




» 


bœufs ou. 


» 


ou. 


48. 




» 


saiwcz. 


» 


sevueis. 


55. 




» 


tannerie, 


» 


tanneur. 


P. 237, lig. 5. 


Effacez 44 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 31. 


6. 


Au 


lieu 


de lieux voisins, 


lisez 


villes et lieux voi- 
sins. 


7. 




n 


déceptions, 


» 


d'exceptions. 


10.20.24.29.36 41 




45. 46. 47. 48. 49. 


50,» 


32. 53. 54. 55. 












36. 37. 



— 350 



P. 237, lig. 1 5. Au lieu de cuirs dedens, 
32. » soubescripte, 



Id. 



conduire le moulin, 



47,55..\ulieude5i.52, 
50. » vivre, 

P. 238, lig. 2. » ou en leur, 

3. » pour moure, 



lisez cuirs poilhus de- 
dens. 
» que l'escripl sur 
ce fait porte 
exprimé. 
» conduite et gou- 
verne du mou- 
Un. 
lisez 38. 39. 
)) estre servis. 
» ou leur. 
)) pour faire moul- 
dre. 
A. Effacez 55 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 39. 
Id. Au lieu de laissant, lisez laissasse. 

10.17.32. 54.55.57, » 40.41.42. 

» ouvre sur et. 
)) saickées. 
)) tous. 

» preste à autre. 
)) emprunter escor- 
che moulue plus. 
» a ditte preste. 
)) du premier. 
» revenue. 
» tant à l'emprun- 
teur. 
28. Effacez 59 ; ce paragraphe fait partie de l'art. 41. 
Id. Au lieu de ca^amincr, lisez eulx adjourncr. 

31. ^ osier, » afin d'osier. 

37. » demeurer, » estre attiré. 

Collalionné sur l'original en parchemin; sceaux enlevés. 



12. » 


oufre et. 


14. » 


seichées. 


Id. » 


Icsdils, 


19. » 


pruse à l'autre, 


19, 20.» 


cnpronter plus, 


22, 23. » 


les dilles escorches, 


23. » 


du l'oune premier. 


Id. » 


revenant. 


26. » 


tant l'empronleur. 



— 351 



STATUTS ET ORDOiNNANCES DES TANNEURS. 



P. 238, 


lig. 4. ^ 


LU lieu 1 


de à bon pays^ 




lise? 


; enla cité et pays. 




7. 


)) 


en ruine. 




» 


à ruine. 


» 


9. 


» 


que nous, 




» 


ainsi que nous. 


P. 239, 


lig. 6. 


» 


vivre. 




» 


unir. 




7. 


» 


débat. 




» 


débattans. 




8. 


» 


a dil... dévoient, 


» 


ensdit..deveront. 




9. 


» 


de chacun. 




B 


dedixaidanssur. 




13. 


» 


lesquels ont. 




» 


lesquels selon 
qu'ils ont. 




18. 


)) 


lielle. 




» 


lue. 




22. 


» 


pourat. 




» 


userai. 




2G. 


» 


aront été, 




» 


l'aurat. 




28. 


» 


si avant. 




» 


voir si avant. 




33. 


» 


et ledit. 




» 


ne son. 




35. 


» 


OH ayt, 




» 


dudit mestyer ou 
ayt. 




36. 


» 


qui. 




» 


qu'il. 




Id. 


» 


femme. 




» 


femme aullre fille 




57. 


» 


lesquels, 




» 


lesquels quant 
adoncques. 




40. 


■ 


devant. 




» 


ci dessus est dit. 




41. 


^> 


fille fust natif du mestier 


» 


fille natif du mes- 








et allast, 






tier, allast. 




43. 


» 


feira, 




» 


serat. 




53. 


» 


mestier avenist qui pren- 


1> 


mestier prendis- 








dissent. 






sent. 


P. 240, 


lig. 4. 


1) 


ens. 




» 


eux. 




8. 


» 


soyent. 




» 


les ayent tou- 
jours eslcis. 




17. 


» 


souffre force. 


.. de, 


» 


fussent ne fas- 
sent... à. 




21. 


)) 


monterai (cnrclyc, 


» 


monterai xler- 








. 






relye. 



— 352 — 



P. 240, lig. 25. Au lieu de s'il avenoit doulne, lisez s'il avenoil 

qu'aucuns soy voulsissenl remonter d'aullretans d'oulne. 
26. Au lieu de il ne se remonleroient, lisez il soy remontera. 



29. 
34. 

41. 

49. 

51. 
Id. 
55. 



perdue sans, » perdue qui vien- 

dra totalement à profit dudilmestier, sans, 
des esGorches autres plus, lisez plus d'escorches 

autres part, 
appartenances, » anteneuses. 

qui ne doit avoier en ung , » qu'il ne doit 

avoir en une. 



Item ne nul, 
saliez blanc, ne, 

retourner sur ce qui l'a 
enseigny, 



P. 241, lig. 2. 


» 


nul autre. 


Id. 


» 


étant, sur, 


5. 


* 


quelqu'un. 


12. 


a 


tenassent. 


15. 


» 


de ce. 


16. 


» 


non autrement, 


50. 


» 


maisons de. 



31. 


» 


oufrer, 


32. 


» 


livre, ne, 


Id. 


» 


moulues ou es. 


33. 


» 


escorches. 


55. 


» 


ou autre, 


58, 


59.» 


lerassent. 



)) Item que nul ne 
nulle. 

» saliez , blancs 
cuirs, ne. 

» retournée a ice- 
luy qui pre- 
mier l'at en- 
seignée. 

s autre confrère. 

» étant sur la den- 
rée, sur. 

» quelconque. 

» tanasstnt point. 

» ausy. 

» costume an- 
chienne. 

» maisons et ou- 
hines {ouvroi- 
ses, copie) de. 

» ouvrer. 

» livre ne vend, ne 

)) moulues ny 
adresser es. 

» xhorches. 

» quelconque. 

» serassent. 



-^ 353 — 



P. 241, lig. 41. Au lieu de aussy pourront être terrez, lisez ainsy pouront 

être serrez. 
43. L'article 27 a été omis : 27. Ilein , que on ne peut vendre 
ny priser le jour de halle devant et anchois que les re- 
wards et gouverneurs aijent estes autours et buissiet 
(bouhiel, copie) le mailhel , sour peine et amende de iiij 
livres. 



Id. Au lieu de 27, 


lisez 28. 


46. 50. 52. 55 


» 


28. 29.30. 31. 


» 


29. 30. 31 . 32. 


47. 


» 


oufrir la halle et, 




ouvrir la halle 
et pour. 


48. 


B 


vingt. 


> 


ung vieux. 


50. 


» 


gouheliers , 


» 


gorlhiers. 


P.242. lig. 1.6. 12 


i.» 


32. 33. 34, 


» 


33. .34. 33. 


2. 


» 


tinez, 


» 


tuez. 


5. 


» 


les autres. 


)) 


aux autres. 


13. 


» 


ostelle. 


» 


hosiel. 


Id. 


» 


mains en. 


» 


mains ne ser- 
vir en. 


15.24.30 


.D 


35.36. 37, 


» 


56. 37. 38. 


19. 


» 


survenir de, 


• 


survenir au 
fait de. 


20. 


> 


tannez, peller ne harner, 


» 


tannez ne scar- 
ner cuir ne 
peller. 


27. 


> 


longienne, 


» 


longue. 


31. 


» 


congy, 


» 


congy et licence 


37. 


• 


Item, 


> 


39. Item,. 


Id. 


■ 


trouvées, 


» 


tenues. 


38. 


u 


saiis, 


» 


sans les. 


Id. 


» 


avons, 


» 


avons nous. 


.39. 


• 


à chacun personne, 


» 


et chacuneper- 
sonne par luy. 


45. 


» 


tous. 


> 


teils. 


48. 


» 


peine, 


» 


miese. 


53. 


» 


en case. 


» 


en cause. 


54. 


> 


lieilt el demy, 


» 


loyale eldemiese. 



— 354 



. i. 


Au lieu ( 


Je pouvons, lisez 


: pouldrions. 


4. 


1 


bourgeois, clercq, » 


bourgeoisie, clergie. 


i2. 


» 


Chingne et a mus » 
confrères à savoir, 


Cliaisne et. 


13. 


n 


Collard et, » 


Collard Marie et. 


15. 


» 


Ginet, » 


Gueit. 


16. 


u 


Beaumons, Voutte, » 


Beauvais, Woltier. 


Id. 


» 


Willanne, » 


Wilheame. 


17. 


» 


Sassy, » 


Saulcg. 


18 


» 


Mellent, » 


Melen. 


Id. 


» 


Denlen, » 


Delin. 


Id. 


» 


Beneral.... Berime, » 


Bcvereal.. Bartholomé. 


19. 


» 


etplait et qui., aulren 


plaise et qu'il... eaulx. 



Collalionné sur une copie du XVI« siècle. 

APPROBATION D'ERARD DE LA MARCK, TOUCHANT UN JUGEMENT 
RENDU POUR LE MÉTIER DES TANNEURS CONTRE LES CORBUSIERS 
ET CORDUANIERS, L'AN 1513 LE 22 JUIN (p. 243). 

Celle approbalion ne se ratlache ni au document qui précède , 
ni à celui qui suit ; par elle même elle n'offre aucun intérêt et peut 
être supprimée. 

SENTENCE POUR LES TANNEURS CONTRE LES CORDONIERS ET 
CORBESiERS. 



P. 2-43, lig. 3. Au lieu de ul. 



lisez c<. 



P. 2M, 


25. 


» 


Benccveau, 


» 


Bevereau. 




55. 


» 


noslrum, 


» 


earum. 


P. 24S, 


51. 


» 


cassalionis, 


» 


excomunicationis, 




50. 


" 


vel. 


» 


neve. 


P. 252. 


9. 


» 


et. 


■ 


ad. 



SENTENCE MISE EN GARDE DE LOY LE 7 AOUST 1559. 



P. 253, lig. 1. Au lieu de Gret, 
7. » l'écrit, 



lisez Grès. 
» leur. 



355 



P 253, lig. 16 Au lieu de Trechet, 

18. » sur ce donner, 

Id. » seaullc, 

20. » seallé, 



lisez Trecht (Maestrecht). 
>j sur ce vouloir donner. 
D sieulte. 
» sieulle . 



SENTENCE RENDUE PAR LES BOURG UEMAITRES elc, 1569. 



P. 234, lig. 2. Au lieu de es droit, 



8. 
11. 
18. 
43. 

22. 
24. 

P. 254, lig. 20. 
31. 



P. 253, lig. 2. 

3. 

U. 

27. 

28. 
33. 
43. 



» ens loix. 

el banlieu, » el banlieu de Liège. 

il... c'esloient, » ils s'esloient, 

pour eulx... d'user, » pour par eulx... user, 

jour... desdils arli- » tour... dessusdits actes 

des. 

Meyers... Basseinge,^^ Meers... Bassenge. 

huit jours prochain » huit jours... sur être. 
...sur iceux être, v 



fait. 

forme. 

si que partie. 

tant sur le fait princi- 



» faire, » 

» ferme, » 

■ si que est, partie, » 

» dissensions, » 

pals, mandemens d^atlemptatz, que autrement l'un 

allencontre de l'autre par et à l'occasion des 

quelz soy polsissent entre iceluy dit bon mes- 

tier et parties respectivement engendrer ran- 

cunncs, discors et discoutions. 

)) partie respectivement Visez parties susdites bonne 

amitié. 
• ferme, » furnir. 

» dicté, » dict. 

» en grand, )) et grand. 

» consentant taxative- » consentantes ou taci- 

ment ou expr., lemenl el cxpr. 

» ainsy, » ossy. 

)) les raisons, » ces raisons. 

• unicquemcnt, » iniquement. 



— 356 — 

P. 253, lig. 48. Au lieu de ainstj permis, lisez ainsy n'estoil permis. 

49. » nos adjournés,el n'es- non adjoiirnes^el n'es- 

tant parti formel, tantes parties for- 

melles. 
52. » ensuivant, » ensuivies, déclarant. 

55. » pour en donner, » pour en ordonner. 

P. 256, lig. 4. » janvier, » janvier dernier. 

8. » houky. » huchiés (appelés.) 

Collalionné sur l'original en parchemin ; sceaux enlevés. 

EN CONSEIL DE LA CITÉ, etc., 19 FÉVRIER 1579 (p. 256). 

Nous n'avons retrouvé ni l'original, ni même une copie de cette 
pièce intéressante; il en est de même de la sentence du 8 mars 
1380, par laquelle Gérard de Groesbeeck permet aux tanneurs de 
moudre pendant six mois où bon leur semblerait. 11 est regret- 
table que le recueil des Chartes et privilèges ne nous ait pas 
conservé cette dernière. 

RECÈS DE NE RETENIR LA MESURE , etc., l^- AOUST 1589. 

P. 239 , lig. 3. Au lieu de jour à l'endroit, lisez jour ; la même pour évi- 
ter les abus qui se comettent de jour en jour à l'endroit. 

ORDONNANCE MISE EN GARDE DE LOI L'AN 1597, 11 FÉVRIER, POUR 
NE MOUDRE, etc. (p. 259). 

Ce titre induit en erreur; le document complet se compose de 
la sieulte tenue le 9 juillet 1596, de la mise en garde de loi du 

11 février 1597 et d'un renouvellement ou d'une confirmation du 

12 avril 1633, parce que, à cette époque, l'original était perdu. 

LETTRE TOUCHANT LES RECOUPEURS, etc. 

P. 261. Dans le titre au lieu de 1597 , le 27 aoust, lisez 1598, le 29 aoust. 
lig. 2. Au lieu de 28, .29. 

56. cuirs, » cuirs poilhus. 

37. florins... la tirce, » florins d'or... par 

tir ce. 



— 357 — 

JUGEMENT POUR LE MÉTIER CONTRE MANIGAR, i629. 

P. 263 , lig. 34. Au lieu de manoir, lisez ni avoir. 

46. l'obéissance, » l'observance. 

48. les autres, » les acteurs. 

RÈGLEMENT CONTRE LES RECOUPEURS DE L'AN 1676, p. 267. 

Cette pièce est la même que celle qui suit, moins la mise en garde 
des échevins; elle est donc parfaitement inutile et on peut la biffer. 
Le règlement contre les recoupeurs de l'an -1677 passé par les 
maîtres et conseil, est de nouveau une répétition du même docu- 
ment, qui se trouve donc reproduit trois fois. 

ORDONNANCE DE S. A. S. E. SUR LES DEUX SUPPLIQUES 
PRESCRITES, p. 272. 

Celte pièce est aussi reproduite deux fois, p. 272 et p. 273; on 
peut biffer celle-ci ( ' ). 
S'ENSUIVENT LES ARTICLES TIRÉS HORS DU RÈGLEMENT, etc. (p. 284). 

Ce document peut encore être biffé; c'est la répétition textuelle 
de l'ordonnance de 1493, p, 231 . 

ABRÉGÉ DE DIVERSES ORDONNANCES , etc. 

Document inutile, ne faisant que répéter ce qui est dit plus 
explicitement ailleurs. 

ON NE DOIT ACHETER ÉCORCES EN CREPPE, etc. (p. 287); 
Même document qu'à la page 275. 

MAXIMILIEN HENRI, (etc: p. 288). 
Répétition du Règlement additionnel, p. 275. 

ORDONNANCE DU CONSEIL IMPÉRIAL, etc. (p. 290). 
Cette explication de l'art. 19 du règlement général qui se trouve 
p. 280, devait suivre immédiatement celui-ci. 

MAGNIFIQUES SEIGNEURS, etc. (p. 294); 

Traduction de la pièce latine, p. 292. 

( 1 ] Tout ce qui est compris entre les pages 276 et 297 (jusqu'aux mots 
à Son Altesse), est la reproduction littérale d'une petite brochure in-4, de 
40 pages, imprimée cliez Louis de Miist. 

24 



ERRATA. 



Page 59 , ligne 6. Poui* cVAngleur, lisez de Vottem. 

» 1434. 



. 67 


» 28. 


» 1438 


» 84 


» 8. 


» 59 


» 92 


» 1. 


» fut 


» 97 


» 26. 


» 142 


» 209 


» 3. 


» VUI 



159. 
serat. 
1421. 

IX et ainsi de suite 
jusqu'à XV. 



TABLE DES MATIÈRES- 



Pages. 

Happorl du jury sur les concours 11°» 1 et 3 5 

Conclusions du jury 20 

Introduction. Les bons Métiers de Liège 25 

Le bon métier des tannédhs a liéCtE. Recherches historiques. ... 53 
Organisation intérieure du .métier. 

CHAPITRE I. Des officiers et des employés 89 

1" Les gouverneurs 92 

2o Les jurés . 106 

3o Les députés ; 108 

4° Les rewards 111 

5o Le rentier 114 

60 Le greffier 117 

7° Le varict 118 

8o Le groumel 119 

9o Les serviteurs du trinay 121 

CHAPITRE II. Des compagnons 125 

1» Les maîtres 12S 

2<> Les ouvriers 127 

3o Les apprentis. ...'..• 129 

4o Les varleis servants 132 

CHAPITRE IIL De la possession du Métier , . . . . 13G 

lo L'acquèle 13G 

2" Le relief. 138 

3" L'usance et la hantise 1*1 

4" Les asscnibiccs (particulières, générales, militaires). 147 

CHAPITRE IV. Des marchandises 162 

1" Lesécorccs 1('2 

2o Les peaux , . 168 

3" Les cuirs (l'abricaiion, vente) 1''9 

4" Les recoupeurs 178 



— 3G2 — 

CHAPITRE V. Des propriétés de la corporation ISl 

lo La halle ' 181 

2o Le moulin 185 

CHAPITRE VI. Des marques distinctives du Métier: 193 

1° Les armoiries 193 

2o Les bannières 197 

3o Les sceaux 199 

CHAPITRE VII. Des archives 201 

lo Les chartes 201 

2o Les registres 204 

Inventaire des anciennes archives du Métier 206 

Vocabulaire des mots techniques employés dans le Métier des tanneurs de 

Liège 232 

Glossaire 245 

ÂPFEKDicES. Documents inédits 265 

Errata du Recueil des chartes et privilèges. 337 



HD Bormans, Stanislas 

6473 Le bon métier des tanneurs de 

N5L4-3 l'ancienne cité de Liège 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY